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Full text of "Mémoires du vicomte de Turenne, depuis duc de Bouillon, 1565-1586 : suivis de trente-trois lettres du roi de Navarre, Henry IV et d'autres documents inédits"

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http://www.archive.org/details/mmoiresduvicomOOboui 



MEMOIRES 



DU 



VICOMTE DE TURENNE 

DEPUIS DUC DE BOUILLON. 



IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR 

A NOGENT-LE-ROTROU. 



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Y 



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MÉMOIRES 



DU 



VICOMTE DE TURENNE 

DEPUIS DUC DE BOUILLON 

1565-1586 

SUIVIS DE TRENTE-TROIS LETTRES DU ROI DE NAVARRE 

(HENRI IV) 
ET D'AUTRES DOCUMENTS INÉDITS 

PDBLIÉS POUR LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRAXCE 



Le Comte BAGUENAULT DE PUCHESSE 




A PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

H. LAURENS, SUCCESSEUR 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANCE 
RUE DE TOURNON, N" 6 




MDCCCCI 



302 



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• ». 



I 



EXTRAIT DU REGLEMENT. 

Art, ^4. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que les 

MÉMOIRES DU VICOMTE DE TORENNE, DEPUIS DUC DE BoUILLOlV, 

préparés par M. le Comte Baguenault de Puchesse, lui ont 
paru dignes d'être publiés par la Société de l'Histoire de 
France. 

Fait à Paris, le 20 janvier ^ 90^ . 

Signé : P. DE KERMAINGANT. 

Certifié : 
Le Secrétaire de la Société de rHistoire de France, 
A. DE BOISLISLE. 



AVERTISSEMENT 



Les Mémoires du vicomte de Turenne, connus sous le nom de 
Mémoires de Bouillon, sont un des plus importants et véridiques 
documents historiques sur la période des guerres de religion. 
Pourtant, nous n'aurions jamais songé à les réimprimer s'il en 
eût existé une édition vraiment critique et accompagnée de notes 
indispensables à l'étude de souvenirs composés, comme on fai- 
sait autrefois, sans dates précises et sans pièces à l'appui. De 
plus, ayant retrouvé nombre de précieuses justifications contem- 
poraines, nous voulons dire des lettres adressées à Turenne par 
les grands personnages avec lesquels sa vie fut intimement mêlée, 
et particulièrement toute une série de correspondances de son 
compagnon de luttes de chaque jour, de son maître et son ami le 
jeune roi de Navarre, notre futur Henri IV, ainsi que quelques 
lettres du vicomte lui-même, il nous a semblé que l'occasion 
était favorable de réunir dans un court volume tout un ensemble 
de renseignements un peu épars, très propres à éclairer l'histoire 
des guerres civiles du xvi^ siècle, particulièrement dans ce Midi 
gascon, où manœuvra pendant dix ans si habilement celui qu'on 
appelait « le Béarnais. » 

Mais, avant de dire en quelques pages ce que fut le vicomte de 
Turenne, nous devons indiquer exactement les diverses reproduc- 
tions des Mémoires, tant imprimées que manuscrites, qui existent 
en grand nombre et qui ont été la base de notre travail de revi- 
sion d'un texte souvent très imparfaitement reproduit. 

Imprimés. 

Les Mémoires de Henry de la Tour d'Auvergne, souverain duc de 
Bouillon, adressés à son fils le prince de Sedan. A Paris, en la 
boutique de Langelier, 1666. In-12, 359 p. 

Collection universelle des Mém,oires •particuliers relatifs à l'histoire ' 
de France. A Londres, 1788. In-8». T. XLII, 2« partie; t. XLVIII 
et XLIX, l'e partie. 



Il AVERTISSEMENT. 

Panthéon littéraire de J.-A.-C. Buchon. 1 vol. grand in-8°, à 
deux colonnes, 58 p. 

Colleclion Petitot. T. XXXV, 1823. 1q-8o, 174 p. 

Collection Michaud et Poujoulat. T. XI, 1838. In-8°, à deux 
colonnes, 54 p. 

Manuscrits de la Bibliothèque nationale. 

Collection Dupiiy, n" 82. Petit in-8ô de 54 ff. de la main de 
P. Dupuy, signé et daté par lui en 1627, quatre années seule- 
ment après la mort du duc de Bouillon. 

Fonds français, n" 4040. In-fol. Ane. 9032. Relié aux armes 
de Béthune. 132 fol. Très bonne copie. 

F. fr., n» 5767. Petit in-4o de 381 fol. xviii« siècle. 

— 10293. In-fol. de 192 fol. Ane. suppl. fr. Copie du 

xvii« siècle. 

— \ 1454 . Copie sans intérêt, allant de la p. 65 à la p. 210. 

— 15614. In-fol. de 137 fol. Ane. Saint-Germain, col- 

lection Coislin. 

— 15664. In-fol. de 498 fol., contenant une histoire du 

duc de Bouillon, rédigée, d'après ses Mé- 
moires, par l'abbé J. de La Barrière, abbé 
de Saint-Seré, près Bordeaux. 

— 17325. In-fol. de 45 fol. de la collection Coislin; s'ar- 

rêtant en 1581. 

— 18626. Copie du xvii^ siècle, fol. 47 à 243. 

— 23233. In-fol., du fol. 163 à 261. Ane. Saint-Victor, 

1098. 

— 23238. Fol. 7 à 95, appartenant, en 1643, aux Minimes 

de Paris, une des plus anciennes et plus 
correctes copies. 

— 23391. Fol. 219 à 322. Copie mauvaise et incomplète. 

Il faut ajouter un ms. de 109 ff., intitulé : Mémoires de feu 
M. le duc de Bouillon, provenant sans doute de l'abbaye de 
Saint- Germain -des -Prés, qui faisait partie de la collection 
Duitrowski, et est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale de 
Saint-Pétersbourg. 

Signalons encore le ms. 4119 de la Bibliothèque de l'Arsenal 
(Recueil Conrart, t. XIV), qui nous donne, p. 265, une copie du 
xvne siècle des Mémoires de Bouillon. 



AVERTISSEMENT. m 

Enfin, il existe à la Bibliothèque du ministère de la Guerre un 
manuscrit du xvii« siècle de 254 feuillets, coté A. H. h. 73, qui 
renferme le « Discours de Monsieur le duc de Bouillon, contenant 
l'histoire de sa vie, à Monsieur son fils. » La copie est bonne, 
mais s'arrête, comme celle de P. Dupuy, à l'année 1580. 

Quant aux lettres de Henri IV adressées au vicomte de Turenne, 
elles sont au nombre de trente-trois et complètent heureusement 
les Mémoires, se rapportant aux mêmes faits et aux mêmes per- 
sonnages. C'est dans un volume dépareillé des mss. fr, (Nouv. 
acquisitions, n° 4533) que nous les avons trouvées. Ce sont des 
copies faites au siècle dernier, sans doute sur les archives 
mêmes de Bouillon. Les originaux dispersés se rencontrent dans 
quelques collections d'autographes, une entre autres, dont la 
richesse est connue, celle de feu M. Alfred Morrison, de Londres. 
Notre collègue, M. L. de Kermaingant, qui connaît si bien les 
sources historiques de cette époque, ayant pu faire faire des 
copies de toute la série de la collection relative à Turenne, 
a eu l'extrême obligeance de nous les communiquer, ce qui a 
permis de comparer le texte autographe avec la version assez 
médiocre du ras. 4533. Au reste, le catalogue Morrison a été 
imprimé (1883-1888) et contient le plus grand nombre de ces 
lettres du roi de Navarre; mais ou sait qu'il a été strictement 
printed for private circulation et qu'il est à peu près aussi rare 
qu'un manuscrit. D'ailleurs, quelques-uns de ces billets ne se 
trouvent que dans la copie de la Bibliothèque nationale. Nous 
avons indiqué en note pour chaque lettre l'origine exacte, et nous 
avons essayé de rétablir l'ordre chronologique, assez difficile à 
fixer en l'absence des dates. 

Cette suite, très vivante et très primesautière, comblera une 
des nombreuses lacunes des Lettres missives, le recueil de MM. Ber- 
ger de Xivrey et Guadet contenant à peine deux ou trois lettres 
adressées au vicomte de Turenne par Henri IV. 

Les autres pièces inédites proviennent soit des Archives natio- 
nales, soit des archives de Genève, soit des manuscrits de la 
Bibliothèque nationale. On en trouvera la nomenclature à la table. 



LE VICOMTE DE TURENINE 



Héritier d'une vieille et noble race, de bonne heure maître 
de ses destinées, gâté souvent par la fortune, le vicomte de 
Turenne semble avoir toujours rêvé ce qu'il ne pouvait obte- 
nir et mal supporté le second rang. Il commença à intriguer 
dès quinze ans, ne cessa presque point toute sa vie; et, 
prince souverain, maréchal de France, d'une intelligence 
peu commune, l'un des plus riches et plus puissants sei- 
gneurs de son temps, il courut, sous quatre rois, des aven- 
tures peu glorieuses et finit par mourir dans l'isolement, 
presque dans l'exil, sans laisser autour de lui ni sympathies 
ni regrets. 

C'est de sa jeunesse particulièrement qu'il est utile de 
rappeler les phases principales, puisqu'il est alors un per- 
sonnage fort en vue, très mêlé aux luttes religieuses de la 
fin du XVI® siècle, dont tous les historiens du temps pro- 
noncent souvent le nom, et que les Mémoires qu'il a écrits 
à l'âge de cinquante-quatre ans s'arrêtent avant l'avène- 
ment de Henri IV, avant que, devenu, par la grâce de son 
roi et de son ami, duc de Bouillon et prince de Sedan, il ne 
soit pour la France un voisin peu commode, parfois presque 
un ennemi. 

Henry de la Tour d'Auvergne naquit en 1555, au châ- 
teau de Joze près Clermont, et perdit presque aussitôt sa 
mère, qui était la fiUe aînée du connétable de Montmorency. 



VI LE VICOMTE DE TURENNE. 

Son père, blessé mortellement à Saint-Quentin, le laissa 
orphelin deux ans plus tard. Elevé à Chantilly ou à la cour 
par son aïeul, il n'avait que douze ans quand il le vit sifc- 
comber le surlendemain de la bataille de Saint-Denis, après 
avoir fait, à ses côtés, l'épêe à la main, cette fameuse 
retraite de Meaux qui exaspéra à tel point Charles IX 
contre les huguenots que, sans ce souvenir toujours présent, 
le jeune roi n'aurait jamais donné son consentement à la 
Saint-Barthélémy. 

Son éducation fut des plus soignées ; on le verra plus tard 
adoucissant sa captivité aux Pays-Bas par la lecture des 
auteurs grecs et latins. Elégant, beau diseur, ayant eu dès 
son enfance une sorte de maison princière, allié à la noblesse 
la plus brillante et la mieux pourvue, il accompagna son 
oncle, le maréchal de Montmorency, dans une ambassade 
en Angleterre et sut plaire à Elisabeth qui ne dédaignait pas 
les plus imprévus et les plus tendres hommages ; en même 
temps, il se mettait dans les bonnes grâces du dernier fils de 
Catherine deMédicis, le duc d'Alençon, et tentait de parta- 
ger sa fortune en prenant une part importante à la conspi- 
ration de 1574, dans laquelle La Mole paya de sa vie son 
dévouement inconsidéré aux jeunes princes rebelles. Par 
une singulière contradiction, il embrasse alors la religion 
nouvelle, par horreur, prétend-il, des persécutions; ce qui 
ne l'empêche pas de participer, avec l'armée royale, au 
siège de la Rochelle et de rester le fidèle ami de ce François 
de Valois, dont ni le caractère ni les mœurs n'auraient dû 
satisfaire sa rigidité huguenote. Il est vrai qu'il n'avait 
aucun penchant pour Henri III et qu'il n'hésita pas à 
suivre son autre oncle Damville, se mettant à la tête de 
tous les mécontents du Languedoc, guerroyant dans le 
Quercy et donnant la main au duc d'Alençon quand il 



LE VICOMTE DE TURENNE. vu 

s'échappa de la cour. Mal récompensé par le nouveau duc 
d'Anjou de ses services, il passa au roi de Navarre, et lui 
apporta à Périgueux, à Agen, dans le Limousin et dans la 
Gascogne, un bon appoint de troupes, lors de la guerre qui 
aboutit, en septembre 1577, à la paix de Bergerac. 

Plus jeune de deux ans que le Béarnais, il n'en prend 
pas moins une influence très grande sur celui qui l'avait 
gratifié de sa plus intime confiance; et il semble afîecter, 
à son égard, une supériorité quelque peu dédaigneuse, que 
dénotent beaucoup de traits de ses Mémoires. Les contem- 
porains ne s'y trompèrent point. Lors des délicates entre- 
vues et des discussions animées qu'occasionna le voyage 
de la reine mère dans le Midi pour les conférences de Nérac, 
dans l'hiver de 1578-1579, c'est toujours le vicomte de 
Turenne qui parle au nom du parti protestant, qui com- 
mande aux gens de guerre, comme aux ministres de la Reli- 
gion, qui affiche des exigences au-dessus de son âge; et 
quand, plus tard, Catherine de Médicis négociera avec le 
cardinal de Bourbon et le duc de Guise le fameux traité 
de Nemours, elle écrira spirituellement à Henri III : 
« Monsieur de Guise est comme le maistre d'escole et fait 
tout ainsy du cardinal ce que faisoit en Guyenne, quand j'y 
estois, le viconte de Turenne du roy de Navarre. » 

La paix conclue, c'est Turenne qui est le commissaire 
chargé d'arranger toutes les querelles ; son pouvoir grandit 
chaque jour, ayant revendiqué en outre les fonctions de 
lieutenant-général du gouvernement du Haut-Languedoc, 
pour avoir seul l'honneur et la responsabilité qu'il parta- 
geait auparavant en Guyenne avec le roi de Navarre. Mais 
cette tâche pacifique ne suffisait ni à son ambition ni à son 
activité. Son ancien compagnon d'intrigues, le duc d'An- 
jou, ayant brigué la souveraineté des Pays-Bas et organisé, 



VIII LE VICOMTE DE TURENNE. 

contre la puissance de l'Espagne dans les Flandres, une 
véritable expédition à laquelle toute la noblesse française 
prenait part, le vicomte leva à ses frais une petite armée et 
voulut courir l'aventure. Au premier pas, sa présomption 
le fit échouer devant Cambrai, et il resta trois ans prison- 
nier du prince de Parme. 

Rendu à la liberté après la mort de François de Valois, 
il revient au roi de Navarre et le pousse à reprendre la 
guerre civile. Sa lutte en Guyenne contre le duc de 
Mayenne est racontée par lui aved de nombreux détails ; et 
il ne dissimule pas que, sans sa vigueur, la résistance n'au- 
rait jamais été aussi efficacement organisée ; mais il inter- 
. rompt ses souvenirs à la veille de Coutras, où il faisait 
l'office de sergent de bataille et où il aurait perdu la partie 
s'il n'avait pas pu compter sur l'habile et brillante inter- 
vention du Béarnais. 

Turenne avait trente-deux ans à peine. Sa vie était déjà 
assez remplie pour pouvoir être donnée en exemple à son 
fils le prince de Sedan; c'est le motif, nous dit-il, vingt ans 
plus tard, en 1609, qui l'a fait écrire. Avait-il poussé plus 
loin son récit? Le P. Lelong semblait le croire au siècle 
dernier, quand il réclamait la publication de la seconde 
partie des Mémoires. Mais tous les manuscrits s'arrêtent 
au même point; et les papiers de Bouillon, qui sont arrivés 
aux Archives nationales, ne donnent aucune indication, ni 
aucune pièce pouvant faire supposer que le travail ait jamais 
été achevé. Peut-être le vicomte, devenu duc de Bouillon, 
aurait-il été fort embarrassé d'expliquer sa conduite sous 
Henri IV. 

Toujours est-il qu'il suffira de résumer en quelques mots 
la fin de sa carrière. Le roi de Navarre, devenu roi de 
France, voulut récompenser le concours que Turenne, en 



LE VICOMTE DE TURENNE. IX 

dépit de son caractère ombrageux, lui avait prêté, dans les 
camps comme dans les négociations à l'étranger, par sa 
vaillance et son esprit fécond en ressources. Il lui fit obte- 
nir, en 1591, la plus riche héritière du temps, Charlotte de 
La Mark ; il le créa maréchal en 1592. Sa femme étant morte 
deux ans plus tard, en lui laissant tous ses biens, il épousa 
bientôt une fille du Taciturne, Elisabeth de Nassau; et, dès 
lors, de sa principauté de Sedan, il essaya de se mêler en 
Europe à toutes les combinaisons politiques qui, en servant 
les intérêts protestants, pouvaient accroître sa maison. Plus 
diplomate qu'homme de guerre, il ne servait Henri IV 
qu'autant que celui-ci pouvait être utile à ses parents et à 
ses coreligionnaires de Hollande, et il ne tarda pas à se 
brouiller entièrement avec lui. Au moment de la conspira- 
tion de Biron, alla-t-il jusqu'à la trahison? C'est probable; 
mais le roi aima mieux pardonner; et le duc de Bouillon, 
au lieu de l'en remercier, avoua en quelque sorte sa faute, 
en se retirant à Heidelberg, chez son beau-frère l'Electeur 
palatin. Henri IV perdit patience et fit une énergique 
démonstration militaire contre Sedan. Bouillon, abandonné 
de ses alliés, fut obligé de traiter, consentant à recevoir 
chez lui, pendant quatre ans, une garnison française. Tou- 
jours généreux, le Béarnais se contenta d'une prise de pos- 
session solennelle, et, au bout d'un mois, retira ses troupes. 
L'affection qu'il portait à Louise de Coligny, belle-mère de 
la duchesse de Bouillon, le disposa sans doute à l'indulgence ; 
et puis, il n'était pas fâché d'éloigner du Périgord et des 
provinces protestantes du JVlidi l'ancien vicomte de Turenne 
qui y avait conservé beaucoup d'influence. 

Bouillon se garda sagement de toute compromission jusqu'à 
la mort de Henri IV, Sous la régence de Marie de Médicis, 
il recommença ses intrigues, se déclara l'adversaire acharné 



X LE VICOMTE DE TURENNE. 

de Sully, qui était aussi bon huguenot pourtant que lui, et 
osa bien s'allier à Concini et flatter l'ambition du favori de 
la reine, combattant même ses coreligionnaires à l'assemblée 
de Saumur. Puis, il se retourna, jaloux du duc de Rohan, 
contre le pouvoir royal, et essaya de soulever le Parlement, 
se joignant au parti des princes et méritant comme eux d'être 
traité en rebelle. Après l'assassinat du maréchal d'Ancre, 
il essaya sans succès de donner des conseils au jeune 
Louis XIII ; mais, rendu prudent par l'âge, il se confina 
bientôt à Sedan, se livrant avec faste à l'encouragement des 
lettres et des arts dans sa petite principauté, protégée par sa 
situation même entre la France, les Pays-Bas- et l'Alle- 
magne. Tandis queLuynes assiégeait Montauban, il laissait 
les protestants de sa vicomte aux prises avec la guerre, 
écrivant au roi pour l'assurer de sa fidélité. Deux mois 
après la signature de la paix, il mourait à Sedan, le 25 mars 
1623, à près de quatre-vingts ans. 

Des deux fils qu'il laissa, l'un prit tous ses défauts et mérita 
d'être appelé comme son père « l'homme le plus remuant et 
le plus inquiet de son temps ; » l'autre hérita de ses quali- 
tés, en y joignant une science militaire incomparable, et 
aurait suffi seul à illustrer le nom de Turenne. 



MÉMOIRES 



DE 

HENRY DE LA TOUR D'AUVERGxNE, 

VICOMTE DE TURENNE, ET DEPUIS DUC DE BOUILLON, 

ADRESSÉS A SON FILS, LE PRINCE DE SEDAN*. 



Mon fils, 
J'ay creu n'avoir pas assés faict pour vous en vous 
mettant au monde par la bénédiction de Dieu, mais 
que mon amour vers vous et Fhonneste désir de per- 
pétuer l'honneur et la vertu en nostre race, et plus 
que tout cela la reconnoissance que je doibs rendre à 
Dieu de nous avoir faicts de rien et m'avoir conservé 

1. La px'emière édition, publiée en 1766, à Paris, « en la 
boutique de Langelier, » était précédée d'un avertissement 
qu'il est intéressant de reproduire : 

Le libraire au lecteur. 

« Ce livi'e, pour estre escrit il y a quelque temps, ne laisse 
pas d'estre dans la pureté du langage autant que l'on l'y peut 
souhaitter; il y a pourtant quelques mots qui ne manqueront 
pas de choquer l'oreille à quelques délicats. Mais, pour le 
tour de la phrase et la façon de l'énoncer, elle y est aussi belle 
que celle dont on se sert aujourd'huy. C'est pour cela qu'il 
auroit esté très facile, changeant quelques mots, de le mettre 

1 



2 MÉMOIRES 

et gardé comme la prunelle de son œil; ces choses, 
dis-je, me convient d'ajouter trois bienfaits à celui de 
la naissance : en premier lieu, de vous faire soigneu- 
sement instruire en la vraye religion et rendre capable 
de cognoistre les fausses et erronées opinions, et cela 
par la science des Sainctes Lettres, dans lesquelles 
seulement Dieu nous a donnéla règle et le formulaire 
comment il veut estre servy et honoré de nous, vous 
exhortant à vous rendre désireux et diligent aux 
leçons qui vous en seront faictes, comme celles qui 
peuvent vous faire jouir des biens et honneurs que 

dans la politesse de nostre temps, et je n'ay pas trouvé à pro- 
pos de le faire, à moins que de m'exposer à corrompre l'exem- 
plaire; et si je l'avois fait autant de fois que la nécessité sembloit 
le requérir, l'original sur quoy ce livre est imprimé n'auroit 
plus semblé qu'une coppie fort corrompiie. Il y a néant- 
moins quelques mots de changez; mais ce sont ceux dont on 
n'entend plus parler aujourd'huy, comme « entregent, cuider, » 
etc., qui sont pourtant très significatifs et dont je n'ay pu en 
trouver d'une si forte expression ; aussi n'y en a-t-il pas une 
douzaine de changés. 

« Je me persuade d'autant plus que ces Mémoires seront 
bien receus des personnes de condition, que chacun sçait que 
Monsieur le duc de Bouillon estoit un homme très capable 
d'en faire ; et, en effet, je crois qu'on les estimera plus que 
ceux que nous avons veu paroistre depuis quelque temps, 
parce qu'il n'y a rien de trop long et qui puisse ennuyer, et 
néantraoins il enseigne; et il n'est pas besoin de sçavoir une 
histoire entière pour y pouvoir comprendre quelque chose, 
comme sont ceux de la Régence de la Reyne Marie de Médicis. 

« Il n'y a rien aussi de bas et de peu de conséquence (ce qui 
devroit estre absolument horz de ces sortes de Mémoires). Il 
ne parle point, comme fait un autre, qu'on luy a donné une 
fois à disner, une autre fois la collation; et enfin, il n'entre- 
tiendra point le lecteur d'une chienne ou d'un autre semblable 
animal. » 



DU VICOMTE DE TURENNE. 3 

reçoivent ceux qui craignent Dieu ; ensuite de mettre 
Testât de vos biens au meilleur et plus assuré terme 
que la vicissitude des choses humaines le peut désirer ; 
pour le dernier, c'est de vous rendre capable, si Dieu 
vous continue en ce monde un bon aage, que vous 
puissiez estre instruit aux vertus morales et poli- 
tiques. 

De cecy il y a quantité de hvres faits par toutes 
sortes de personnes, où les instructions sont en très- 
grand nombre, desquelles vous serez aydé en appre- 
nant la langue latine, aux heures que ceux qui auront 
charge de votre instruction vous donneront pour la 
lecture de ces mesmes livres. Mais d'autant que sou- 
vent les préceptes ne peuvent pas tant sur nous que 
les exemples, mesmement de ceux qui nous sont 
proches et familiers, j'ay voulu vous tracer icy le 
cours de ma vie, qui a esté accompagnée de plusieurs 
contrariétés, de bonheur et de malheur, d'actions 
louables et d'autres blasmables. 

Elle commença sous le règne de Henry II, et est 
maintenant avancée à cinquante- quatre ans et six 
mois, sous le règne de Henry IV. 

Nostre maison tient de celle des anciens comtes 
d'Auvergne^ ; mon père mourut en la bataille dicte de 

1. Les renseignements généalogiques sur la maison de la 
Tour d'Auvergne se trouvent partout. Nous ne donnerons que 
les dates indispensables. François II, vicomte de Turenne, 
était lieutenant-général de l'Ile-de-France; il fut ambassadeur 
à Rome en 1528. Son fils, François III, épousa, en 1545, Eléo- 
nore de Montmorency, fille aînée du connétable; il en eut deux 
enfants, Madeleine de la Tour, dite Mademoiselle de Montgas- 
con, née le 25 août 1556, mariée en 1572 à Honoré de Savoie, 



4 MÉMOIRES [1562 

Saint-Quentin, m'ayant laissé en l'aage de près de 
trois ans avec fort peu de support et faveur^. Une 
sœur que j'avois et moy fusmes menés, à l'aage d'un 
peu plus de trois ans, à Chantilly, où estoit Anne de 
Montmorency, connestable de France, et Magdelaine 
de Savoye sa femme, nos grands père et mère : là, 
ceux qui faisoient mes affaires convinrent d'une 
légère pension annuelle pour nostre entretenement. 
Sur les six ans de mon aage, on me donna un gouver- 
neur nommé Ville-montée, un précepteur, un valet de 
chambre et un page; ledict Ville-montée se trouva 
d'humeur colère et bizarre, qui fut occasion qu'il 
demeura peu de temps près de moy : mon précepteur 

comte de Tende, veuve l'année même, et Henri de la Tour, 
plus âgé d'une année seulement, qu'elle aimait particulière- 
ment et auquel elle laissa, en 1580, tous ses biens. 

1. Henri naquit au château de Joze, en Auvergne, le 28 sep- 
tembre 1555. Il avait deux ans quand il perdit son père, veuf 
depuis un an. C'est entre 1609 et 1610 qu'il s'occupa de la 
rédaction de ses Mémoires ; il était alors âgé de cinquante-cinq 
ans et ne mourut qu'en 1623, mais sans avoir jamais repris la 
suite de ses souvenirs, qui s'arrêtent à 1586. Marié en 1591 par 
Henri IV à Charlotte de la Marck, héritière du duc de Bouillon, 
il la perdit en 1594 sans en avoir eu d'enfants; mais elle lui 
laissa ses biens considérables et son titre; et le roi négocia 
pour lui un second mariage avec Elisabeth de Nassau, fille du 
prince d'Orange et de Charlotte de Bourbon. Il en eut deux 
fils et six filles ; et c'est à l'aîné Frédéric-Maurice, prince de 
Sedan, né en 1605, qu'il adressa ses Mémoires. Le second fut 
l'illustre Turenne. — Le P. Anselme fait ainsi l'énumération 
des titres de Henri de la Tour jusqu'à ce qu'il devînt duc de 
Bouillon : « Vicomte de Turenne, de Castillon, de Lanquais, 
comte de Montfort et de Méréglisse, seigneur de Montgascon, 
d'OUiergues, de Limeuil, de Fay, de Sevissac, de Saint-Bon- 
net, de Novatelles, le Croc et Ferrières. » 



1565] DU VICOMTE DE TURENNE. 5 

commença à m'enseigner la langue latine et les pre- 
miers rudimens de la sphère et des cartes, à quoy je 
profitois beaucoup en l'un et l'autre, et avec plaisir. 

Madame la connestable, une des superstitieuses de 
son temps, prit fantaisie que les sciences me feroient 
estre de la religion en laquelle Dieu m'a appelle en 
son temps, qui fut cause, à mon grand mal, de me 
faire oster mon précepteur, et par là le moyen d'ap- 
prendre les langues et la philosophie; qui m'a esté un 
grand defîaut pour les charges que j'ay eues, ainsi que 
le pourrez apprendre par la continuation de mon 
discours. 

Lors, la maison de Montmorency n'avoit plus de 
faveur, et estoit suspecte à la Reyne mère du Roy, 
pour la proximité qu'il y avoit entre ceux de Ghastillon 
et elle : ma nourriture prise et reçue là dedans, et 
leur estant si proche, m'enveloppa, quoyque jeune, 
dans les occurrences familières de cette maison ; je 
demeuray audict Chantilly jusqu'à dix ans, où, pour 
bonheur, j'eus la bonne grâce de mon grand-père. 
Mon esprit assez prompt, mais soigneux d'ouyr et 
retenir les choses bien dictes, me fit, dès mon jeune 
aage, admirer la vertu et sagesse de mondict sieur le 
connestable, et avoir réservé tout le temps de ma vie 
des propos et façons que je remarquois en luy, qui 
m'ont esté d'une incroyable utilité. 

A dix ans, je fus mené à la cour du règne du roy 
Charles IX, où je reçus du Roy, de la Reyne sa mère, 
et de Messieurs d'Anjou et d'Alençon, fort bon visage, 
la cour ayant le Roy en minorité, la Reyne sa mère qui 
se vouloit maintenir au gouvernement de Testât de 
son fils, les factions de Mons"^ de Guyse qui se for- 



6 MÉMOIRES [1566 

moient; ceux de la Religion, se défians et recognoissans 
la faute qu'ils avoient faite d'avoir quitté la cour dès 
les premiers troubles, essayoient de s'y restablir. Le 
roy Charles, d'un beau et excellent esprit, fut par sa 
nourriture conduit à divers vices, comme à la cruauté 
et aux juremens. D'autant que mon aage approchoit 
plus de celuy de Mons"^ d'Alençon, je me mis à le 
suivre plus que le Roy et Mons"" d'Anjou ; j'allois et 
venois avec Mons"^ le connestable à la cour, où on 
m'avoit donné un gouverneur nommé Rofignac^, qui 
avoit esté nourry page de mon père, un très-honneste 
et sage gentilhomme, qui avoit un grand soin demoy 
et de mes mœurs, et lequel j'aymois, honorois et 
craignois bien fort; j'eus un escuyer, nommé La 
Boissière^, qui, en l'absence de Mons"" de Rofignac, 
me servoit de gouverneur, deux pages, un fourrier, 
un cuisinier, un sommelier, deux laquais et un argen- 
tier; mon tuteur, qui estoit Mons"" deChavigny^, me 

1. Le s"" de Rofignac ou Rafignac était d'une ancienne 
famille du Limousin; on le qualifie de chancelier de l'ordre du 
roi et de gentilhomme de la chambre du duc d'Anjou. 

2. Peut-être Jean de Chambord et de la Boissière, seigneur 
de Gisors, serviteur de six rois en qualité de maître d'hôtel, 
et qui ne mourut qu'en 1614 à quatre-vingt-onze ans. Deux 
de ses fils furent tués à la bataille d'Ivry. 

3. François Le Roy, sieur de Chavigny, plus tard comte de 
Clinchamp, capitaine des gardes, était un protégé de la mai- 
son de Montmorency. Il devint ensuite ligueur, fut capitaine 
des cent gentilshommes de la maison du roi, puis lieutenant- 
généi'al du gouvernement d'Anjou, de Touraine et du Maine. 
II avait épousé Antoinette de la Tour, tante du vicomte de 
Turenne. En 1585, il voulut le dissuader de faire la guerre au 
roi, lui promettant que Mayenne épargnerait ses domaines. Le 
curateur de Turenne était Marcellin de Champetières. 



1567] DU VICOMTE DE TURENNE. 7 

donnoit 12,000 liv. par an pour toute ma dépense. Je 
demeuray ainsi depuis la dixiesme année jusques à la 
douziesme ou environ, prenant ma nourriture à la 
manière de la cour, conduit et observé par mon gou- 
verneur pour me faire voir les plus grands de la cour 
et y observer les choses honnestes, me cachant les 
vicieuses ; et où elles estoient remarquées de moy, il 
ne manquoit pas de m'en dire les dangers, pour les 
éviter. 

Avec cette induction et mon esprit, qui estoit assez 
relevé, j'observois non-seulement ce qui convenoit à 
mon aage et aux occupations convenables, mais aux 
plus sérieuses affaires : ce que je pouvois facilement 
faire, n'y ayant aucune porte fermée, ny conseil où je 
n'entrasse, comme un enfant qui avoit bien de la bien- 
vueillance du Roy, de la Reyne et de Messieurs. 

Lors se disposèrent les seconds troubles par la levée 
de six mille Suisses que fit le Roy, sur le soupçon 
qu'on disoit avoir que le duc d'Alve venant aux Pays- 
Bas pour assujétir les dix-sept provinces en leur ostant 
leurs privilèges, ayant des forces, n'entreprist contre 
la France, ainsi qu'on tient pour maxime d'Estat que 
les roys et républiques souveraines se doivent armer 
toutefois et quantes que leurs voisins s'arment plus 
que de coustume. Ceux de la Religion ne crurent pas 
cela, mais que c'estoit un conseil pris à Rayonne lors 
que la reyne d'Espagne, accompagnée du duc d'Alve, 
y vint voir le Roy et la Reyne sa mère, de ruiner ceux 
de la Religion en France et aux Pays-Bas ; ce qui leur 
donna sujet de faire l'entreprise de Meaux, laquelle 
estoit d'oster Messieurs de Guyse d'auprès du Roy, et 
de changer quelques-uns du Conseil. 

Les soupçons de part et d'autre croissans, le Roy 



8 MÉMOIRES [Sept. 1567 

envoya vers Mons*" l'admirai de Chastillon diverses 
personnes pour entendre la cause des mescontentemens 
de ceux de la Religion ; ledict admirai n'en advouoit 
rien, et donnoit Testât où il estoit pour preuve, estant 
à sa maison de Chastillon avec son train, soignant à 
son mesnage et faisant travailler à ses vignes i. La cour 
vint à Monceaux environ le 22 ou le 23 septembre, où 
il me souvient qu'il fut tenu un conseil où la Reyne 
mère proposa les occasions que ceux de la Religion 
donnoient de prendre garde à eux et de pourvoir à 
la seureté du Roy et du royaume, que les recherches 
d'hommes et d'armes, qu'on sçavoit qu'ils faisoient 
secrètement partout le royaume, monstroient assez que 
ce n'estoit pas à ceux de la maison de Guyse à qui ils 
en vouloient, mais au Roy et à l'Estat; que si ce 
n'estoit qu'à ceux de Guyse à qui ils en vouloient, que 
le Roy adviseroit de les contenter. Il est à remarquer 
que tous ceux de ladicte maison s'estoient retirés de la 
cour, afin d'oster l'occasion à ceux de la Religion de 
se servir d'eux pour prétexte de leurs entreprises. 
Mons' le chancelier de L'Hospital prit la parole, et dict 
qu'il y avoit trop long-temps qu'on voyoit naistre ces 
mescontentemens sans y avoir cherché les remèdes; 
qu'il falloit pourvoir à la seureté du Roy, mais, s'il se 
pouvoit, que ce fust sans les armes, d'autant qu'elles 
donneroient sujet à ceux de la Religion d'en faire 
autant^, et que, les uns et les autres proches et armés, 
il seroit malaisé qu'on n'en vinst aux mains; que 

1. Pasquier dit qu'on le trouva « habillé en mesnagier et 
faisant ses vendanges. » 

2. Cette attitude du chanceliei' a été sévèrement jugée par 
M. Dupî-é-Lasalle dans son Michel de VHospital, 2^ partie, 
1899, in-8°, p. 210. 



Sept. 1567] DU VICOMTE DE TURENNE. 9 

racheminement des Suisses estoit la cause de ces 
méfiances ; qu'il jugeoit à propos qu'on envoyast vers 
Mons"^ l'admirai luy offrir de ne faire avancer les 
Suisses, et que le Roy vouloit pourvoir à son conseil 
et administration de ses affaires, et y donner à luy et 
aux autres de la Religion le lieu qu'ils y pourroient 
tenir, et de mesme vers Mons' le prince de Gondé, se 
promettant que, si de bonne foy on tenoit ce procédé, 
que les malheurs qui menaçoient cet estât s'appaise- 
roient, estimant et croyant que ceux de la Religion ne 
désiroient autre chose que de servir le Roy. La Reyne 
mère reprit la parole, et dit : « Monsieur le chancelier, 
voulez-vous répondre qu'ils n'ont autre but que de 
servir le Roy? — Ouy, madame, repliqua-t-il, si on 
m'assure qu'on ne les veuille pas tromper. » Sur cela, 
le conseil se leva, et fut résolu qu'on iroit à Meaux, et 
qu'on y feroit avancer les Suisses. 

La cour y arriva le 26 septembre : le lendemain y 
arrivèrent les Suisses ; le Roy et toute la cour monta à 
cheval, où j'estois, pour les aller voir : c'estoient les 
premiers que j'avois veus. Les advis croissoient des 
armes de ceux de la Rehgion, et qu'ils estoient à che- 
val. Le soir du 28, on fit entrer trois compagnies de 
Suisses en garde, et on fit loger au Neuf-Marché * tout 
le reste. On sceut que Mons' le prince, l'admirai^, d'An- 
delot et de Mouy^ estoient avec quelque nombre 

1. Au marché neuf de Meaux. 

2. Coligny, le cardinal de Châtillon et d'Andelot étaient ses 
cousins-germains, comme fils de Louise de Montmorency, sœur 
de son père. 

3. Louis de Vaudray, seigneur de Mouy, puîné de la maison 
de Saint-Phalle. Il était déterminé huguenot et fut assassiné à 
Niort, en 1569, par Maurevert, celui-là même qui devait, à la 



10 MÉMOIRES [Sept. 1567 

d'hommes à cinq ou six lieues de Meaux. Soudain on 
y envoya Mons"" le mareschal de Montmorency ^ vers eux 
pour entendre la cause de leurs armes ; mais il y alloit 
principalement pour faire le service qu'il fit, et que 
nul autre que luy ne pouvoit faire, estant ce seigneur 
très sage et aimant l'Estat, qui luy avoit fait tousjours 
avoir des mal-veillans, estant lors soupçonné de s'en- 
tendre avec Mons"" l'admirai, parce qu'il avoit tousjours 
ses conseils portés à ne donner tant d'autorité à la mai- 
son de Guyse, qu'il croyoit avoir le but de son accrois- 
sement en la ruine de l'Estat. 

Il trouva ces messieurs prests de monter à cheval 
pour se trouver le 29, qui estoit le lendemain, avant 
le jour, à l'ouverture des portes de Meaux, et là, avec 
leurs armes, représenter au Roy les moyens d'asseurer 
son Estât en réformant son Conseil, et n'y admettant 
point ceux de la maison de Lorraine. Ledict sieur de 
Montmorency les arreste, et leur demande temps de 
conférer, estimant qu'il leur feroit des ouvertures pour 
leur donner satisfaction. Aussitost il dépesche au Roy 
et à Mons' le connestable, son père, l'advertissant de 
Testât où estoient les affaires, qu'il se promettoit de les 
retenir là jusques sur les huict heures, pour donner 
loisir au Roy de s'en aller à Paris. 

Cet advis receu, soudain on se résout de partir, et 
commença-t-on dès le soir à charger le bagage. J'eus 
ce jour-là douze ans ; j'avisois ces choses comme bien 
nouvelles, et ne laissois pas de remarquer qu'elles se 
faisoient avec grande précipitation, et ay trouvé depuis, 

veille de la Saint -Barthélémy, blesser l'amiral dans le guet- 
apens du Louvre. 

1. Fils aîné du connétable. 



Sept. 1567] DU VICOMTE DE TURENNE. H 

selon les expériences que j'ay eues, cela étrange 
d'avoir de la crainte, considéré que tout ce qui parut 
le lendemain de forces avec Mons"^ le prince ne fut pas 
de deux cents chevaux, harassés et assez mal armés, et 
le Roy avec six mille Suisses, les quatre compagnies 
du corps, les cent Suisses de sa garde, et plus de 
trois cents gentilshommes : néantmoins il est à croire 
que si lesdicts de la Religion n'eussent esté arrestés, et 
qu'avant de sortir de Meaux ils se fussent trouvés sur 
la porte, qu'on eust eu difficulté de la fermer. Ce qui 
cause telles perplexités sont les meffiances qu'on a 
ordinairement des factions intestines, qui empeschent 
de suivre les meilleurs advis, pour la croyance qu'on 
a qu'ils seront traversés par ceux mesmes avec qui on 
les doit exécuter. 

Les portes de Meaux sont fermées, sauf celle qui va 
vers Paris, par où tous les bagages sortoient dès 
minuit, avec l'ordre qu'on voit ordinairement à la 
cour, et la peur faisoit bien voir divers embarras. 
A quatre heures, dix enseignes suisses commencèrent 
à marcher et se mettre en bataille sur le haut, et après 
elles le Roy, la Reyne, Messieurs et la cour, et après, 
les autres dix enseignes. Mons"^ le connestable estoit 
devant les dix premières enseignes, qui commença à 
les faire marcher, et fîsmes environ une lieue au plus 
en cet ordre. Mons"" de Montmorency arrive sur les 
huict heures, et dict qu'ils estoient à cheval, mais non 
avec tout ce qu'ils avoient, ayans quelques troupes 
qui ne s'estoient encore trouvées au rendez-vous qui 
leur avoit esté donné. Mons"" le connestable fît venir 
tous les Suisses, et mit le Roy et toute sa suite sur la 
main droite, et luy, avec ce qu'il y avoit de gens de 



12 MÉMOIRES [Sept. 1567 

faïf, se tenoit derrière et sur la main gauche, d'où 
ceux de la Religion pouvoient venir. Sur les onze 
heures, ils commencèrent à paroistre, et feu Mons'^de 
Brissac^, le tant valeureux gentilhomme, avec ce qui 
estoit de plus gaillard, les recognut, et y fut donné 
quelques coups, nous marchans toujours, et eux sur 
nostre aisle gauche, et derrière firent oster ce qu'il 
avoit de cavalerie devant les Suisses, et firent mine 
de vouloir donner dans les bataillons. 

Les Suisses , quoyque nouveau levés et de peu 
d'expérience, firent fort bonne mine, jettans leurs far- 
deaux, baisans la terre, et tournans la teste du batail- 
lon les picques baissées : cela arresta les autres, et 
commença-t-on à marcher droit à Glaye^ : ayant fait 
une demie-lieue, ceux de la Religion se préparent de 
venir aux mains, assaillans les Suisses en queue, 
s'estans séparés en quatre escadrons pour pouvoir 
donner par le flanc. Le Roy lors, avec ce qui estoit 
auprès de luy, mit l'espée à la main, et se jette à la 
teste du bataillon qu'il avoit retourné, où il avoit la 
queue, pour se mesler avec le plus prochain escadron 
des ennemis. 

Je fis comme les autres sans estonnement, me 
tenant le plus près du Roy que je pouvois, mon espée 
à la main, pouvant asseurer que mon courage m'estoit 
aussi certain pour me porter dans le péril que d'aucun 
autre, estimant qu'outre qu'aux personnes bien nées 

1. Presque tous les manuscrits portent : « gens d'effect; » 
mais c'est bien « gens de fait » qu'il faut dire. Cette locution 
du xv"^ siècle, souvent employée par Froissart, désignait des 
tx'oupes d'élite. 

2. Timoléon de Gossé-Brissac, fils du maréchal de ce nom. 

3. Claye-Souilly (Seine-et-Marne), à 15 kil. de Meaux. 



Sept. 1567] UU VICOMTE DE TURENNE. 13 

et de bonne race les courages sont avec eux dès leur 
enfance pour leur faire mépriser la vie lorsqu'ils sont 
appelles par l'honneur de la mettre en péril, la per- 
sonne de mon Roy, son danger, attiroit de moy le 
désir de le servir, ainsi que la nature oblige le sujet à 
aimer et vouloir servir son prince, et mesme lorsqu'il 
est en péril, ce que j'eusse fait dès lors en donnant 
ma vie pour garantir la sienne. Mons'' le connestable 
courut et s'avança près du Roy, qui faisoit cette esca- 
pade de son propre mouvement et sans conseil ; il luy 
prit la bride, et l'arrestant, luy dit ces mots que 
ouys : c< Sire, ce n'est pas ainsi que Vostre Majesté 
bazarde sa personne ; elle nous est trop chère pour la 
commettre à moindre troupe pour vous accompagner 
que dix mille chevaux françois. » Tout ainsi que la 
première fois ceux de la Religion s'arrestans, trouvans 
la teste et non la queue du bataillon, et les Suisses 
avec une bonne résolution, on continua à marcher 
jusqu'à Mitry; là, Mons"^ le connestable fit ferme avec 
les Suisses et fît avancer le Roy et toute la cour pour 
se retirer à Paris ; et demeurèrent avec Mons"^ le con- 
nestable tous ceux qui vouloient voir l'événement de 
ce jour. 

J'y demeuray, d'autant que mon gouverneur estoit 
allé à Mitry ^ faire accommoder le passage et mettre 
quelques pièces de vin sur le chemin pour rafraischir 
les Suisses. Gomme il fut revenu, Mons' le connestable 
me vit et me renvoya avec d'aigres et douces menaces, 
me montrant que, d'un costé, je n'estois pas capable 
d'un tel travail et danger, mais aussi qu'il estimoit 
de me voir en cet aage désireux d'apprendre et ne 

1. Mitry-Mory, cant. de Claye, à 22 kil. de Meaux. 



14 MÉMOIRES [Oct. 1567 

craindre le danger. Le sieur de Rofignac, mon gou- 
verneur, demeura, et le sieur de La Boissière, mon 
escuyer, s'en vint avec moy, qui rattrapa le Roy avant 
qu'il fust à Paris, d'où Mons' d'Aumale*, avec toute 
la noblesse, le chevalier du guet et autres qui purent 
monter à cheval, estoient sortis pour venir à la ren- 
contre du Roy, qui y arriva sur les sept heures du 
soir avec une grande acclamation de tout le peuple, 
qui estoit accouru de tous les endroits de la ville pour 
voir leur Roy réchappé du grand danger où l'on l'esti- 
moit. 

Mons"^ le connestable coucha à Glaye avec les Suisses, 
et le lendemain arriva au Bourget. Ceux de la ReUgion 
se logèrent à Sainct-Denis, où depuis, jusques à l'on- 
ziesme de novembre, que se donna la bataille de 
Sainct-Denis, se passèrent diverses occurrences de 
guerre où je n'avois aucune part, sinon que mon gou- 
verneur m'invitoit d'écouter et retenir ce qui s'en 
disoit, remarquer les louanges qu'on donnoit à ceux 
qui faisoient quelque acte de courage, et au contraire 
le blasme de ceux qui faisoient peu vaillamment : 
« Afin, ce me disoit-il, qu'estant en aage vous puissiez 
faire vostre profit de ce qu'aurez à cette heure appris, p 
J'estois assez prompt à cela, et recevois un grand 
profit des devoirs que me rendoit ce sage gentilhomme ; 
mon esprit néantmoins ne manquoit en un défaut 
naturel qu'il a eu, c'est de ne l'avoir pu arrester 
qu'avec peine, pour se rendre du tout attentif à une 
seule chose où il auroit à s'occuper ; le délaissement 

1. Charles de Lorraine, duc d'Aumale, cousin germain des 
Guise, dont la fille unique épousera, en 1618, Henri de Savoie, 
duc de Nemours. 



Nov. 1567] DU VICOMTE DE TURENNE. 15 

de l'étude avoit bien aidé, d'autant que les leçons 
m'eussent servy, ou de gré ou de crainte, à l'arrester 
pour les retenir, et cela m'eust habitué à le pouvoir 
arrester; mais n'ayant nulles heures destinées à cela, 
me trouvant tout le long du jour parmy le monde, 
voyant et oyant tousjours choses nouvelles, cela con- 
venant à mon naturel, je dévorois la pluspart des 
choses sans les digérer. Gela m'a, et en ce temps-là et 
depuis, fait paroistre le profit que je pouvois faire des 
choses que j'ay veues et ouyes, si j'eusse pu arrester 
mon esprit pour les comprendre. 

La bataille de Saint-Denis* se donna sur l'occasion 
que voulut prendre Mons"" le connestable, qui ayant 
sçeu que Mons"" d'Andelot estoit allé vers Estampes, 
ayant passé la rivière de Seine, et qu'il avoit mené 
avec luy plus du tiers de la cavalerie, de quoy 
Mons"^ le prince se trouvant affoibly, on pourroit le 
contraindre de venir au combat avec ce désavantage : 
ce qui arriva. L'événement de la bataille fut tel, que 
ceux de la Religion perdirent le camp le premier soir, 
Mons"^ le connestable^ blessé, dont il mourut le deu- 

1. La bataille de Saint-Denis est du 10 novembre 1567; elle 
commença à trois heures, et presque aussitôt les huguenots 
furent mis en déroute. 

2. Le connétable mourut à Paris le 12 novembre. Rappe- 
lons qu'il laissait de Madeleine de Savoie, sa femme, qui ne 
mourut qu'en 1586, cinq fils et sept filles, qui furent : Fran- 
çois de Montmorency, né en 1530, maréchal de France, gou- 
verneur de Paris, mort en 1579 ; Henri, né en 1534, duc de 
Banville, puis de Montmorency, amiral, maréchal, puis conné- 
table ; Charles, né en 1536, seigneur de Méru, puis duc de Dan- 
ville en 1610, colonel général des Suisses dès 1568, marié à la 
fille du maréchal de Cossé; Gabriel, baron de Montberon, tué 
à la bataille de Dreux en 1562; Guillaume, seigneur de Thoré 



16 MÉMOIRES [1568 

xième jour. Mons"^ d'Andelot, ayant ouy nouvelles du 
combat, marcha toute la nuit, et vint joindre Mons"" le 
prince, et se vinrent représenter sur le lieu du combat, 
bruslèreni quelques moulins à la veue de Paris. 

Mons'^ le connestable mort, sa compagnie de cent 
hommes d'armes fut séparée en trois, de quoy le Roy, 
à la prière de mes oncles, Messieurs de Montmorency, 
m'en donna un tiers et quarante-cinq archers, et fis 
ma première monstre dans le cloistre Saint-Honoré, 
armé, et fis mon premier serment au Roy. 

Ceux de la Religion deslogèrent, et s'en vinrent vers 
la Lorraine pour joindre les forces qui leur venoient 
d'Allemagne ; Monsieur eut lors le commandement de 
l'armée par la mort de Mons"^ le connestable : il partit 
de Paris avec l'armée du Roy, pour suivre l'armée 
de ceux de la Religion. 

Je demeuray à Paris près de Madame la connestable, 
allant quelquesfois au Louvre; mais cette année se 
passa en plusieurs cérémonies superstitieuses qui se 
firent pour mondict sieur le connestable, où il me 
falloit assister. Je n'avois, ainsi que j'ay dit, nulles 
estudes que la lecture de quelques histoires que mon 
gouverneur me faisoit lire ; mais ses honnestes admo- 
nitions m'estoient de très-bonnes leçons. J'estois des 

et de Dangu, capitaine de cinquante hommes d'armes, mort 
en 1593, qui avait épousé Anne, fille du comte de Lalaing, d'une 
maison bien connue de la Flandre; Eléonore, mariée à Fran- 
çois, vicomte de Turenne, en 1546, morte en 1557; Jeanne, 
mariée à Louis de la ïrémoïUe, duc de Thouars ; Catherine, 
femme de Gilbert de Lévis, premier duc de Vantadour; Marie, 
femme de Henri de Fois, comte de Caudale, mort en 1573, 
et trois religieuses. 



1568] DU VICOMTE DE TURENNE. 17 

plus grands de mon aage, d'une belle stature, le visage 
blanc et un peu pasle, d'une disposition médiocre, et 
faisant les exercices du corps assez agréablement. Je 
passay deux années commençant de monter à cheval, 
tirer des armes et danser. Lors qu'il se faisoit quelque 
partie à la cour de combattre à la barrière, j'en estois, 
opposé aux princes, qui n'estoient plus avancés que 
moy, le Roy me faisant cet honneur de me choisir 
pour cela beaucoup plustost que plusieurs autres. 

L'on avoit de ce temps-là une coustume, qu'il estoit 
messéant aux jeunes gens de bonne maison s'ils 
n'avoient une maistresse, laquelle ne se choisissoit par 
eux et moins par leur affection, mais, ou elles estoient 
données par quelques parens ou supérieurs, ou elles- 
mesmes choisissoient ceux de qui elles vouloient estre 
servies. 

Peu après je fus à la cour ; Mons'" le mareschal 
d'Amville, qui est à présent connestable de France, 
me donna mademoiselle de Chasteau-Neuf* pour mais- 
tresse, laquelle je servois fort soigneusement, autant 
que ma liberté et mon aage me le pouvoient permettre. 
J'estois soigneux de luy complaire et de la faire servir, 
autant que mon gouverneur me le permettoit, de mes 
pages et laquais. Elle se rendit très-soigneuse de moy, 
me reprenant de tout ce qui luy sembloit que je fai- 
sois de mal-séant, d'indiscret ou d'incivil, et cela avec 
une gravité naturelle qui estoit née avec elle, que 
nulle autre personne ne m'a tant aidé à m'introduire 

1. Renée de Rieux, demoiselle de Châteauneuf, née en 1550, 
maîtresse aussi de Henri III, qui la maria à Philippe Altoviti, 
capitaine de galères, créé comte de Castellane, assassiné, 
en 158G, par Henri d'Angoulême, grand prieur de France. 

2 



18 MÉMOIRES [1569 

dans le monde et à me faire prendre l'air de la cour 
que cette demoiselle, l'ayant servie jusques à la Saint- 
Barthélemy, et toujours fort honorée. Je ne sçaurois 
désapprouver cette coustume, d'autant qu'il ne s'y 
voyoit, oyoit ny faisoit que choses honnestes, la jeu- 
nesse plus désireuse lors qu'en cette saison de ne faire 
rien de messéant. Cette coustume avoit telle force, que 
ceux qui ne la suivoient estoient regardés comme mal 
appris, et n'ayans l'esprit capable d'honneste conver- 
sation ; depuis on n'a eu que l'effronterie, les médi- 
sances et saletés pour ornement, qui fait que la vertu 
est mésestimée et la modestie blasmée, et rend la 
jeunesse moins capable de parvenir qu'elle ne l'a esté 
de long-temps. 

La paix se fit. Incontinent après, les troisièmes 
troubles recommencèrent. Feu Mons' d'Alençon^ 
demeura à Paris, où je m'arrestay ; il me prit en une 
singulière amitié et moy luy, l'aymant et affectionnant, 
non comme frère de mon Roy, mais autant ou plus 
que personne qui fust. D'autant que j'ay passé plusieurs 
années près de luy, et en divers aages et en diverses 
saisons, je vous veux dépeindre ce qui estoit de son 
naturel lors; et, par la suitte de ce discours, vous 
verrez comme il avoit changé, et je vous induiray à 
remarquer combien les mauvais exemples et rappro- 
chement des personnes vicieuses ont de pouvoir à cor- 
rompre un bon naturel tel qu'il avoit. 

1. François, duc d'Alençon, et plus tard duc d'Anjou, était né 
à Fontainebleau le 18 mars 1554. H avait dix-huit mois de plus 
que Turenne. On le baptisa sous le nom d'Hercule, que la reine 
mère changea plus tard en celui de François, après la mort de 
son fils aîné. 



1569] DU VICOMTE DE TURENNE. 19 

Ce prince estoit de six mois plus vieux que moy, 
d'une stature moyenne, noir, le teint vif, les traits du 
visage beaux et fort agréables; son esprit doux, haïs- 
sant le mal et les mauvais, aymant la cause de la 
Religion ; la conception fort bonne, d'une conversation 
familière, ne luy paroissant aucune colère. L'amitié 
qu'il me portoit commença à me faire ressentir les tra- 
verses communes dans la cour, par l'envie que 
Mons'' de Saint-Sulpice ' conçeut contre moy, d'autant 
que l'amitié que Monsieur me portoit empeschoit qu'il 
n'aymast tant deux fils qu'il avoit près de luy, et com- 
mença à faire entendre à la Reine sa mère qu'il voyoit 
que je servois à former de petites intelligences de 
Monsieur avec Mons"" de Montmorency ; qui fit que la 
Reine écrivit à son fils, lui défendant de souffrir cela, 
et qu'on m'éloigneroit de lui si on entendoit plus telles 
choses. 

Monsieur soudain me montra la lettre, ainsi qu'il 
me communiquoit toutes choses : nous résolusmes la 
réponse, et qu'il en parleroit à Mons' de Saint-Sulpice, 
se plaignant de ceux qui faisoient tels rapports à la 
Reine pour le mettre en sa mauvaise grâce et pour 
m'éloigner de luy; que je ne parlois jamais de telles 
choses, priant ledict sieur de Saint-Sulpice d'asseurer 
la Reine du contraire, et du désir qu'il avoit de luy 
estre fort obéissant. Cela servit jusques à ce que Mon- 
sieur eut la petite véroUe, en telle mahgnité qu'elle le 
changea du tout, l'ayant rendu mescognoissable, le 

i. JeauÉbrardou Evrard, baron de Saint-Sulpice, chevalier 
de l'Ordre, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouver- 
neur du duc d'Alençon, qui avait été ambassadeur en Espagne 
de 1562 à 1565. 



20 MÉMOIRES [1569 

visage luy estant demeuré tout creusé, le nez grossi 
avec difformité, les yeux appelissés et rouges, de sorte 
que d'agréable et beau qu'il estoit, il devint un des 
plus laids hommes qui se voyoit ; et son esprit n'estoit 
plus si relevé qu'il estoit .auparavant. 

L'envie du sieur de Saint-Sulpice se servit de cette 
occasion, disant que Monsieur avoit pris cela allant 
en quelques compagnies de la ville où il y avoit de la 
petite vérolle dans la maison. Durant tout son mal, 
contagieux à moy qui ne l'avois point eue lors, cela 
nonobstant ne m'éloigna de luy, faisant mes exercices 
souvent avec luy, qui commençoit d'estre en considé- 
ration à la Reine sa mère, qui ne s'estudioit qu'à pos- 
séder ses enfans, et luy sembloit ne le pouvoir si bien 
faire qu'en les tenant en jalousie avec leurs frères, et 
en méfiance avec leurs serviteurs. Elle luy écrivoit 
souvent, et en une lettre l'avertissoit de ne se fier du 
tout à son gouverneur, ny autres qui avoient charge 
de luy ; mais qu'à elle seule il mandast ses conceptions : 
mauvaise procédure, en ce qu'elle de voit estimer qu'il 
pratiqueroit aussi bien cette leçon vers elle que contre 
les autres, et puis, qu'au lieu de donner à son gouver- 
neur le moyen de cognoistre ses humeurs et actions, 
pour aider et fortifier les bonnes et corriger les mau- 
vaises, elle faisoit qu'il les payoit d'hypocrisie et dis- 
simulation, vices dangereux et bien éloignés de la 
prudence qui est propre pour converser parmi le 
monde. 

Durant ce temps-là se donnèrent les batailles de 
Jarnac et Montcontour, et plusieurs grandes occasions. 
Il y avoit près de Monsieur huict ou dix jeunes 
hommes de bonne maison, entre lesquels estoit le 



1569] DU VICOMTE DE TURENNE. 21 

puisné de Grèvecœu^^ deux de Bressieux^ et le cadet 
de Saint-Sulpice^, qui depuis fut tué au siège de la 
Rochelle, lesquels m'aimoient. Un jour, devisant 
ensemble, nous parlions des actions de Mons'" de Bris- 
saC^ et de la grande réputation qu'il avoit, et combien 
estoient heureux ceux qui estoient près de luy ; nous 
vinsmes à plaindre nostre malheur de ne faire rien, 
que nous estions assez d'aage (qui n'atteignoit 
quinze ans au plus vieux), et prismes la résolution 
d'aller le trouver : la proposition nous sembloit tel- 
lement aisée, que nous croyons qu'elle estoit desjà 
exécutée. Quand nous vinsmes au combat, ce fut alors 
que les difficultés se présentèrent, les pères et gou- 
verneurs qu'il falloit tromper et pour diverses heures; 
vint au soin d'un chacun d'avoir des chevaux, que nos 
gens n'alloient faire seller, ny les laquais les amener 
que par le commandement des gouverneurs; d'argent 

1. Les Bonnivet étaient seigneurs de Crèvecœur. 

2. Le marquisat de Bressieux appartenait à la maison de 
Menillon de Grolée ; il passa ensuite par les femmes à celle de 
la Baume de la Suse. 

3. Armand Ébrard de Saint-Sulpice, tué le 8 août 1573 à 
l'un des assauts de la Rochelle, était le fils de Jean, l'ambassa- 
deur; son frère aîné, Bertrand, fut tué à Coutras; un autre 
était évêque de Cahors. — Voir V Histoire du Quercy de Cathala- 
Coture, t. II, p. 53. 

4. Le comte de Brissac, dont il est parlé plus haut, p. 12. 
C'était un gentilhomme accompli, dont les rares qualités ont 
été magnifiquement célébrées par Brantôme (t. VI, p. 124). 
Très jeune encore, il avait fait ses premières armes sous les 
ducs de Guise et de Nemours et était devenu, grâce à son père, 
colonel général des bandes du Piémont. Il combattit à Saint- 
Denis près du connétable, à Jarnac avec le duc d'Anjou, et 
fut frappé mortellement au siège de Mucidan, en Guyenne, au 
mois de mai 1569. 



22 MÉMOIRES [1569 

point; s'enquérans du chemin, comme gens qui 
n'avoient éloigné Paris de cinquante lieues ; le danger 
du chastiment venant à estre découvert; le méconten- 
tement de Monsieur, que j'estimois plus que tout le 
reste; nonobstant il fut résolu de suivre notre dessein, 
promesse solennelle entre nous de n'en rien dire : cha- 
cun avisa de quoy nous nous pourrions servir. 

Nous trouvasmes de quoy pouvoir estre servis de 
quatre chevaux : de deux des miens, par le moyen d'un 
grand laquais que je gagnay, qui se nommoit Philippe, 
et le cadet de Saint-Sulpice de deux de son frère 
aisné; pour de l'argent, nous trouvasmes jusques à 
soixante escus. 

Le jour pris, à quatre ou cinq jours de là, le jeune 
Bonnivet ne pust s'empescher qu'il ne le dist à son 
gouverneur, !e sieur de La Charlottière, qui aussitost 
en avertit Mons"" de Saint-Sulpice, et luy le sieur de 
Rofignac : les interrogations vinrent à un chacun de 
nous de celuy auquel il avoit à répondre ; je hésitay à 
avouer jusqu'à ce que mon gouverneur me dit tant de 
particularités, que je ne pouvois ignorer qu'il ne par- 
last avec une certitude entière; mon laquais fut 
appelle, son danger me fit moins craindre le mien 
d'estre fouetté, qui me fit tout avouer audict sieur de 
Rofignac, adjoustant qu'il n'y avoit qu'un désir d'ac- 
quérir de l'honneur qui nous poussoit à cela, que mon 
laquais m'avoit refusé plusieurs fois, mais que ma 
grande sollicitation l'avoit enfin engagé à me pro- 
mettre, que je suppliois mondict gouverneur de luy 
pardonner; ce qu'il fit après une rude réprimande sur 
la faute que je faisois de luy cacher mon désir, devant 
estimer qu'il ne déconseilleroit toutes les choses qui 



1569] DU VICOMTE DE TURENNE. 23 

tourneroient à mon honneur ; que je faisois paroistre 
une grande présomption et confiance de mon esprit, 
en l'aage où j'estois, de faire telles entreprises; qu'il 
m'avoit estimé d'une plus obéissante nature, et croyoit 
que je l'aimois pour ne luy vouloir pas celer de 
moindres affaires; qu'il se trouvoit empesché de ce 
qu'il devoit faire, d'avertir mes parens, et par leur 
avis procéder à mon chastiment, ou bien, dès l'heure 
mesme, faire ce qui estoit de sa charge, ou de deman- 
der son congé, estimant qu'il jugeoit n'estre capable 
de corriger mes défauts ainsi qu'il se l'estoit promis; 
que, néantmoins, il vouloit se donner quelque loisir 
pour mieux discerner ce qu'il avoit à faire. Sur cela, 
les larmes aux yeux, je le suppliay de me pardonner, 
voulant suivre telle voie qu'il luy plairoit, fors celle de 
me laisser; qu'à l'avenir telles fautes, ny beaucoup 
moindres, ne seroient commises de moy. Il me laissa, 
et creu qu'il estoit allé trouver Mons"^ de Saint-Sulpice 
pour aviser comment il avoit à se gouverner. Il vit 
que ledict sieur de Saint-Sulpice mettoit toute la faute 
sur moy, son fils et tous les autres disans que c'estoit 
moy qui leur a vois mis cela dans la fantaisie, et vou- 
loit se servir de cela pour me rendre odieux à Mon- 
sieur, et luy conta l'histoire, lui faisant cognoistre le 
déplaisir que j'avois, et ce qui me faschoit le plus, 
estoit la crainte qu'il m'en voulust mal; et furent tous 
ses mauvais offices rendus inutiles par la sagesse de 
mon gouverneur, qui se contenta des témoignages que 
je lui rendis de mon déplaisir et du sentiment de ma 
faute pour n'y vouloir plus retourner. Je ne fus fouetté, 
ny bafoué par mes parens, auxquels néantmoins il ne 
le cela. 



24 MEMOIRES [1570 

Icy est à remarquer combien la jeunesse est pleine 
d'imprudence, et combien elle commet d'erreurs et 
de fautes, lors (comme la pluspart font) qu'ils se 
veulent croire seuls, et ne suivre les conseils de ceux 
qui leur sont ordonnés pour avoir le soin de leurs per- 
sonnes. 

La paix se fît ^ : quelque temps après, le roy Charles 
se maria avec la fille de l'empereur, et furent les 
nopces célébrées à Maizières-, et de là on alla à Vil- 
liers-Gotterets^ passer l'hyver, qui fut fort long, où 
l'on combatit beaucoup avec les neiges, y en ayant eu 
quantité, où je vis le Roy prendre deux cerfs dans la 
forest, dans la neige, sans chiens, ayant mis des relais 
de veneurs et de chevaux pour luy et pour nous qui 
courions après luy; avec cela, en deux jours nous 
prismes deux cerfs. 11 s'y fit deux ou trois bastions de 
neige où l'on se frottoit avec courage ; on y fit aussi 
un fort beau combat à la barrière, où dans la grande 
salle, sur le haut dais, le Roy avoit fait retrancher 
cela : luy avec huict estoit dedans; et, comme les 
parties avoient fait le tour de la salle, elles ressortoient 
ainsi qu'elles entroient : deux, trois, jusques à cinq 
dans la salle en mesme temps ; ceux qui estoient dans 
le camp sortoient, et en forme d'escarmouches se 
venoient rencontrer dans le milieu de la salle, et là il 
se rompoit des piques et s'y donnoit des coups d'épée. 

1. La paix de Saint-Germain, et l'édit, qui est du 8 août 1570. 

2. Mézières, en Champagne, où eurent lieu les fêtes du 
mariage d'Elisahetli d'Autriche. 

3. Villers-Cotterets, en Picardie, dans le beau château bâti 
par François I" et Henri II, où la cour passa les mois de 
décembre 1570 et janvier 1571. 



1571] DU VICOMTE DE TURENNE. 25 

Gela dura quelque espace de temps, jusqu'à ce qu'ainsi 
qu'en une sortie de ville, les assiégeans plus forts rem- 
barrent ceux de la ville, le Roy se renferma dans son 
fort, où Ton combattit main à main ; et ainsi le combat 
se finit, ayant esté fait par une nouvelle façon qui fut 
fort belle. 

On commença peu après le propos du mariage du 
roy de Navarre, qui est le roy d'aujourd'huy, avec 
madame Marguerite, sœur du Roy^. J'avois lors 
quelque quinze ans, j'apprenois à faire ma cour au Roy, 
à Monsieur, et à Mons'^ le duc, au dernier plus souvent 
qu'aux deux autres. Mon gouverneur mourut, Mons"" de 
La Boissière demeura près de moy; je commeiiçay à 
ne craindre plus le fouet, et à respecter moins ledict 
sieur de La Boissière, de façon que je me licentiois 
souvent aux plaisirs plus qu'à mon devoir, laissant 
mon naturel commun à tous jeunes gens ; mais le mien 
y ayant quelque inclination de suivre, approuver et 
imiter plutost les vices que les vertus. Le Roy juroit, 
et luy ouys dire quelquefois que jurer estoit une 
marque de courage à un jeune homme. 

Gela donc me rendit fort grand jureur, en quittant 
la modestie, qui est à estimer et chérir aux per- 
sonnes jeunes et de qualité, et me rendit effronté, 
recognoissant bien que cela plaisoit au Roy, faisant 
gloire de me croire, et n'avoir plus à rendre compte 
d'aucunes de mes actions à personne. Gela me faisoit 
mésestimer aux sages, à mes parens craindre la con- 
tinuation, et prévoyans beaucoup d'inconvéniens qui 
me talonnoient, entre autres Mons'" de Montmorency, 

1. Le mariage fut convenu à Blois entre Jeanne d'Albret et 
Catherine de Médicis, au mois d'avril 1572. 



26 MÉMOIRES [1572 

que j'aimois, craignois et honorois, m'en faisoit 
souvent des remonstrances : parmy ces mauvais com- 
portemens paroissoit en moy du courage, et une 
curiosité d'ouyr et retenir ce qui se disoit et faisoit de 
bon hors la compagnie commune des courtisans, où 
tous les vices estoient passés pour une bienséance. 
Je faisois cognoistre qu'il me restoit du remords de 
mes vices, et que je jugeois bien qu'ils n'estoient 
approuvés de tous. Cela faisoit espérer à ceux qui 
m'aymoient que l'aage changeroit cela, et que l'expé- 
rience me feroit cognoistre les malheurs qui arrivent 
à ceux qui suivent cette manière de vie. 

La cour alla à Blois, où la reine de Navarre vint, et 
Mons"" l'admirai de Ghastillon, où fut résolu le mariage 
du roy de Navarre. J'eus là une petite prise avec un 
gentilhomme de Touraine, puisné de la maison des 
Arpentis', et fut dans la chambre du Roy ; nous eusmes 
des propos aigres et non injurieux : je sortis dehors 
et luy fut retenu; depuis, Monsieur nous accorda, 
lequel avoit commandé à tous les siens de s'offrir à 
moy, et luy me dit que s'il luy eust été permis, que 
luy-mesme me fust venu trouver pour m'offrir de me 
servir de second, si la querelle l'eust mérité; encore 
que je sçavois bien que telles offres n'estoient pra- 
tiquables, néantmoins tel langage, partant de la bouche 
du frère de mon Roy, ne laissoit à m'obliger fort, de 
façon que je me rendis plus soigneux de faire la cour 
à Monsieur qu'auparavant, et en fut Mons"" le duc un 
peu marry. 

1. Les Arpentis, château situé aux environs d'Amboise, 
qui appartenait alors au sieur du Bois et à sa femme Claude 
Robertet, dont la fille était demoiselle d'honneur de la reine 



1572] DU VICOMTE DE TURENNE. 27 

Nous partismes de Blois, laissans la cour, qui s'en 
alloit vers l'Anjou, pour venir à Paris avec Mons' de 
Montmorency, qui, comme gouverneur de l'Isle de 
France, avoit eu commandement de faire abattre des 
croix qu'on avoit mises en deux maisons de ceux de 
la Religion qui avoient esté rasées durant les troubles ^ 
Plusieurs de Paris s'y vouloient opposer : ce seigneur 
valeureux, sage et aimé, appella nombre de noblesse, 
et se fortifia du parlement; de sorte qu'il fît sans con- 
tradiction ce qui luy avoit esté ordonné. Le Roy vint 
à Paris, où le roy de Navarre arriva avec tous les 
principaux de la Religion. 

Après ses nopces^, Mons' de Montmorency fut 
ordonné pour aller en Angleterre jurer l'alliance avec 
la reine ^; je m'y en allay, où je receus toutes sortes 
d'honneurs et bonne chère de cette grande et sage 
princesse, qui avoit une grande cour dans cette belle 

mère. Louis du Bois, sieur des Arpentis, occupait le poste 
de gouverneur de Touraine. 

1. Les frères Gastines, marchands rue Saint-Denis, avaient 
été pendus, en 1569, pour avoir célébré la cène dans leur 
maison. On avait, sur l'emplacement, érigé une croix, à l'en- 
lèvement de laquelle le peuple s'opposant, il fallut procéder 
par la force. 

2. C'est du mariage du roi de Navarre avec Marguerite de 
Valois que Turenne entend parler. Il fut célébré au Louvre le 
lundi 18 août 1572. 

3. Le duc de Montmorency, accompagné de Paul de Foix et 
de son neveu le vicomte de Turenne, arriva à Londres le 
13 juin 1572. — Voir, sur sa mission près d'Elisabeth, le Parti 
des Politiques, par M. Francis de Crue. Paris, 1892, p. 66 et 
suiv. Au reste, le « Sommaire-Discours » de toute cette négo- 
ciation, rédigé sans doute par Paul de Foix, a été donné par 
Le Laboureur dans les additions aux Mémoires de Castelnau, 
t. I, p. 650. 



28 MÉMOIRES [1572 

et florissante ville de Londres. Cette grande princesse 
conimençoit à me donner des arres des grandes obli- 
gations que vous, mon fils, et moy avons de porter 
honneur à sa mémoire, ainsi que vous l'entendrez par 
la suite du discours de ma vie^ 

Retourné en France, j'accompagnay mondict sieur 
de Montmorency à l'Isle-Adam, maison oîi il faisoit sa 
demeure, madame la connestable, sa mère, vivant 
encore. Mons"^ de Thoré, son frère, me vint trouver 
de la part de Mons'' le duc, m'apportant une lettre de 
créance qui estoit pour m'asseurer entièrement de son 
amitié, qui n'estoit en rien amoindrie pour les refroi- 
dissemens qu'il avoit recognus en moy depuis quelque 
temps, qu'il sçavoit bien que Monsieur, son frère, me 
témoignoit beaucoup d'affection pour me destourner 
d'estre près de luy comme j'avois tousjours esté, mais 
qu'il me convioit à l'aimer plus que personne. A cela 
se joignent les persuasions de mon oncle de Thoré, 
entre lesquelles il mettoit que Monsieur haïssoit la mai- 
son de Montmorency et favorisoit celle de Guyse, 
qu'il me traverseroit tousjours près de Monsieur, ou 
il faudroit que je consentisse au mal qu'on vouloit à 
leur maison; que je me souvinsse combien j'avois 
tousjours aimé iMons"" le duc, et la nourriture que 
j'avois prise près de luy. Cela fut fort considéré de 
moy, qui néantmoins avois, ainsi que je devois, le sou- 
venir fort frais de cet office que Monsieur m'avoit 
rendu à Blois, lors que j'eus cette brouillerie avec le 

1. Est-ce dès cette époque qu'il se lia avec le grand chance- 
lier d'Angleterre lord Burghley, auquel nous le voyons écrire 
en 1593 ? [Bulletin de la Société de V histoire du protestantisme 
français, t. X, p. 116.) 



Mai 1572] DU VICOMTE DE TURENNE. 29 

jeune Arpentis; estant une chose des plus détestables 
que l'ouhliance des bienfaits, et le vice d'ingratitude 
celuy qui peut plus que nul autre rompre la conmmune 
société. 

Venu à Paris, j'estois caressé et aimé de ces deux 
princes à qui m'auroit, et recevois d'eux toutes sortes 
de faveurs, de bienfaits point, parce que je n'en 
recherchois pas; et de cela ne faisois-je pas mieux, 
n'estant jamais mal-séant de recevoir des bienfaits de 
son maistre, pourveu qu'il vous les donne volontiers, 
et que vous luy fassiez cognoistre que les services que 
vous luy rendez ne sont pour l'espérance du profit, 
mais seulement pour le devoir et l'honneur, qui doit 
estre tousjours la principale fin de toutes vos actions. 

Feu Mons'' le prince d'Orange avoit repris les armes 
aux Pays-Bas; Mons'' le comte Louys^ son jeune frère, 
qui avoit esté toute la dernière guerre avec le roy de 
Navarre, estoit parti de France pour exécuter les 
entreprises de Mons, Valenciennes et autres places 
aux Pays-Bas, de quoy le Roy estoit d'inteUigence, 
ayant permis à ceux de la ReHgion de l'assister, et, 
cas advenant que leurs entreprises succédassent, qu'il 
les favoriseroit ouvertement^. La ville de Mons fut 
prise par ledict comte Louys : il y eut rumeur à la cour 
que le Roy y envoyeroit des forces, et mesmes le roy 
Charles me dit qu'il vouloit que j'y menasse une com- 

1. Louis de Nassau et La Noue, à la tête d'un corps de pro- 
testants français, entrèrent en Hainaut dans la première quin- 
zaine de mai 1572. 

2. La prise de Mons et de Valenciennes est des 23-24 mai 
1572; mais le fils du duc d'Albe, don Frédéric de Tolède, avait 
reconquis Valenciennes dès le 29 et il serrait de près Mons. 



30 MÉMOIRES [Août 1572 

pagnie de chevaux légers, ce que j'aimois bien mieux 
allant à la guerre, que ma compagnie de gens d'armes 
et demeurant en paix. Le sieur d'Ivoy^ de l'ancienne 
maison de Genlis, menant un secours dans Mons, fut 
défait par le duc d'Alve, qui avoit comme investi la 
ville. 

La journée de Saint-Barthélémy se résolut; on fît 
diverses résolutions pour l'exécution de cet acte tant 
horrible, ayant esté une fois délibéré que Mons'' de 
Guyse tueroit Mons'^ l'admirai en une course de bague 
que faisoit le Roy dans le jardin du Louvre, où tous 
Messieurs menoient des parties. J'estois de celle de 
Mons' le duc^, lequel on croyoit avoir intelligence avec 
Mons'' l'admirai : à cette occasion on fit que nos habil- 
lemens ne furent prests, et feu Mons"^ le duc et sa 
partie ne courut point. La résolution contre Mons"" l'ad- 
mirai fut changée avec prudence, d'autant qu'il estoit 
fort périlleux pour la personne du Roy et de Messieurs 
de le vouloir tuer en ce lieu où l'on couroit la bague, 
y estans présens plus de quatre à cinq cens gentils- 
hommes de la Religion, qui eussent pu beaucoup 
entreprendre sur l'attentat de ce seigneur, qui estoit 
tant aymé d'eux. Mons'^ de Guyse aposta un nommé 
Maurevel, qui avoit tué Mons' de Mouy-Saint-Phale, 
pour tirer d'une arquebuse Mons"" l'admirai, ainsi qu'il 
passeroit devant un logis du cloistre de Saint-Germain- 

1. C'est en voulant défendre Mons que Jean de Hangest, 
seigneur de Genlis, et auparavant d'Ivoy, créa un petit corps 
d'armée, fut surpris près de Saint-Guislain et tomba le 19 juil- 
let au pouvoir des Espagnols. 

2. « Mons'' le duc » désigne toujours le duc d'Alençon, 
« Monsieur » était l'appellation réservée au duc d'Anjou, frère 
aîné du roi. 



Août 1572] DU VICOMTE DE TURENNE. 31 

de-l'Auxerrois, par où ledict admirai avoit à passer en 
retournant du Louvre en son logis. Il advint qu'on luy 
bailla une lettre, qu'il ouvrit et vouloit la lire à l'en- 
droit du lieu où estoit cet assassin qui luy tire le coup, 
ne luy ayant porté que dans le bras, et n'en fut mort. 
J'estois en mon logis, où je m'habillois de nos habil- 
lemens pour courre la bague. Mons'^ le duc m'envoya 
quérir, et me dict ce coup, usant de ces mots : 
« Quelle trahison!... » 

Le dimanche, 24 aoust, s'exécuta à Paris cette tant 
détestable et horrible journée du massacre fait sur 
ceux de la Religion, où Dieu me conduisit par la main, 
en telle sorte que je ne fus massacré, ny massa- 
creur : pour le premier ayant couru fortune sur la 
délibération qu'on prit de tuer tous ceux de la mai- 
son de Montmorency, ce qui se seroit exécuté sans 
que Mons"^ de Montmorency n'estoit à Paris, mais en 
sa maison de l'Isle-Adam. Ceux qui vouloient profiter 
des biens de cette maison concluoient à ma mort, pour 
estre sorti de sa fille aisnée, ainsi que Monsieur me 
dit quelques jours après, y ayant, ce me disoit-il, 
porté tout empeschement. Cet acte inhumain, qui fut 
suivy par toutes les villes du royaume, me navra le 
cœur, et me fit aimer et les personnes et la cause de 
ceux de la Religion, encore que je n'eusse nulle co- 
gnoissance de leur créance '. 

Le siège de la Rochelle se prépare, où s' estoit 
retiré quelque nombre de gentilshommes qui ne vou- 

1. Il est curieux de constater que Turenne regarde la Saint- 
Barthélémy comme un événement fortuit, et ne croit aucune- 
ment à la préméditation, partageant sur ce point l'opinion de 
Tavanes. 



32 MÉMOIRES [1573 

loient aller à la messe ; lesquels, avec les habitans, se 
résolurent de ne fleschir point et respandre leur vie 
terrienne pour conserver la céleste^. 

L'armée du Roy se prépare ; Monsieur et Mons"^ le 
duc^ partent en poste de Paris pour aller assembler 
l'armée vers Poitiers. Je pars de Paris pour aller dire 
adieu à Mons"^ de Montmorency qui estoit à Chantilly, 
où, ne voulant demeurer que deux jours, je tombay 
malade d'une fièvre lente, comme si j'eusse demeuré 
étique : elle me dura bien trois semaines ; mon oncle 
me vouloit destourner de ce voyage, tenant les armes 
du Roy très injustes, et la défense de ceux de la 
Rochelle juste. Je ne luy pus obéir, estant aagé de 
seize à dix-sept ans, et n'ayant jamais veu la guerre, 
n'ayant que la règle du monde pour la conduite de 
mes actions. Quoy que je cognusse bien la meschan- 
ceté de la Saint-Barthélémy, néantmoins ne me trou- 
vant audict siège, où toute la France alloit, on eust 
imputé cela à faute de cœur. 

Cette première mauvaise impression qu'on eust 
prise de moy eust esté très difficile à lever, estant 
grandement à considérer à la jeunesse de faire tout ce 
que vous pourrez, mon fils, pour donner de vous une 
bonne impression à tous les commencemens de cha- 
cune action que vous ferez, et aux abords de chaque 
nouvelle compagnie. 

Aussitost que je fus guéry, je partis avec un bon 
équipage de grands chevaux et de dix ou douze gen- 

1. Le long siège, si mal conduit par le duc d'Anjou, qui y 
perdit 24,000 hommes. 

2. C'étaient les débuts militaires du duc d'Alençon, qui avait 
alors dix-huit ans. 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 33 

tilshommes, mes armes belles et bien faites, avec 
toutes les pièces nécessaires pour un siège. Je m'en 
allay prendre congé du Roy et de la Reine sa mère, 
qui me firent cet honneur de m'asseurer de leurs 
bonnes grâces. Je pars et vins à Ghampigny^, où j'y 
trouvay une de mes tantes. Je fus contraint d'y séjour- 
ner huit ou dix jours pour achever de me remettre, 
temps que je perdois avec tristesse, oyant les canon- 
nades qui se tiroient à La Rochelle, qui me faisoient 
craindre qu'elle se prist, et que je n'aurois rien veu 
de ce siège, craignant de laisser une mauvaise impres- 
sion de moy et de n'avoir commencé à apprendre le 
mestier des armes ny éprouvé mon courage, pour 
estre asseuré que la crainte de la perte de l'honneur 
précédoit tousjours celle de la vie. 

Je me rendis audict siège à la fin de février. Lorsque 
j'arrivay, il vint au-devant de moy environ deux 
cens gentilshommes. Je pris l'heure d'entrer dans les 
logis de l'armée, et d'approcher du quartier de Mon- 
sieur, que l'on jugeoit estre à cheval pour aller aux 
tranchées ; de sorte qu'ainsi accompagné, je fis la révé- 
rence à Monsieur, à Mons"^ le duc, au roy de Navarre 
et autres princes ; je saluay les personnes de qualité 
qui estoient là, et accompagnay Monsieur à la tran- 
chée, où j'ouys, pour la première fois, les canonnades 
et coups d'arquebuse, desquels il y eut des hommes 
blessés et tués : je n'en eus aucun estonnement. De là, 
j'allay à mon quartier, qui estoit loin de celui de 

1. Champigny (Indre-et-Loire), arr. de Chinon, cant. de 
Richelieu. C'était une baronnie où se trouvait un ancien châ- 
teau et une sainte-chapelle en style ogival du xv^ siècle, qui 
rappelait beaucoup celle de Paris. 

3 



34 MÉMOIRES [1573 

Monsieur d'une petite lieue. Tous les jours j'allois à la 
cour et aux tranchées, où je prenois ma part des 
occasions et des périls qui s'y présentoient, et avec 
louange chacun faisoit sa cour aux uns plus qu'aux 
autres ; je me rangeois ordinairement près de Mons'" le 
duc, qui avoit du mescontentement de se trouver dans 
cette armée sans aucune charge : aussi n'y en avoit-il 
point pour lui ; son esprit ambitieux ne se contentoit 
de cette raison, outre qu'il avoit en horreur la Saint- 
Barthélémy, et regrettoit la mort de Mons^ l'admirai, 
qui l'avoit pris en affection pour le servir. Cela fit 
qu'il prit intelligence avec Mons"^ de La Noue\ qui 
estoit ressorti de la Rochelle, ainsy qu'il l'avoit pro- 
mis au Roy, qui l'avoit envoyé quérir sortant de la 
ville de Mons, que le duc d'Alve avoit prise, pour le 
convier de le servir et persuader ceux de la Rochelle 
de se mettre en leur devoir et se rendre. Cette per- 
suasion luy estoit faite avec menaces de le faire mou- 
rir s'il ne contentoit le Roy; il promet de s'y em- 
ployer, et, en cas qu'ils ne le voulussent croire, qu'il 
ressortiroit de la ville. 

Ce vertueux et vaillant gentilhomme entre tous 
ceux de son siècle se rendit à la Rochelle; là, il fit 

1. François de La Noue (1531-1591). Après le siège de Mons, 
en 1572, il vint à la Rochelle, et, ayant vainement essayé de 
négocier un accommodement, il se retira dans le camp du duc 
d'Anjou. Il est intéressant de comparer les Mémoires du temps 
avec les détails que Turenne donne ici sur la conduite de La 
Noue, en présentant en quelque sorte sa défense. Beaucoup 
d'historiens, catholiques et protestants, sont moins indulgents. 
Un très bon résumé de cet épisode se trouve dans le François 
de La Noue de M. Hauser. Paris, 1892, in-8°, chap. ii : « Le 
siège de la Rochelle. » 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 35 

pour eux tout ce qu'il pouvoit, se trouvant à toutes 
les occasions, et souvent les induisoit à s'accommoder 
avec le Roy, en prenant leurs seuretés convenables 
pour se garder d'estre trompés. Quand ils avisoient 
aux moyens de ses seuretés, ils les jugeoient impos- 
sibles, veu les manquemens de foy, aux cruautés 
exercées contre ceux de la Religion. J'ay voulu vous 
conter cette action, de laquelle il y a eu plusieurs 
opinions pour ou contre : les uns disoient que Mons"^ de 
La Noue étoit blasmable, en ce qu'il avoit porté les 
armes dans la Rochelle, leur ayant fort servy à les 
acquérir au commencement du siège qu'il demeura 
avec eux ; d'autres, entre lesquels il y en avoit de la 
Religion, qui disoient que ces persuasions à s'accom- 
moder avec le Roy pouvoit faire un esbranlement au 
courage de ceux de la ville ; et des uns et des autres 
il y en avoit qui l'accusoient d'avoir mal servy et le 
Roy et ceux de la Rochelle. 

Voilà comme les actions des hommes sont sujettes 
à de grands blasmes, d'autant qu'on a souvent ou ses 
ennemis ou l'ignorance pour juges, ainsi que parois- 
soient ceux qui ne considéroient que la promesse de 
Mons"^ de La Noue avoit esté faite lui ayant le Cous- 
teau à la gorge, qu'il satisfit à la condition de sortir 
et qu'il ne s'estoit pas obligé de ne porter les armes 
avec eux, non plus que de porter seulement ses per- 
suasions de s'accommoder, ce qu'il fit. Et qui jugera 
sainement, cognoistra en cette action beaucoup de 
prudence, veu les extrémités où se rencontroit ce 
grand homme du danger de sa vie, ou de faillir et à 
sa Religion et à l'endroit de ceux qui avoient les armes 
à la main pour la maintenir. C'est une chose fascheuse 



36 MÉMOIRES [1573 

à un homme de bien de promettre quelque chose 
qu'on ne tienne, sans donner sujet d'interpréter si la 
foy aura esté fidellement observée ou non. 

A ce siège se présentèrent deux occasions princi- 
pales : de l'assaut au bastion de l'Évangile, oîi je fus, 
et courusmes un très grand péril en nous en retour- 
nans, ayant à passer dans un trou qu'on avoit fait 
pour entrer dedans le fossé sous la contrescarpe. A 
l'entrée de ce trou ceux de la Rochelle y tiroient, et 
blessèrent ou tuèrent force hommes, de sorte qu'il y 
avoit une telle presse que nous pensasmes estouffer 
dans les armes; l'autre fut l'assaut général, où je ne 
fus point, Monsieur n'ayant voulu que la noblesse y 
allast. Chacun, en cette armée mal disciplinée, por- 
toit son courage aux occasions qu'on pouvoit faire 
naistre, sans aviser si elles pourroient servir pour la 
prise de la ville, la jalousie entre les frères i fort 
grande et entre les princes et capitaines; cela fut 
cause qu'estant Monsieur et Mons"" le duc allés prome- 
ner vers la mer et voir si deux forts qu'on y avoit 
ordonnés s'avançoient, en l'un desquels (chose que 
vous devez remarquer) Maurevel, le meurtrier de 
Mons"" de Mouy, et qui avoit tiré Mons"^ l'admirai^, 
n'ayant, ny le colonel de l'infanterie, ny aucun mestre- 
de-camp, voulu le recevoir dans le corps de l'armée, 
ny souffrir qu'il entrast en garde avec eux, le tenant 

1. De bonne heure, le duc d'Alençon manifesta une grande 
aversion pour ses aînés, Charles IX et le duc d'Anjou; il n'était 
bien qu'avec sa sœur Marguerite. 

2. Voir plus haut la note de la p. 9. — Ce fameux « tueur 
de rois » s'appelait François Louviers, et on l'avait surnommé 
Maurevel, Maurevert ou Montravel. 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 37 

pour un homme diffamé d'avoir commis ces actes, 
quoyque pour le service du Roy, indigne et traistre. 

Allant là, Mons"" le duc m'appelle : « Mons"" de Tu- 
renne, allons voir les pescheurs^, » qui estoient ceux 
de la ville, qui, à toutes basses marées, jettoient une 
bonne escorte pour favoriser grand nombre de 
femmes et d'enfans qui alloient dans la vase chercher 
des coquilles, de quoy ils se nourrissoient : nous 
estans avancés, on commence à nous tirer quelques 
mousquetades ; Mons"" le duc me dit : « Allez à ce fort 
quérir quelques hommes, et attaquons une escar- 
mouche; » ce que je fis. Celuy qui y commandoit me 
donna son lieutenant avec trente hommes ; je m'avan- 
çay avec eux, et Mons'" le duc me suivant. Monsieur, 
qui s'en retournoit, vit cette escoupèterie, et voit que 
Mons' son frère, qu'il trouva pied à terre tout bour- 
beux, n'estoit avec luy, quelqu'un luy disant qu'on 
l'avoit veu séparé, et moy avec luy. 

Il s'en vint vers nous avec deux ou trois cens che- 
vaux, qui fit que ceux de la ville commencèrent à 
tirer à la troupe de l'artillerie et des mousquetades, 
qui la fit arrester ; et fut commandé à quelqu'un, qui 
estoit près de luy, de venir chercher Mons"^ son frère, 
qu'il trouva, comme j'ay dit, pied à terre, tout bour- 
beux. J'avois ce jour-là un habillement de satin gris 
que le rejaillissement de la vase des balles qui tom- 
boient dedans m'avoit tout gasté. Mons"" le duc, 
arrivé près de son frère, fut repris, et moy peu loué 



1. Cette anecdote des « pescheurs » de la Rochelle a été 
racontée, avec quelques autres, par La Popelinière [Histoire de 
France, liv. XXXV). 



38 MÉMOIRES [1573 

de l'avoir conduit en ce péril, et d'avoir pensé estre 
cause que deux frères fussent tués. Je méritois bien 
cette censure, sans que, comme j'ay dit, on n'esti- 
moit en cette armée que ceux qui plus souvent se met- 
toient en des périls, quoyque sans commandement et 
sans fruit. Aussi la ville ne fut prise, et cette armée 
vaincue par le grand nombre de personnes signalées 
qui y mouroient tous les jours. 

Je vous ay dit, au commencement de ce siège, les 
mescontentemens de Mons' le duc, et ses intelligences 
avec Mons'^ de La Noue, qui estoit dans l'armée du 
Roy, lequel ne pensoit qu'à assister cette place, de 
façon qu'il aidoit audict duc à se résoudre de prendre 
les armes. Il y avoit dans l'armée quatre cens gen- 
tilshommes de la Religion; le roy de Navarre et 
Mons' le prince de Gondé y estoient, qui, offensés de 
la Saint-Barthélémy, ne désiroient rien tant que de se 
voir les armes à la main pour se venger ; de façon 
que Mons"" le duc se dispose à la prise des armes et à 
s'en aller, la fondant sur l'injustice de la Saint-Bar- 
thélémy, pour se faire donner un partage, et satis- 
faction à ceux de la Religion des rigueurs qu'on leur 
tenoit. Mons"^ le duc doncques, le roy de Navarre, 
Mons"" le prince et Mons"" de La Noue et moy, se trou- 
vèrent ensemble, et se promirent les princes grande 
amitié. Le roy de Navarre, ambitieux et soupçon- 
neux, craignoit que Mons"" le duc ne déclarast tout 
cecy au sieur de La Mole', qu'il aimoit, et que le roy 

1. Joseph de Boniface, seigneur de la Molle, gentilhomme 
provençal, né à Arles, en 1530, attaché au duc d'Alençon 
avant la Saint-Barthélémy. L'Estoile l'appelle « le baladin de la 
cour. » Ce fut lui, comme on sait, qui, au mois de février 1574, 



1573J DU VICOMTE DE TURENNE. 39 

de Navarre n'estimoit, de façon que j'estois l'instru- 
ment de leur confiance. On regardoit ce que l'on pou- 
voit faire : on avise de dresser des entreprises sur des 
places, ce qu'on fit sur Angoulesme et Saint-Jean- 
d'Angély, où Mons'^ le duc se jetteroit. A cecy se pré- 
scntoit force empeschemens. L'incertitude qu'ont 
toutes entreprises représentoit une ignominieuse 
perte, la difficulté d'assembler les hommes pour 
l'exécution, l'heure et le temps du partement de 
Mons"^ le duc sans qu'on s'en apperceust; toutes ces 
difficultés tiroient l'exécution de ce dessein en lon- 
gueur. L'armée navale que le comte Montgommery^ 
faisoit en Angleterre fit voile pour le secours de la 
Rochelle ; le Roy y avoit aussi une armée à l'ancre, 
composée de navires et galères ; on avoit fait une 
palissade au travers de l'emboucheure du havre, à la 
portée du canon de la ville, où l'on avoit enfoncé des 
vaisseaux, et entr'autres une caraque qui se trouva 
là par hazard : ceux de la Religion l'ayant prise sur 
les Espagnols durant les précédentes guerres, l'avoient 
laissé dépérir sur les vases, n'ayant pu la mettre en 

prépara toute une conspiration pour faire évader le jeune 
prince du château de Saint-Germain, avec Navarre et Condé. 
Charles IX le fit arrêter et juger par une commission du Parle- 
ment. Turenne et les Montmorency étaient fort compromis dans 
l'affaire. 

1. Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, l'involontaire 
meurtrier de Henri II, défend Rouen avec les protestants 
contre l'armée royale, s'échappe à la Saint-Barthélémy, échoue 
dans sa tentative de secourir la Rochelle, lutte en Normandie 
contre le maréchal de Matignon, est pris à Saint-Lô et con- 
damné à mort en 1574. — Voir la très complète notice de 
M. Léon Marlet, intitulée : le Comte de Montgomery , 1890, in-S". 



40 MÉMOIRES [1573 

mer. Le comte de Montgommery arriva avec la grande 
marée de l'équinoxe en mars^, ayant tout vent der- 
rière luy, dans un bon et grand vaisseau que la reine 
d'Angleterre lui avoit baillé, et environ vingt-cinq 
autres navires de combat, sans celles des charges qui 
portoient les vivres. Il y eut une fort grande irréso- 
lution en l'armée de mer du Roy, qui ne se voyoit 
capable ny de vaisseaux ny d'hommes pour résister, 
l'ordre y ayant esté si mauvais qu'il n'y avoit pas le 
tiers des hommes dans les vaisseaux qu'il y falloit 
pour en venir aux mains, et avoit on esté si mal 
averty, qu'on ne sceut rien de l'arrivée du comte que 
lorsqu'on le vit^. 

L'infanterie estoit fort diminuée, et par la mort et 
par les blessures et maladies ; les soldats ne se pou- 
voient garder ; et quoy qu'on fîst des recrues tous 
les mois par tout le royaume, on ne pou voit les tenir 
au camp. L'avarice des capitaines aidoit fort à cela, 
qui vouloient avoir moins de soldats pour, à la 
monstre, avoir davantage de passevolans pour gagner 
les payes; en quoy ils faisoient une faute qui cousta 
la perte de la vie et de l'honneur à plusieurs, d'au- 
tant qu'on leur ordonnoit de la garde à raison des 

1. La flotte de Montgomery arriva entre Chef-de-Baye et 
l'île de Ré le 19 avril 1573; elle comprenait quarante navires 
de mer et treize transports. 

2. Cependant, aussitôt que la flotte ennemie fut en vue, le 
maréchal de Cossé fît établir une batterie de six pièces, qui 
ari'éta le mouvement des navires anglais, les força à rétrogra- 
der et troua même, « de bande en bande, » le vaisseau la 
Prime-Rose, qui portait Montgomery. Le lendemain, 20 avril, 
le capitaine huguenot dirigeait ses forces sur Belle-lsle, oîi il 
était plus heureux. 



1573] DU VICOMTE DE TLUENNE. 41 

hommes qu'ils mettoient en bataille à la monstre, et, 
leur arrivant quelque attaque à faire ou à soustenir, 
se trouvant moins d'hommes, ils s'y perdoient, et le 
service du Roy demeuroit sans estre fait : cela appor- 
toit de grandes difficultés à pourvoir les vaisseaux, 
ne pouvant tirer des hommes d'où ils estoient en 
garde, sans péril de laisser au pouvoir de ceux de 
dedans d'emporter le quartier qu'ils attaqueroient. 

Sur cette difficulté je parlay à quelques jeunes 
hommes de qualité de nous aller jetter dans les vais- 
seaux, ce qu'ils approuvèrent; soudain, je l'allay dire 
à Monsieur, qui en fut fort aise; nous partismes envi- 
ron cinquante ou soixante, outre les gardes du roy 
de Navarre, qui me fit cest honneur de me les don- 
ner, et nous nous embarquasmes dans le vaisseau du 
vicomte d'Usaz^ qui commandoit aux vaisseaux ronds 
qui estoient dans l'armée du Roy. Le comte de Mont- 
gommery, au lieu de se servir du vent, de la marée 
et de l'occasion qu'il avoit pour la défourniture des 
vaisseaux, laisse passer la marée en délibérant ce 
qu'il avoit à faire ; de sorte qu'au Heu de venir à nous 
il va se mettre à l'ancre entre Chef-de-Rois^ et l'isle 
de Ré, où il demeura quelques jours sans avoir porté 
assistance aux assiégés que de seize ou dix-huict mil- 
liers de poudre, qui leur furent portés par le moyen 
d'une petite patache, qui, à la marée de la nuit, passa 

1. Louis de Luc, vicomte d'Uza, lieutenant de l'amiral de 
France, marquis de Villars, était aussi sous les murs de la 
Rochelle le 19 février; il fut tué à l'âge de trente-deux ans, la 
veille de la signature de la paix, le 19 juin 1573. 

2. Chef-de-Baye, pointe de la baie de la Rochelle, en face 
l'île de Ré. 



42 MÉMOIRES [1573 

aux travers de nos vaisseaux et la pallissade, et se 
rendit à la Rochelle. Ces princes s'assemblèrent avec 
Mons"" de La Noue, et avisèrent de se jetter dans les 
vaisseaux du comte, nos entreprises s'estans perdues 
et le moyen de les exécuter recognu impossible, 
comme de pouvoir faire une armée dans la France, 
que le Roy ne l'empeschast; mais que, se jettans avec 
le comte, et nous en allans en Angleterre, sans doute 
nous ferions lever le siège, relèverions le courage 
avec l'espérance à ceux de la Religion, qui en divers 
lieux du royaume estoient prests à prendre les armes, 
qu'on pourroit revenir à la Rochelle, et, avec les 
armes, obtenir ce qu'un chacun prétendoit, ou bien 
que d'Angleterre mesme nous traiterions. Ces raisons 
furent fort contredites par Mons"^ de La Noue, qui ne 
jugeoit la Rochelle en danger de quelque temps, 
durant lequel il se présenteroit des occasions meil- 
leures et plus honorables ; que tous ces princes s'en 
allant comme cela vers la reine d'Angleterre, on ne 
sçavoit comment elle voudroit user de leurs per- 
sonnes, veu qu'on n'auroit eu auparavant aucune 
seureté d'elle, qui ne vouloit pas entrer en guerre 
avec la France, mesmement voyant si peu d'appa- 
rence qu'il y eut un party formé, n'estant pas à esti- 
mer que s'il y en eut eu, que nous n'eussions pas pris 
cette retraite ; qu'au premier jour nous luy serions à 
charge pour nostre dépense, à laquelle il faudroit 
qu'elle subvinst, autrement que le comte de Mont- 
gommery n'avoit une absolue puissance sur ses vais- 
seaux, desquels possible les capitaines anglois ne vou- 
droient nous porter en Angleterre; qu'au lieu de 
relever le courage à ceux de la Religion, nous le leur 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 43 

ferions perdre, estimant qu'il n'y avoit point de seu- 
reté ny pouvoir à ces princes, puisqu'ils avoient pris 
et exécuté un tel dessein. Outre cela, Mons" de La Noue 
et le comte n'estoient pas bien ensemble, d'autant que 
lorsque le sieur de La Noue entra dans la Rochelle, 
ledict comte y écrivit des lettres pour les convier à le 
soupçonner, et mesme de s'en défaire, ce que ledict de 
La Noue avoit sceu : nous tinsmes ce conseil à che- 
val, prests à l'exécuter s'il y eust esté résolu. Sur ces 
sages considérations la partie fut rompue. 

Durant toutes ces menées je courus un grandis- 
sime péril, et pour moy et pour tous, par la légèreté, 
indiscrétion et imprudence qui m'accompagnoit^. 
Mons"^ le duc avoit écrit de sa main une forme de pro- 
testation, par laquelle il déclaroit les raisons de sa 
prise des armes, et me commanda de la porter et 
faire voir à Mons'" de La Noue ; c'estoit la nuit. Je la pris 
et m'en allay à mon quartier; nous n'avions pu ména- 
ger tant de brouilkries que Monsieur ne fust en soup- 
çon, et qu'il ne fîst prendre garde à toutes nos 
actions, ce que nous recognoissions bien; pour cela, 
voulois-je prendre quelque commodité pour communi- 
quer cecy à Mons"" de La Noue. Arrivé à mon logis, je 
mets mon papier dans une layette ; le matin venu, je 
le prends et le mets dans ma manche entre la chair et 
la chemise, et m'en allay au quartier de Monsieur, où, 
après disné , y ayant assez peu de gens dans sa 
chambre, il commença à se jouer avec nous, et prend 

1. Toutes ces intrigues du duc d'Alençon sont fort embrouil- 
lées; c'était le parti des politiques sur lequel s'appuyait La 
Noue, et dans lequel s'essayait Turenne avant de se déclarer 
formellement pour les huguenots. 



44 MÉMOIRES [1573 

mon bras où j'avois ce papier ; soudain, il le sentit, 
et me dit que c'estoit un poulet qui estoit venu de la 
cour, et, s'efforçant, me déboutonne ma manche et 
tire ledict papier : mon danger me fit perdre tout res- 
pect; je luy sautay aux mains et luy ostay, en luy 
faisant croire que c'estoit une lettre de femme que 
pour rien du monde je ne voudrois qu'il en eust veu 
l'écriture. 

Voilà comme la jeunesse est indiscrette, réduisant 
ses actions aux cas fortuits, sans les faire dépendre de 
la raison; ce qui cause qu'il y en a tant qui se perdent 
avant que d'avoir atteint l'aage d'homme, et qui lais- 
sent écouler le meilleur de leur aage sans avoir fait 
aucun avancement en leur condition, ny s'estre pous- 
sés à aucun degré d'honneur. Cette faute mettoit plu- 
sieurs personnes en peine, et avec si peu de sagesse 
que je fus près d'y tomber*. 

Tous nos desseins allèrent en fumée sans aucune 
exécution. Le siège se continua; l'élection de Mon- 
sieur se fit pour être roy de Pologne ; les ambassa- 
deurs polonois vinrent au camp pour luy faire sçavoir 
son élection et le convier d'y aller. Le roy Charles, 
jaloux de l'authorité de son frère, désiroit avec pas- 
sion de le voir hors du royaume, ce qui fut cause 
principalement qu'on se résolut de traiter avec la 
Rochelle. La capitulation fut faite que la ville se ren- 
droit, mais que le roy de Pologne n'entreroit dedans. 
Cela s'exécute, et le camp se licentie^. Le roy de 

1. La convention de paix, signée par le duc d'Anjou le 
24 juin, fut acceptée le 26 par la ville de la Rochelle. 

2. L'historien Mathieu raconte que la cour envoya le secré- 
taire d'État Pinart à la Rochelle pour empêcher, à tout prix, 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 45 

Pologne et Monsieur* s'en retournèrent à Paris. Ce 
désir de remuer demeura dans l'esprit de Mons"" le 
duc; l'intelligence avec Mons"" de La Noue continua. 

Icy ai-je à vous noter, d'autant que vous viendrez 
en une saison où il y aura quantité d'enfans de France 
(Dieu continuant la vie au Roy et à la reyne, qui en 
feront encore, et gardant ceux qui sont desjà nés) que 
vous vous serviez de mes préceptes, qui sont que 
vous ayez à dépendre du Roy, de vous entretenir 
bien avec tous, mais faisant partis à part, tenez- vous 
tousjours avec vostre Roy, et que rien ne vous en 
puisse jamais séparer, que le maintien de la liberté 
de vostre conscience, pour laquelle je vous convie et 
vous conjure de présenter à Dieu vos biens, vostre 
vie et vostre personne ; et qu'il vous souvienne que 
les rois nous sont donnés de Dieu, et quoyque mau- 
vais quelquefois, néantmoins, nous les devons servir. 

Encore que Mons' le duc eust parmy ses autres rai- 
sons de prendre les armes pour la vengeance de la 
Saint-Barthélémy, si n'estoit-il pas permis par la loy 
de Dieu, ny politique, qu'il le fist, n'ayant en cela 
nulle vocation ; et quand Dieu eust bény ses desseins, 
c'eust esté pour punir ce qui avoit esté entrepris à la 
Saint-Barthélémy, mais gardant à Monsieur ce qu'il 
méritoit en se rendant autheur de tant de maux 
qu'une guerre illégitime apporte; c'estoit sans justice 

le duc d'Alençon de poursuivre ses projets et de sortir de 
France. 

1. « Monsieur, » à partir de l'élection du duc d'Anjou au 
trône de Pologne, c'est toujours le duc d'Alençon. La Noue 
s'était mis à son service; plus tard, en 1579, il fut surinten- 
dant de la maison du roi de Navarre. 



46 MÉMOIRES [1573 

que nous entreprenions toutes ces nouveautés. Je 
vous conjure de ne tomber en pareille faute. Ces 
commencemens me tirèrent de la cour, et me mirent 
en la mauvaise grâce du Roy, et m'ostèrent le moyen 
de parvenir aux charges, ainsi que vous l'entendrez. 

La jeunesse, qui a du courage, croit souvent qu'elle 
ne le fait paroistre en ne faisant que les choses ordi- 
naires, et se restraignant tousjours dans le corps de 
Testât, où la puissance, l'ordre et le conseil demeure; 
mais que, se jetant dans les partis, ils y sont plus 
recherchés, leur courage y paroist mieux, d'autant 
qu'ils sont souvent moindres en nombre, que les 
charges leur sont plutost données, et qu'y estans 
plus nécessaires et sans obligation, ils y peuvent 
plustost et plus facilement s'y agrandir; ne considé- 
rans pas que Dieu ne veut pas tels desseins, que Tes- 
tât se maintient, et les partis s'en vont tousjours en 
dépérissant; qu'il n'y a que confusion parmy eux, 
des égalités ordinaires parmy ceux de diverses extrac- 
tions, d'autant que chacun y est volontairement, et 
s'en peut retirer quand il veut, disans recognoistre 
faire mal en suivant ce à quoy ils n'estoient obligés. 
Il ne se trouve rien de seur en tels partis; et s'il 
arrive par hazard que quelqu'un fasse fortune, ce sont 
gens de peu qui n'ont rien à perdre, et ceux de maison 
qui ont du bien et de la qualité naturelle n'y peuvent 
rien gagner, et toutes les actions courageuses et braves 
sont blasmées par la postérité d'autant qu'elles sont 
faites contre le bien général de leur patrie. 

Vous entendrez combien de peines et fascheries nous 
avons soustenues durant les guerres civiles, qui se fai- 
soient légitimement pour la maintenue de la liberté 



i573] DU VICOMTE DE TURENNE. 47 

de nos consciences et jouissance des édits et loix sur 
ce faites, qui estoient à toutes occasions enfreintes, et 
la persécution preste à recommencer. 

Estant à Paris, chacun se prépare pour aller en 
Pologne. Les commandemens de Monsieur me firent 
refuser le roy de Pologne d'y aller, lequel s'ennuyoit 
fort de partir de France pour aller commander à une 
nation si esloignée et si différente en mœurs et en 
police. Le roy Charles se trouvant desjà mal, estant 
jugé pulmonique par les médecins, Mons' de Guyse 
et les principaux serviteurs du roy de Pologne les 
convioyentà ne partir, etplustost se retirer de la cour; 
que sçachant Testât de la vie du Roy, qui ne pouvoit 
estre longue, que c'estoit se mettre au hazard de 
perdre la France, où Monsieur ne manqueroit de faire 
ses menées; qu'il avoit ceux de la Religion pour 
ennemis, qui sçavoient qu'il avoit aidé à faire résoudre 
l'exécution de la Saint-Barthélémy, la maison de Mont- 
morency malcontente : cela retenoit son esprit en 
suspens, et le fit séjourner près d'un mois à Paris après 
que le Roy en estoit party, s'estant acheminé jusques 
à Vitry^ pour accompagner son frère jusques en Lor- 
raine. Là, il tomba malade; la Reine mère pressoit, 
quoyqu'à regret, le parlement de son fils, se promet- 
tant, comme elle fit, la mort du Roy survenant, qu'elle 
conserveroit le royaume au roy de Pologne. Monsieur, 
le roy de Navarre et Mons"^ le prince estoient à Vitry, 
où ils se lièrent d'amitié plus estroitement que par le 
passé ; et avec mauvais conseil on projetoit de remuer. 

1. Vitry-le -François (Marne), ville alors toute neuve que 
François V avait fait construire sur la rivière de la Marne. 



48 MÉMOIRES [1573 

Le roy de Navarre et Monsieur [le jDrince*] avoient 
occasion de le désirer, pour l'irréparable offense receue 
à la Saint-Barthélémy, et la contrainte en leur cons- 
cience d'aller à la messe, ayans tousjours un vif res- 
sentiment de la Religion en leur cœur, et jugeans 
qu'ils demeuroient tousjours suspects au Roy et à 
l'Estat pour n'avoir jamais part à aucune charge ; mais 
les raisons de Monsieur estoient autres qui le doivent 
rendre agréable au Roy, pour, par sa volonté, s'instal- 
ler dans les affaires; il incHnoit néanmoins à la prise 
des armes, estimant qu'elles luy feroient donner, en 
les posant, la lieutenance générale. 

Nous avions souvent des lettres de Mons*" de La 
Noue qui redressoit autant qu'il pouvoit sa créance 
parmy ceux de la Religion, et sondoit les volontés 
pour recognoistre ceux qui par la peur de la Saint-Bar- 
thélémy s'estoient du tout révoltés. Les deux rois 
se séparèrent audict Vitry^; la Reine mère. Monsieur, 
le roy de Navarre, Mons"" le prince et toute la cour 
partent pour conduire le roy de Pologne hors de la 
Lorraine. A Nancy me fut parlé du mariage de made- 
moiselle de Vaudemont, qui depuis a esté reine de 
France, et ce par le roy de Pologne^. Je n'y voulus 
entendre, n'ayant lors nulle envie de me marier; et 

1. C'est évidemment du prince de Condé, converti par force 
à la Saint-Barthélémy, que veut parler Turenne. 

2. Le départ du duc d'Anjou eut lieu le 15 novembre; il 
laissait Charles IX malade à Vitry. Le roi, contrairement à ce 
que dit Turenne, voulut même garder près de lui le jeune roi 
de Navarre, tandis que toute la cour conduisait le nouveau 
roi de Pologne jusqu'à la frontière de Lorraine. 

3. Le duc d'Anjou, à cette époque, ne pensait qu'à la prin- 
cesse de Condé. 



1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 49 

aussi mon oncle de Thoré m'avoit dit la vouloir recher- 
cher; je ne voulus courre sur son marché, ayant tous- 
jours eu cela d'avoir esté fort exact observateur de 
mes promesses et des amitiés que j'ay contractées, à 
quoy souvent plusieurs m'ont trompé. J'estimay que 
l'ouverture de ce mariage se faisoit pour raison d'es- 
tat, pour me séparer et d'avec mes oncles et d'avec 
Monsieur, en m'aUiant avec la maison de Lorraine, à 
ce que je n'aidasse à ce qui se pourroit brasser contre 
le roy de Pologne, estant hors du royaume. 

Il nous pensa arriver un grand inconvénient, qui 
fut prévenu par une assez spirituelle prévoyance. 
Monsieur avoit un premier valet de chambre nommé 
Ferrand, qui l'a voit servy de violon'' estant jeune : ce 
valet de chambre s'estoit laissé gagner par la Reyne 
mère pour l'advertir de tout ce que Monsieur feroit. 
Mons"^ de La Noue avoit escrit à Monsieur, luy rendant 
compte de ce qu'il négocioit, et l'asseurant qu'un bon 
nombre de noblesse et de villes luy tendroient les 
bras pour le servir. Monsieur oublia cette lettre sous 
le chevet de son lict; Ferrand, le voyant faire le matin, 
prend cette lettre, et tout soudain la porte à la Reyne : 
par hazard j'estois allé en sa chambre; une sienne 
femme de chambre, qui aflfectionnoit Monsieur, me dit 
en passant : « On a une lettre que vostre maistre a 
perdue. » A l'instant je m'en vins retrouver Monsieur, 
et luy demanday sa lettre : il vit qu'il ne l'avoit plus ; 
ce fut à délibérer ce qui estoit de faire. Monsieur avoit 
quelque envie de s'en aller; je m'avisay de luy don- 

1. Selon le langage du temps, violon veut dire ici : maître à 
danser. 

4 



50 MÉMOIRES [Nov. 1573 

ner conseil de faire réponse à Mons' de La Noue, par 
laquelle il luy témoignast trouver estrange qu'il le 
convioit à s'obliger des personnes pour son particu- 
lier, luy qui n'avoit autre but qu'à servir le Roy et 
mériter ses bonnes grâces; que luy, ni ceux de sa 
Religion ne dévoient entrer en nouvelles défiances, 
qu'on leur vouloit tenir ce qu'on leur avoit promis, et 
que pour cela il s'offroit de faire entendre au Roy ce 
que c'estoit de leurs affaires. La lettre faicte, il fut 
trouver la Reyne sa mère, et, feignant ne sçavoir que 
la lettre fust perdue, luy dict avoir receu une lettre de 
Mons*" de La Noue, qu'il luy portoit avec la réponse; 
cherchant dans sa poche, il ne trouve la lettre, comme 
il n'avoit garde, mais bien la réponse, asseure fort la 
Reyne ladicte lettre ne contenir que ce qu'elle faisoit, 
et à quoy il avoit répondu. La Reyne se contenta de 
cela et fit démonstration d'y ajouster foy, d'autant 
que le remède fut si promptement porté, qu'elle ne 
pouvoit s'imaginer que c'eust esté un faict aposté. 

Nous partismes de Nancy et allasmes à Blamont^ 
où le duc Christophe Palatin ^, accompagné du comte 

1. Blamont (Meurthe-et-Moselle), ch.-l. de cant, de l'an*, 
de Lunéville. La reine mère, qui voyait avec peine le départ 
du duc d'xVnjou, accepta la proposition du comte de Nassau 
et du fils de l'électeur palatin, offrant à son fils préféré, au 
nom du prince d'Orange, de le mettre à la tête de l'armée 
qu'ils réunissaient aux Pays-Bas. C'est Gaspard de Schomberg 
qui fut le négociateur de cette affaire. 

2. Christofle de Bavière, fils de l'électeur palatin Frédé- 
ric III, ardent calviniste, frère du duc Jean-Casimir de Bavière. 
— Sur cette entrevue de Blamont, en novembre 1573, on trou- 
verait de nombreux détails dans le Parti des Politiques de 
M. de Crue, p. 114 et suiv. 



Dec. 1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 51 

Ludovic de Nassau, vinrent trouver le roy de Pologne, 
l'asseurer de son affection, et qu'il espéroit bientost 
avoir une armée sur pied pour le servir. Gela fut 
accepté, et prit-on intelligence avec luy, qui se devoit 
entretenir par l'entremise de Mons"" de Thoré, auquel 
il avoit eu communication avant la Saint-Barthélémy, 
lors qu'il alla à l'entreprise de Mons; ayant fait ses 
adieux à la Reyne, qui s'en revint par Bar-le-Duc, où 
elle voulut chasser La Mole d'auprès de Monsieur, 
disant que c'estoit luy qui avoit tousjours maintenu 
son maistre à n'estre pas si bien avec le roy de 
Pologne qu'il devoit estre. Monsieur empescha cela; 
et n'en estoit pas aussi la vraye cause, mais la jalousie 
que le roy de Pologne avoit prise de luy, qu'il n'aimast 
madame la princesse de Gondé, femme de Mons*" le 
prince \ de la maison de Nevers, laquelle il avoit 
laissée avec une excessive passion, qui eust bien 
apporté du mal, si la mort ne l'eust prévenue. 

Nous trouvasmes le Roy à Reims, joyeux du par- 
tement de son frère, qu'il n'avoit bien creu jusques à 
nostre retour de Reims ^. Nous allasmes à Soissons, 
où nous vint trouver Mons'' de Thoré; là arriva un 
ministre nommé Saint-Martin^, envoyé de la part de 
Mons"^ le comte à Monsieur ; mon oncle et moy par- 
lasmes à luy : sa créance estoit que ledict comte estoit 
à cheval, avec trois à quatre mil chevaux et six ou 

1. Marie de Clèves, qui avait épousé, en 1572, Henri P"", 
prince de Condé, et mourut le 30 octobre 1574. On sait avec 
quelles démonstrations de douleur Henri HI la pleura. 

2. Le roi de Pologne était parti de Blamont le 2 décembre. 

3. Laurent du Bois, sieur de Saint-Martin-des-Pierres, mêlé 
à toutes les intrigues de ce temps. 



52 MÉMOIRES [Dec. 1573 

sept mil hommes de pied, qu'il venoit pour exécuter 
une entreprise sur Mastrich^, et qu'il attendroit des 
avis de Monsieur pour tourner la teste vers luy où il 
seroit mandé. Nous ne peusmes luy donner jour ny 
lieu, mais que dans un mois nous luy ferions sçavoir 
de nos nouvelles^. Nous donnons avis de cela à 
Mons' de La Noue, afin qu'il avisast quel temps nous 
pourrions prendre. Mons"^ le comte Ludovic fut défait, 
le duc Christophe et luy tués, de façon que cette 
armée ne nous put servir^; Mons*" de La Noue aussi 
manda qu'il n'avoit aucune chose preste. 

Nous allasmes à Chantilly; là, Monsieur conféra 
avec Mons"" de Montmorency, qui luy donna de très- 
bons conseils, si nous les eussions sceu suivre, à sça- 
voir de se tenir à la cour, s'insinuer dans les bonnes 
grâces du Roy autant qu'il pourroit, lequel on voyoit 
bien ne pouvoir longuement vivre; qu'il établiroit sa 
créance en s'authorisant dans les affaires; mais que, 
sortant de la Cour, il feroit un party et se rendroit l'Es- 
tat contre luy, qui tendroit les bras au roy de Pologne 
plus volontiers; qu'il falloit de la patience; que pour 
luy il estoit son serviteur, mais qu'il ne luy pouvoit 
promettre de monter à cheval, estant officier de la 
couronne ainsi qu'il estoit. Là se commença une brouil- 
lerie; qui eut suitte, de Mons*^ de Guyse et d'un gentil- 

1. L'armée destinée à attaquer Maëstricht s'était formée dans 
la principauté de Sedan, sous le commandement du comte de 
Nassau. ^ 

2. Le duc d'Alençon et le roi de Navarre voulaient s'échap- 
per de la cour entre Soissons et Compiègne. Leur projet fut 
révélé à la reine mère par Marguerite de Valois. 

3. Le grand commandeur de Castille détruisit cette armée à 
Moock, le 14 avril 1574. 



Dec. 1573] DU VICOMTE DE TURENNE. 53 

homme qui l'avoit autrefois servi ^ ; mais, estant parent 
de Mons"^ de La Mole, que Monsieur aymoit, il l'avoit 
retiré du service de Mons"" de Guyse pour le mettre 
auprès de Monsieur. 

Nous partismes de Chantilly^ et vinsmes à Saint-Ger- 
main-en-Laye, où l'on fit séjour de trois mois. Là, 
Monsieur et le roy de Navarre communiquoient souvent 
ensemble, et avions souvent des nouvelles de Mons"" de 
La Noue. Les choses s'acheminans à une prise d'armes, 
ainsi que vous l'entendrez, Mons"^ de Montmorency vint 
à Saint-Germain. 

Un jour, sur les six heures du soir, c'estoit vers le 
mois de février, Mons"" de Guyse descendant d'un 
degré, qui venoit de la chambre de la Reyne mère, 
accompagné d'un gentilhomme et d'un page, trouve 
le jeune Vantabran^ : ayant eu peu de propos, 
Mons"" de Guyse met l'espée à la main; l'autre veut 
enfiler le degré ; il le ratrape en bas, luy donne divers 
coups, l'ayant porté par terre; croyant l'avoir tué, 
s'en court à la chambre du Roy, qui gardoit le lict, 
d'où il s'approche avec une voix émeue. Il supplia le 

1. C'est l'affaire Ventabren, dont il va être question quelques 
lignes plus loin. 

2. Le départ eut lieu de façon à venir célébrer la fête de 
Noël à Saint-Germain. 

3. Jacques de Vintimille, des comtes de Marseille, seigneur 
de Vantabren, ancien page de la maison de Lorraine, était 
passé au service du duc de Montmorency. On disait à la cour 
qu'il était l'amant de la duchesse de Guise. Il y avait d'ailleurs 
plus d'un sujet de querelle entre les deux maisons rivales. 
L'affaire eut lieu le 16 février 1574, dans le château royal. 
Charles IX en fut très irrité; mais la reine mère apaisa la 
querelle. 



54 MÉMOIRES [1574 

Roy, en s'abaissant, de luy pardonner sa faute d'avoir 
tué Vantabran dans le chasteau, qui luy avoit dict que 
sa femme, Madame de Guy se, et Mons"^ de Montmo- 
rency le vouloient faire tuer; soudain, Mons'" de Mont- 
morency repartit en suppliant le Roy d'ordonner que 
Vantabran pust estre ouy, s'il luy restoit encore un 
peu de vie, se présentant, sous le bon plaisir du Roy, 
à maintenir que luy ny madame de Guyse n'avoient 
jamais eu de semblables propos, ny près ny loin 
approchant de cela. Sur ces entrefaites, La Mole entra, 
qui demanda justice au Roy, et tint des propos mal 
rangés et assez audacieux, ajoustant que Dieu avoit 
gardé la vie à son cousin pour par sa bouche sçavoir 
la vérité. Vantabran est mené dans la garde-robe, 
quelques-uns du conseil ordonnés pour l'ouyr; cela 
s'assoupit, sans plus avant en avoir tiré la vérité. L'opi- 
nion commune fut qu'on vouloit jeter le chat aux 
jambes à Mons' de Montmorency, et si Vantabran eust 
esté tué, que cela eust servy de prétexte à ce qu'on 
eust pu entreprendre contre luy, s'estant remarqué 
que cet assassin de Maurevel s'estoit veu à Saint-Ger- 
main, ce qu'il n'avoit accoustumé; le Roy mesme 
n'estant bien aise de le voir près de luy : récompense 
ordinaire des traistres, d'estre en soupçon mesme à 
ceux qui les employent. 

Parmy toutes ces choses, il y avoit des amours 
meslées, qui font ordinairement à la Cour la pluspart 
des brouilleries ; et s'y passent peu ou point d'affaires 
que les femmes n'y ayent part, et le plus souvent 
sont cause d'infinis malheurs à ceux qui les ayment 
et qu'elles ayment. C'est pourquoy, si vous me croyez 
et voulez estre sage, vous vous retirerez de la passion, 



1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 55 

et tascherez de vivre en sorte qu'elles ne croyent que 
vous les méprisiez ou fassiez mauvais offices, mais 
qu'elles vous pourront conjurer à les aymer plus que 
vous ne ferez, vous mettant toujours de tout vostre 
pouvoir au-devant de toutes vos actions la gloire de 
Dieu, de n'enfreindre ses commandemens de tout 
votre possible. 

Mons"" de La Noue résout la prise des armes au 
10 mars^, avertit par tout, mesmement le sieur de 
Guitry-Bertichères^, pour avertir ceux de delà la 
rivière de Loire. Monsieur en est averty et les autres 
princes, mais assez tard, n'y ayant pas plus de trois 
semaines jusques au jour. Ces princes s'assemblèrent 
et avisèrent le moyen de se retirer et où ; il fust avisé 
de sçavoir de Mons'' de Bouillon s'il vouloit les rece- 
voir à Sedan, et, à cet effet, le sieur de La Boissière 
est dépesché vers luy, qui fît son voyage en huict 

1. La prise d'armes des protestants avait été fixée à la nuit 
du lundi au mardi-gras, 23-24 février, et l'évasion du duc 
d'Alençon au 10 mars. Chaumont-Quitry devait se tenir à 
Saint-Germain et y attendre les princes, ainsi que Turenne et 
Thoré, qui sortiraient en costume de chasseurs, « le cor au 
cou. » Les indécisions du frère du roi firent manquer l'affaire. 

2. Jean de Ghaumont- Guitry ou Quitry, d'une famille 
illustre du Vexin ; il avait, par sa valeur, enlevé aux Espa- 
gnols la ville de Mons, et, plus heureux que Genlis, était 
revenu des Pays-Bas. Il fut un des adeptes dévoués de la 
religion nouvelle; mais Turenne ne semble pas l'avoir eu en 
grande estime. En 1587, il fut envoyé par le roi de Navarre 
en Angleterre et en Allemagne pour demander des secours aux 
princes protestants, et devint maréchal-de-camp dans l'armée 
des reîtres. Battu à Auneau, il se réfugia à Genève avec le due 
de Bouillon, et poussa les Suisses à la lutte contre le duc de 
Savoie. 



56 MÉMOIRES [Févr. 1574 

jours, asseura la volonté de Mons"^ de Bouillon, non- 
seulement d'ouvrir les portes, mais qu'il viendroit 
recevoir ces messieurs sur la rivière de Vesle, qui 
passe à Reims, avec un bon nombre de noblesse, en 
luy faisant sçavoir le jour. Nous voilà donc résolus de 
nostre partement et du lieu de nostre retraitte. Le 
roy de Navarre va prendre son logis au village pour 
y coucher; Mons' de Thoré estoit avec nous, et 
Mons"^ de Montmorency s'en estoit retourné à Chantilly. 
Il arriva par une très-grande faute, de laquelle la véri- 
fication n'en a esté bien faite pour sçavoir d'où elle 
venoit, mais elle nous pensa couster la vie à tous, qui 
fut que Mons' de Guitry, au lieu de prendre le 1 de 
mars, s'avança de dix jours, m'ayant dict plusieurs 
fois que celuy que Mons' de La Noue luy avoit envoyé 
luy avoit donné l'autre jour qu'il avoit pris. Mon opi- 
nion a esté que l'ambition luy avoit fait commettre 
cette faute, estimant que, s'avançant devant Mons"" de 
La Noue, qu'il attireroit les hommes à luy, et qu'il 
pourroit plus facilement exécuter quelque entreprise, 
et qu'aussi il ne témoigneroit ne dépendre du com- 
mandement de Mons' de La Noue : raisons très-foibles 
pour luy avoir fait commettre tant de gens en un 
très-grand danger. Nous ne fusmes avertis que sur 
les deux heures après midy qu'il avoit donné son 
rendez-vous pour le lendemain de se venir saisir de 
Mantes S où estoit la compagnie de ]Mons' de Montmo- 
rency en garnison, commandée par le guidon du sieur 
de Buy^, qui estoit de nostre intelligence. Nous, fort 

1. Le rendez-vous à Mantes avait été fixé à la nuit du 20 fé- 
vrier 1574. Il doit y avoir là quelque confusion de date. 

2. Pierre, sieur de Buhi et de Saint-Cler, était frère de 



Févr. 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 57 

esbahis, nous n'avions donné jour à Mons"^ de Bouillon', 
et apprenions l'incertitude du sieur de Guitry des 
forces qu'il pouvoit faire, l'entreprise de Mantes fort 
incertaine, comme il a paru^; de partir incontinent 
nous n'avions ny lieu ny forces certaines pour nous 
retirer. Nous renvoyons vers Guitry, luy mandant 
qu'aussitost qu'il seroit à Mantes qu'il nous avertist, 
que nous cependant aurions le pied à l'estrier dans le 
village, n'y ayant plus que Monsieur engagé dans le 
chasteau. 

Sur l'entrée de la nuit, voilà l'alarme à la Cour, si 
chaude, que, n'en cognoissans bien la cause, les per- 
turbations estoient grandes, les bagages chargés, les 
cardinaux de Lorraine et de Guyse à cheval pour s'en- 
fuir à Paris, et, à leurs exemples, plusieurs autres. 
Les tambours des Suisses, du corps et des compagnies 
françoises des gardes battoient aux champs. Les avis 
du rendez-vous du sieur de Guitry pour l'assemblée 
de ses forces se rapportoient de Normandie , de 
Beausse et du Vexin, où il estoit, le partement du 

M. du Plessis, et il commandait pour le roi dans Mantes. (Voir 
Mémoires de M^^ de Mornay, édition de la Société de l'his- 
toire de France, 1848, t. P'', p. 75.) Il finit sa vie comme gou- 
verneur de l'Ile-de-France et maréchal-de-camp de Henri IV. 

1. Henri-Robert de la Mark, duc de Bouillon, qui mourut le 
2 décembre 1574; son fils aîné, Guillaume-Robert, lui succéda 
et mourut lui-même sans enfants en 1588, laissant comme 
unique héritière sa sœur Charlotte, qui épousera, en 1591, le 
vicomte de Turenne. 

2. L'affaire de Mantes échoua, en effet, à cause de la préci- 
pitation de Guitry. Du Plessis-Mornay, avec son frère de Buhi, 
fut obligé de se réfugier à Chantilly, puis à Jametz, sur les 
terres du duc de Bouillon, où ils restèrent jusqu'à la mort de 
Charles IX. 



58 MÉMOIRES [Févr. 1574 

Roy résolu à l'instant, les gardes redoublées au chas- 
teau; mon oncle de Thoré et moy, qui estions au 
village, au logis de Mons' le connestable, prest à par- 
tir, si je l'eusse voulu croire : ce que je ne voulus; 
mais d'aller au chasteau aviser si nous pourrions faire 
sortir Monsieur. Estans dans le chasteau, où le roy de 
Navarre avoit aussi esté mandé, je cherchay Monsieur, 
et entray en la chambre de la Reyne, où le roy de 
Navarre s'approcha de moy et me dict : « Nostre 
homme dict tout. » Alors je m'approchay de mon oncle 
de Thoré, et luy dis qu'il s'en allast, et qu'il vengeast 
le mauvais traitement qu'on me pourroit faire, et me 
crut, dont bien luy prit; s'il fust demeuré, il estoit 
mort, d'autant que Monsieur l'avoit fort chargé par 
sa confession qu'il fit à la Reyne mère, par la foiblesse 
de sa constance et par l'induction de La Mole, qui, 
marry de n'avoir esté de tous nos conseils, pour se 
venger de nous, et de moy principalement, estimant 
que ce mauvais office qu'il faisoit à son maistre, en 
luy conseillant de perdre sa créance et réputation, et 
ses meilleurs serviteurs, qu'il s'attiroit un grand gré 
du Roy et de la Reyne : ce qui avint autrement, ainsi 
que vous l'entendrez. 

La Reyne, ayant sceu ce qu'elle vouloit de son fils, 
sort de son cabinet et va à la chambre du Roy, où je 
m'en allay par le grand degré, curieux, ainsi qu'il se 
peut juger, de sçavoir ce que Monsieur avoit dict. 
Ainsi que j'entray, je le vois parlant à Madame de 
Sauve^ riant comme s'il n'y eusteu rien; il la quitte, 

1. Charlotte de Beaune, femme de Simon Fize, baron de 
Sauves, secrétaire d'Etat, dame d'Iionneur de Catherine de 
Médicis, bien connue par ses galanteries. 



Mars 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 59 

et me dict : « Je n'ay rien dict de vous, sinon qu'en 
général vous m'aviez promis de faire tout ce que je 
vous dirois; mais que votre oncle s'en aille. » Il com- 
mençoit à estre jour, on vouloit envoyer vers Guitry, 
mais je rompis ce coup; soudain je luy dis qu'il le 
devoit avoir fait, d'autant que ces gens-là croiroient 
qu'il les auroit tous trompés, et que je les rendrois 
capables d'excuser ce qu'il avoit dict, et que leur pré- 
cipitation nous avoit tous perdus. J'avois aussi une 
autre raison, qui estoit que le Roy s'attendant de tirer 
quelque service de moy durant cette entremise, qu'on 
ne me feroit déplaisir, n'estant fort asseuré si Monsieur 
n' avoit dict de moy que cela. Je le conviay de remettre 
cela en avant de m'envoyer vers Guitry, ayant songé 
que j'y pourrois servir. Le Roy se délibère que j'irois 
de la part de Monsieur, Mons'' de Torsi de la sienne \ 
et un nommé Arbonville de la part du roy de Navarre, 
qui n'avoit brouillé personne. Mons' de Guitry donne 
à Mantes sur les huict heures ; le sieur de Buy avoit 
si mal préparé son fait, qu'il n'y eust un seul gen- 
darme de la compagnie qui fist mine de se joindre 
audict Guitry, non pas mesme le sieur de Buy; de 
façon qu'il fallut ressortir de la ville, n'ayant plus 
aucune entreprise, ny nouvelles de nous, ny mesmes 
des autres rendez-vous qu'il avoit donnés, pour sça- 
voir quelle quantité d'hommes s'y estoient trouvés. 
IF s'achemine vers Dreux et prend un logis à l'entrée 

1. Jean Blosset, seigneur et baron de Torcy, chevalier du 
Saint-Esprit à la première promotion de 1578, mort le 26 no- 
vembre 1587. Sa fille, Françoise Blosset, était dame de Colom- 
bières. C'est d'un de ses parents qu'il sera question un peu 
plus loin. 

2. Guitry avait bien pu entrer dans Mantes avec quarante 



60 MÉMOIRES [Mars 1574 

de la ville sur la rivière d'Eure ; audict Dreux s'estoit 
rendu le sieur de Saint-Léger^ avec quelque nombre 
de noblesse, qui, dans le lendemain, eussent esté plus 
forts que ledict Guitry, et l'eussent combattu ou con- 
traint à se séparer, n'ayant avec luy qu'environ soi- 
xante gentilshommes et six vingts hommes de pied. 
Nous partons de Saint-Germain : arrivés à Dreux, 
nous ordonnasmes au sieur de Saint-Léger de ne rien 
entreprendre; nous sçeumes où estoient logés ceux 
de la Religion, et allasmes prendre nostre logis à 
demie lieue d'eux, d'où nous leur envoyasmes un 
trompette du Roy, que nous avions mené pour faire 
sçavoir audict de Guitry nostre arrivée, le convier de 
nous venir trouver, ou bien nous asseurer de pouvoir 
aller là où ils estoient, ou en chemin, en tel lieu que 
le trompette nous rapporteroit. Qui fut et bien aise et 
bien en suspens, ce fut ledict de Guitry de me sçavoir 
là, estimant que je l'éclaircirois de Testât des affaires; 
et, en peine de conjecturer comment je venois en cette 
légation, il nous renvoyé le trompette, en nous asseu- 
rant un lieu, où il se rendit avec environ vingt gen- 
tilshommes, et nous y acheminasmes. Le sieur de 
Torsi prit la parole, et leur dict le déplaisir qu'avoit 
le Roy de les sçavoir les armes à la main, estans dési- 
reux d'oster toute la méfiance à ses sujets, à raison des 
choses passées, par les bons et favorables traitemens 
qu'il leur vouloit rendre; qu'ils eussent à se retirer 
chacun chez soy et venir vers Sa Majesté, ainsi que 

cavaliers; mais, n'y ayant pas trouvé le duc d'Alençon, il se 
retira en Normandie. 

1. René de Saint-Léger ou Ligier, sieur de Boisrond, gen- 
tilhomme du duc d'Alençon. 



Mars 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 61 

d'obéissants sujets doivent faire, qu'ils en recevroient 
tout contentement. A cela, le sieur de Guitry dict n'estre 
seul dans la France qui avoit les armes en la main ; 
mais qu'elles y estoient prises par toutes les provinces, 
que l'inobservation du traité de la Rochelle estoit 
commune, qu'ils ne voyoient ny n'oyoient que le 
renouvellement des persécutions, qu'ils aimoient 
mieux mourir les armes en la main que par les sup- 
plices rigoureux exercés contre ceux de la Religion. 
Je pris la parole, et dis qu'avec la volonté du Roy, 
Monsieur m'a voit voulu envoyer vers eux, pour leur 
dire le desplaisir qu'il avoit d'estre en doute de la 
bonne grâce du Roy, et d'avoir sçeu la prise de leurs 
armes, qu'il ne vouloit favoriser ny assister, mais bien 
les asseurer qu'ils se pouvoient entièrement fier à la 
parole du Roy; Arbonville dict à peu près les mesmes 
choses de la part du roy de Navarre. Alors le sieur 
de Guitry prie Mons*^ de Torsi et moy de trouver bon 
de parler avec luyà part : ce qui fut accordé. Alors je 
luy dis l'inconvénient arrivé à cause de sa précipita- 
tion, qui nous avoit osté le moyen de partir et de 
faire jouer tous les ressorts de nos entreprises, si à 
propos que nous eussions fait, que les princes n'es- 
toient pas du tout prisonniers, mais tellement 
observés qu'ils n'avoient aucune action libre. Je trou- 
vay ce gentilhomme sans conseil, ny ouverture de 
moyens pour se garantir d'une prochaine et honteuse 
ruine; et ne voyant rien pour luy et tout contre luy, 
ne se pouvant fier pour venir trouver le Roy, ny aussi 
comment se maintenir en le refusant, il me fallut luy 
ouvrir un moyen, qui fut de nous dire qu'il estoit 
prest d'aller trouver le Roy, en luy donnant les seu- 



62 ^ MÉMOIRES • [Mars 1574 

retés nécessaires d'aller et retourner, m'ayant esté 
ordonné par le Roy sur tout, en prenant congé de luy, 
de luy faire venir Guitry; que, cependant que nous 
retournerions, il s'avanceroit vers la Normandie, d'où 
il attendoit des exécutions sur des places par le sieur 
de Golombières^ et autres. 11 approuve cela, de façon 
qu'après nostre communication le sieur de Torsi se 
trouva plus remis; et faisant cette ouverture de venir, 
qui contenteroit le Roy, nous nous séparons avec cette 
responce, et vinsmes trouver le Roy, qui estoit venu 
loger au faubourg Saint-Honoré, au logis du mares- 
chal de Rets^, auquel nous fismes entendre ce que 
nous avions fait; de quoy Sa Majesté fut contente, et 
nous commanda de nous tenir prests pour retourner 
vers ledict Guitry et luy porter les sauf-conduits 
nécessaires pour venir trouver le Roy et pour s'en 
retourner. 

Gependant il marcha, et le trouvasmes auprès de 
l'Aigle en Normandie^, d'où nous luy fismes sçavoir 
nostre retour, à ce qu'il vinst vers nous, ou que nous 
allassions vers luy, ou en lieu entre deux pour nous 
aboucher ; ce qui fut accepté, et là nous trouvasmes, 
où nous luy fismes voir les sauf-conduits du Roy, qu'il 
nous demanda pour les communiquer à ceux qui 
estoient avec luy. Il s'estoit renforcé de quelque cent 

1. François de Colombières, baron de la Haye-du-Puy, en 
Basse-Normandie. 

2. Albert de Gondy, maréchal de Retz, duc et pair en 1581, 
dont l'hôtel était situé sur le marché aux pourceaux. 

3. Laigle, vieille ville, à 35 kil. de Mortagne (Orne). C'était 
un marquisat avec un château fort. Le vicomte de Dreux, à la 
tête des protestants, s'en empara en 1563. 



Mars 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 63 

chevaux et deux cens hommes de pied. Il revint vers 
nous dès le jour mesme, disant que ses compagnons 
ne le vouloient laisser partir, et avec beaucoup de 
raisons. La méfiance estoit très-grande de l'invalidité 
de toutes les promesses, qui les faisoit douter de la 
seureté de sa personne; ils se voyoient sans chef, 
n'ayant point encore d'avis certains de ce qu'avoit 
exécuté le sieur de Golombières, et moins que le 
comte de Montgommery eust mis pied à terre; ils 
sça voient que Mons"^ de Matignon, qui depuis fut 
mareschal de France, estoit à Gsen, où il assembloit 
des forces, estant un des lieutenants du Roy en Nor- 
mandie, qui les pouvoit combattre ; que se voyans sans 
le sieur de Guitry, plusieurs se desbanderoient, con- 
cluans à y laisser aller tout autre d'entre eux, mais 
point le sieur de Guitry. 

A cela nous leur opposons la promesse qu'il avoit 
faicte, que, les sauf-conduits estans donnés sous son 
nom, le Roy se tiendroit trompé d'eux; enfin, ils me 
prièrent d'aller jusques en leur quartier, pour faire 
sça voir à toute la troupe nos raisons et asseurances. 
Il faut remarquer que Monsieur et les princes 
m'avoiënt enchargé d'empescher leur séparation, 
rebastissans de nouveau les moyens de sortir de la 
Cour ; Mons"^ de Torsi trouva bon que je satisfisse à leur 
désir en m'en allant au quartier. Je voyois bien la con- 
tinuation des soupçons que je donnois d'avoir intel- 
ligence avec eux, que je ne pouvois parler à plusieurs 
en public que ce que je dirois ne fust sceu, que les 
principales raisons que j'avois pour les faire consentir 
au voyage du sieur Guitry estoient l'attente de la sortie 
de Monsieur, la communication qu'il pourroit avoir 



64 MÉMOIRES [Mars 1574 

avec luy, la seureté qu'ils auroient cependant de ne 
pouvoir estre combattus et de pouvoir se joindre 
avec le sieur de Golombières; raisons, lesquelles sceues 
du Roy estre venues de moy, me portoient en un fort 
grand danger; néantmoins mon affection au service 
de Monsieur, la croyance que j'avois de ne faire for- 
tune à la Cour me firent préférer les commandemens 
de Monsieur à ce qui estoit de mon devoir, en parlant 
à trente ou quarante gentilshommes ordonnés de tous 
les autres à cet effet, auxquels je fis concevoir mon 
but, qui estoit que, sur le voyage de Mons" de Guitry, 
on pust gagner le temps nécessaire pour leur faire 
voir des choses qui porteroient de grands avantages 
à leur party; que, nous séparans d'eux, beaucoup de 
forces leur tomberoient sur les bras, qu'ils sçauroient 
ceux qui auroient pris les armes, et que je ne voyois 
nul hazard pour la personne dudict Guitry ; que nous 
nous obligerions, en nostre propre nom, de faire trou- 
ver bon au Roy de le reconduire et le ramener parmy 
eux. Gela les fait résoudre à le consentir, principa- 
lement sur la croyance qu'ils prirent en moy que 
je ne voudrois estre autheur d'une perfidie. Ils envo- 
yèrent vers Mons*^ de Torsi un des leurs avec moy, pour 
l'asseurer que le sieur de Guitry viendroit le lende- 
main nous trouver pour, en nostre compagnie, aller 
trouver le Roy au bois de Vincennes, où il avoit pris 
son logis, pour asseurer sa personne et celle des autres* . 
Gomme il fut arrivé, le Roy nous commanda de faire 
trouver le lendemain le sieur de Guitry en sa chambre, 
où il n'y auroit que la Reyne sa mère, ce que nous 

1. Toute cette affaire de Saint-Germain est racontée mer- 
veilleusement par d'Aubigné, Hist. univ., t. IV, p. 222. 



Mars 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 65 

fismes. Là, le Roy tascha à le pratiquer et sçavoir de 
luy la vraye cause de leurs armes et ceux de son 
intrigue, le louant ainsi qu'il le méritoit, et luy 
donnant de quoy attendre de la récompense, s'il vou- 
loit servir le Roy en ce qu'il désiroit. A cela il se 
servit des raisons générales qu'ils avoient par les 
actes passés entre ceux de la Religion; les nouvelles 
rigueurs qu'on exerçoit, qu'ils auroient estimé devoir 
cesser par l'absence du roy de Pologne, qu'ils avoient 
cru y pousser le Roy, auquel ils désiroient toute pros- 
périté, ne cherchans que le moyen et seureté de la 
liberté de leur conscience; que le Roy leur donnant 
cela, il ne falloit douter qu'ils ne posassent les armes. 
Durant six ou sept jours que nous demeurasmes 
au bois de Vincennes, le Roy sceut l'arrivée du comte 
de Montgommery à Garantan^, la prise de Saint-Lo, 
de Valoigne et autres petites places dans le bailliage 
de Costentin, de façon qu'il jugea bien qu'il falloit 
traiter ces affaires avec le général de ceux de la Reli- 
gion, qui avoient aussi pris les armes dans la pluspart 
des provinces de la Loire ; qui fit qu'on se résolut de 
renvoyer ledict Guitry et nous avec luy. Monsieur et 
le roy de Navarre bastissoient les moyens de leur par- 
tement, jugeans assez le péril où ils estoient; et à cecy 
La Mole estoit des premiers instrumens. La faute 
qu'il avoit fait commettre à Monsieur, à Saint-Germain, 
et l'estimant plus propre à la Gour que dans les armes, 
me faisoit méfier de luy, de façon que Monsieur me 
voulant communiquer son dessein et m'en faire parler 
à La Mole, je le suppliay que je n'en sceusse rien, 

1. Carentan, ch.-l. de cant., à 25 kil. de Saint-Lô. 



66 MÉMOIRES [Mars 1574 

mais qu'il pouvoit s'asseurer que je ne luy manquerois 
point. 

Nous repartons après avoir vu arriver Mons' de 
Montmorency, que j'allay trouver entre Escouan* et 
Paris pour le détourner de son dessein, estant le juge- 
ment d'un chacun qu'il seroit arresté, comme il fut. 
Mes persuasions ne furent rien à cette ame asseurée 
contre ses dangers qu'il avoit préveus, et jugé 
moindres que les blasmes ou les difficultés à les 
excuser. 

Nous arrivons à Cœn, où estoit le sieur de Mati- 
gnon, qui avoit fait tuer deux jours auparavant le 
sieur de Saint-Jenets, frère du comte de Montgom- 
mery-, dans son chasteau, dont il portoit le nom, 
par un nommé de Mans. Nous arrivasmes à Saint-Lo, 
où nous trouvasmes le sieur de Golombières^ avec assez 
bon nombre d'hommes, qui commençoit à travailler 
et à ruiner les fauxbourgs. Il estoit neveu de 
Mons"" de Torsi; il nous logea au fauxbourg, et nous 
posa un bon corps de garde devant nostre logis, nous 
disant que toute sorte de méfiance estoit permise à 
ceux qu'on avoit si souvent et si meschamment 
trompés, qu'ils avoient les armes à la main, espérans 
que Dieu les béniroit, en sorte qu'ils auroient la ven- 
geance de tous les massacreurs. Mons"^ de Torsi plus 

1. Ecouen, près Pontoise : le beau château Renaissance bâti 
par le connétable. 

2. Le frère de Montgomery, François de Lorge, tout protes- 
tant qu'il fût, était resté abbé de Saint- Jean de Falaise. Il fut 
assassiné par Thomas des Planches. Il y a là une erreur de nom, 
qui se trouve, du reste, dans l'édition de 1666, p. 124. 

3. C'était le principal lieutenant de Montgomery; il fut tué 
sur la brèche à Saint-Lô le 23 mai 1574. 



Mars 1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 67 

que moy trouva estrange ceste façon de garde et ces 
propos libres, lesquels il voulut modérer; mais il 
arriva tout le contraire, les derniers estans plus inju- 
rieux que les premiers, et conclud son propos, disant : 
voilà ma sépulture, nous monstrant une tour par où 
il jugeoit que la ville seroit battue, ainsi qu'elle fut, 
et y mourut, ayant ses deux enfans près de luy lors 
de l'assaut, qui n'estoient aagés de plus de qua- 
torze ans. 

Nous passasmes à Carentan, où nous trouvasmes 
le comte de Montgommery arrivé^, avec lequel nous 
ne traistasmes rien, et n'eusmes qu'à nous en retour- 
ner. Passans à Cœn, nous trouvasmes commencement 
de forces, et le sieur de Matignon, soudain après nostre 
passage, logea quelques forces près de Saint-Lo, pour 
empescher les courses. Arrivés au bois de Vincennes, 
après avoir rendu compte au Roy de Testât auquel 
nous avions laissé le comte de Montgommery, qui 
n'estoit guères bon, tant par la foiblesse des places 
que pour le peu de forces et un commencement de 
division que nous y recogneusmes entre luy et le sieur 
de Guitry, qui estoit un brave capitaine, on commença 
à dresser les armées de Normandie et de Poitou, 
celle-cy sous Mons"^ de Montpensier et celle-là sous 

1. Débarqué, le 11 mars 1574, près de Coutances, avec les 
forces qu'il amenait d'Angleterre, Montgomery, en peu de 
jours, avait remporté de foudroyants succès. Il avait pris le 
château de Pont-Douve, Saint-Lô, et avait établi son quartier 
général à Carentan. C'est là que Turenne et Guitry, députés 
par Charles IX, étaient venus le trouver, le 22 mars, et avaient 
vainement tenté de traiter avec lui. Sa situation était singuliè- 
rement plus forte que ne le disent les présents Mémoires. 
(^Voir Merlet, op. cit., p. 157.) 



68 MÉMOIRES [1574 

le sieur de Matignon ^ Lors furent créés trois régi- 
mens d'infanterie, dont le commandement fut donné 
à trois jeunes gentilshommes de bonne maison, qui 
furent Bussi d'Amboise-, Lavardin^, qui est maintenant 
mareschalde France, et .l'autre à Lucé*; Mons"" le comte 
de Soissons a espousé sa nièce et son héritière. Je 
séchois sur les pieds de voir ces Messieurs, qui n'es- 
toient guères plus vieux que moy, lesquels avoient des 
charges et en moyen d'acquérir de la réputation; 
mais, estant lié à la fortune de Monsieur, je ne pouvois 
sans faillir m'en séparer. Il différoit tousjours pour 
partir; et, comme je vous ay dict, je n'avois voulu me 
mesler avec La Mole, n'y rien sçavoir de ce qu'ils 
faisoient. Le Roy, au département qu'il fit des com- 
pagnies qui le serviroient en Poitou, y destina ma 
compagnie, qui fut occasion que je préparay mon 
équipage, et pris congé du Roy et de la Reyne le 
lundy de la semaine avant Pasques, et vins à Paris, 
où Monsieur arriva le mardy ; et là il me conjura tant, 
qu'il me fit parler à La Mole, et me communiqua le 
dessein qu'il avoit de partir le mercredy ou jeudy 
ensuivant. Il repart et s'en retourne au bois de Vin- 
cennes, et moy au bailliage du palais, où j'étois logé. 
Le mercredy, de bon matin, on me manda du bois de 

1. Matignon, chargé d'opérer en Basse-Normandie contre 
Montgoraery, avait 5,000 gens de pied, 1,800 chevaux et vingt 
pièces de canon. 

2. Louis de Clermont, qui fut assassiné par Monsoreau en 
août 1579. 

3. Jean de Beaumanoir, marquis de Lavardin , plus tard 
maréchal de France. 

4. Jean de Coesmes, baron de Lucé, tué au siège de Lusignan 
en 1574. 



1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 69 

Vincennes que le Roy prenoit quelque méfiance de 
moy de ce que j'achetois des chevaux, des armes, de 
la poudre et autres commodités pour la guerre, ce 
qui me fit envoyer le sieur de La Boissière vers le Roy, 
pour m'excuser sur le commandement que j'avois d'al- 
ler trouver Mons'^ de Montpensier, qui me faisoit faire 
provision des choses nécessaires pour la guerre. 11 
revint assez tard, et me porta un nouveau comman- 
dement d'aller trouver Mons'^ le mareschal d'Amville, 
mon oncle, en Languedoc, qui faisoit aussi des troupes 
pour faire la guerre à ceux de la Religion, et que 
j'eusse à partir le lendemain. Je renvoyé La Boissière 
dire au Roy que j'obéirois en tout et partout à ses 
commandemens, et avertis Monsieur que je ne cou- 
cherois qu'à Juvisy^ et que, s'il pouvoit sortir, je me 
trouverois où il me manderoit pour tout le jeudy 
audict Juvisy; où estant avec mon train, qui estoit de 
huict ou dix gentilshommes, nombre de bons chevaux, 
le matin du vendredy, j'eus avis que Monsieur, le roy 
de Navarre, les mareschaux de Montmorency et de 
Gossé estoient arrestés. 

Je pars et m'en allay coucher à Milly-, où je sceus 
par un que je ne sçay avoir jamais veu ny devant ny 
après, lequel se rompit la jambe en me venant trou- 
ver, et m'envoya son homme pour me dire qu'il avoit 
esté donné des commandemens aux villes et aux gou- 
verneurs par où je passerois de me prendre^. Je ne 

1. Juvisy-sur-Orge (Seine-et-Oise). 

2. Milly (Seine-et-Oise), arr. d'Étarapes. 

3. Un arrêt du Parlement de Paris avait été rendu à la 
requête du procureur général du roi « pour raison de la cons- 
piration et conjuration faicte contre l'Estat, » ordonnant l'ar- 



70 MEMOIRES [1574 

fus pas sans peine, me voyant entre les rivières de 
Seine et de Loire, peu cognoissant le pays, néantmoins 
résolu d'éviter tous mes dangers avec courage. Je 
pars et suis le grand chemin à moyennes journées 
jusques à Gone-sur-Loire ^ où je ne logeay dans la 
ville, mais au fauxbourg, où je laissay le plus pesant 
de mon train et ce qui estoit inutile; et feignant d'aller 
voir Sancerre, je pars sur les quatre heures avec 
dix-huict chevaux, et passe la rivière de Loire, ordon- 
nant à mon argentier d'aller le grand chemin, en 
disant me devoir rencontrer. Je fis une grande traite, 
et allay jusques sur les dix heures du lendemain 
repaistre à cinq lieues par delà Bourges, où je ne 
séjournay que peu, et allasmes coucher bien avant 
dans le Bourbonnois, en un village qui estoit en la 
maison de Bellenave^, où je trouvay un hoste qui 
avoit esté à feu Mons"" de Bellenave, qui estoit d'ordi- 
naire avec feu mon père, qui me recognut, et demanda 
aux miens si je n'estois pas Mons"" le vicomte de 
Turenne. Il arriva une chose digne de remarque : le 
jour de la bataille de Saint-Quentin, où mon père fut 
blessé et pris, de quoy il mourut, estant mon père 
mené prisonnier, le sieur de Bellenave, pris aussi, 
luy fut présenté; soudain il le nomme « Sagouin, » 
nom qui luy avoit esté donné pour ce qu'il avoit la 
bouche petite; il arriva si à propos qu'il s'estoit 

restation et l'emprisonnement à la Conciergerie des sieurs « de 
Thoré, vicomte de Turenne, de la Vergne, capitaine Beau- 
charaps... — Faict au Parlement, le 21^ jour de may 1574. » 
(Bibl. nat., ms. fr. 18452, fol. 4 v".) 

1. Cosne, ch.-l. d'arr. (Nièvre). 

2. Bellenaves (Allier), arr. de Gannal. 



1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 71 

nommé de ce nom et non de Bellenave, disant qu'il 
n'estoit qu'un valet, de façon que ceux qui le tenoient 
crurent cela, et le laissèrent aller sans payer auciftie 
rançon, qu'il eust bien payée de deux mil escus. De 
là, je m'en allay à Joze, lieu de ma naissance, où je 
n'avois esté depuis que je fus mené à Chantilly, là où 
je fus fort visité de la noblesse. 

Le Roy despescha le sieur de Maignanne, enseigne 
d'une des compagnies des gardes-du-corps, avec com- 
mission au sieur de Saint-Héran^, gouverneur d'Au- 
vergne, de lui tenir main forte pour me prendre. 
Ledict sieur de Saint-Héran, qui avoit esté lieutenant 
de la compagnie de cent hommes d'armes de Mons' le 
connestable, et fort affectionné à feu mon père et à 
toute nostre maison, respondict audict de Maignanne 
qu'il estoit prest à faire ce que le Roy luy avoit com- 
mandé, mais qu'il ne sçavoit de qui se servir dans la 
province, où ma maison estoit aymée et honorée et 
des villes et de la noblesse; qu'il falloit avoir des 
forces d'ailleurs, que j'estois accompagné de cin- 
quante ou soixante gentilshommes; qu'il prioit ledict 
Maignanne de ne se monstrer, de crainte que dans 
Glermont, où ils estoient, on ne lui fist déplaisir. Il 
me donna avis de l'arrivée dudict Maignanne et du 
commandement qu'il avoit, me conseillant et priant 
de prendre garde à moy et de m'oster de là ; je me 
résolus de m'en aller à Turenne. 

Je pars de Joze fort bien accompagné, et vins à 

1. Montmorin, sieur de Saint-Héran, dans sa jeunesse cor- 
nette de la compagnie du connétable, fait prisonnier avec lui 
à la bataille de Saint-Quentin. 



72 MÉMOIRES [Juin 1574 

Chasteaugué', où estoitMons'" de Fleurât; je séjournay 
là trois jours, courant la bague, et passant le temps 
avec plus de cent gentilshommes. Sçachant que Mai- 
gnanne observoit mes actions et soUicitoit Mons"" de 
Saint-Héran à l'exécut-ion de sa commission, j'avisay 
d'envoyer Le Jeune, qui avoit le guidon de ma com- 
pagnie, à Glermont, accompagné de huict gentils- 
hommes; descendit au logis où estoit Maignanne, 
lequel, les voyant entrer, monta en une chambre, où 
il fut suivy par ledict Le Jeune, lequel le prenant par 
le bras luy dict que Mons"" le vicomte de Turenne vou- 
loit sçavoir qui il estoit; soudain, l'autre descend le 
degré et va à l'escurie faire apprester ses chevaux, 
et alla trouver le sieur de Saint-Héran pour prendre 
congé de luy, recognoissant qu'il falloit d'autres forces 
pour faire obéir le Roy. Il ne fut empesché de ce des- 
sein, et n'eust asseurance qu'il ne sortist de l'Au- 
vergne, ce qu'il fîst en un jour. 

Je m'acheminay vers Turenne, et estois dans la 
montagne du Cantal en un lieu nommé Vic^, préten- 
dant de m'en aller le lendemain coucher à Roquebée, 
maison qui estoit lors au sieur de Montai^, qui m'ap- 
partenoit de quelque chose. Je fus averty qu'il avoit 
retiré quelques hommes dans sa maison pour assassi- 
ner la pluspart de ce qui estoit avec moy, et me 
prendre prisonnier, trahison fort grande, d'autant que 
je l'avois obligé diverses fois estant à la cour, et luy 

1. Châteaugay (Puy-de-Dôme), cant. de Riom. 

2. Vic-sur-Cère (Cantal), arr. d'Aurillac. 

3. Le comte de Montai était allié de Turenne, qui lui avait 
rendu plusieurs services à la cour. Il n'y avait donc pas lieu de 
soupçonner sa mauvaise foi. 



Juin 1574] DU VICOMTE DE ÏURENNE. 73 

m'ayant convié d'aller chez lui, et tousjours asseuré 
d'une très entière amitié. Cela vous doit faire 
cognoistre combien d'infidélités se trouvent entre les 
hommes qui, par ambition ou avarice, se départent 
des choses honnestes pour suivre celles qui satisfont 
à ces deux passions. J'avois avec moy son jeune frère, 
qui estoit chevalier de Malte, lequel, sans sçavoir l'in- 
fidélité de son frère, m'y servoit de guide pour la 
souffrir; cela, avec ce que je sceus que Mons*" de Van- 
tadour, qui avoit espousé une des sœurs de ma mère, 
gouverneur du Limosin, s'en estoit allé à Turenne 
pour s'en saisir^, me fît rebrousser chemin et m'en 
aller à Bouzols^. Voilà les traverses et dangers où 
j'estois, qui, pareils ou plus grands, suivent ceux qui 
ont leur Roy pour contraire. 

A Bouzols, je séjournay quelques jours, estant 
accompagné de cinquante ou soixante gentilshommes ; 
de là, je m'en vins à Turenne, ayant sceu en che- 
min la mort du roy Charles, Monsieur, le roy de 
Navarre et les deux mareschaux tousjours prison- 
niers; je m'en vins, dis-je, à Turenne, où toute 
la noblesse catholique me vint voir, et quelques- 
uns de la Religion qui ne se trouvoient dans les 
troupes qu'aux occasions, lesquelles estans passées, 
ils se retiroient chez eux. Ceux de la Religion me 
tenoient Beaulieu^, Argentat^ et la ville de Saint-Geré^, 

1. Ventadour avait reçu de la Cour l'ordre de s'emparer de 
la vicomte et en même temps de Turenne. 

2. Bouzols (Haute-Loire), à 8 kil. du Puy. 

3. BeauIieu-sur-Ménoire (Corrèze), arr. de Brives. 

4. Argentat (Corrèze), arr. de Tulle. Cette petite ville dépen- 
dait de la vicomte de Turenne. 

5. Saint-Céré (Lot), arr. de Figeac. 



74 MÉMOIRES [Août 1574 

et le sieur de Montai le chasteau; ils ne me faisoient 
la guerre, ny raoy à eux. Il arriva que ceux de Gazil- 
lac^ où il y avoit quelques soldats qui estoient de 
Turenne, firent quelque outrage à un de mes voisins, 
de quoy ils ne voulurent faire réparation, ce qui occa- 
sionna d'assembler mes amis, et les allay attaquer, et 
les pris. Ceux de Beaulieu commencèrent à courre ma 
terre; je leur fis la guerre et les contraignis à s'ac- 
commoder avec moy, par l'authorité de Mons"" le 
vicomte de Gourdon^, qui estoit leur général en 
Limosin, Haute-Auvergne et Haut-Quercy. Cela dura 
jusques au siège de Miremont^. 

En ce temps-là, le Roy revenoit de Pologne, et 
estoit à Turin, où, sous la parole de feu Mons"" de 
Savoye^, Mons'^ le mareschal d'Am ville, qui estoit 
dans ladicte ville, ayant fait la révérence au Roy, 
et eu plusieurs discours qui ne l'avoient contenté, 
Mons' de Savoye, averty qu'on le vouloit tromper, 
et sur son retour le faire* perdre, luy fit apprester 
sa galère et prendre le chemin de mers% et le 
rendit sain et sauve dans son gouvernement; il 

1. Cazillac, dans le Quercy (Lot), arr. et à 41 kil. de Gourdon. 

2. Antoine, vicomte de Gourdon et de Gaiffier, seigneur de 
Cenevières en Quercy. 

3. Miremont (Puy-de-Dôme), arr. de Riom. 

4. Emmanuel-Plîilibert, duc de Savoie, qui avait épousé la 
fille de François \", Marguerite de France, et mourut en 1581. 

5. Ce mot est écrit dans tous les manuscrits et dans les im- 
primés tantôt Mek, tantôt Metz. C'est « mers » qu'il faut lire. 
Marsollier, dans sa vie du duc de Bouillon, nous apprend que 
Damville s'embarqua à Nice, pour retourner en Languedoc. 
— Sur le séjour de Henri III à Turin, et l'accueil qu'il fit à Dam- 
ville, on peut consulter la grande histoire de J.-A. de Thou, 
t. VII de l'édition française, p. 131. 



1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 75 

avoit traité avec ceux de la Religion, et fort avancé 
l'union entre eux et les catholiques romains avant 
qu'aller à Turin, de quoy il m'a voit donné avis, m' ex- 
hortant de m'y joindre et à prendre les armes à cet 
effet; j'avois appelle bon nombre de noblesse, atten- 
dant de sçavoir dudict sieur mareschal le jour que 
nous nous déclarerions. Je sceus qu'il estoit allé trou- 
ver le Roy; cela me mit en une fort grande peine, 
estimant qu'il s'accommoderoit, et que j'aurois fait 
une levée de boucliers à ma honte et à la ruine de 
ceux qui prendroient les armes avec moy. 

Il se présente une occasion pour couvrir la vraye 
cause de l'assemblée de mes hommes, qui fut que le 
sieur de Saint-Héran s'estoit obligé d'assiéger le chas- 
teau de Miremont en Auvergne, à la sollicitation de 
ceux du haut pais, mais poussé principalement par 
Montai, qui vouloit un grand mal à la dame à qui 
appartenoit la maison', estimant qu'il la feroit mourir 
et ruineroit sa maison. Je fis que le sieur de Saint- 
Héran me convia de l'assister en ce siège, ce que j'of- 
fris de faire, et y menay trois cens gentilshommes et 
quelque iilfanterie. Ces entreprises estoient faites avec 
les promesses de ceux du pais pour les frais qu'il fal- 
loit faire pour les levées et paye des hommes, des 
vivres, munitions de guerre, esquipage d'artillerie : 
toutes ces choses estoient fournies mal à propos et 
moindres qu'il ne les falloit; de façon que nous ne 
prismes la place, et s'y perdit nombre de gentils- 

1. Madeleine de Senneterre, ou Saint-Nectaire, veuve de Guy 
de Miremont, seigneur de Saint-Exupéry. C'était une femme 
intrépide, dont Mezeray a célébré les exploits, et qui avait 
battu, en 1574, les troupes du seigneur de Montai. 



76 MÉMOIRES [Sept. 1574 

hommes en voulant faire un logis sur une espèce de 
contrescarpe, de façon que j'y eus plus de vint gentils- 
hommes tués, entre lesquels fut le sieur Oudart, que 
j'ay dict cy-devant avoir esté envoyé à Clermont faire 
desloger Maignanne. Nous levasmes le siège; ceux de 
la Religion avec lesquels j'estois entrèrent, ainsi qu'ils 
dévoient, en une grande mesfiance de moy. Je m'en 
revins à Turenne, où tost après j'eus des lettres de 
Monsieur, qui me prioit de prendre les armes avec 
Mons' le mareschal d'Am ville, qui aussi m'avertit de 
son retour en Languedoc, et m'envoya les articles de 
l'union afin que je les signasse. Cela me fit résoudre 
à prendre les armes; de quoy je donnay avis à 
Mons' de La Noue, qui m'envoya tout ce qui estoit 
sorty des villes de Fontenay-le-Gomte et Lusignan\ 
avec les sieurs de Montguyon et de Ghouppes, qui 
pou voient estre environ mil arquebusiers à cheval, et 
cent ou six-vingts hommes de cheval ; j'avois près de 
trois cens gentilshommes catholiques, qui prirent les 
armes avec moy. 

Il est à remarquer qu'estant revenu du siège de 
Miremont, le Uoy arriva à Lyon en mesure temps ^; 

1. Lusignan (Vienne), à 24 kil. de Poitiers. 

2. On trouve dans les Archi\>es historiques de la Saintonge et 
de l'Aunis, t. IV, p. 301 (1877), la lettre que le vicomte écri- 
vit au roi un peu plus tard. Il l'informait que, suivant son ordre, 
il avait rappelé sa compagnie pour se rendre à Brive sous le com- 
mandement de M. de Montpensier. Puis il ajoutait : « Encore, 
Sire, que le sieur de la Barge m'aye dict que aulcuns vous avoient 
rapporté que j'avoys prins les armes contre vostre service, 
chose à quoy je n'ay jamais pensé; et ne m'a jamais, ledict 
La Barge, vouUu nommer qui est. Mais, s'il vous plaist me 
tant honorer me dire tels accusateurs, avecques vostre per- 



1574] DU VICOMTE DE TURENNE. 77 

j'envoyai vers luy pour luy rendre les devoirs que 
comme son sujet je luy devois, luy tesmoignant estre 
marry des mauvaises impressions que le feu Roy son 
frère avoit prises de moy, ne désirant que d'estre 
maintenu en ses bonnes grâces, et luy rendre les ser- 
vices que je luy devois. On fît fort peu de cas de ma 
recherche, et me fît-on cognoistre que je n'avois à 
espérer aucun avancement; ainsi en fit-on au général 
de ceux de la Religion, qui tous firent sentir qu'ils ne 
désiroient autre chose que la seureté et liberté de leur 
conscience, biens et personnes. 

Le Roy, qui avoit esté conseillé de l'empereur, pas- 
sant à Vienne, du sénat de Venise et de Mons'" de 
Savoye, de donner la paix à ses sujets, s'en venoit 
avec cette intention ; mais la Reine sa mère, le mares- 
chal de Bellegarde et quelques autres la luy firent 
changera son grand malheur et de tout son royaume, 
sur lequel il pouvoit régner heureux, où il a eu tous- 
jours, jusques à la mort, des partis qui rendoient son 
authorité contestée, son peuple ruiné, la justice et les 
loix sans obéissance. Il s'en vint à Avignon, où il com- 
mença à préparer des forces , et attaqua Livron ^ ; 
pour moy, je fus appelle par ceux de Montauban, qui 
estoient fort pressés. Le sieur de Joyeuse, comman- 
dant en Languedoc % et le sieur de Cornusson à Tho- 

mission et l'ayde de Dieu, j'espéreroys me justifîei' si clère- 
ment, que la justice de ma bonne cause rendroit Vostre Majesté 
et moy chascun contant et satisfait. » La lettre est datée de 
Turenne, du 12 février 1575. 

1. Livron, près du confluent de la Drôme et du Rhône, 
que Henri III assiégea sans succès avec une forte armée. 

2. Guillaume, vicomte de Joyeuse, lieutenant-général pour 
le roi au gouvernement de Languedoc, maréchal de France. 



78 MÉMOIRES [1575 

lose', le sieur de Glermont de Lodève^ en Quercy et le 
sieur de La Vallette, père de Mons*" d'Espernon, en 
Gascogne, luy avoient pris tous les forts aux environs, 
où ils avoient mis des garnisons pour les empescher 
de ne cueillir ny bleds ny vins : les villes du Mas-de- 
Verdun 3, Buset* et Làuserte^, tenues par ceux de la 
Religion dans les trois provinces où commandoient 
ces trois messieurs dessus nommés, estoient en telle 
extrémité qu'elles n'avoient des vivres que du jour à 
la journée ; les garnisons si petites, qu'elles ne pou- 
voient suffire aux gardes ordinaires, moins pou- 
voient-elles lever leurs contributions, sur lesquelles 
elles prenoient leur entretenement ; ils me prient d'y 
aller, m'ayant, en une assemblée qu'ils avoient tenue, 
destiné pour commander en Guyenne sous Mons"^ le 
maréchal d'Amville. 

Le premier rendez-vous fut près de Turenne^, en 
un lieu appelle les Bruyères-de-Nazaret ; de là, nous 
allasmes à Bergerac, où commandoit le sieur Lan- 
goiran, puisné de la maison de Montferrant, laquelle 
est maintenant esteinte, lequel me receut bien; mais 
néantmoins, trouvant ennuyeux pour luy de me reco- 
gnoistre, je passay la rivière de Dordongne, celle du 

1. François de la Vallette, seigneur de Cornusson, sénéchal 
de Toulouse, gentilhomme de la chambre du roi. 

2. Clermont-de-I'Hérault, arr. de Lodève, à 15 kil. de cette 
ville, ancienne baronnie. Gui de Castelnau en était seigneur. 

3. Le Mas-Grenier (ïai'n-et-Garonne), arr. de Castelsarrasin. 

4. Buzet, dans le Bazadois (Lot-et-Gai'onne), à 1(3 kil. de 
Nérac. 

5. Lauzerte (Tarn-et-Garonne), arr. de Moissac. 

6. Rappelons que Turenne (Corrèze), arr. de Drive, est à 
15 kil. de cette ville. 



Avril 1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 79 

Drot^ et à Clerat^ celle du Lot. Tous les lieutenans du 
Roy faisoient ce qu'ils pouvoient pour se faire forts 
et me combattre, qui estoit mon plus grand désir, 
ayant près de six cens chevaux et deux mil hommes 
de pied, bons et bien commandés. Ils me laissent faire 
mon chemin sans empeschement ; je prends mon logis 
à deux heues de Montauban, au village de Piqueros^, 
où il y a un bon chasteau qui appartient à ceux de 
Montpezart^, d'où ceux de Montauban recevoient beau- 
coup de dommage; j'estimois qu'ils me donneroient 
de quoy l'assiéger, mais ils estoient despourveus de 
tout; leur artillerie consistoit en deux canons, l'un 
pesant près de sept milliers, le calibre si grand qu'il 
falloit des moules exprès pour y fondre des balles, 
l'autre estoit un sautereau qui ne pesoit guère plus de 
quatre milliers, qui n'avoit que sept pieds de longueur, 
de façon que le premier ne se pouvoit mener qu'avec 
un grand nombre de bœufs, l'autre ne pouvoit demeu- 
rer sur son afifust, mesmement en le tirant, à cause 
de sa légèreté, ny demeurer, ainsi qu'il le faut, dans 
les ambrazures, à cause qu'il estoit fort court, et pour 
l'un et pour l'autre, on ne pouvoit faire de plate-forme 
suffisante à son recul. Il y avoit une ou deux bas- 
tardes ; mais le chasteau fut jugé n'estre forçable avec 
cela. Je délogeay, et avec ces pièces je pris quatre ou 

1. Petite rivière, non navigable, qui prend sa source dans le 
Périgord et se jette dans la Garonne au-dessus de la Réole. 

2. Clairac (Lot-et-Garonne), arr. de Nérac. 

3. Piqueros (Tarn-et-Garonne), à 11 kil. de Montauban. 

4. Ce château avait été fortifié par Jacques de Lettes, sei- 
gneur des Prez, évêque de Montauban, fils du maréchal de 
Montpezat. (Voir Histoire du Querci, par Cathala-Coture.) 



80 MÉMOIRES [Mai 4575 

cinq forts, et après je m'en allay à Montauban, où je 
fus receu avec un grand applaudissement du peuple, 
ainsi que c'est la coustume d'aymer ceux qui les 
délivrent d'oppressions ; néantmoins, la confiance n'y 
estoit pas entière, à cause que j'avois plusieurs 
catholiques, et moy-mesme qui l'estois, faisant dire la 
messe dans ma chambre, de quoy plusieurs s'offen- 
soient : ceux de la Religion, de voir cela introduit à 
Montauban^, estimans que l'ayant chassée qu'elle n'y 
rentreroit point; les catholiques, de ce qu'ils avoient 
si peu d'exercice et en cachette, quoy que par les 
articles de l'union il estoit accordé aux troupes, à la 
campagne et dans les garnisons. Il y avoit Mons'' de 
Terride^ qui m'obéissoit un peu à regret; de façon 
qu'il me falloit mesnager entre toutes ces difficultés 
et essayer qu'elles ne m'empeschassent à bien faire 
la guerre et acquérir la réputation et créance ; par 
curiosité quelquesfois, j'allay au presche, où divers 
catholiques me suivoient. 

Je ne séjournay pas à Montauban trois jours que je 
ne misse dehors l'artillerie, la moisson pressant, pour 
les eslargir de toutes les petites garnisons ; où je fus 
accompagné d'heur, d'autant que nous n'avions pas 
pour tirer cent cinquante coups de canon ; néantmoins, 
je pris à cette sortie huict ou dix forts assez bons, et 
où il se trouvoit bon nombre d'hommes dedans, mais 
ils estoient assaillis vertement, de sorte qu'aussitost 
que quelque trou estoit fait, ou quelques guérites 
abatues, on y donnoit; de sorte que nous prismes 

1. Le vicomte de Turenne dut entrer à Montauban le l*"" mai 
1575. 

2. Antoine de Lomagne, vicomte de Terride. 



1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 81 

réputation, qui sert grandement à la guerre; et au 
contraire les capitaines la perdirent en nous laissant 
exécuter ce que nous entreprenions. Nous nous ser- 
vions de la diligence, qui est une partie fort requise à 
l'homme de guerre pour exploiter beaucoup de 
grandes choses et pour se garder de plusieurs dan- 
gers. Je prenois le temps de mes sorties avec consi- 
dération de sçavoir si les lieutenans du Roy, qui ne 
s'accordoient guères bien, estoient ensemble, de choi- 
sir les lieux que je voulois attaquer, qu'ils fussent en 
assiette favorable pour prendre un bon logis, les 
ennemis les voulans secourir, de les investir, ayans 
quelques avis que leurs garnisons fussent foibles : il 
arrivoit que la garnison avoit esté battue, et, me ser- 
vant de l'occasion, je les investissois. Je faisois ce que 
je pouvois, avec l'avis des capitaines qui estoient avec 
moy, de vaincre nos nécessités par art et par la dili- 
gence. J'avois grand'peine à maintenir mes hommes, 
qui, volontaires et sans payement, ne se pouvoient 
garder avec rigueur. 

Je pris nombre de ces petites garnisons en six 
semaines de temps ; mais le plus pesant de la besongne 
estoit de conserver les trois places susdictes, qui 
avoient faute de tout, et moy nuls magazins pour les 
envitailler. Il me falloit lever, tantost cent sacs de 
bled, de maison en maison, sur les plus volontaires 
de Montauban ; tantost je jettois partie de cela dans 
la ville, qui estoit au dernier morceau, par quelques 
soldats qui se déroboient la nuit des gardes et des 
forts des ennemis et entroient dans la place; tantost. 
mais rarement, je les faisois conduire par une légère 
escorte, estant cela fort hazardeux que nos hommes 

6 



82 MÉMOIRES [1575 

ne soient battus, d'autant qu'ils y alloient, sçachans 
que s'ils estoient rencontrés, ils le seroient par plus 
fort qu'eux, ce qui les rendoit (comme en semblables 
occasions il avient) peureux et capables d'estre battus 
par beaucoup moindre nombre d'hommes qu'ils n'es- 
toient. Bien souvent j'y allois. Les sieurs de Cornusson 
et de Joyeuse s'assemblèrent sur l'advis qu'ils eurent 
que j'avois assemblé toutes mes troupes, et m'en 
estois allé à Villemur^ pour mener un envitaillement 
à Buset^ et prendre deux tours qui estoient à cinq 
cents pas dudict Villemur. 

Lesdicts sieurs se logèrent en un village qui s'appelle 
Bessins^, et quelques autres lieux au delà de la rivière 
du Tare^. Le lendemain, je pars avec deux cens arque- 
busiers à cheval et six vingt chevaux, ayant ordonné 
le sieur de Moulins, cadet de la maison de Komes^, 
avec autre quarante chevaux et soixante arquebusiers 
à cheval, de se mettre à ma teste, et à son dos les che- 
vaux et charrettes qui portoient les munitions pour 
Buset. Gomme je fus à une lieue de Villemur, laissant 
les quartiers de l'armée presque derrière, croyant que 
rien ne pouvoit aller à cette escorte qu'il ne vinst 
plustost à moy, je fis alte, et ledict de Moulins suivit 
son chemin. Après que j'eus fait ferme environ une 
heure, je fis retourner mon infanterie; et tost après 
je coramençay à m'en retourner. L'espérance perdue 

1. Villemur-sur-Tam (Haute-Garonne), à 32 kil. de Toulouse. 
— D'Aubigné place un peu plus tard l'affaire de Villemur. 

2. Buzet-sur-Tarn, à 25 kil. de Toulouse. 

3. Bessens (Tarn-et-Garonne), cant. de Grisolles. 

4. Tarn. Turenne écrit, comme on prononce : Tare. 

5. Ou plutôt de Coesme. 



1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 83 

de voir les ennemis, on commence à laisser les bras- 
sars, qnelques-uns à s'avancer pour éviter le chaud, 
et de marcher en mauvais ordre; tout soudain j'en- 
tends crier à ma queue « Armes ! » Je tourne avec ce 
qui se trouva près de moy, qui estoit environ soi- 
xante chevaux; La Grange et le sieur de But furent 
les premiers que je vis pleins de sang, ayans chacun 
trois coups d'épée, me dire : « Monsieur de Moulins 
et les munitions sont perdues, si vous ne les secou- 
rez. » 

Je n'avois qu'un courtaut les pieds assez pesans ; je 
n'eus pas fait cent pas au trot que les ennemis, 
meslés avec les nostres, qui nous les menoient sans 
leur sceu et sans la volonté des nostres; eux nous 
voyans ils font ferme, je fit sonner la charge, eux 
tournans : au mesme temps les deux resnes de mon 
cheval se rompent. Mons" de Choupes^, qui depuis fut 
lieutenant de ma compagnie, commence à donner sur 
la mâchoire de mon cheval, que je laissois aller pour 
l'envie que j'avois de me mesler avec cette troupe, 
qui estoit de cinquante chevaux choisis, commandés 
par le sieur Saint-Martin-Golombières, lieutenant du 
sieur de Joyeuse, qui luy avoit baillé son fils^, estant 
la première fois qu'il s'estoit trouvé les armes à la 
main : c'estoit celui-là qui depuis fut tant favorisé du 
feu Roy; ma troupe, voyant mon cheval tourner et 
s'arrester par les coups du sieur de Choupes, s'ar- 

1. Pierre de Chouppes, gentilhomme poitevin, l'un des plus 
braves capitaines du temps. Il était à ce moment lieutenant des 
troupes de La Noue. 

2. Anne, fils du vicomte de Joyeuse, seigneur d'Arqués, plus 
tard duc de Joyeuse, grand favori de Henri III. 



84 MÉMOIRES [1575 

reste, et n'y eut que le sieur de Koiré, monté sur un 
cheval d'Espagne, ne prenant garde que nous nous 
arrestions ayant les ennemis à trente pas de nous, 
sort du chemin, et saute le fossé qui fermoit le che- 
min à nostre main droite, et s'avance pour gagner la 
teste des ennemis, estimant que c'estoit moy; estant 
plus avancé qu'eux, il ressaute le fossé et commence 
à leur demander ou estoit Mons' de Turenne : eux, à 
ce mot, commençans à lui donner sans s'arrester, il 
vint tomber sur la croupe du dernier cheval des 
ennemis que nous pressions, ayans raccommodé ma 
bride, avec sept ou huict coups d'espée à son cheval 
et deux ou trois sur luy, mais un enlr'autres qui luy 
coupoit autant du corps en sa rondeur, au deffaut de 
sa cuirasse, comme il y en avoit à couper; les boyaux 
tous dehors luy furent remis, et il fut mené à Ville- 
mur, et guéry depuis du plus grand coup qui se 
soit veu. 

Les ennemis, trouvans la rivière guayable et un 
logis de leur infanterie sur le bord, qui nous fît faire 
ferme, ayans pour nos peines eu cinq ou six des leurs 
tués ou pris, retournent au logis. Je préparay mon 
fait toute la nuit pour battre le lendemain ces tours, 
pouvans loger nostre artillerie sur le bord de l'eau de 
nostre côté et battre lesdictes tours, qui estoient sur 
l'autre bord, du costé où estoient les ennemis logés à 
une lieue et demie. Je fis mes approches la nuit, et 
logeay mon artillerie, qui estoit trois canons et deux 
bastardes ; la rivière du Tare estoit guayable entre la 
ville et les tours; j'avois trois pontons pour passer 
mon infanterie, qui estoit d'environ quinze cens 
hommes; j'en passay environ mille sous la conduite 



Mai 1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 85 

d'un gentilhomme nommé La Grange, de Poitou, qui 
fut fort négligent à travailler pour rehausser quelques 
fossés, qu'il pouvoit rendre inaccessibles à la cavalerie, 
et faciles à garder contre l'infanterie, estimant de pou- 
voir maintenir mon siège, encore que les ennemis me 
vinssent sur les bras avant que d'avoir forcé ces 
tours. Dès la pointe du jour, j'envoye deux troupes 
'de cavalerie pour me tenir averty du mouvement que 
feroient les ennemis; je disposay mon ordre à mon 
artillerie, et logeay ce qui estoit du mesme costé le 
long du bord de l'eau, et fis faire une bonne barricade 
sur le quay'^. De bon matin, je passay de delà, où je 
vis la négligence du sieur de La Garenne, qui n'avoit 
pas donné un coup de pesle ; en mesme temps le sieur 
de Verlac revint, qui avoit mené une des troupes pour 
prendre langue, et me monstre la poussière des enne- 
mis, qui marchoient à nous; soudain, avec l'avis de 
Mons"^ de Frontrailles^ et autres, je fais retirer 
La Garenne d'une teste avancée, qu'il eust peu garder 
s'il eust fait ce qu'il devoit (remarquez les inconvé- 
niens de la paresse) , et le fis loger à la teste des pre- 
miers fossés qui limitoient le bord de la rivière, et 
retiray tous les hommes du costé de la tour qui regar- 
doit la ville. 

Dès le matin le canon tira; les bleds estoient hauts, 

1. D'Aubigné raconte l'entreprise de La Garenne un peu dif- 
féremment. [Histoire universelle, t. IV, p. 340.) Puis le vicomte 
de Turenne assiégea Réalville le 23 mai, qu'il prit au bout de 
quatre jours, y laissant le capitaine Valade comme gouverneur. 
Grâce à la vaillance de Chouppes, il enleva aussi Mauzac, près 
de Montauban. 

2. Michel d'Astarac, baron de Fontrailles. 



86 MEMOIRES [1575 

qui donnèrent moyen aux ennemis d'avancer leur 
infanterie, de façon que je ne fus repassé l'eau qu'ils 
commencent à attaquer nostre infanterie ; s'ils avoient 
esté mal soigneux à travailler, ils furent aussi peu 
courageux à se deffendre. Après une petite salve d'ar- 
quebusades, ils se mettent à fuir droit à la rivière, 
les ennemis à les presser, de façon que plusieurs ne 
se servirent des ponts ny du guay, mais se noyoient.* 
Cet effroy prit de nostre costé, y ayant beaucoup de 
péril sur nostre bord, la rivière estant petite et un 
chemin ras qui la bordoit ; de façon que je vis l'heure 
que les'ennemis, poussans leur bonne fortune, eussent 
passé en hazard d'entrer dans la ville. A ce péril il 
fallut oublier le mien : avec vingt ou vingt-cinq gen- 
tilshommes, je me tins sur le quay, ralliant et asseu- 
rant ce que je pouvois. Mons' de Ghoupes, des plus 
braves gentilshommes que j'ay veu, relayé de nostre 
arquebuserie, fait recommencer tirer nostre canon, 
qui cessa le temps de deux volées : les ennemis s'ar- 
restent, estimant avoir assez fait bruslans les tours, 
et se retirent, et moy aussi après avoir mis des vivres 
dans Buset, où tost après les ennemis brassèrent une 
entreprise par le moyen d'un sergent qui fut pris et 
mené à Thoulouse, où ils le vouloient faire pendre s'il 
ne leur promettoit de leur donner moyen d'entre- 
prendre sur Buset. A quoy ce sergent consentit, et 
promit au sieur Duranti', lors advocat du Roy, de lui 
faire sçavoir le moyen qu'il y verroit. Sur cette espé- 
rance, ils le laissèrent aller; revenu au Buset, il aver- 

1. Jean-Etienne Duranti, célèbre magistrat toulousain, pre- 
mier président en 1587, massacré dans une émeute en 1589. 



1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 87 

tit le capitaine Pasquet, qui commandoit dans la ville, 
de la promesse qu'il avoit faite pour sauver sa vie. 
Pasquet m'en avertit; je luy mande de faire que ce 
sergent entretinst les ennemis, et qu'il luy adjoignist 
quelque soldat bien asseuré et fidèle, qu'il diroit avoir 
desjà pratiqué, mais, s'il luy estoit possible, qu'il luy 
en falloit gagner jusques à trois pour se rendre 
maistre d'un corps de garde; les ennemis entrent en 
espérance de cette exécution, et demeurans en 
méfiance de celuy qui la bastissoit, après plusieurs 
pourparlers, ce sergent les asseure avoir gagné trois 
soldats et luy; qu'eux quatre pouvoient se saisir d'un 
corps de garde, qui estoit dans une tour, et leur don- 
ner moyen de planter deux échelles. 

Gela plut aux ennemis; mais, doutans, ils requirent 
du sergent de faire voir cela de jour à deux hommes 
qu'ils lui envoyeroient; le sergent le trouve bon, et 
convinrent que les deux soldats des ennemis vien- 
droient habillés en paysans, feignans de porter du lieu 
d'où estoit le sergent quelques vivres pour lui : ainsi 
arresté ainsi exécuté. Le gouverneur estoit averty de 
tout ceci; le jour de l'exécution fut pris, et devoit 
ledict sergent, le soir dont la nuit l'exécution se devoit 
faire, faire voir à deux soldats des ennemis Testât de 
la ville, et un des deux demeurer dedans, et l'autre 
sortir quand on fermeroit la porte avec le sergent, 
qui feindroit d'aller faire quelque partie, et sur une 
heure ledict sergent avec le soldat dévoient aller trou- 
ver le sieur de Cornusson, qui devoit estre dans une 
église rompue, n'y ayant que les quatre murailles avec 
trois cens hommes, pour de là venir planter les 
eschelles au lieu où les trois hommes des nostres et 



88 MÉMOIRES [Juin 1575 

celuy des ennemis, qui estoit demeuré avec eux, 
estoient en garde, et où le sergent et celuy qui estoit 
avec lui les avoient veus ordonnés. Les ennemis 
recherchoient ces seuretés d'avoir un homme dedans 
la ville et un dehors qui leur fussent asseurés ; davan- 
tage, ils vouloient avoir celuy qui faisoit l'entreprise 
en leur puissance; néantmoins, sans ce qu'il avint, ils 
estoient tous perdus. Nous avions fait faire sous cette 
église une mine et une traisnée avec des petits canaux 
de bois bien joints, qui, mis sous terre, venoient 
répondre sur le chemin par où le sergent devoit pas- 
ser en se venant rendre à eux, et y devoit mettre le 
feu. Le jour pris, il arrive que le capitaine Pasquet, 
allant à la guerre, fut pris et mené à Thoulouse, où il 
fut condamné; pensant sauver sa vie, il leur déclare 
nostre dessein, qui ne le sauva; mais il nous fit perdre 
cette occasion : qui vous doit avertir d'estre toujours 
douteux aux entreprises où il y aura des intelligences, 
estant fort difficile d'y trouver de quoy s'asseurer 
entièrement qu'en ne se commettant à ceux de qui 
vous vous pensez servir pour tromper les autres ^ 

Je continuay à faire la guerre dans le pays de 
Quercy jusques à ce que je tombay malade, sur la fin 
de l'esté, d'une fièvre continue qui me dura bien seize 
jours; je fus en grand danger, que je recognoissois 
bien, et estois attiré à penser sérieusement à mon ame 
et à l'autre vie, en quoy je ne trouvois que douter, 
n'ayant le mérite de la mort de Jésus-Christ pour fon- 

1. Voir, pour toutes ces petites opérations et les événements 
locaux qui s'y rapportent, Y Histoire du Querci, par Cathala- 
Coture, avec des pièces justificatives assez complètes, 3 vol. 
in-8«>, 1785. 



1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 89 

dément de mon salut ; mes peschés et mes transgres- 
sions paroissoient devant moy, mes œuvres sans 
mérite, quoy qu'on m'eust dit qu'il y en avoit qui 
aidoient à sauver; de sorte que ma condition estoit 
fort misérable, et la perturbation de mon ame qui 
augmentoit celle du corps; Dieu eut pitié de moy, 
en faisant servir cette maladie pour me le faire 
cognoistre. 

La fièvre commença à me laisser, et tost après je 
fus bien gyéry, ainsi que mon nature! y a toujours 
esté porté, d'avoir esté bien tost abbatu et bien tost 
remis. Durant ma maladie, mes gens de guerre se 
trouvans sans estre employés, et les villes eslargies, 
se laissèrent desfournir de leur entretenement, de 
façon que les troupes de Poitou s'en allèrent, partie 
des gentilshommes catholiques se retirèrent aussi en 
Auvergne, d'où ils estoient pour la pluspart, qui est 
à remarquer qu'audict Auvergne, au bas pays, ceux 
de la Religion n'y tenoient rien. Les ordonnances du 
Roy portoient confiscation de tous les biens de ceux 
de la Religion, et de ceux qui avoient les armes en la 
main pour eux; et néantmoins, ce pays-là m'estoit si 
affectionné, et a tousjours tant aymé nostre maison, 
qu'ils ne touchoient aux biens d'aucun, et laissoient 
la liberté d'y aller et demeurer sans empeschement; 
aussi n'ay-je jamais voulu qu'on y fist courses ny 
autres prises. Me trouvant foible pour tenir la cam- 
pagne, et se trouvant beaucoup de désobéissance aux 
commandemens et ordonnances que je faisois dans 
l'étendue du gouvernement, quoy que je ne les fisse 
que par l'avis d'un conseil qui m'avoit esté donné par 
toutes les provinces de personnes choisies, lesquelles 



90 MÉMOIRES [1575 

signoient les résultats avec moy et le greffier de ce 
conseil les ordonnances et mandemens en matière 
de finances; néantmoins, il s'en exécutoit fort peu : les 
gouverneurs, les capitaines et les consuls des villes 
tiroient à eux tout ce qu'ils pouvoient ; de sorte que 
tous les deniers qui proVenoient de trois natures prin- 
cipales de contributions, des biens ecclésiastiques et 
des catholiques, et du dixiesme des rançons, tout cela 
se dépensoit en chaque lieu, sans qu'on en portast 
que fort peu au trésorier général; je fus^donc con- 
seillé de faire un tour par le gouvernement pour m'y 
faire recognoistre, avec ce, que ceux de Glérac ^ se 
trouvans pressés, me prièrent d'aller à eux pour les 
eslargir. Je fis un tour jusques à Turenne, voir ma 
sœur, qui y séjourna jusques à la paix ; je m'en revins 
à Montauban, d'où je partis avec près de deux cens 
chevaux et deux cens hommes de pied ; je m'en vins 
à Lauserte-, où je conduisois deux moyennes pièces 
que j'avois fait fondre des mitrailles qu'on avoit 
trouvées dans les forts que j'avois pris, lesquels j'es- 
tois fort soigneux de faire serrer. 

Le sieur de Vesins -^ sénéchal de Quercy, ayant avis 
de mon partement, assembla près de quatre cens 
chevaux et plus de douze cens arquebusiers, délibéré 
de me combattre faisant mon chemin. J'eus avertis- 

1. Clairac (Lot-et-Garonne), à 24 kil. de Marmande. 

2. Lauzerte (Tarn-et-Garonne), arr. de Moissac. 

3. Jean de Levezou de Vézins, seigneur du Rodier-Charry, 
capitaine de cent hommes d'armes sous le marquis de Villars, 
sénéchal du Quercy depuis 1576, l'un des plus intrépides soldats 
du temps, surnommé « le brave Vesins, » tué en 1580, lors 
de la prise de Cahors par les protestants sous le commande- 
ment du roi de Navarre. 



1575J DU VICOMTE DE TURENNE. 91 

sèment par mes espions que ledict de Vesins venoit à 
moy; mes coureurs, auxquels j'avois commandé de 
jetter devant eux cinq ou six chevaux, me donnoient 
avis qu'il paroissoit à l'aisle d'un bois esloigné de mon 
chemin d'un bon quart de lieue; je commençay à 
prendre mon ordre, qui fut de faire cinq petits batail- 
lons de mon infanterie, de cent cinquante hommes 
chacun, faisant le front large afin de faire moins de 
rangs, d'autant que c'estoit tout arquebuserie ; et fis 
quatre escadrons, trois de quarante chevaux chacun, 
et le mien de plus de soixante ; je mis les deux pièces 
à la teste. Pendant que je faisois cela, un prestre qui 
me servoit d'aumosnier met un mouchoir au bout 
d'une grande perche et rallie tous les valets et leur 
fait faire une haye estant en bon ordre ; nous nous 
prismes tous à rire, n'estimans pas que cela eust deu 
servir comme il fit. Nous commençasmes à marcher 
en bon ordre; Mons"^ de Renyés^, qui menoit mes cou- 
reurs, dit que ce qu'ils avoient veu estoit des ennemis qui 
paroissoient estre bien forts, mais qu'ils avoient changé 
de place et s'estoient retirez. Nous continuons nostre 
chemin sans allarme, s'estans lesdicts ennemis sépa- 
rez, nous jugeans trop forts, et cela par cette dernière 
troupe, dont Mons' l'Aumosnier estoit le capitaine. 
Après avoir pourveu Lauserte, j'y commis Mons"" de 
Beaupré avec une bonne garnison ; je m'en allay à Glé- 
rac, trouvant estrange comment cette place s'estoit 
conservée au siège que deux ans auparavant elle avoit 
soustenu de toutes les forces de la Guyenne, où com- 

1. Ce gentilhomme, nommé aussi Régnier, avait été sauvé 
de la mort par Vézins à la Saint-Barthéleray; il commandait, 
pour les protestants, la petite place de Villemur. 



92 MÉMOIRES [1575 

mandoient Messieurs de Montluc, de La Valette et de 
Losse^ ; n'y ayant de fossé qu'à cloche-pied, on pouvoit 
descendre et monter, point de rempart ny moyen d'y 
en faire, des murailles de briques, si mauvaises 
qu'avec moins de quatre cens coups de canon on en 
rasa plus de six-vingt pas, un grand fauxbourg où les 
assiégeans s'estoient logés d'abord, et leur artillerie, 
sans avoir besoin de faire aucunes approches ny 
tranchées ; ils avoient quelques forts qui les empes- 
choient, je les pris; de là je partis pour aller à Cas- 
teljaloux- (Nérac ne faisant la guerre) ; le jeune Duras, 
nommé Rosan^, commandoit audict Gasteljaloux ; sça- 
chant que j'y allois, il en part; mes mareschaux de 
logis y estans allés, on leur refuse la porte, disans ne 
la pouvoir ouvrir à personne sans commandement 
du gouverneur. Cette response faite, je vais prendre 
mon logis à la maison du sieur de Malverade, et man- 
day à ceux de Gasteljaloux d'avertir ledict Rosan de 
mon séjour audict Malverade, pour sçavoir s'il ne vou- 
loit pas me recognoistre et recevoir dans ledict Gas- 
teljaloux, l'asseurant que je n'y changerois rien, 
comme aussi n'en avois-je aucune intention. Après 
deux jours de séjour, j'eus un refus; je vins à Gau- 
mont* et de là à Bergerac^, puis à Turenne, où lost 
après j'eus des nouvelles de Monsieur, qui continuoit 
à chercher l'occasion de sortir de la Gour. Mons"^ de 

1. Jean de Losses, seigneur de Beaulieu en Périgord. 

2. Gasteljaloux, dans le Bazadois (Lot-et-Garonne). 

3. Jean de Durfort, sieur de Rozan, ou Rauzan, vicomte de 
Duras, capitaine catholique. 

4. Caumont, cant. du Mas-d'Agenais (Lot-et-Garonne), à 
8 kil. de Marmande. 

5. Bergerac, ch.-l. d'arr. de la Dordogne. 



Août 1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 93 

La Noue et moy nous tenions en bonne intelligence, 
ayans le mesme avis de l'intention de Monsieur; nous 
avisasmes de nous mettre ensemble, et nous don- 
nasmes rendez-vous près de Riberac, afin d'estre un 
bon corps pour aller joindre Monsieur^. 

Le rendez-vous donné, nous n'y manquasmes et 
fismes plus de six cents bons chevaux et trois mille 
arquebusiers; nous nous tinsmes ensemble quelques 
jours pour avoir nouvelles de la sortie de Monsieur. 
Nous sceusmes qu'il avoit esté découvert, le sieur de 
Bussy d'Amboise fugitif; afin de donner quelque cou- 
leur à nostre conjonction, nous vinsmes attaquer une 
petite place où il y avoit quatre ou cinq maisons de 
gentilshommes et la ville fermée, où il y avoit assez 
bon nombre d'hommes ; nonobstant nous emportasmes 
la ville d'emblée et deux chasteaux, et deux autres 
se rendirent. Le sieur Langoiran- se mescontenta, 
désirant piller ces maisons et rançonner les gentils- 
hommes, à quoy je ne voulus consentir; il tint 
quelques propos qui sembloient m'offenser ; je les lui 
fis expliquer, de façon qu'il a tousjours demeuré 
jusques à sa mort qu'il ne m'aymoit guères ; aussi ne 
cherchois-je pas son amitié, pour un des plus cruels 
et irréligieux hommes de son temps. Ayans pris ces 
places, nous nous séparasmes, Mons"" de La Noue et 
moy, et m'en retournay à Turenne, d'où je repartis 
bientost pour m'en aller à Montauban. 

La nourriture que j'avois prise en la Religion 
romaine, ces exercices et cérémonies publiques, la 

1. Le duc d'Alençon ne parvint à s'échapper de la cour que 
le 18 septembre 1575. 

2. Montferrand, baron de Langoiran. 



94 irÉMOIRES [Sept. 1575 

haine qu'on portoit à ceux de la Religion, l'éloi- 
gnement à tous honneurs et dignités de la Cour se 
présentèrent devant moy, qui taschois à satisfaire 
mon ame en luy faisant trouver du repos, en se pro- 
mettant de pouvoir faire son salut sans quitter la 
messe et sans faire ouverte profession de la Religion. 
Ainsi que j'estois sur ces contestations. Monsieur sort 
de la cour, et soudain dépesche le sieur de Chastelus ' 
pour m'en avertir, me priant et conjurant de l'aller 
trouver, me promettant une continuation et augmen- 
tation de son amitié, en m'exhortant de ne me point 
faire de la Religion, en me déclarant qu'il ne me pour- 
roit aymer ny se servir de moy ainsi qu'il le désiroit. 
Sa sortie me fut une grande joye et espérance de 
croistre ma condition; mais ces protestations sur le 
fait de la Religion m'estoient un grand combat; je 
redepeschay le sieur de Chastelus avec les témoignages 
de ma joye de le savoir hors de péril et les armes en 
la main; que je serois bien tost à luy avec un bon 
nombre de serviteurs; que, pour ma Religion, cela 
ne dépendoit de moy, mais de Dieu ; que je n'avois 
dessein de contenter personne au monde tant que luy. 
J'eus en moins de quinze jours trois ou quatre 
dépesches de luy, me conjurant de ne faire protesta- 
lion que je l'eusse veu : ce que je taschois de faire. 

Je séjournay à Montauban fort peu de temps, ayant 
desjà fait diverses dépesches partout pour convier un 
chacun à faire le voyage pour aller trouver Monsieur, 
qui attendoit l'armée que Mons"" le prince de Condé 
et mes oncles de Méru et de Thoré avoient négociée 

1. Philippe de Chastelus, vicomte d'Avalon. 



Oct. 1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 95 

près Mons'' l'électeur Frédéric, grand-père de celuy 
qui est maintenant aussi appelé Frédéric, laquelle 
estoit de sept à huict mille chevaux allemans, quatre 
mille Suisses et cinq cens lansquenets; le duc Jean- 
Casimir S son fils, envoyé pour la commander, ne 
pouvant estre si tost prest, mon oncle de Thoré vou- 
lut s'avancer d'un mois avec douze cens chevaux 
reistres, quelques arbusiers à cheval et près de trois 
cens chevaux François ; il fut combattu et défait près 
de Dormans^, sur la rivière de Marne, par feu Mons"^ de 
Guyse^, où il eut le grand coup d'escoupette au 
visage ; Mons'^ de Thoré se sauva et alla trouver Mon- 
sieur avec peu de gens et moins de réputation, auprès 
duquel il trouva le sieur de Bussy d'Amboise^, qui 
l'empescha de prendre le crédit et authorité qu'il s'es- 
toit promis. 

Je donne mon rendez-vous à Bergerac, partant de 
Turenne pour m'y en venir plustost de quelques jours 
que je n'eusse fait, ayant esté appelé par ceux de la 

1. Jean-Casimir, quatrième fils de Frédéric III, duc de 
Bavière. Il avait été élevé en France, à la cour de Henri II. Il 
amena plusieurs fois des troupes allemandes en France au 
secours des huguenots et mourut, en 1592, à cinquante- 
six ans. 

2. La bataille de Dormans est du 10 octobre 1575. L'armée 
allemande, commandée par Thoré, était entrée en France sans 
attendre Casimir de Bavière. 

3. Henri de Guise, à la suite de cette victoire, reçut le sur- 
nom de Balafré. 

4. C'était « le brave Bussy, » dont a tant parlé Brantôme; il 
était grand favori de Monsieur. Nous avons dit qu'il s'appelait 
Louis de Clermont. Il sera parlé plus loin de son frère Georges, 
baron de Bussy. 



96 MÉMOIRES [1575 

ville, qui avoient chassé le sieur de Langoiran^ pour 
les rigueurs et cruautés qu'il y exerçoit, lequel avoit 
pris Périgueux quelques mois auparavant : offensé 
desdicts de Bergerac, il les tourmentoit; je m'y en 
allay, où je fis cesser la voye de fait, et remettre les 
faits des uns et des autres devant Monsieur. De tous 
costés, nos troupes s'amassoient de catholiques romains 
et de la Rehgion; il vint des pluyes si grandes 
qu'elles me retardèrent, près de trois semaines, à par- 
tir plus tard que je n'eusse fait, durant lesquelles je 
pourveus aux places et à l'ordre des finances, afin 
que durant mon absence rien ne se changeast, soit 
par les ennemis, soit par les brouilleries qui sont 
ordinaires entre personnes volontaires. 

Je pars de Bergerac avec deux cens gentilshommes, 
n'y ayant cornette que la mienne, sous laquelle tout 
cela marchoit, ayant chacun fait faire une casaque de 
velours noir et une petite manche en broderie d'incar- 
nat blanc et noir. Le retardement que je fis fut cause 
que je ne pus joindre Monsieur jusqu'à Moulins; ceux de 
Limosin, la Marche, Auvergne et Bourbonnois m'atten- 
doient, lesquels je joignis près de Croc% où je mis mes 
troupes, qui estoient de quatre cens gentilshommes 
et trois mille hommes de pied, desquels je donnay le 
commandement au vicomte de Lavedan et fis arborer 
une enseigne blanche. J'avois en ce nombre de gen- 
tilshommes trois de la maison de Saint-Geniez, le 

1. Langoiran, piqué de ce qu'on lui enlevait le gouverne- 
ment de Périgueux, quitta le parti protestant en 1577. 

2. Crocq, très ancienne petite ville d'Auvergne (Creuse), à 
18 kil. d'Aubusson, fief de la vicomte de Turenne. 



1575] DU VICOMTE DE TURENNE. 97 

vicomte de Gourdon\ de Gabraires-, baron de Bey- 
nac^, de Salignac*, le cadet de la maison de Limeuil, le 
sieur de Bonneval^, de Beaupré^, de Montguyon, qui 
tous marchoient, ainsi que j'ai dit, sous ma cornette; 
et est à remarquer que tout cela se fit par la bienveil- 
lance qu'on me portoit, la bonne opinion qu'ils avoient 
de mon mérite, et que je ferois fortune près de Mon- 
sieur; ce que je jugeois bien au contraire, à cause 
que m'étois fait de la Religion. Ayant sceu que j'avois 
créé un colonel et arboré une enseigne blanche, il 
envoya me prier de ne le faire point, d'autant qu'il 
avoit donné la charge de toute son infanterie fran- 
çoise au sieur de Bussy, qui ne pourroit souffrir de 
voir un autre colonel et deux drapeaux blancs; que 
ce seroit apporter une grande division. Je luy remons- 
tray qu'il y avoit un ordre parmy le party où nous 
estions; que les charges générales ne s'y donnoient 
que par les avis des assemblées politiques des églises ; 
que les troupes que je menois partoient d'un des 
premiers gouvernemens de France, qui auroit du 

1. Gourdon était capitaine de cinquante hommes d'armes et 
commandait à Cahors pour le roi de Navarre. 

2. Jean de Gontaut, seigneur de Cabrères, chevalier de 
l'ordre. 

3. Jean de Gontaut, baron de Salignac, sans doute le même 
que nous retrouverons plus loin. 

4. François de Bonneval, seigneur de Blanchefort, plus tard 
gentilhomme de la chambre du roi de Navarre. 

5. Bernard de Montaut, baron de Bénac, gentilhomme péri- 
gourdin, sénéchal de Bigorre, parent de Turenne, qui eut, 
en 1609, une aventure dont parle Marguerite de Valois. (Voir 
Mémoires et Lettres, publiés par M. Guessard pour la Société 
de l'histoire de France, in-8°, 1842, p. 444 et 445.) 

6. Chi'étien de Choiseul, baron de Beaupré, mort en 1593. 

7 



98 MÉMOIRES [Mars 1576 

mescontentement de Monsieur et de moy s'il rompoit 
nos réglemens sans leur consentement; que je per- 
drois la meilleure part de cette infanterie par la honte 
qu'on feroitau sieur de Lavedan\ qui y avoit du cré- 
dit, en luy ostant le commandement; que j'avois tous- 
jours aymé et honoré Mons'^ de Bussy comme mon 
frère, l'ayant assisté en diverses querelles qu'il avoit 
eues; que je croyois que, par ces raisons générales, 
il se départiroit de demander choses qui fussent au 
préjudice de Monsieur, qui avoit besoin de prendre 
créance parmy ceux de la Religion, en leur faisant 
cognoistre qu'il ne vouloit pas préférer les catholiques 
à eux : ce qu'ils croiroient d'autant plus que ce seroit 
aux troupes que je luy meine auxquelles on auroit 
fait cela; un chacun estimant et croyant qu'il me fai- 
soit cet honneur de m'aymer, conclueroient que ce 
seroit à cause de la Religion. 

Je marchay droit à Moulins et trouvé le duc Casi- 
mir logé à Bonegon-, où je le saluay ; il fut bien aise 
de me voir, et se conjouit de la grâce que Dieu m'avoit 
faite de m'appeler à sa cognoissance ; il avoit de la 
méfiance de Monsieur, qui commençoit desjà de trai- 
ter avec le Roy et la Reyne pour se réconcilier, et 
voyoit-on que la Cour estoit bien plus plaisante à ce 
prince que les armes, et dans un party où son autho- 

1. Anne, chef d'une branche bâtarde de Bourbon, vicomte de 
Lavedan, qui mourut en 1594. 

2. Les Mémoires de la Hu guérie rapportent bien la venue du 
vicomte de Turenne à Moulins et sa rencontre avec le duc Casi- 
mir; mais ils n'indiquent point le lieu où logeait le prince 
allemand; et nous n'avons pu découvrir ce « Bonegon, » qui 
est pourtant indiqué par toutes les leçons. 



Mars 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 99 

rite n'estoit absolue, de façon que ledict duc Casimir 
s'asseura en moy, qui avois ce bon corps de forces 
qui en dépendoit^. Monsieur s'estoit logé à Moulins 
avec le gré du Roy. Ainsi que j'en fus à six lieues 
près, je laisse le corps des troupes, et prends ce que 
j 'avois de plus leste, et m'en vins faire la révérence 
à Monsieur avec trois cens gentilshommes^, j'en fus 
receu avec grand honneur, estant venu jusques au 
milieu de la salle au devant de moy; après avoir esté 
quelque peu avec luy, je m'en allay voir Mons'^ de 
Montmorency, que le Roy avoit fait sortir avec un 
arrest d'innocence ; il fut fort aise de me voir, se sou- 
venant des dangers qu'il avoit courus depuis que je 
l'avois voulu détourner d'aller au bois de Vincennes, 
et me dit que Monsieur prenoit un mauvais conseil 
en nourrissant de grandes méfiances à ceux de la 
Religion, et qu'il luy tardoit fort qu'il ne fut réconci- 
lié avec le Roy. 

Je demeuray près de dix jours, durant lesquels 
ma maison et table fournit à tout ce qui estoit avec 
moy, sans ceux de la suite de Monsieur, qui venoient 
manger avec moy. L'armée cependant passe la rivière 
de Loire et s'achemine en la Beausse, en partie contre 
le gré de Monsieur, qui ne vouloit s'approcher si 

1. On lit dans la relation de l'ambassadeur vénitien Jérôme 
Lippomano, qui était en France en 1576 et 1577 : « Le vicomte 
de Turenne, cousin de Montmorency, a la réputation d'un 
vaillant chevalier, très entreprenant; il a des partisans à sa 
suite autant qu'il veut. » (Tomaseo, Relations des ambassa- 
deurs vénitiens, t. II, p. 645.) 

2. Les Mémoires de la Huguerie (t. I, p. 391) disent que 
« le sieur vicomte de Tureyne arriva avec deux mille harque- 
buziers et trois cens chevaux. » C'était au mois de mars 1576. 



iOO MÉMOIRES [1576 

près de Paris, de crainte d'offenser le Roy, et aussi 
que l'on ne recognust sa foiblesse, à ce que ceux de 
la Religion ne se rendissent plus difficiles lors qu'on 
viendroit à traiter; nonobstant, Mons"^ le prince, avec 
les François qui s'estoient joints à eux, et le duc Casi- 
mir, ne laissent de s'avancer, et supplient Monsieur 
de les aller joindre, ce qu'il retardoit de jour à autre, 
de sorte qu'on avoit avis que son traité s'en alloit fait. 
Ils luy font une dépesche par laquelle ils luy mandent 
les avis qu'ils avoient, et qu'ils estoient résolus que, 
s'il ne se rendoit dans l'armée dans certains jours 
qu'ils luy limitoient, qu'ils aviseroient ce qu'ils auroient 
à faire sans plus s'attendre à luy. 

Cette nouvelle le fascha, n'ayant encore rien de 
résolu avec le Roy, qui sçavoit bien que s'il le voyoit 
seul et séparé de ceux de la Religion, qu'il ne feroit 
guères sa condition avantageuse, ny mesme guères 
seure, y ayant entre ces frères une grande haine et 
méfiance. Monsieur attendoit des nouvelles de la Reyne 
sa mère, à laquelle il s'estoit obligé qu'on n'attente- 
roit rien, et qu'il ne partiroit de certains jours de 
Moulins; il ne sçavoit comment satisfaire à cela et 
retenir les autres. M'exposant un jour partie de ses 
peines, en me taisant sa promesse à la Reyne; se plai- 
gnant de ce qu'on le gehennoit ; qu'il ne voyoit rien 
à entreprendre quand il seroit dans l'armée, estant 
bien asseuré que le Roy n'ayant point de forces 
capables de les opposer aux siennes, qu'on ne faisoit 
que ruiner la France par les dégasts que faisoit 
l'armée, dont il s'attiroit une grande haine sur luy, 
qui pourroit quelque jour luy estre fort dommageable ; 
que la maison de Guyse se prévaudroit de tout cela, 



1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 101 

qui taschoit à le supplanter ; qu'il désiroit fort gagner 
encore quelques jours, dans lesquels il verroit plus 
clair aux affaires du Roy, ne devant ceux de la Reli- 
gion entrer en doute qu'il les voulust abandonner. Je 
luy dis qu'il me sembloit estre de sa sagesse à dissi- 
muler les choses qu'il avoit dit le gehenner; que, puis 
qu'il avoit pris les armes en suite des mauvais traite- 
mens qu'il avoit receus, que fort difficilement le Roy 
volontairement le voudroit-il mieux traiter ; qu'il fal- 
loit asseurer sa condition en asseurant celle de ceux 
de la Religion; que de penser de le faire séparément, 
qu'il estoit aisé à juger que ceux de la Religion le 
feroient mieux sans luy que luy sans eux, qui avoient 
un party formé, une armée estrangère à leur faveur; 
que luy n'avoit rien de tout cela, que quand on luy 
auroit promis quelque chose, qu'entre la promesse et 
l'exécution qu'il y falloit assez de temps pour ne rien 
exécuter de ce qu'ils luy auroient promis, leur ayant 
donné cet avantage de le voir séparé ; que je croyois 
que si on l'entretenoit dans des espérances que je ne 
cognoissois pas, que ce deust estre l'avantage du Roi 
de traiter séparément, d'autant qu'il pouvoit de beau- 
coup servir à modérer les conditions auxquelles ceux 
de la Rehgion estoient entrés vers les Allemans, et 
qu'il luy estoit plus expédient de se jetter dans 
l'armée. Il me monstra ne désapprouver mes raisons; 
mais qu'il ne pouvoit partir de quinze jours, lesquels 
il vouloit par tous moyens gagner. Là-dessus, je 
m'offre à luy faire ce service que d'aller trouver 
Mons"" le prince et Mons"" le duc Casimir, afin de les 
contenter et leur faire trouver bon ce délaya. Je con- 

1. Ce ne fut pas chose facile que de décider Jean-Casimir à 



102 MÉMOIRES [1576 

sidérois que si Monsieur venoit à traiter, qu'il n'estoit 
plus expédient d'estre avec luy, mais dans le corps de 
ceux de la Religion, où j'ay tousjours voulu faire ma 
condition ; qu'il m'estoit plus honorable de me trou- 
ver dans l'armée avec ces belles troupes, à moy qui 
commençois à monstrer de la barbe, désirant d'acqué- 
rir réputation et créance, jugeant bien que je n'avois 
pas à attendre beaucoup de Monsieur. Je pars avec 
quinze ou vingt gentilshommes avec lettres et instruc- 
tions, et charge d'asseurer ce délay, et renvoyé tout 
ce qui estoit avec moy joindre mes troupes, pour les 
faire avancer vers Pluviers \ où se devoit rendre 
l'armée. 

Je trouve le duc Casimir à Saint- Vrin^, petite ville 
qu'il avoit forcée; après l'avoir salué de la part de 
Monsieur et présenté la lettre qu'il luy escrivoit, qui 
n'estoit que créance, je luy dis succintement quelque 
chose de ce dont j'estois chargé, le suppliant trouver 
bon que j'allasse rendre mes lettres à Mons' le prince 
et le réconcilier, je dis convier de se rendre où le duc 
aviseroit pour luy faire entendre ma créance. Il trouva 
cela bon et convia Mons"^ le prince de venir disner le 
lendemain avec luy. J'allay donc rendre mes lettres 

la paix. Son lieutenant, Beutterich, le prince de Condé et 
Turenne s'y employèrent, tandis que le duc d'Alençon, d'ac- 
cord au fond avec la reine mère, faisait le malade et refusait 
de se montrer. [Histoire universelle de d'Aubigné, t. V, p. 18; 
Mémoires de la Huguerie, t. I, p. 398 et suiv., et aussi l'acril 
contemporain intitulé : Recueil des choses jour par jour ave- 
nues en l'armée du prince de Condé, i^Jl , in-12.) 

i. C'est par ce nom qu'on désigna pendant deux ou trois 
siècles la ville de Pithiviers, ch.-l. d'arr. du Loiret. 

2. Saint-Vrain (Marnej, à 18 kil. de Vitry-le-François. 



Avril 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 103 

et ma créance à Mons"^ le prince', que j'estendis plus 
que je n'avois fait au duc, d'autant que j'estimois que 
les considérations dudict prince seroient autres que 
celles du duc pour le bien de la France et celuy par- 
ticulièrement des églises, quoy que ledict duc et par 
soy, mais aussi principalement par les commande- 
mens et instructions que Mons" son père luy avoit 
données, de ne regarder à nulle chose tant qu'à la 
gloire de Dieu et à l'établissement de son service; 
néantmoins, s'agissant des affaires entre les François, 
j'estimois plus à propos d'en instruire mondict sieur 
le prince, auquel je dis que Monsieur m'avoit com- 
mandé ; j'y ajoustay les avis de ceux qui estoient près 
de luy de la Religion, qui estoient qu'ils dévoient 
empescher que le duc Casimir ne traitast pour luy, 
sur la méfiance qu'il avoit de Monsieur, lequel ils 
dévoient tascher d'attirer en l'armée, où ils dévoient 
essayer d'entreprendre quelque chose sur les troupes 
du Roy, afin de faire cognoistre que tout ce qu'ils 
traiteroient avec Monsieur sans le général ne seroit 
que peine perdue, ne pouvant rien effectuer à leur 
préjudice. Et là fut résolu que le lendemain on iroit 
trouver le duc Casimir, et conduiroit-on la résolution 
qui s'y prendroit à ces avis. 

Le lendemain, la chose passa ainsi qu'elle avoit 
esté projetée près Mons'^ le prince, et fut despesché 
le sieur Du Verger, de la maison du Saillant, de 
Limousin, qui estoit avec moy, pour luy porter les 
prières qu'on luy feroit de s'en venir et l'asseurance 

1. Le prince de Condé venait de traverser, avec des merce- 
naires, la Lorraine, le Bassigny, la Bourgogne, le Bourbon- 
nais, sans combattre, mais en désolant et épuisant le pays. 



104 MÉMOIRES [Avril 1576 

qu'on luy donnoit de recevoir toute obéissance en 
l'armée. On eut avis que le sieur de Schomberg, avec 
quatre cornettes de reistres et quelques arquebusiers 
à cheval s'estoient avancés dans la Beausse. Mons"" le 
prince, par l'advis de.Mons"^ de La Noue, dessigna de les 
surprendre en leur logis. A cet effet, Mons"" le prince 
prit deux mille chevaux reistres et trois à quatre 
cents chevaux françois; je n'avois nul esquipage ny 
armes. Voyant cette occasion, je suppliay Monsieur 
par ledict Du Verger de n'avoir désagréable que je 
m'y trouvasse; nous empruntasmes armes et chevaux. 
Au rendez-vous, qui avoit esté donné à onze heures 
du soir, il y eut des troupes qui se firent attendre plus 
de quatre heures, lequel retardement fut une des prin- 
cipales causes de faillir nostre dessein. 

Les troupes arrivées, on ordonne de l'ordre de 
marcher. Mons'^ le prince me commanda de me mettre 
à la teste et me donna six-vingt chevaux et cent 
arquebusiers à cheval; il mit Mons"" de La Noue avec 
deux cornettes de reistres, qui faisoient six cens che- 
vaux, et quelques François; et luy se mit après le 
reste. Nous marchasmes droit à Briarre^ en Beausse, 
où il y a un petite rivière qui fait un guay assez long 
qu'il nous falloit passer à la file, qui causa encore de 
la longueur. Ainsi que j'eus passé le guay, je ne fis 
que faire peu de chemin que j'entendis les trompettes 
des ennemis à l'estendart; j'en donne avis à Mons"" le 
prince et luy mande que je m'avançois pour le tenir 
mieux averty, que s'il luy plaisoit de me fournir 
davantage afin que, si c'estoit le gros du seigneur de 

1. Briarres-sur-Essonnes (Loiret), à 16 kil. de Pithiviers. 



Avril 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 105 

Schomberg', je peusse ramuser et l'empescher de se 
retirer. Mons'" de La Noue s'en vint me trouver seul et 
me dire qu'il falloit attendre que Mons"" le prince eust 
passé ; en faisant ce qu'il me disoit, je ne laissois pas de 
contester que l'occasion se perdroit en donnant aux 
ennemis le loisir de faire leur retraite, qu'ils ne des- 
logeoient que sur l'avis qu'ils avoient de nous que 
l'heure qu'il estoit nous devoit rendre certains, n'es- 
tant que la pointe du jour; je persiste qu'au moins 
devoit-on ordonner quelques troupes pour voir ce 
que c'estoit et nous tenir avertis des mouvemens et 
chemins desdicts ennemis. Rien de cela ne pleut 
audict sieur de La Noue, ayant cru qu'il y avoit un 
peu de jalousie de ce que c'estoit à moy, qui avois la 
teste, à exécuter ces desseins. Ce gentilhomme, plein 
de courage, a esté remarqué souvent d'avoir eu des 
jalousies. 

Mons"" le prince passé, le jour estant grand, on se 
met en ordre et en délibération de marcher en gros, 
sans qu'on s'avançast que fort peu devant Mons'^ le 
prince. Comme nous eusmes fait près de demie lieue, 
nous arrivasmes d'où ils estoient deslogés; il n'y eut 
moyen de les rejoindre. Je suppliay Mons"" le prince 
de trouver bon que je m'avançasse pour voir s'il n'y 
auroit point quelques autres troupes; ce qu'il fit. Je 
• me sépare, et se mirent avec moy environ deux 
cents chevaux; Mons' le prince alla loger; comme 
j'eus fait deux lieues, j'eus avis par des païsans qu'il 

1. Gaspard de Schomberg, capitaine allemand, rallié au 
parti royal, colonel général des « bandes noires » après la 
bataille de Montcontour, venait de se signaler à Dormans. 



106 MÉMOIRES [Avril 1576 

y avoit une compagnie du jeune Tenance^ de chevaux 
légers et quelques arquebusiers à cheval qui ne fai- 
soient que desloger et s'en alloient vers Estampes, 
où le Roy avoit jeté le capitaine Sainte-Colombe avec 
deux mille hommes -de pied. Je me mets sur leur 
piste; enfin, nous les abordasmes sans aucun combat; 
il fut desfait, nous repeusmes en quelques métairies, 
et, sur le soir, allasmes trouver Mons"^ le prince et 
luy dire nostre course, et, sur l'avis que nous luy don- 
nasmes que des forces estoient entrées à Estampes, il 
résolut de les aller voir; le lendemain, nous mar- 
chasmes en mesme ordre que le jour précédent. Le 
sieur de La Vergue, qui venoit joindre l'armée avec 
quinze ou dix-huit chevaux, sans commandement, 
s'avance et donne dans le fauxbourg d'Estampes, sans 
sçavoir ce qui estoit dedans, et trouva de l'infanterie 
logée, qui le rechassa bien viste, ayans des arquebu- 
sades. Je m'avance et ne voulus loger ny descendre 
dans le fauxbourg, plein de maisons et d'arbres dans 
un valon; je m'avance sur le haut et vois ledict de 
La Vergue s'en venir à toutes brides, accompagné 
d'arquebusiers ; je le recueille et fismes arrester ce qui 
le suivoit. Mons' le prince, voyant ne pouvoir rien 
faire, alla loger, et, le lendemain, eut des nouvelles 
de Monsieur, qui s'en venoit joindre l'armée ; et moy, 
du lieu où estoient mes troupes, que je m'en allay 
joindre afin d'entrer avec elles dans le corps de 
l'armée. 

Monsieur vint prendre son logis à l'abbaye de Fer- 

1. Christophe de Tenance, baron de Champignolles, plus 
tard chevalier de l'ordre du roi. 



Avril 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 107 

rières* et moy au chasteau du Boulé ^ ; je vins trouver 
Monsieur, et sceus qu'il auroit agréable de voir mes 
troupes le lendemain, où j'avois mon colonel et mon 
drapeau blanc^. Le sieur de Bussy supportoit cela 
avec grande peine de faire partie qui fust assez forte 
pour moy; il ne pouvoit endurer cela, son courage et 
son ambition ne le pouvoient supporter. Le lendemain 
venu, je vais me mettre en bataille à mille pas de Fer- 
rières, où j'allay avec une bonne troupe trouver Mon- 
sieur, qui monta à cheval, et Bussy non; mes troupes 
furent trouvées très belles comme elles estoient; 
ayant receu le bon soir de Monsieur, nous acheminans 
vers nos quartiers, qui estoient à Saint-Mathurin et à 
la Ghappelle-la-Reine^, j'eus avis que Bussy vouloit 
monter à cheval et tascher de faire quelque surprise à 
nostre infanterie en logeant. Je fis alte et rebroussai 

1. La célèbre abbaye de Bénédictins, aujourd'hui Ferrières- 
Gâtinais (Loiret), à 13 kil. de Montargis. 

2. Le Boulay, comra. de Souppes, cant. de Château-Landon. 

3. On lit, dans les Mémoires de M™® de Mornay : « Il y 
avoit lors un différend entre Mons"" de Turenne et Mons"" de 
Bussy et l'ai^mée, qui y apportoit, pour la qualité des conten- 
dans, grande division; le s'' de Bussy estoit colonel général 
des troupes de Monseigneur, auquel appartenoit de porter 
l'enseigne blanche; Mons'' de Turenne avoit amené de belles 
troupes d'infanterie de Guienne, que les églyses lui avoient 
mises en main, avec une enseigne blanche que le s"" de Bussy 
prétendoit autre ne pouvoir porter que luy; Mons"" de Turenne, 
au contraire, que l'enseigne qu'il avoit receue, comme toutes 
autres, étoit sacrée, laquelle il estoit tenu rendre telle qu'il 
l'avoit reçeue, et Monseigneur inclinoit vers le s' de Bussy. 
La paix survint, laquelle faitte, les trouppes de Mons"" de 
Turenne se retrouvent mal contentes. » (T. I, p. 106 et 107.) 

4. La Chapelle-la-Reine, petite ville du Gâtinais, à 14 kil. 
de Fontainebleau (Seine-et-Marne). 



108 MÉMOIRES [Mai 1576 

chemin quelque espace; n'ayant trouvé ni veu per- 
sonne, je m'en allay loger. Alors, on commença le 
pourparler de la paix ouvertement; la Reyne deman- 
dant un lieu pour voir Monsieur, l'armée commença à 
s'approcher de la vallée d'Aillan. Après quelques 
allées et venues, on convint du lieu de Ghastenay^ 
pour se trouver, la Reyne et Monsieur, qui est une 
maison seule, dans une belle campagne, pour estre 
hors de moyen de faire une surprise. 

La Reyne mère, le jour pris, se rendit la première 
à Chastenay, ainsi qu'on a accoustumé, que, deux 
grands venans à se voir, celuy auquel on défère l'hon- 
neur est le premier au lieu désigné. Ce jour se passa 
en complimens et à entretenir les dames; le lende- 
main, on commença à traitter. Le traitté, en trois ou 
quatre jours, fut fort avancé, le Roy et la Reyne ne 
voulans que retirer Monsieur, congédier les reistres 
et, tost après, rompre le traitté qui donnoit générale 
liberté pour l'exercice de la Religion et autres condi- 
tions fort avantageuses; à Monsieur un grand appa- 
nage, auquel je me présentay pour avoir en gouver- 
nement l'Anjou et le Rerry. Il me fît une fort froide 
réponse, qui me fit bien juger que je n'avois rien à 
attendre à cause de ma Religion ; ayant fait quatre ou 

1. Chastenay (Yonne), arr. et à 24 kil. d'Auxerre. — C'est 
le 26 avril 1576 que la reine mère partit de Paris pour aller 
trouver Monsieur et arrêter définitivement les conditions de 
la paix. Son quartier général fut Sens; mais c'est au camp 
d'Estigny que les accords furent signés, le 6 mai, par Catherine 
de Médicis, le duc d'Alençon, le prince de Condé et le duc 
Casimir. La première entrevue seulement avait eu lieu dans 
la petite ville de Chastenay. (Voir Lettres de Catherine de Médi- 
cis, t. V, p. 192.) 



Mai 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 109 

cinq logis sans aller en son quartier, tenant tousjours 
quelqu'un près de luy pour cognoistre si la résolution 
seroit du tout arrestée à ne me donner contentement, 
luy faisant sçavoir que, quand il me commettroit 
quelque chose entre mains, qu'il n'en seroit jamais 
desservy, et que, le voulant retirer, qu'il le pourroit, 
ayant eu tousjours ceste maxime, que de ce qu'un 
autre s'est fié de vous, que, pour raisons publiques 
ny particulières, on ne les en doit Truster, mais les 
remettre où elles estoient devant que vous estre com- 
mises. Tout cela ne fit rien, me faisant sonder si je 
voulois changer de Religion. Moins éclairci de la vraye 
cause de ma défaveur, laquelle les obligeoit et asseu- 
roit de moy, je fus conseillé de prendre un adieu par 
un manifeste mescontentement^ 

En ce temps-là, les divisions des frères du Roy, de 
Navarre, de ceux de Guyse, de ceux de la Religion 
faisoient suivre une liberté de se mescontenter faci- 
lement, ayant facilité un chacun de recouvrer un 
maistre lorsqu'on en perdoit un; et, aussitost qu'on 
voyoit quelqu'un mal content, il ne manquoit d'estre 
recherché d'autre part. 

Cela, mais principalement de donner à ceux de la 
Religion preuve de ma constance par le refus de tous 
honneurs au préjudice de ma Religion, me fit aller 
trouver Monsieur en son quartier avec trois ou quatre 
cents gentilshommes ou capitaines. Après qu'il fut 

1. Sans doute, Turenne parle du feu roi Antoine de Bourbon, 
qui, en dehors de son fils unique Henri de Navarre, avait deux 
frères : le prince de Condé, qui combattait à la tête des pro- 
testants, et le cardinal de Bourbon, bon catholique, le futur roi 
de la Ligue. 



HO MÉMOIRES [Mai 1576 

levé de table, je luy fis une grande révérence, le sup- 
pliant d'avoir agréable que je luy fisse souvenir du 
temps qu'il y avoit que je l'avois servy, comme, 
durant ce temps, je n'avois respecté ce que je devois 
à mon Roy, à ma vi.e, ny à mon bien que je ne m'en 
fusse départy pour le servir; ce qui m'avoit éloigné 
des bonnes grâces du Roy, mis plusieurs fois ma vie 
en péril, mon bien en diminution, pour n'avoir jamais 
receu aucun bienfait de luy^ ; qu'à ceste heure que je 
l'avois servy et que tant de seigneurs et gentils- 
hommes qu'il voyoit là, m'ayant accompagné, que 
nous fussions les seuls qui auroient eu plus de part 
en sa mauvaise fortune et point du tout en sa bonne ; 
que malaisément cela se considéreroit sans y remar- 
quer plus d'ingratitude que de manquement de mérite 
en nous, qui servirions d'exemple à plusieurs et de 
preuve à ceux de la ReHgion qu'ils n'avoient rien à 
espérer de luy, estant aisé à juger que la profession 
que j'en avois faite estoit le seul obstacle de la distri- 
bution de ses honneurs en ma personne, que je sça- 
vois estre recognue de tout autre mérite et qualité 
envers luy que quelqu'un de ceux que je voyois près 
de luy, à qui il destinoit des récompenses plus qu'il 
n'en méritoit (voulant dessigner Mons"^ de Saint-Sul- 
pice) ; que j'aymois mieux me plaindre de mon 

1. Cette assertion est difficilement conciliable avec une pièce 
que nous trouvons dans Y Histoire généalogique de la maison 
d'Auvergne, par Christofle Justel (Paris, 1645, in-8°. Preuves, 
p. 261) : « Nomination, par François d'Alençon, du vicomte 
de Turenne comme gouverneur du pays et duché de Touraine, » 
datée de Joigny, le 14 mai 157G. Cependant, il ne semble pas 
que Turenne ait jamais pris possession de ces fonctions. 



Mai 1576] DU VICOMTE DE TURENNE. Hl 

malheur en sa mécognoissance que si je luy avois 
fait la moindre faute; que je venois prendre congé de 
luy pour me retirer en Guyenne avec tous ceux qu'il 
vo voient là, qui témoignoient combien ils jugeoient 
mon mescontentement juste et leurs espérances mal 
fondées au service qu'ils luy avoient voué. A cela, tout 
ce qui estoit avec moy monstra un consentement et 
plusieurs qui estoient avec Monsieur, qui me dict 
estre fort marry de mon départ; que je prenois ce 
mescontentement volontairement, qu'il m'avoit tous- 
jours aymé et m'aymeroit; que ceux qu'il vouloit 
gratifier s'estimoient dignes de ses bonnes grâces. Sur 
quoy je repars, luy disant que si, hors de sa pré- 
sence, ils me faisoient congnoistre qu'ils eussent pensé 
en rien s'égaler à moy, que je le ferois mourir. Je 
m'avance et luy fais une révérence et commence à 
sortir. Mons"^ de Bonneval fut des premiers à me 
suivre et luy dit : « Voicy ce que vous perdez en per- 
dant Mons'" de Turenne. » 

Tout ce qui estoit venu avec moy me suit. Saint- 
Sulpice descend le degré et me demande si j'avois 
entendu parler de luy ; je luy dis qu'ouy, et, sans le 
respect de Monsieur, que je l'outragerois, de sorte 
qu'il se souviendroit toute sa vie de m'avoir demandé 
l'explication de quelque chose, et qu'il remontast le 
degré; ce qu'il fît, oyant quelques-uns qui me 
disoient : « Monsieur, il le faut tuer. » Il remonta 
fort viste. Je montay à cheval et me séparay dès ce 
jour-là de l'armée. 

Le lendemain, le duc Casimir et Mons"^ le prince 
envoyèrent vers moy me prier de vouloir patienter 
quelques jours, dans lesquels on verroit la condition 



H2 MÉMOIRES [Juin 1576 

du traité. Je leur manday que je le ferois, n'ayant 
autre dessein que servir au public de la Religion, esti- 
mant que le mescontentement que j'avois de Mon- 
sieur serviroit à faire cognoistre combien il pouvoit 
peu sur ceux de la Religion, et que les avantages 
qu'on luy feroit ne serviroient à contenter le corps 
de ceux de la Religion. J'avois dès mon enfance servy 
Monsieur avec fidélité et amour; et, sans se souvenir 
de cela, ses affaires, ne luy permettant de se servir de 
ceux de la Religion, luy firent oublier à me bien 
faire. Exemple qui vous doit convier à ne prendre 
autre chemin pour vostre grandeur que le plus 
juste, et, en celuy-là, y faire tant de bonnes et ver- 
tueuses actions que vous y trouviez vostre place dans 
les honneurs; et, où la profession de la Religion s'y 
opposeroit, ainsi que lors elle le fit à moy, prenez 
cela avec plaisir, d'autant que chacun vous louera, et 
votre esprit vous donnera repos, sçachant que vos 
mérites surpasseront vostre recognoissance ! 

Il y avoit environ deux mois que le roy de 
Navarre estoit sorty de la cour et estoit à Saumur', 
qui aussi fit profession de la Religion, en abjurant la 
romaine, qu'il avoit prise par force à la Saint-Barthé- 
lémy. La paix se conclut; je m'en revins droit à 
Turenne, d'où je me sépare d'avec la plus grande 
part de mes forces ; tous ceux qui avoient fait le 
voyage m'ayans voulu accompagner jusques chez 
moy. Ma sœur s'en alla bientost en Auvergne, à Joze. 
Le roy de Navarre, la paix faite, s'en vint en Xain- 

1. Henri de Bourbon était arrivé à Saumur, dont Clermont 
d'Amboise était gouverneur, le 25 février 1576. 



1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 113 

tonge et Périgueux, où je l'allay trouver avec un bon 
nombre de noblesse, plus grand qu'il n'en avoit, où 
j'en receus tout l'honneur et carresse que je pouvois 
désirer, et de Madame sa sœur, qui luy avoit esté 
renvoyée du Roy après le despart dudict roy son 
frère ^ Mons"^ le Prince arriva à Périgueux, ayant des- 
logé d'auprès de Monsieur le jour qu'il vouloit faire 
son entrée à Bourges, sur l'opinion qu'il eut qu'on lui 
vouloit faire un mauvais tour, et estime qu'il ne prit 
cette allarme sans sujet. Le roy de Navarre part de 
Périgueux, s'en va à Agen, qui luy avoit esté donné 
pour sa demeure par le traité, et moy à Turenne, 
avec promesse de le retourner trouver dans fort peu 
de jours. 

Ainsi que j'ay dict, le Roy avoit donné tout ce qu'on 
avoit demandé pour retirer son frère avec de l'argent 
d'avec les estrangers et rompre l'union des catho- 
liques romains avec ceux de la Religion; il commence 
de traiter avec Monsieur, qui s'en alla en Anjou, de 
son retour à la Cour, et des moyens de le séparer 
d'avec ceux de la Religion, qui, aux infractions et exé- 
cution des choses promises par l'édict, s'adressoient 
à luy comme garant du traité. Le roy de Navarre, de 
la Religion, prenoit créance dans le party et dimi- 
nuoit celle de Monsieur autant qu'il pouvoit. Le 
mareschal d'Amville^ entre en quelque mauvais ménage 

1. Turenne semble prendre vis-à-vis du roi de Navarre un 
ton quelque peu protecteur; et, de fait, Henri de Bourbon, à 
cette époque, montrait une certaine timidité, laissant le 
vicomte prendre l'attitude de chef du parti protestant dans 
tout le midi de la France. 

2. Hemù de Montmorency-Dam ville oscilla sans cesse entre 



114 MÉMOIRES [1576 

avec lesdicts de la Religion pour l'observation et 
interprétation de certains articles de l'union, que cha- 
cun tiroit à son avantage, et aussi qu'il commença à 
ouyr les propositions du Roy et à se rendre suspect à 
ceux de la Religion,. qui avoient Mons"" de Ghastillon\ 
fils de l'admirai, jeune, bouillant et ambitieux, qui 
taschoit à lui diminuer sa croyance. 

Mons"^ de Thoré, la paix faite, se retira près de son 
frère, sans avoir eu aucune gratification de Monsieur. 
Je me joints avec le roy de Navarre, qui commence 
à traitter dans le party des moyens que nous avions 
de parer l'orage qui s'apprestoit en nous affoiblissant 
des catholiques romains, et recognoissant que le Roy 
vouloit renouveller la guerre pour rompre cet édict, 
afin de faire ces choses avec plus de lustre et garan- 
tir Monsieur, autant qu'il se pouvoit, d'estre blasmé. 
Le Roy fait une espèce de convocation d'Estats à 
Rlois^. Le mareschal d'Amville tenoit tousjours cor- 
respondance avec le roy de Navarre, qui le convia de 
s'aboucher, afin de mieux résoudre ce que l'on devoit 
faire et aussi pour vuider la prétention qu'avoit ledict 
mareschal que la comté de Foix estoit de son gou- 
vernement; ce que le roy de Navarre nia, mais dict 
que, comme son patrimoine est pays presque souve- 
rain, qu'il ne devoit avoir autre gouverneur que luy; 



les protestants et la Cour, se faisant dans son gouvernement de 
Languedoc une quasi-royauté indépendante. 

1. François de Coligny, comte de Châtillon, fils de l'amiral 
et de sa première femme, Charlotte de Laval, né en 1557, 
mort en 1591. Il s'était mis, dès 1575, à la tête des forces pro- 
testantes dans le Haut-Languedoc. 

2. Ce sont les Etats-généraux de 1576 que Turenne traite 



Oct. i576J DU VICOMTE DE TURENNE. 115 

il fut donc arresté qu'on se trouveroit à Auvila^, petite 
ville d'Armagnac. En cette assemblée, où il y eut peu 
de personnes appelées au conseil, fut résolu qu'on 
envoyeroit aux Estats de Saumur- des députés du 
corps de ceux de la Religion, du roy de Navarre et 
du mareschal ; que les catholiques unis parleroient par 
la bouche dudict mareschal, désirant le roy de 
Navarre et ceux de la Religion qu'ils parlassent en 
commun : ce que ledict mareschal ne voulut, disant 
que, par la paix, il estoit porté de se despartir de 
l'union, et que, faisant un corps, que ce seroit mons- 
trer que nous contreviendrons au traité et donner 
l'avantage au Roy qu'il cherchoit de nous rendre 
auteurs de l'interruption du traité. Après plusieurs 
allégations, enfin il en fallut passer par-là ; ce qui nous 
donna une grande lumière en l'intention du mares- 
chal, le fait de Foix demeuré indécis, de façon que 
nous nous séparasraes. Le roy de Navarre s'en alla à 
Agen. Mons"" de La Noue estoit lors son domestique^, 
qui, sage et vertueux, n'estoit honoré ny cru ainsi qu'il 
l'estimoit, y ayant près du roy les sieurs de Lavardin'* 

avec ce sans-façon. Ils s'ouvrirent vers la mi-novembre et 
décidèrent la rupture avec le prince de Condé en février 1577. 
i. Auvilar, petite ville de la Gascogne, dans la Lomagne et 
non dans l'Armagnac (Tarn-et-Garonne), cant. de Moissac. 

2. L'assemblée des huguenots à Saumur protesta contre les 
Etats-généraux, mais décida en même temps qu'on enverrait 
des députés au roi pour faire valoir les griefs du parti. 

3. « Domestique » est là dans le sens latin de « serviteur fai- 
sant partie de la famille. » Il semble d'ailleurs que Turenne 
avait bien quelque jalousie de La Noue, voulant toujoui^s 
jouer le premier rôle auprès du roi de Navarre. 

4. Jean de Beaumanoir, marquis de Lavardin, plus tard 



116 MÉMOIRES [1576 

et Roquelaurei, catholiques, qui faisoient bande à 
part d'avec ceux de la Religion, qui consentoient et 
aidoient de tout leur pouvoir aux plaisirs de ce prince, 
qui ont eu et ont encore grand pouvoir sur luy; à 
quoy ledict sieur de' La Noue s'opposoit, qui le ren- 
doit moins agréable, ainsi qu'il avient ordinairement 
à la jeunesse de préférer ceux qui les flattent et 
aident à leurs passions, qu'ils ne font ceux qui, aymans 
leur bien, leur disent ce qui est bon de faire et s'op- 
posent à ce qu'ils ne doivent pas faire, chérissans les 
flatteurs et éloignans ceux qui les ayment : coustume 
qui ne se perd guère dans la Cour et parmy les enfans 
de France. Avisez de n'en faire de mesme et d'hono- 
rer ceux qui vous conseilleront de conduire vos 
actions par la raison et sousmettre vos passions sous 
l'honnesteté, pour vous garder de commettre des 
fautes infinies, qui font que nous passons le meilleur 
de nostre aage, et depuis dix-huict ans jusques à 
vingt-cinq, sans jugement, jettans toute nostre con- 
duite à l'aventure et sans avoir de but ! 

Je n'avois nulle obligation particulière au roy de 
Navarre; je ne laissois néantmoins d'y estre envié. Je 

maréchal de France. Catholique convaincu, il abandonna la 
cause du roi de Navarre après son excommunication, et com- 
battit même dans les rangs ligueurs encore contre lui. Il se ral- 
lia un des premiers à Henri IV. 

J.. Antoine, seigneur de Roquelaure, en Armagnac, baron 
de Laverdaux, qui, très catholique, resta toute sa vie un des 
amis fidèles de Henri IV, était né en 1543 j il fut désigné par 
Jeanne d'Albret comme maître de la garde-robe du jeune roi 
de Navarre; plus tard, il devint chevalier de l'ordre, gouver- 
neur du comté de Foix, lieutenant général en Guyenne, et, en 
1615, maréchal de France. Il mourut à Lectoure en 1625. 



1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 117 

me rendois fort assidu aux affaires, prenois soin 
d'avoir des avis de partout, de recueillir dans ma mai- 
son des gens de bien et d'esprit qui fussent en quelque 
croyance parmy les églises ; où je trouvois des servi- 
teurs de feu Mons"" l'admirai, je les retirois; j'avois un 
ministre ordinaire et une église formée entre mes 
domestiques; je prenois plaisir, quand j'estois hors 
d'auprès du roy de Navarre, soit en allant par le pays 
ou dans ma maison, de mettre tousjours quelque 
question en avant de théologie, de philosophie, de 
politique, de la guerre, de la façon de bien parler ou 
bien escrire, de la civilité, ayant souvent eu quelques 
personnes qui avoient du sçavoir : cela me gardoit des 
mauvaises occupations que prennent les esprits 
oiseux et me donnoit une superficie de cognoissance 
de la pluspart des discours qu'on tient en la fréquen- 
tation du vulgaire pour en dire bien à propos quelque 
chose. Je prenois grand plaisir à monter à cheval, à 
courre la bague, ce que je faisois des mieux, tirer des 
armes, danser peu, bien suivy, n'ayant jamais moins 
de quinze, vingt et vingt-cinq gentilshommes défrayés 
de tout et ne s'habillans guères que des habits que je 
leurs donnois, quantité de pages, en ayant eu jusqu'à 
vingt-quatre; je n'avois estât de personne, et néant- 
moins je ne faisois guère de debtes, de quoy je me 
suis esmerveillé, d'autant qu'à cette heure je jouis au 
double de biens, de beaux estats du Roy, et ne sçau- 
rois faire une telle dépense. 

Madame S sœur du roy de Navarre, commença à 

1. Catherine de Bourbon, plus tard duchesse de Bar, née en 
1558, morte en 1604. Sa correspondance avec Turenne est 



118 MÉMOIRES [1576 

me faire bon visage; c'estoit une chrestienne prin- 
cesse, qui avoit lors madame de Tignonville^ pour 
gouvernante, qui estoit une femme austère, méfiante, 
qui avoit un continuel égard sur sa maistresse et ne 
souffroit ni endurcit rien de mal ; le roy de Navarre 
aymoit sa jeune fille, qui s'appelloit Navarre^, et 
maintenant a espousé le sieur de Panjas : elle souffroit 
ces amours avec impatience ; mais elle ne pouvoit les 
empescher absolument, bien y portoit-elle toutes 
sortes d'empeschemens. Madame et moy parlions sou- 
vent ensemble, de façon qu'elle commença de prendre 
de la confiance en moy, qui l'honorois fort, ayant 
cette princesse de fort belles qualités, estant jeune et 
agréable, chantant des mieux, jouant fort joliment du 
luth, faisant quelques rimes, de sorte que, luy ren- 
dant l'honneur que je luy devois, elle me disoit fami- 
lièrement ses conceptions et moy les miennes. Je ne 
luy parlois jamais que dans sa chambre et devant 
tout le monde, de sorte que, ny ayant là personne qui 
me précédast, il sembloit qu'elle suivist plustost la 
coustume d'entretenir les plus grands, que par un 
choix elle m'entretinst. Cela a duré longtemps, bien 
l'espace de quatre ou cinq ans, et finit ainsi que vous 

singulière; nous en donnerons un échantillon à Y Appendice. 
Peut-être pendant leur séjour commun à la cour de Nérac y 
eut-il entre eux quelque projet d'union, que le roi de ISavarre 
encouragea. (Voir Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, par 
la comtesse d'Armaillé, 1865, in-12, chap. ii.) 

1. M""^ de ïignonville, Marguerite de Selves, était femme 
de Lancelot de Monceau, ancien maître d'hôtel de Jeanne 
d'Albret. 

2. Jeanne de Monceau de ïignonville, dame d'honneur de 
Catherine de Bourbon, mariée le 7 février 1581. 



1576] DU VICOMTE DE TURENNE. 119 

l'entendrez 1. Le roy son frère ne désagréoit pas cela, 
n'y voyant rien de mal séant, et jugeant que ce m'es- 
toit un moyen de me retenir davantage à luy que la 
conversation honneste et vertueuse de sa sœur 
avec moy. 

Les premiers Estats de Blois se tinrent, où fut déli- 
béré la rupture de l'édict et de faire deux armées, dont 
Monsieur en auroit une, et Mons"^ du Maine l'autre; 
que Monsieur assailliroit les villes de la Charité et 
d'Issoire. Les armes se prennent : le roy de Navarre 
et ceux de la Religion se mettent sur la défensive, qui 
fut assez foible. Les villes de la Charité et d'Issoire se 
prennent. Je sçeus que le sieur de Vesins alloit 
joindre l'admirai de Villars^ à Bordeaux, qui com- 
mandoit en Guyenne pour le Roy, avec quatre com- 
pagnies d'harquebusiers à cheval; il partit de Cahors. 
J'assemblay les garnisons et manday les régimens de 
Sainct-Maigrin^, de Millau, cadet de la maison de 
Salagnac, et me mis après ledict de Vesins. Il passa à 
Bordeaux avec ce qu'il y avoit de gentilshommes et 
laissa dans le lieu de Tergon^, qui est dans le comté de 
Benauge^, les susdictes compagnies, qui se barrica- 

1. Turenne ne reparle nulle part, malgré sa promesse, de 
Catherine de Bourbon, qui ne se maria pourtant qu'en 1599. 

2. Honorât de Savoie, marquis de Villars, comte de Tende 
et de Sommerive, maréchal et amiral de France, gouverneur de 
Guyenne, mort à Paris en 1578. 

3. La maison d'Estuer de Caussade de Saint-Mégrin était 
d'ancienne noblesse de Gascogne. Le capitaine dont il est ici 
parlé était sans doute le père de Paul de Saint-Mégrin, le 
mignon de Henri III, assassiné au sortir du Louvre le 21 juil- 
let 1578, à l'instigation des Guises. 

4. Targon (Gironde), arr. de la Réole. 

5. L'ancien comté de Benauges était situé dans le Bordelais 



120 MÉMOIRES [1577 

dèrent dans l'église, qui estoit bonne. Je les investis 
là-dedans et commence à sapper la muraille, qui se 
trouva fort bonne. Voyant que cela tiroit à quelques 
jours de temps, je campay à l'environ, n'estant qu'à 
quatre lieues de Bordeaux, contre nostre coustume, 
qui ne logions ailleurs que dans les villages, à l'occa- 
sion que, n'estant les hommes obligés par la solde et 
n'ayans ny vivres ny équipages pour les porter qui 
suivist nos troupes, il falloit loger dans des villages 
pour y trouver commodités; néantmoins, nous nous 
campasmes, choisissant une place de bataille en cas 
d'allarme, et continuasmes notre siège sans artillerie. 
Nous eusmes quelques petites allarmes; dans quatre 
jours, ceux de dedans se rendirent, pressés par notre 
sappe, qui nous avoit fait ouverture dans le bas du 
temple; et les assiégés, se trouvans aussi pressés de 
vivres et d'eau, nous les dévalisasmes et mismes 
quelques-uns à rançon et laissasmes aller le reste. 
Ainsi qu'ils sortoient et que nos régimens battoient 
aux champs pour déloger, le sieur de Vesins parut 
avec trois cens chevaux à l'aisle d'un bois; les deux 
régimens de Saint-Maigrin et de Millau commencent à 
disputer la main droite ; les capitaines se piquent, de 
façon qu'il y eut quelques coups d'épées donnés, dont 
un capitaine de Saint-Maigrin, du lieu de Tonnins, 
nommé Garrère, fut blessé*; des drapeaux sont pris 

(Cadillac, an*, de Libourne;; il appartint longtemps à la mai- 
son de Foix. Les ruines du château subsistent encore. 

1. C'est sans doute à cette occasion que le vicomte de 
Turenne, à la tête des protestants, vint assaillir, le 24 mars 
1577, le château de Lanquais (cant. de Lalinde, Dordogne), 
qui devait plus tard '1591' lui appartenir par héritage, à la 
mort de Galliot de la Tour, fils de Marguerite de la Cropte, 



1577] DU VICOMTE DE TURENNE. 121 

par les enseignes, et les testes, tournées l'une contre 
l'autre, s'en alloient aux mains, n'estant à cent cin- 
quante pas loin les uns des autres. 

J'estois avec ma cavalerie, qui considérois le sieur 
de Vesins, qui faisoit mine de venir à nous, qu'on me 
vint dire le désordre en nostre infanterie. Je laisse la 
cavalerie en ordonnance au sieur de Fairas, ce qu'il 
avoit à faire les ennemys venans à luy, et m'en cours 
à mon infanterie, que je trouve allans les uns aux 
autres avec plus d'animosité qu'ils n'en eussent eu 
contre les ennemis ; je me mets entre deux et arreste 
ceux qui aidoient davantage à cette mutinerie, entre 
lesquels je remarque ce capitaine Garrère, dont j'ai 
parlé cy-devant, qui avoit esté blessé; je luy porte 
mon épée dans l'estomac, l'asseurant que je le tuerois 
s'il faisoit un pas, et je dis au sieur de Lestelle'', qui 
commandoit au régiment de Saint-Maigrin, d'arrester; 
ce qu'il fît. Soudain, je cours à la teste du régiment 
de Millau, où il y avoit divers capitaines que j'y avois 
mis : à ma parole, il s'arreste ; ce mouvement arresté, 
j'ouïs les uns et les autres, auxquels j'ordonne de se 
trouver à Rosan^, où j'allay prendre mon logement, 
et que là on vuideroit la question. 

Ainsi, j'appaisay cette mutinerie par ma diligence 
et pour m'estre addressé à ceux qui aidoient à ce 

dame de Lanquais et de Limeuil. — Voir, dans le Bull, de la 
Soc. arch. du Périgord (nov.-déc. 1896, t. XXIII, p. 475), un 
article de M. le comte de Saint-Saud, intitulé : « La garnison 
de Limeuil et de Lanquais à la fin du xvi* siècle. » En 1598, 
ces garnisons étaient encore entretenues par le duc de Bouillon. 

1. Louis de Brunet, seigneur de Lestelle, baron de Pujols. 

2. Rauzan, dans le Bazadais (Gironde), à20kil. de Libourne. 



122 MÉMOIRES [Août 1577 

mal, qui est une maxime ordinaire en tel cas qu'il y 
a tousjours peu d'auteurs, lesquels arrestans, tout le 
commun qui les suit demeurent sans conseil ny réso- 
lution, et en fait-on aisément ce que l'on veut; mais il 
n'y faut aller à demy, en ne faisant qu'irriter lesdicts 
auteurs et ne les arrestans pas. 

Cela fait, je m'en retourne à Périgueux, qu'on 
menaçoit du siège, lequel avoit faute de vivres, estant 
entouré de forts qui luy empeschoient la récolte ; je 
la fis assez abondamment. Le roy de Navarre estoit 
à Montauban, qui eut avis par moy du siège de 
Brouage^ Mons' le Prince estoit à la Rochelle, qui 
avisoit à la pourvoir et de faire un armement de 
quelques vaisseaux, estant ledict Brouage sur la mer, 
où il y a un bon havre, et sollicitoit ledict roy de 
Navarre d'appeller les forces du Languedoc et celles 
de Guyenne pour la secourir. Outre l'intérest public, 
ledict prince y avoit son particulier, ayant retiré cette 
place des mains du sieur de Mirembeau^ avec assez 
peu de justice. Le roy de Navarre s'en vint à Berge- 
rac et là assemble jusques à quatre cents chevaux et 
deux mille hommes de pied pour s'en aller à Ponts ^, 
où Mons' le Prince, avec les forces du Poitou et Xain- 
tonge, se devoit rendre. 

Estans à Montguyon'^, nous sçeusmes que Brouage 
estoit rendu, et cela plustost qu'on ne l'attendoit, par 

1. Brouage (Charente-Inférieure), vis-à-vis de l'île d'Oléron. 

2. François de Pons, baron de Mirambeau, seigneur souve- 
rain de Brouage. 

3. Pons (Charente-Inférieure), à 22 kil. de Saintes, dont 
Jean de Plassac, frère de Mirambeau, était gouverneur. 

4. Montguyon (Charente-Inférieure), à 35 kil. de Jonzac, 



Août 1577] DU VICOMTE DE TURENNE. 123 

la mort du sieur de Soré, qui commandoit dedans, un 
des plus valeureux de son temps; ayant fait une sortie 
et renversé ce qui estoit dans la tranchée, s'estant 
rendu maistre de quelques pièces, ne se contentant 
de ce succès, poussant sa victoire au courant de l'ar- 
mée du Roy, chacun à l'allarme, ledict de Soré^ fut 
tué, et sa mort avança la reddition de Brouage entre 
les mains de Mons"^ du Mayne, qui commandoit l'ar- 
mée. Ces nouvelles ouyes, le roy de Navarre reprend 
son chemin, en donnant avis à Mons"" le Prince, qui 
estoit à Ponts, par Mons'' de La Noue. Le duc du Mayne 
se vint loger près de Ponts, où il fut attaqué, et fit-on 
une escarmouche où le sieur de Genissac- fut tué. 

De Montguyon pris le logis de Goutras, sur le faux- 
bourg qui est vers Libourne, pour mes troupes, où je fis 
faire de bonnes et bien flanquées barricades; c'estoit 
aux grands jours, le roy de Navarre estoit au logis 
de Mons'^ de Lavardin et moy aussi; nous entendions 
battre l'allarme et des voix qui disoient que l'ennemi 
donnoit dans le quartier de Mons'^ de Turenne. Il y a 
un petit chasteau nommé Laubardemont^, qui n'est 
qu'à mille pas du fauxbourg que les ennemis tenoient; 
ledict chasteau est du costé de la rivière vers Quitre^ ; 
mais ils avoient de bons batteaux, et la rivière 
estroite, pouvant passer nombre d'hommes ; et tost 
je m'en cours à mes gardes, que je trouvay en tout 

1. Valzergues, seigneur de Soré, qui s'était jeté dans la ville 
pour la défendre, fut tué dans une sortie malheureuse, et 
Brouage se rendit à Mayenne vers le milieu d'août 1577. 

2. Il est parlé, dans les Mémoires de Marguerite de Valois, 
de ce Génissac, qui avait toute la confiance du roi de Navarre. 

3. Le château de Laubardemont est à 1 kil. de Coutras. 

4. Guitres-sur-l'Isle (Gironde), arr. de Libourne. 



iU MÉMOIRES [1577 

devoir et point d'ennemis; je passay, monté sm" un 
petit bidet, et pris huit ou dix arquebusiers avec moy, 
voulant voir si à cedict Laubardemont il y avoit 
quelque chose de nouveau. De nostre costé de l'eau, 
il y avoit des saules, où il y avoit vingt-cinq arquebu- 
siers sur le ventre, qui ne se pouvoient voir, ny le 
batteau qui les avoit passés; regardant le chasteau, 
m'estant arresté environ à vingt pas de ces arquebu- 
siers sur le ventre, qui ne vouloient tirer, estimans 
que je m'approcherois et me prendroient ; me voyant 
arresté, ils paroissent trois ou quatre et me disent 
que je m'approchassent pour voir quelque chose 
qu'ils me vouloient monstrer. Les tenans pour estre 
des nostres, estans content de ce que je voulois voir, 
je tournay mon cheval pour m'en retourner. A l'ins- 
tant, ils nous font leur salve sans blesser personne, 
quoy que ce fut de moins de trente pas; je cours un 
grand péril et sans occasion, à quoy la jeunesse est 
souvent sujette d'encourir de grands dangers par sa 
précipitation et inconsidération, tels périls se trouvans 
plustost en ces guerres civiles qu'aux guerres où il y 
a de bons corps d'armée de part et d'autre. 

Chacun se prépare. Incontinent commencèrent les 
pourparlers de la paix ; Mons"" de Montpensier, l'évesque 
de Vienne, le mareschal de Biron et Mons"^ de Villeroy 
vinrent à Bergerac. Après les premières ouvertures, 
il fallut renvoyer vers le Roy, qui estoit à Poitiers ; je 
pris cette occasion pour faire un petit tour à Turenne, 
laissant le roy de Navarre à Bergerac, duquel je fus 
incontinent redemandé, me faisant cet honneur de 
n'avancer ny ne résoudre rien aux affaires publiques 
sans mon avis. 



1577] DU VICOMTE DE TURENNE. 125 

Je pars de Turenne et m'en vins coucher chez 
Mons'^ de Beynac : Bousolles, Alagnac, La Vilatte et 
Annal, que j'avois nourris pages, Bouschant d'Au- 
vergne, tous sans armes que nos espées, tous ayans 
de fort mauvais chevaux; Bouschant avoit un petit 
cheval d'Auvergne assez bon; le mien estoit un che- 
val qui alloit un grand pas, ne sçachant tourner et 
encore moins courir; nous allions ainsi, par les fautes 
que font ceux qui se fient plus que de raison en 
leur courage et se servans moins de la prudence 
qu'ils ne doivent, estimans aussi que nous ne rencon- 
trerions rien. Ayans passé par un bourg appelé la Sal- 
vetat^ douze hommes armés de cuirasses et quinze 
arquebusiers à cheval, estans partis de Lunéville pour 
chercher quelques contributions, passent par cedict 
bourg et prennent langue de moy et de mon équi- 
page ; ils se mettent sur ma piste, les premiers qu'ils 
rencontrent furent quelques valets, auxquels ils don- 
nèrent quelques coups d'espées. Gela me donne l'al- 
larme; regardant derrière, je vis venir cela, estans 
cinq hommes de front; un de mes pages, nommé 
Solongnac, portoit mon espée, qu'il me donna; sou- 
dain, je retourne, sans aviser qui me suivoit, et vais 
choisissant celuy des ennemis qui estoit le plus à leur 
main droite, afin de n'en rencontrer qu'un, qui fut 
nommé La Force, auquel je portay une estocade dans 
le visage. Soudain, ces cinq me mettent au milieu 
d'eux; sans m'estonner, pressant et poussant mon 
cheval, je me fis faire place. Alors, les sieurs de 
La Vilatte et d'Annal vinrent à moy ; partie des enne- 
mis se mirent après ceux qui ne m'avoient suivy; 

1. La Salvetat (Aveyron), à 50 kil. de Rodez. 



126 MÉMOIRES [1577 

Mons"^ de Beynac ne ie put, la gourmette de son che- 
val s'estant rompue. Un page allemand, nommé Mile, 
que Mons"^ le duc Casimir m'avoit donné, venant à 
moy, fut fort blessé, de quoy depuis il mourut. Nous 
trois demeurasmes meslés avec ces gens, avec les- 
quels nous prenions avantage pour en blesser quel- 
qu'un et le tirer du combat. Le défaut de nos che- 
vaux faisoit que, n'ayans de verdeur, nous donnions 
force coups moindres que n'eussions fait. La Vilate 
vint à estre blessé le premier et puis Annal, qui^ 
nonobstant, demeurions opiniastres à ne nous en 
aller. Enfin, un qui se nommoit Le Perrier et moy 
allasmes l'un à l'autre : il me porte un coup d'espée 
dans la gorge et moy un à la teste. Mon espée s'es- 
tant rompue et le bout demeuré dans l'os, estans ainsi 
blessés tous trois, et les meilleurs hommes des enne- 
mis l'estans aussi, nous fusmes aises les uns et les 
autres de nous séparer; ce que nous fismes. J'apper- 
çeus Bouschant, qui avoit veu l'esbat sans fuyr, ny 
aussi sans se mesler, que j'appelay^ Ainsi, nous 
allasmes à Muchères% petit lieu dans la Boissile, où 
arrivé, mon coup me pressant fort, outre que c'estoit 
la première blessure que j'avois eue, je m'enquis 
plustost d'un ministre que d'un chirurgien. Ne trou- 
vant ny l'un ny l'autre, je me fis apprester un res- 
trinctif, et voyant ceux qui estoient près de moy affli- 
gés, me tenant mort, je leur fis voir combien l'escole 
de la vraye Religion m'avoit appris à cognoistre ce 

1. Turenne guerroyait alors pour le compte du roi de 
Navarre, et le détachement qui l'attaqua était composé de sol- 
dats royaux. 

2. Il semble très difficile d'identifier cette localité, que tous 
les textes écrivent cependant de la même manière. 



1577] DU VICOMTE DE TURENNE. 127 

que c'estoit que de mourir; quoy qu'en l'aage de 
vingt-trois ans, je jouissois du bénéfice de la mort de 
Jésus-Christ, voyant le monde comme un mauvais 
passage que j'achevois de passer; mon esprit tran- 
quille, je consolois ceux qui estoient près de moy, 
bien diversement à celuy qu'il ressentoit lors que je 
fus si malade à Montauban. 

Mon ame lors flottant par la présence de mes 
péchés et mal asseurée en la rémission par la croix, 
puissance et souffrance de Jésus-Christ, je puis attester 
avec vérité n'avoir [eu] qu'un seul regret, qui estoit de 
laisser mes biens, où force églises sont recueillies, à 
ma sœur, qui estoit de la Rehgion romaine. Dieu en 
disposa autrement. Soudain, le roy de Navarre, 
qui avoit esté averty, m'envoye ses médecins et chi- 
rurgiens, qui, après m'avoir pansé, furent d'avis de 
me mener à Badefort^ suivant la prière qu'en faisoit 
Mons"^ de Saint-Helmes, à qui estoit la maison ; là, ils 
me jugèrent en grand danger, estimans que quantité 
de sang m'estoit tombé sur le diafragme, qui me cau- 
soit une extresme douleur au costé, et que, se faisant 
un sac qui ne pouvoit s'évacuer, me continueroit la 
fièvre, qui m'emporteroit. Cela leur pensa me faire 
une ouverture au costé. Voyans cette opération très dou- 
teuse, ils usèrent de saignées aux bras et aux pieds, de 
Hgatures et ventouses, si bien qu'après quelques jours 
ma playe se consoHda, ayant tousjours une fièvre lente, 
amaigrissant, et ma douleur de costé me continuant. 

La paix^ se fit : le roy de Navarre me meine ainsi 

1. Badefol (Dordogne), arr. de Bergerac, près Lalinde. 

2. C'est l'édit de 1577, connu sous le nom de paix de Poi- 
tiers, signée le 17 septembre. 



128 MÉMOIRES [Sept. 1577 

mal à Agen ; là on commença à establir et exécuter 
l'édict, le Roy disant vouloir maintenir cette paix, qu'il 
avoit faite, et non la précédente, où il a voit esté forcé. 
Continuant à estre mal, je m'en vins à Turenne. 
Après avoir eu l'avis des médecins et chirurgiens, 
Mons"" Joubert me dict à part que si je le voulois croire, 
que je prendrois de l'eau qu'on appelle d'arquebu- 
sade, où il entre des escrevisses; ce que je fis par 
quinze jours, avec tant de profit, que je crachay tout 
le sang pourry qui m'estoit demeuré dans le corps, 
et depuis je ne m'en suis pas senty. 

Cette paix fut souvent interrompue par des surprises 
de places, qui se faisoient d'une part et d'autre, et 
plus encore de ceux de la Religion, pressés, non tant 
par le roy de Navarre que par quelques autres particu- 
liers, principalement de ceux de Languedoc, qui estoient 
entrés en une grande méfiance du mareschal d'Am ville, 
leur gouverneur, estimans que, si par ces moyens ils ne 
maintenoient quelques armes, qu'ils ne se pourroient 
conserver ; quoyque cela se fist sans commandement 
dudict roy, si ne vouloit-il les désavouer, pour n'obli- 
ger ceux qui leur tenoient la main, ou de séparer le 
party ou de se réconcilier avec le Roy. Le roy de 
Navarre n'avoit voulu consentir que la reine Margue- 
rite le vinst trouver, à cause du mauvais mesnage 
qu'ils avoient eu estans à la Cour, les divers soupçons 
qu'elle luy avoit donnés de ses comportemens ; quoy 
que le Roy son frère ne l'aymast, si luy sembloit-il 
estre honteux pour luy de voir sa sœur comme répu- 
diée par le roy de Navarre, lequel estoit blasmé des 
uns de ne se porter assez vertement à la réparation 
des contraventions à l'édict, des autres d'attirer sur le 



1578] DU VICOMTE DE TURENNE. 129 

party une grande haine, à cause des mescontentemens 
du Roy contre sa personne, à l'occasion de la reyne 
sa sœur. 

Ledict roy de Navarre m'envoya prier, estant à 
Turenne, de l'aller trouver; ce que je fis soudain. Il 
m'exposa ses peines, les blasmes susdicts de son pro- 
cédé, me demandant avis de ce qu'il avoit à faire. 
Mon opinion fut qu'on devoit convoquer une assem- 
blée générale de ceux de la Religion, pour, avec un 
avis commun, se résoudre sur ces difficultés et se 
décharger par après des blasmes qu'on luy donnoit 
sur le général. Le Roy, la Reyne mère et Monsieur, 
par diverses voyes, négocioient pour la venue de la 
reine Marguerite. Ainsi que l'assemblée fut résolue et 
les députés venus à Montauban, le Roy y envoya le 
sieur de Bellièvre qui, depuis, a esté chancelier de 
France, pour déclarer sa bonne volonté à maintenir 
son édict, sa patience à supporter tant d'entreprises 
contre ledict édict par ceux de la Religion, le désir 
qu'il avoit de revoir la reine sa sœur près du roy 
de Navarre. Il fut résolu que, de part et d'autre, on 
envoyeroit des députés par les provinces pour répa- 
rer les contraventions faites à l'édict de ce costé et 
d'autre, et remporta ledict sieur de Bellièvre de plus 
douces paroles du roy de Navarre pour le regard de 
la reine Marguerite qu'il n'avoit auparavant, son 
esprit estant fort offensé, jusque-là qu'il doutoit de la 
seureté de sa personne, elle se rapprochant. La plus- 
part de ceux qui estoient près de luy n'adhéroient à 
sa venue, et aussi peu le corps des éghses, estimans 
qu'elle porteroit beaucoup de corruption et que le roy 
de Navarre mesme se laisseroit aller aux plaisirs, en 

9 



130 MÉMOIRES [Août 1578 

donnant moins de temps et d'affection aux affaires. 

Les députations allentirent un peu les aigreurs, qui 
estoient prestes à éclater en une guerre ouverte, et 
cependant firent peu ou rien du tout, ce à quoy les 
uns et les autres avoient contrevenu. 

La Reyne mère ^ se laisse entendre de vouloir venir 
et amener sa fîlle^; elle part, quoy qu'elle n'eust pas 
la parole du roy de Navarre de la recevoir, s'achemi- 

1. Un projet de mariage, que tout naturellement l'auteur des 
Mémoires a passé sous silence, eut lieu au milieu de 1578 
entre le vicomte de Turenne et sa jeune cousine, Charlotte- 
Catherine de la Trémoïlle. C'est la reine mère qui semble 
avoir été l'instigatrice de cette union, si on en juge par une 
lettre du 7 juillet à la duchesse douairière, dans laquelle, non 
seulement elle lui écrit qu'elle seroit bien aise de ce mariage ; 
mais elle ajoute : « Je vous prie qu'il se puisse effectuer aussi- 
tost que faire se pourra. » Or, la jeune fille n'avait que onze ans 
(née en 1567, morte en 1629, à soixante-deux ans). Catherine 
de Médicis avait aussi trop préjugé le consentement de la 
grand'mère commune, la connétable de Montmorency. Car 
celle-ci mandait d'Ecouen, à sa fille, à la fin de juin : « Je ne 
vous cellerai que la reine mère, passant par Chantilly, me 
parla du mariage de votre fille avec mon fils, le vicomte de 
ïurenne, et parce que je sais la crainte que vous en avez, je 
vous ai bien voulu avertir de ce qui se présente, afBn que, en 
attendant que vous serez par deçà, vous y passiez, car il y a 
apparence. » (Archives de Thouars.) La reine mère séjourna 
quelques jours à Chantilly au commencement de juin 1578. 
(Voir Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, p. 28 et suiv.) 
Charlotte de la Trémoïlle fut demandée vers la même époque 
par le prince de Conti, frère cadet du prince de Condé, 
qu'elle devait épouser, le 16 mars 1586, d'une façon si 
romanesque. 

2. La reine mère s'était mise en route avec sa fille au com- 
mencement d'août 1578; et elles arrivaient à Bordeaux le 
17 septembre. 



Oct. 1578J DU VICOMTE DE TURENNE. 131 

nant, priant et menaçant que, menant sa fille, si elle 
estoit refusée, que la honte qu'on feroit au Roy et à 
elle seroit telle que, prenant le seul roy de Navarre à 
partie et donnant la jouissance de l'édict à ceux de la 
Religion, qu'ils ne voudroient favoriser ledict roy de 
Navarre à une si mauvaise cause, ny qu'aucun prince 
estranger se voulust formaliser pour ledict roy, qui, 
averty de cecy, entendant force murmures des pro- 
vinces, qu'ils n'avoient eu les armes en la main que 
pour la Religion, que, cette occasion cessant, ils 
estoient sujets du Roy, qu'il leur seroit fort dur 
d'abandonner le roy de Navarre, mais qu'ils y 
seroient contraints, si la cause générale se rendoit 
particulière. 

Gela fît changer d'avis, à sçavoir de dire à la 
Reyne mère qu'elle vinst, et que, sa fille se compor- 
tant selon son devoir, que tout le passé seroit mis en 
oubly. Le lieu de sa réception est arresté à la Réole'', 
ville de seureté; le sieur Favas^ y commandoit. La 
Reyne avoit le mareschal de Riron^ près d'elle, qui 
avoit fort mal recognu l'obligation qu'il avoit au roy 
de Navarre d'avoir fait chasser le marquis de Villars 
de la Heutenance de Guyenne pour l'y mettre. Ledict 

1. L'entrevue de la Réole eut lieu le 3 octobre 1578, à peu 
près comme le raconte Turenne, qui y fut présent. Tous les 
détails se trouvent dans la lettre écrite le jour même par la 
reine mère à Henri III. (Voir Lettres de Catherine de Médicis, 
t. VI, p. 47 et suiv.) 

2. Jean de Favas, baron d'Auros, capitaine protestant, dont 
les aventures sont connues. 

3. Armand de Gontaut, baron de Biron, qui, comme lieute- 
nant général en Guyenne, eut tant de démêlés avec les protes- 
tants, le roi de Navarre et Marguerite de Valois. 



132 MÉMOIRES [Oct. 1578 

Biron cherchoit tous les moyens qu'il pouvoit pour 
brouiller. \ cette première réception, les choses se 
passèrent assez doucement, et néantmoins la reyne 
Marguerite demeura avec la Reyne sa mère, qui s'en 
de voit venir au port de Sainte-Marie, et le roy de 
Navarre, accompagné de cinq ou six cens gentils- 
hommes, s'en retourna à Nérac. Aussitost que la 
Reyne fut arrivée audict port, elle le fit sçavoir audict 
roy de Navarre, le conviant d'appeller les députés 
des provinces, pour conférer et restablir les choses 
esbranlées aux édicts^. Le roy de Navarre l'alla trou- 
ver audict port, qui n'est distant que de deux lieues 
de Nérac; et là, il refusa d'accepter ce lieu-là pour 
s'assembler, si ce n'estoit que la Reyne le dispensast 
d'y estre. 

Je vous ay dict qu'après que j'eus pris les armes, 
qu'on m'avoit fermé les portes à Gasteljaloux, où com- 
mandoit le sieur de Rosan, puisné de la maison de 
Duras; je m'estois résolu de me faire réparer ce 
mépris. Duras l'aisné, passant un jour par Leytoure^, 
parlant à Mons"" de Lavardin, lui avoit tenu quelques 
propos de moy sur ce sujet, plus libres qu'il ne me 
sembloit pour les endurer; ledict Duras estant avec 
la Reyne mère, je me résolus de le faire appeller. Je 
pars de Nérac et envoyé le sieur de Frontenac^ au 

1. Les discussions furent longues pour savoir où devaient se 
tenir les conférences, qui ne commencèrent à Nérac que dans 
les premiers jours de février 1579. Catherine de Médicis et 
Marguerite de Valois avaient séjoui'né au Port-Sainte-Marie 
(Lot-et-Garonne), à 20 kil. d'Agen, à la fin de décembre et tout 
le mois de janvier. 

2. Lectoure, ch.-l. d'an*, du Gers. 

3. Antoine de Frontenac, de la maison de Buade, écuyer du 



Oct. 1578] DU VICOMTE DE TURENNE. 133 

port, lequel n'y trouva plus ledict Duras. Gela failly, 
j'attendis l'occasion que vous sçaurez. Enfin, après 
plusieurs allées et venues, le lieu du port est refusé, 
mais celuy de Nérac choisi ; et d'autant qu'il falloit du 
temps pour faire venir les députés, la Reyne mère 
donna jusqu'à Thoulouse pour voir ces villes-là, où je 
fus envoyé vers elle, sur les avis qu'avoit le roy de 
Navarre qu'on faisoit des entreprises sur des places 
tenues par ceux de la Religion, qui s'excusoient d'en- 
voyer leurs députés des provinces pour se trouver à 
Nérac au temps assigné. Arrivant à Thoulouse, je 
trouvai beaucoup de peuple amassé le long des rues 
par où je devois passer pour aller au logis qu'on 
m'a voit préparé. Ce peuple mutin, ennemy de ceux 
de la Religion, me monstroit avoir désagréable ma 
venue, et qu'il ne voyoit pas volontiers que j'allasse 
trouver la Reyne mère^. 

Après estre arrivé, je fis avertir ladicte Reyne, pour 
prendre l'heure qu'il luy plairoit me donner; elle me 
remit au lendemain à deux heures, là où je l'allay 
trouver; et, luy ayant rendu mes lettres qui portoient 
créance, je luy fis entendre qu'en Dauphiné et Langue- 
doc on avoit descouvert diverses entreprises qui se 
faisoient sur les places de ceux de la Religion ; que le 

roi de Navarre, chargé souvent de porter ses dépêches, plus 
tard gouverneur de Marans. 

1. L'entrevue de Turenne et de la reine mère à Toulouse eut 
lieu le 23 octobre 1578 et les jours suivants. On peut comparer 
le récit qu'en fait ici le vicomte et ce qu'en dit son historien, le 
chanoine Marsollier [Histoire de Henri de la Tour d'Auvergne, 
duc de Bouillon), avec la version envoyée le jour même par 
Catherine de Médicis au roi. [Lettres, t. VI, p. 83 et suiv.) 
Naturellement, de part et d'autre, on s'accuse de mauvaise foi. 



134 MÉMOIRES [Oct. 1578 

mareschal de Biron en menoit une sur Périgueux ; que 
le pouvoir qui luy avoit esté donné estoit restreint 
dans les conditions auxquelles le roy de Navarre ny 
ceux de la Religion ne se soumettroient point ; que, s'il 
ne luy plaisoit faire cesser les entreprises, et se faire 
authoriser suffisamment, que ce seroit en vain de 
s'assembler, prévoyant le roy de Navarre qu'on estoit 
plus près d'une rupture que d'un accord ; de quoy il 
ne vouloit ni ceux de son party estre blasmés, estant 
ce qui luy en faisoit donner avis, pour luy donner sujet 
de prévenir cela, qui donneroit occasion aux mignons 
(ainsi appelloit-on les ducs de Joyeuse et d'Espernon), 
qui taschoient à lui rendre de mauvais offices près du 
Roy, de le faire, de ce qu'au lieu d'avoir accomodé 
le roy de Navarre et la reine sa fille et empesché la 
guerre, qu'en sa présence les affaires se fussent aigries 
et portées à une rupture entière. 

Elle me dict qu'elle ne pouvoit empescher les catho- 
liques, qu'on pilloit et travailloit en diverses façons, 
d'en faire de mesme, qu'elle estoit mère du Roy, 
qu'elle sçavoit eStre de si bon naturel, qu'on ne luy 
pourroit rendre de mauvais offices près de luy; que, 
pour couper chemin à tout cela, il falloit que le roy 
de Navarre reprist sa fille, et que le jour de l'as- 
semblée fust pris sans aucun délay; que cela osteroit 
Toccasion à tous remueurs de ménage, d'une religion 
et d'autre, de ne rien entreprendre, estimant qu'aussi 
bien, s'ils n'estoient chastiés, il faudroit réparer ce 
qu'ils auroient fait, me conviant d'y tenir la main, 
estant obligé, outre ce que je devois au Roy, d'affec- 
tionner ce qui la regardoit, ayant cet honneur d'estre 
descendu de la maison de Boulogne et d'Auvergne 



Oct. 1578] DU VICOMTE DE TURENNE. 135 

comme elle ; que c'estoit une grandeur et bonne for- 
tune de m'approcher du Roy, lequel elle sçavoit qu'il 
m'aymoit et estimoit. Je ne luy dounay loisir de para- 
chever ces propos, que je cognoissois vouloir venir à 
me donner des espérances d'accroissement d'honneur, 
en me départant de la fidélité que je devois et vou- 
lois rendre à ma religion et au roy de Navarre qui 
m'avoit employé; je la remerciay-très humblement, 
luy témoignant que j'estois de ceux qui ne donnoient 
jamais de l'accroissement à leur particulier, en dimi- 
nuant ce qui estoit de leur devoir et faisant actions 
contraires à ce qu'ils témoignoient extérieurement se 
sentir obligés; que les remueurs s'accommodassent; 
que le roy de Navarre fust content ; et lors je cher- 
cherois toutes occasions pour témoigner au Roy et à 
elle que j'estois capable et fort disposé pour les bien 
servir. 

Alors elle me dict qu'elle vouloit venir à Ausche, que 
si le roy de Navarre s'en vouloit approcher, qu'ils 
prendroient un lieu pour se voir, que cependant elle 
escriroit pour arrester le cours de ces remuemens, 
ainsi qu'elle prioit le roy de Navarre d'en faire de 
mesme, et désira que de Thoulouse mesme j'en escri- 
visse aux éghses de Languedoc : ce que je fis avec 
grande discrétion, ne voulant que mes lettres servis- 
sent à asseurer ceux de la Religion et donner plus de 
moyen par là d'entreprendre sur eux, et d'estre 
asseuré ou de malice ou d'ignorance, estant aisé à 
voir que la volonté de la Reyne n'estoit entièrement 
sincère, ni aussy si bien obéie, qu'il ne parust qu'on 
avoit besoin de se garder. Elle me renvoya avec cette 
asseurance de se vouloir assembler, et qu'à Ausche 



136 MÉMOIRES [Nov. 1578 

on résoudroit le lieu et le jour ; qu'elle prioit qu'on 
hatast les députés, afin qu'elle pust s'en retourner 
retrouver le Roy. 

Je donnois avis d'heure à autre au roy de Navarre 
de tout ce qui se passoit ; sur mes avis, il s'avance à 
Leytoure, où je le fus trouver, et lui rendis compte 
de toute ma négociation ; après quoy il se résolut de 
s'approcher d'Ausche, lors qu'il sçauroit que la Reyne 
mère y seroit. Sçachant son arrivée, il s'en alla en la 
maison de Mons"" de Roquelaure, qui n'est pas loin 
d'Ausche, d'où, ayant sceu l'arrivée de la Reyne, il 
prit résolution de s'y en aller, et assez légèrement, veu 
les défiances qu'il avoit^. 

Ausche est une petite ville presque peuplée de 
prestres. Le mareschal de Biron estoit venu là trou- 
ver la Reyne; nous arrivasmes à Ausche sur le midy, 
où nous ne trouvasmes la Reyne, estant allée à une 
tente de palombes ~, le mareschal de Biron et autres 
personnes de qualité estans avec elle. Nous trouvasmes 
la reine Marguerite et les filles. Le roy de Navarre et 
ladicte reine se saluèrent et se témoignèrent plus de 
préparation à un accommodement qu'ils n'avoient fait 
les autres fois qu'ils s'estoient veus : les violons vin- 
rent; nous commençasmes tous à danser. 

La danse continuant, le jeune Armagnac arrive^, 

1. Le séjour de la reine mère à Auch eut lieu du 20 novembre 
au 10 décembre 1568. 

2. La chasse aux palombes se faisait avec des filets tendus 
au débouché d'une vallée, dans lesquels on poussait les 
oiseaux, qu'on regardait prendre assis dans une « tente. » 

3. Ce jeune Armagnac était sans doute le premier valet de 
chambre de Henri de Navarre, sauvé par Marguerite du mas- 
sacre de la Saint-Barthéleray. 



Nov. 1578] DU VICOMTE DE TURENNE. 137 

estant party de Nérac, dépesché vers le roy de 
Navarre pour l'avertir que, la nuit précédente, la 
Réole^ qui estoit une des villes de seureté, avoit esté 
surprise par le chasteau. Il fît son message à l'oreille 
du roy, qui soudain m'appela; le premier mouvement 
fut si nous estions assez forts pour nous saisir de la 
ville; il fut jugé que non. Soudain, je dis qu'il nous 
falloit sortir, et qu'avec justice nous pouvions nous 
saisir du mareschal de Biron et autres principaux qui 
estoient avec la Reyne, pour r'avoir la Réole. Nous 
prenons congé de la compagnie, qui trouva nostre 
départ plus prompt qu'elle ne se l'estoit promis, n'en 
sçachant l'occasion ; ils monstroient de l'estonnement : 
tout cela hastoit nostre départ, interprétans tous les 
propos et gestes de ceux d'Ausche à une suitte déli- 
bérée contre nous, ainsi qu'il avient ordinairement 
que, quand on a quelque chose à entreprendre où il 
y a du hazard, tout ce qui se meut semble se mou- 
voir à l'opposition de ce que nous projetions. 

Estans hors de la ville, mon ouverture fut proposée 
et non suivie, s'y trouvant du péril, pour estre ledict 
mareschal bien monté, et ayant assez d'hommes de 
main pour rendre le combat douteux ; que c'estoit 
faire affront à la Reyne, y ayant apparence qu'elle n'en 
sçavoit rien; que cela estant, elle feroit restituer la 
Réole, que nous pouvions nous saisir de Fleurance-, 

1. La Réole, que le capitaine Favas avait occupée avec les 
protestants, fut livrée aux catholiques par le gouverneur 
d'Ussac, que les huguenots accusèrent de trahison. 

2. Fleurance est une jolie petite ville sur la rive gauche du 
Gers, à 11 kil. de Lectoure. La surprise de cette place par le 
roi de Navarre et ïurenne eut lieu dans la nuit du 22 au 
23 novembre; tous les historiens l'ont racontée. 



138 MÉMOIRES [Nov. 1578 

qui estoit sur nostre chemin, et de Leytoure; et qu'à 
cet effet il falloit faire avancer les mareschaux des 
logis et les accompagner d'une partie des gardes, afin 
qu'ils nous peussent garder une porte, et que le roy 
iroit au devant de la Reyne, pour luy témoigner son 
offense et son respect, chose qui ordinairement 
engendre plustost du mespris, en ce qu'on croit que 
c'est plustost par faute de moyen de faire autrement 
que par volonté, et ne se void guères qu'en pareil cas 
on se souvienne de telles courtoisies. 

Au rencontre de la Reyne, le roy de Navarre l'abor- 
dant, elle fit fort l'estonnée, et avec raison, ne sça- 
chant ce que nous ferions; elle donne quantité de 
paroles pour asseurer une réparation. Le mareschal 
de Biron, autheur de cette exécution, qui n'estoit aymé 
du roy de Navarre, et qui ne s'asseuroit de moy, 
qu'il croyoit sçavoir qu'il avoit poussé la Reyne mère 
à m'imputer toutes les procédures du roy de Navarre 
qui ne luy agréoient, se jette hors du chemin séparé 
des carroses, accosta quelques-uns des nostres, se 
justifiant et promettant de faire tout devoir pour luy 
faire rendre cette place. Nous nous séparasmes ainsi, 
et ne peusmes arriver à Fleurance qu'il ne fust trois 
heures de nuit. 

Sur l'arrivée des mareschaux des logis, quelques- 
uns de la ville se jettèrent dans une porte où il y a 
deux tours et commencèrent à faire quelques barri- 
cades. Gomme nous eusmes mis pied à terre, le capi- 
taine des gardes du roy de Navarre, nommé Saint- 
Martin, alla pour faire une ronde, venant au droit de 
cette porte saisie; on luy demanda qui vive, età mesme 
instant bonnes arquebusades ; il demeure là et avertit 



Mars 1579] DU VICOMTE DE TURENNE. 139 

le roy, qui me commanda d'aller voir ce que c'estoit. 

Je fus parler à ces habitans, pour sçavoir l'occasion 
de leur retraite à cette porte, veu que tout estoit en 
repos, que nous venions de laisser la Reyne, laquelle 
nous devions retourner trouver dans peu de jours ; ils 
nous firent paroistre de sçavoir autres nouvelles, nous 
disans ne vouloir partir d'où ils estoient sans comman- 
dement. Je mandai au roy leur réponse, et commen- 
çay à les attaquer, leur faisant quitter leurs barricades ; 
retirés dans les tours, ils se voyent en danger du feu 
et de la sappe ; ils se rendirent et sceusmes qu'aussi- 
tost que nous eusmes laissé la Reyne, il leur avoit esté 
mandé de nous fermer la porte ; mais, les mareschaux 
des logis estans dedans, ils n'avoient osé entreprendre 
de les faire sortir. Nous mismes garnison, et nous 
en allasmes à Nérac, où toute la négociation fut en 
allées et venues pour avoir réparation de la Réole ; 
à la fin, il fut résolu qu'elle seroit remise à ceux de 
la Religion; mais que le sieur d'Ussac en auroit le gou- 
vernement, et le sieur de Favas n'y rentreroit. Gela 
convenu, on résolut d'appeller les députés, et envoye- 
t-on par tout. Les provinces s'y disposent et s'assem- 
blent pour députés envoyer à Nérac. La Réole est 
remise entre les mains de d'Ussac, qui, gagné, quitta 
au bout de quelques mois la Religion, et tint cette 
place, la guerre suivante, contre ceux de la Religion, 
au préjudice de son ame et de son honneur, contre- 
venant à ce qu'il avoit promis. 

La conférence se tint, où furent accordés les articles 
nommés la Conférence de Nérac : la Reyne part et 
s'en va à Agen^, où le sieur de Duras la vint trou- 

1. C'est le 7 mars que la reine mère arriva à Agen. Le 10, 



140 MÉMOIRES [Mars 1579 

ver; ce que sçachant, je pars de Nérac avant la pointe 
du jour, et me rendis vis-à-vis d'Agen, du mesme 
costé de Nérac, d'où j'envoyay un gentilhomme au 
sieur de Duras, luy dire le lieu oîi je l'attendois avec 
une épée et un poignard, pour tirer raison de luy des 
paroles qu'il avoit dictes de moy ' . Le message fut bien 
fait; mais, peu après, ledict Duras fut arresté; je ne 
le sceus point qu'il ne fut plus de dix heures, n'ayant 
cessé de pleuvoir toute la matinée. Averty que je fus, 
je montay à cheval et m'en allay à Nérac, où le roy 
de Navarre estoit prest de monter à cheval pour 
apprendre de mes nouvelles. Il estoit question de faire 
exécuter, de sa part, des catholiques romains et de 
ceux de la Religion, les articles accordés. Le roy de 
Navarre voulut que je prisse cette commission en 
toute la Guyenne. Ayant receu ses commandemens, 
j'allay à Agen trouver la Reyne ; je prenois cette charge 
mal volontiers, cognoissant que ce ne seroit que des 
contestations odieuses, estant presque impossible, en 
tel cas, de satisfaire les uns et les autres, et le plus 
souvent les laissans tous mal-contents; d'ailleurs, il ne 
se présentoit nulle occasion où estre employé ; ce 

elle chargeait le vicomte de Turenne d'aller conjointement 
avec le maréchal de Biron faire exécuter l'édit de paix en 
Quercy, Rouergue, Périgord et Limousin. (Voir Lettres de 
Catherine de Médicis, p. 297.) 

1. Ce duel fameux, que tous les écrits du temps ont relaté, 
eut lieu le 17 mars 1579; Jacques de Durfort assistait son 
frère Rosan, et le baron de Salignac était le second du 
vicomte de Turenne. Il donna lieu à de nombreuses récrimi- 
nations et à une longue enquête. Le 23 juin, le roi, par un 
acte spécial, fit défense aux deux adversaires de continuer 
leur querelle. (Voir Lettres de Catherine de Médicis, t. VL 
Pièces justificatives, n° XLIV.) 



Mars 1579] DU VICOMTE DE TURENNE. 14i 

qu'un jeune homme qui veut parvenir doit rechercher 
de ne demeurer oisif. 

Estant à Agen, la Reyne nous accorda, le sieur de 
Duras et moy, qui m'estois satisfait par cet appel, n'y 
ayant nuls propos injurieux. Ainsi qu'on travailloit 
pour l'ordre de l'exécution des articles, s'y estans 
passés quelques jours, estant retiré en mon logis, le 
sieur de Duras y vint. Je le receus avec honneur; nous 
approchasmes d'une fenestre, nous reculans de la 
troupe de force gentilshommes qui estoient dans ma 
chambre. Il me dict que son frère de Rosan estoit venu, 
et que si je voulois parler à luy, qu'il le feroit trouver 
où je voudrois. Je luy dis qu'encore que j'eusse des 
défences et que j'estois là pour les affaires publiques, 
que son avertissement m'obligeoit à jouir de son offre, 
et que, le lendemain de grand matin, je me trouverois 
au bout du gravier (ainsi appelle-t-on la place qui est 
entre la ville et la rivière de Garonne, du costé qui 
va à La Foz), monté sur un courtaut, avec une épée 
et un poignard, et que là, son frère et moy nous nous 
contenterions. Il me dict qu'il vouloit estre de la par- 
tie; je refusay cela : il me le contesta; je m'accorde 
d'y mener un amy, adjoustant que personne n'avoit 
ouy nos propos, et que de ma part rien ne m'empes- 
cheroit. Nous nous donnons le bon soir; je le condui- 
sis jusques dans la rue. Soudain, après estre retourné 
en ma chambre, je donnay le bon soir à tout le 
monde, et envoyay quérir le baron de Salagniac^ 

1. Jean de Gontaud-Biron, baron de Salignac et de Saint- 
Blancard, chambellan du roi de Navarre, gouverneur du 
comté de Périgord, mort en 1610. Il était né en 1553 à Sali- 
gnac, au diocèse de Cahors, et commença par faire l'office de 



i42 MÉMOIRES [Mars 1579 

auquel je dis ce qui s'estoit passé entre Duras et moy, 
et que je le priois de m'assister en cela; ce qu'il 
accepta volontiers. Nous avisasmes nos épées et poi- 
gnards, et en prismes chacun une, longue de trois 
pieds, épées que nous portions ainsi ordinairement, 
et aussi deux poignards, n'estant lors cette vilaine et 
honteuse coustume, introduite depuis, de porter aux 
duels des épées de cinq ou six pieds, des poignards 
avec des coquilles, comme des demy rondaches. Gela 
fait, nous nous séparons. 

Le matin, avant jour, il me vint trouver; ayant 
accommodé la pointe de nos épées, nous résolusmes 
d'user de toutes les courtoisies que les occasions nous 
offriroient envers ceux à qui nous devions avoir affaire. 
Je pris un pourpoint découpé, en quoy je fallois, pour 
se pouvoir aisément embarrasser dans les découpures 
les gardes du poignard ou de l'épée. Le jour venu, 
nous prenons chacun un courtaut, des espérons sur 
nos bas de soie, nous faisant suivre par un petit 
laquais; nous sortons par la porte du Pin, et nous 
nous rendons au lieu désigné, où nous demeurasmes 
près de deux heures ; à la fin, nous voyons venir les 
deux frères, montés sur deux chevaux d'Espagne, 
contre ce qu'ils avoient arresté. Ils s'approchent de 
nous et veulent mettre pied à terre; je leur dis : 
« Allons plus loin, voilà des gens qui courrent après 

courrier diplomatique entre Henri de Béarn et la reine mère, 
puis il servit brillamment sous Du Plessis, Rosny, Turenne, 
combattit à Coutras, fut nommé en 1596 lieutenant-général en 
Limousin et enfin ambassadeur à Constantinople. Il avait 
épousé Marguerite Hurault, petite -fille de l'Hospital. (Voir 
les Gontaud-Biron et les réformés de Salignac, par Joseph 
Beaune. Périgueux, 1896, in-8''.) 



Mars 1579] DU VICOMTE DE TURENNE. 143 

nous qui nous sépareroient. » Nous galoppons envi- 
ron deux cents pas, bouillans de venir aux mains, et 
craignans que de la ville on ne courust et fussions 
empeschés. Je m'arreste et mis pied à terre, et, le 
baron près de moy, faisons oster nos espérons et 
priasmes Dieu; eux mirent aussi pied à terre. Duras 
s'avance pour nous visiter; nous estions tous détachés, 
la chair nous paraissant par les ouvertures de nos 
chemises; eux ne l'estoient, mais seulement débouton- 
nés de quelques boutons. Ainsi que Duras me visitoit, 
je luy mis la main sur le pourpoint, luy disant qu'il 
n'estoit maillé, le tenant trop galant homme; je dis 
de mesme à son frère, qui estoit à dix ou douze pas 
de moy ; je vis qu'il avoit des espérons ; je luy dis qu'il 
les ostast, le pouvans faire tomber, ce qu'il fit ; Duras 
me dict ce que j'avois à demander à son frère ; je res- 
ponds que nous n'estions là pour nous en éclaircir 
que par les armes, lesquelles nous mismes au poing, 
et allasmes les uns aux autres. Je luy donnois des 
estocades, que je croyois le percer; il me blesse un 
peu à la main gauche ; il tombe : je le fais relever ; je 
veux aller aux prises en me jettant sur luy ; je ren- 
contre le bout de son épée du bras gauche et m'en 
blesse; l'ayant mené plus de soixante pas, j'ouïs le 
baron de Salagniac qui disoit à l'aisné : « Prenez une 
autre épée. » Il survint neuf ou dix hommes de Duras, 
qui commencent à me charger par devant et par der- 
rière, de sorte qu'ils me donnèrent vingt-huict coups, 
de quoy il y en avoit vingt-deux qui me tiroient du 
sang, et les autres dans mon habillement; je ne 
tombe ny mes armes; pensans m' avoir donné assez 
de coups, ils me laissent. 



144 MÉMOIRES [Mars 1579 

Il arrive quelques gens de la ville, mesme le gou- 
verneur, le sieur de Lusignan*, qui me rameine; 
estant pansé, mes coups se recognoissent sans dan- 
ger. Le roy de Navarre vint le lendemain sur le gra- 
vier pour me quérir, où la Reyne l'alla trouver. 11 
témoigna un très-vif ressentiment de la supercherie 
qu'on m'avoit faite. Je m'en allay à Nérac, où je fus 
tost guéry. 

Il ne se peut rien faire aux actions de nostre vie 
de plus injuste envers Dieu, ny qui doive tant offen- 
ser les souverains, que tels combats, auxquels nous 
nous faisons meurtriers de nos ennemis ou de nous, 
et bien souvent de tous deux ; nous disposons de nos 
vies, qui ne nous sont libres, dépendantes des com- 
mandemens de nos souverains pour les employer à 
la défense de nostre patrie et en ses querelles; la 
seule fantaisie fait l'offense, et soumettant nostre hon- 
neur à pouvoir estre blessé par la seule imagination de 
moy ou d'autruy, et, pour le réparer, nous allons offen- 
ser Dieu griefvement, nostre prince, mettre nostre 
honneur au hazard; n'estans les armes décisives pour 
celuy qui a la meilleure cause, les événemens arrivans 
souvent au contraire, nous bazardons nostre vie et nostre 
bien. C'est pourquoy, mon fils, si l'édict^qui est mainte- 
nant observé sur ce sujet vient à n'estre observé lors 
que vous serez en aage de porter les armes, je vous 
commande, prie et conseille que vous évitiez toutes 
occasions de querelles, avisiez de n'offenser personne; 

1. Henri de Lusignan ou Lezignan, capitaine huguenot, ami 
du roi de Navarre, qui eut plus tard le gouvernement de la 
ville et du château de Puimirol. 

2. L'édit de Henri IV contre les duels. 



Mai 1579] DU VICOMTE DE TURENNE. 145 

rendez-vous discret entre les gens de vostre aage et 
avec tous autres de ne leur dire rien qui les puisse 
fascher; gardez-vous de vous mocquer, la mocquerie 
suscitant souvent des querelles; empeschez-vous des 
jeux de mains, qui sont ordinairement occasion de 
faire des offenses entre les meilleurs amis ; si on vous 
offense, avisez de ne la recevoir légèrement ; mais, l'es- 
tant, prodiguez tout pour conserver vostre honneur 
et vostre réputation, à laquelle ayant laissé faire 
bresche, toutes les autres vertus sont inutiles aux 
hommes de vostre qualité ; et est celui-là incapable de 
s'agrandir jamais en sa condition, mesmement entre 
les François, où la vaillance est si commune que, celuy 
qui ne l'est, paroist comme un homme indigne d'au- 
cune louange ny mérite; mais, si vous estes sage et 
discret, vous vivrez avec une honneste et bienséante 
société qui vous empeschera de querelles, et n'aurez 
à porter vostre vie au péril, et vous donnerez de la 
réputation au service de Dieu et de vostre Roy. En 
mesprisant les dangers, vous témoignerez vostre cou- 
rage ; et, si en telles actions vous y trouvez ou des 
blessures ou la perte de la vie, vous aurez trouvé cela 
où il faut le chercher, et aurez, soit en vos douleurs, 
soit en mourant, cette satisfaction, que vostre honneur 
en sera accreu, et la mémoire en sera bonne à ceux 
qui vous survivront. 

J'ay fait cette disgression, d'autant que ce sont les 
plus importantes actions qui se pourront présenter 
au cours de la vie. 

La Reyne mère s'ennuyoit; elle avoit fait son traitté, 
qui luy sembloit estre suffisant pour contenter tout le 
monde de l'issue de son voyage, et qu'elle avoit remis 

10 



146 MÉMOIRES [Mai 1579 

sa fille avec leroy de Navarre; néantmoins, elle jugeoit 
que ces choses ne seroient de durée ; elle part, et s'en 
va à Toulouse, et de là prit son chemin par Gastelnau- 
dary vers le Bas-Languedoc, où le roy de Navarre 
l'alla trouver, et se dirent adieu avec témoignage 
d'affection ^ . Nous nous en retournons à Nérac ; on pour- 
suit l'exécution des édicts et conférence de Nérac, 
en quoy plusieurs choses furent omises de part et 
d'autre, mesmement en Languedoc, où quelques 
petites places que tenoient ceux de la Religion dévoient 
estre délaissées, ne le furent point; aussi du costé des 
catholiques il y eut diverses omissions à l'exécution 
de la conférence, estant certain que les uns et les 
autres, qui avoient leurs esprits portés à la faction, 
estoient bien aises par les désobéissances se garder 
tousjours quelques armes en la main ; cela nourrit et 
continua les méfiances de part et d'autre. Mons"^ le 
mareschal d'Amville monstroit se vouloir séparer du 
roy de Navarre; ceux de la Religion en Languedoc 
se préparoient ; Mons' de Chastillon, fils de Mons"^ l'ad- 
mirai, mort à la Saint-Barthélémy, pour leur comman- 
der sous le roy de Navarre. Les soupçons croissans, 
on tint une assemblée générale de ceux de la Religion 
à Montauban^, où l'on fit union plus estroite de tout 
le corps; et, pour estre plus certain des commande- 
mens et résolutions, lors qu'il l'audroit que tout le 
général suivist une mesme délibération, on rompit 

1. La séparation eut lieu à Castelnaudary le 7 mai 1579. La 
reine mère en a raconté les incidents avec une véritable émo- 
tion. (Voir Lettres, t. VI, p. 357 et suiv.) 

2. C'est l'assemblée de janvier 1580, où fut décidée la prise 
d'armes. 



Nov. 1579] DU VICOMTE DE TURENNE. 147 

quelques escus, desquels toutes les moitiés demeu- 
rèrent entre les mains du roy de Navarre, et les autres 
furent données à Mons"" le Prince, et à chacun de nous 
les principaux du party, et à chaque province, pour 
les garder entre les mains de gens eslus, et ensuite 
ordonner ce qu'ils auroient à faire, lors qu'on les aver- 
tiroit de quelque résolution générale. 

Nous séjournasmes à Montauban quelque temps; 
chacun s'employoit à se préparer à un nouveau 
remuement et à recognoistre des places. Mons"" le 
Prince avise à se restablir dans le gouvernement de 
Picardie, estimant qu'il le luy falloit faire par surprise 
de place, mais que, l'ayant fait, il falloit qu'un remue- 
ment grand divertist le Roy de l'attaquer, ou pour le 
moins si fortement que, s'il n'estoit point diverty 
d'ailleurs, il bastit une entreprise sur la Fère, nous 
aussi aucunement pressés par divers attentats au pré- 
judice des édicts, mais ayans aussi envie d'avoir les 
armes à la main. 

Mons*" le Prince résout son partement de Saint- 
Jean ^ avec cinq ou six hommes, leurs barbes et che- 
veux teints et des emplastres sur le visage, pour se 
faire mécognoistre, alla en poste, passe près de Paris 
et se rend à la Fère^, de laquelle il se saisit. Nous 
prismes aussi jour pour la prise des armes, qui tom- 

1. Condé partit déguisé de Saint- Jean- d'Angély avec 
quelques partisans; il en trouva d'autres qui l'attendaient à 
Mouy et à Brieux (Oise). (Cf. d'Aubigné, Hist. univ., t. VI, 
p. 48.) 

2. La surprise de la Fère est du 29 novembre 1579. Ce ne 
fut que trois ou quatre mois plus tard que les protestants du 
Languedoc coururent aux armes. Le récit de Turenne tient 
assez peu de compte des dates précises. 



148 MÉMOIRES [Nov. 1579 

boit quelques vingt jours ou un mois après celuy de 
la saisie de la Fère. Mons"" le Prince, estant à la Fère, 
envoyé vers le Roy l'avertir de son arrivée, s'excu- 
sant de ce qu'il avait entrepris cela sans son comman- 
dement, sur la crainte qu'il avoit que Sa Majesté eust 
plustost déféré aux persuasions de Mons"" de Guyse 
qu'à ses prières ; mais qu'il n'estoit là pour remuer, 
mais pour faire tout ce qui luy seroit commandé ; con- 
seil pris avec nous de ce procédé amuser le Roy, qui, 
au lieu de s'aigrir, commence à traiter avec ledict 
Prince pour régler l'authorité qu'il pourroit avoir, et 
exercer son gouvernement; ce que croyant, ledict 
Prince estima que la prise des armes ne feroit qu'em- 
pescher son establissement, envoyé vers le roy de 
Navarre pour le divertir de la prise des armes ^ Le 
jour donné, un chacun pouvant avoir fait un mouve- 
ment qui seroit mal aisé de réparer, Mons"" le Prince, 
n'ayant qu'une partie des raisons de la prise des 
armes dépendante de luy, nous luy redepeschons, 
l'avertissant que les choses estoient si avancées, 
qu'elles ne s'estoient pu retarder. Nous nous en reve- 
nons à Montauban, d'où le roy de Navarre part pour 
aller à Agen, et me donna le commandement du Haut- 
Languedoc^. 

1. C'est à cette époque qu'on place les amours de Turenne 
avec Marguerite de Valois, dénoncées au roi de Navarre par 
Henri III. Tout cela pourrait être de la légende, aussi bien 
que l'anecdote grivoise racontée par Tallemant des Réaux. 

2. Vers le même temps, Turenne résolut de pi'endre le gou- 
vernement du Haut-Languedoc, où il serait seul et pourrait 
facilement surveiller les agissements de Daraville, devenu duc 
de Montmorency par la mort de son frère aîné, et qui semblait 
se rapprocher de la cour. 



1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 149 

Je pris congé du roy de Navarre, y ayant eu plu- 
sieurs qui trouvèrent estrange comment je prenois 
le Haut-Languedoc, et laissois la lieutenance de 
Guyenne, où j'avois si long-temps commandé, et où 
j'avois pris une grande créance. Je désiray de prendre 
une charge où je fusse seul, afin que le bien ou le 
mal que j'y ferois me fust imputé, estant l'ordinaire 
que la louange des grandes actions est souvent 
emportée par le chef, et ceux qui sont dessous en 
recouvrent souvent fort peu. J'avois, outre cela, un 
sujet qui me convioit à m'éloigner dudict roy, pour 
m'éloigner des passions qui tirent nos âmes et nos 
corps après ce qui ne leur porte que honte et dom- 
mage; à quoy Dieu nous assiste, lors que nous nous 
gardons assez puissans pour nous servir et prendre 
les occasions qui nous éloignent du mal. Avant que je 
partisse, les catholiques avoient pris la ville de Sorèze^ 
par surprise, qui avoit mis un chacun en al larme; de 
sorte que je courois beaucoup de danger avant que 
d'estre à Puylaurens-, où je me rendis; et là, me 
vinrent trouver tous les députés des villes de Laura- 
guais, avec les principaux gentilshommes, me témoi- 
gnans une grande joye de mon arrivée, et de ce qu'ils 
auroient à m'obéir. De là, j'allay à Castres^; les armes 

1. Sorrèze (Tarn), cant. de Dourgne, à 26 kil. de Castres. La 
ville, prise par les catholiques le 3 mars 1580, fut reconquise 
par les protestants le 14 septembre suivant. 

2. Puylaurens (Tarn), arr. de Lavaur. — Le vicomte de 
Turenne, à la tête de ses troupes, y séjourna très fréquem- 
ment du mois d'avril au mois d'août 1580. 

3. Castres (Tarn) était à cette époque une sorte de petite 
capitale, ayant évêché, sénéchaussée, justice l'oyale. Les pro- 
testants y étaient peu nombreux et avaient obtenu qu'on y éta- 



150 MÉMOIRES [1580 

se prenoient. Avant que rien entreprendre, j'estimay 
qu'il falloit establir un ordre aux finances, aux armes 
et à la police, qui me fit faire une convocation de 
toutes les villes dépendantes de mon gouvernement, 
de la noblesse et des ministres à Castres, où estans 
assemblés, je leur fis entendre la cause de la prise 
des armes, qui leur pouvoit estre mieux connue qu'à 
nuls autres, d'autant que cette province avoit pressé 
mon envoy pour leur commander, suivant ce qu'ils 
avoient désiré ; que je désirois en leur commandant y 
avancer les affaires publiques, les garder des dom- 
mages de leurs ennemis, et y acquérir de l'honneur; 
que pour le faire il falloit establir un ordre par lequel 
les gens de guerre peussent, estans entretenus, vivre 
avec discipline et obéissance qu'il falloit pour la garde 
des places, et pour ceux qui serviroient à la campagne, 
tant pour pouvoir entreprendre que pour s'opposer 
aux ennemis, qu'ils sçavoient pouvoir estre beaucoup 
plus forts que nous, ayans et plus de moyens et plus 
d'hommes. Je me retire de l'assemblée, afin de les 
laisser libres et recueillir leurs voix; peu de temps 
après, ils envoyent vers moy en mon logis deux de 
chaque corps, pour me remercier de ce que j'avois 
quitté de plus grandes charges pour leur venir com- 

blît pour eux une « chambre de l'édict. » Turenne s'y posait en 
chef de parti, entendant faire respecter son autorité. Il arriva 
à Castres le 17 avril, et l'assemblée dont il parle se tint le 
22 avril 1580, au lendemain d'une entrée solennelle où il fut 
acclamé comme « général en ce pays. » — Tous les détails 
relatifs au séjour du vicomte et à ses exploits dans celte région 
se trouvent mentionnés au Journal de Faurin sur les guerres 
de Castres, publié à Montpellier, en 1878, par M. de la Pijar- 
dière, archiviste de l'Hérault. Gr. in-S**, 268 p. 



1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 151 

mander, qu'ils vouloient suivre mes conseils et dépar- 
tir les moyens qu'ils avoient selon ce que je jugerois 
le plus nécessaire, et me prioient me trouver le len- 
demain au lieu de l'assemblée, pour y présider et y 
résoudre toutes les affaires. 

Le lendemain, ils me font voir de quoy ils pou voient 
faire estât pour l'entretenement de toutes les dépenses, 
leurs deniers dépendans de trois natures, sçavoir : 
des impositions en forme de taille, qui se jetteroient 
sur chaque consulat, desquelles il y en avoit une partie 
de certaines, qui estoient celles des consulats de la 
Religion, les autres douteuses, pour estre toutes ou 
partie du consulat de Rome ; l'autre nature de deniers 
estoit les biens ecclésiastiques; et la troisiesme les 
biens des catholiques romains qui faisoient la guerre. 
Le revenu estimé, on avisa combien chaque diocèse 
avoit de places qui tinssent pour nous, et les garnisons 
qui leur falloit, tant pour les garder de surprise que 
pour empescher que les garnisons des ennemis n'em- 
peschassent leurs vivres, commerce et autres libertés. 
Cette dépense tirée à part, on avisa ce qui restoit 
pour entretenir près de moy quelques forces, qui 
furent seulement de huict cens hommes de pied, cent 
chevaux et cinquante arquebusiers de ma garde, avec 
cela quelques forts pour se servir de trois canons qui 
estoient dans la province. Pour les autres parties ino- 
pinées, elles restèrent à prendre sur des moyens ino- 
pinés et incertains. Gela résolu, chacun se sépare. 

J'avois autour de la ville de Castres huict ou dix 
garnisons des ennemis comme la Brugère^ où com- 

1. La Brugière, à 9 kiL de Castres, ch.-l. cant. du Tarn. 



152 MÉMOIRES [1580 

mandoit le sieur de La Croisette * , lieutenant de 
Mons"" d'Amville ; l'autre Villemur^, Soucelle-Saint-Mar- 
tin^, et quelques autres : la plus éloignée à deux lieues. 
Je pris grand soin de bien commencer, afin de donner 
une bonne opinion de moy aux nostres et de la crainte 
aux ennemis, estant une chose de grand profit à la 
guerre de donner une bonne impression de son cou- 
rage et de sa conduite. La garnison de toutes celles 
qui nous estoient contraires, là où il y avoit le plus 
d'hommes meilleurs et le mieux commandés, c'estoit 
la Brugère. Après avoir bien fait cognoistre les ave- 
nues et observé leur ordre pour sortir aux allarmes, 
j'appris qu'il y avoit un chemin creux assez proche 
de la ville, dans lequel on se pouvoit embusquer sans 
que la sentinelle du clocher de la ville peust voir 
l'avenue de ce chemin creux, et qu'aux allarmes ils 
estoient prompts à sortir et en désordre, ce à quoy 
ils avoient esté cognus par plusieurs petites courses 
de peu de gens que j'avois fait faire le jour précédent 
à leurs portes. Je pars de Castres avec deux cents 
hommes de pied, quatre-vingts chevaux et mes 
gardes pour m'aller embusquer dans ce chemin, et 
donnay au sieur Boisselin^, mon lieutenant, vingt 
chevaux pour aller à la' porte de la ville, et ainsi 
qu'ils verroient qu'ils sortiroient qu'il se retirast, de 

1. Jean de Nodal, s"" de La Croisette, gentilhomme catholique. 

2. Villemur-sur-Tarn, où commandait le seigneur de Reniés. 

3. Texte difficile à corriger. Peut-être faudrait-il lire : 
« Villemur sous [le capitaine] Saint-Martin ? » 

4. Jean de Boisselin, ou peut-être Jean de Boisselet, sgr de 
la Cour d'Arcy et de Mailly-la-Ville, capitaine d'une compa- 
gnie d'arquebusiers à cheval. 



1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 153 

sorte qu'il ne fist pas paroistre aux ennemis qu'il eust 
autre attente de salut qu'à Castres et qu'il prist le che- 
min de sa retraite par un endroit que je luy dis, 
lequel je pouvois voir du lieu où j'estois embusqué. 

Nous nous acheminons; tout se conduit selon 
l'ordre donné; nous sommes en nostre embuscade; 
Boisselin donne près la porte; les ennemis sortent, la 
cavalerie pousse les nostres, qui estoient bien soixante 
chevaux ; environ deux cents hommes de pied les sui- 
voient : ils outrepassent nostre embuscade; l'infan- 
terie, les suivant par un autre chemin, la recognut : 
ce que voyant, je désembusque et coupe la cavalerie 
entre la ville et en tuasmes ou prismes la pluspart; 
nous pressasmes l'infanterie, desquels il ne nous en 
demeura que peu, le pais estant plein de fossés, qui 
nous empescha de nous pouvoir bien mesler, ainsi 
que l'eussions fait autrement. 

Ce premier coup me prévalut tout le long de cette 
guerre vers les nostres et vers les ennemis ; il se passa 
quelques mois sans qu'il se fîst rien de notable. Le 
mareschal de Joyeuse, qui commandoit en Langue- 
doc, et le sieur de Cornusson, séneschal de Thou- 
louse, assemblèrent toutes leurs forces vers Garcas- 
sonne pour venir renvitailler Sorèze, que nous tenions 
comme investie par les forts que nous avions autour ; 
ils t-'aisnèrent trois canons pour forcer lesdicts forts. 
Sorèze est une petite ville assise au pied de la mon- 
tagne, qu'ils appellent au pais Nègre. Ayant avis de 
leur assemblée et de leur dessein, je mande toutes les 
garnisons et donne leur rendez-vous à Ravel ^, ville 

1. Ravel, ch.-l. decant., arr. de Villefranche-de-Lauraguais. 



154 MEMOIRES [Juin 1580 

que nous tenions à une lieue de Sorèze, où je me 
trouvay le jour que les ennemis descendirent la mon- 
tagne pour venir à Sorèze, ayans demy lieue de plaine 
à passer avant que d'estre à Sorèze. Je montay à che- 
val avec environ deux cents chevaux, tant pour 
recognoistre l'armée ennemie que pour asseurer ceux 
qui estoient dans nos forts que, s'ils estoient atta- 
qués, je les secourerois. Après avoir veu entrer et 
loger l'armée contraire le long des fossés de leur ville 
et veu ceux qui estoient dans les forts en bonne 
occasion, je mé retire à Ravel. Le capitaine Franc, qui 
venoit de Puylaurens au rendez -vous, entendant 
dire que j'estois à cheval et que les ennemis arrivoient 
à Sorèze, estima que je pourrois avoir affaire de luy; 
au lieu de venir à Ravel, il alla droit à Balbausse^ un 
des forts que je tenois, qui estoit un moyen corps de 
logis de pierre de taille, avec des guérites aux quatre 
coins et deux petits ravelins au milieu de chaque face 
du corps de logis; il joint à la susdicte maison un bois 
renfermé de fossés, ainsi que le sont presque tous les 
champs en ce païs-là. Les ennemis, voyans et enten- 
dans par les tambours cette infanterie, remontent à 
cheval, prennent leur infanterie et viennent attaquer 
la nostre, qui, au lieu de se renfermer, se résolut de 
garder le bois. Les ennemis, avec six ou sept cents 
chevaux et trois mille hommes de pied, attaquent 
les nostres; la cavalerie ne le pouvant à cause du 
fossé, tout le combat se démesla par l'infanterie. 

1. Ne serait-ce point le fort de la Balbaugie, ou Valbaugie, 
près Sorrèze, dont Turenne venait de s'emparer? (Voir Jour- 
nal de Faurin sur les guerres de Castres, p. 106.) 



Juin 1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 155 

Gela dura depuis les quatre heures jusqu'à la nuit^. 
J'estois à Ravel, sans le moyen de secourir les 
nostres, n'ayant pas plus de deux cents chevaux et 
sept ou huit cents hommes de pied, le pais fort con- 
traire, pour la quantité de fossés, ceux qui sont les 
premiers placés ayans grand avantage sur ceux qui 
attaqueroient. J'assiste les nostres de poudres portées 
par quelques gens de cheval, qui, avec hazard et sça- 
chant bien les avenues de ce lieu, passoient : la nuit 
les sépara; les nostres se retirèrent proche de la mai- 
son, laissant quelques hommes dans le bois pour tenir 
les ennemis en croyance qu'ils le gardoient; lesdicts 
ennemis font leurs feux, posent leurs gardes, démons- 
trant de les vouloir attaquer le lendemain, recognois- 
sans la faute qu'ils avoient faite de n'y avoir mené 
leur artillerie. La nuit venue, je mis en délibération ce 
que nous devions faire pour le salut des nostres, leur 
perte nous estant de conséquence, telle qu'il s'ensui- 
vroit celle de la pluspart du pais. Nous prismes réso- 
lution de partir dudict Ravel tous à pied, avec les 
armes de main que nous peusmes trouver, n'ayant en 
cette heure-là nostre infanterie que peu ou point de 
picques. Nous fismes trois petits corps de nos hommes 
armés; le mien estoit de cent hommes, et chacun des 
autres de cinquante ou soixante; ayans logés à nos 
flancs quelques arquebusiers, le gros de nostre infan- 
terie marchoit entre nos petits gros d'hommes armés, 
qui avions pris deux chemins peu éloignés l'un de 
l'autre, qui se venoient rencontrer assez proche du 
lieu oîi nous pensions trouver les ennemis. Nous 

1. La petite expédition fut assez meurtrière, puisque « deux 
cents papistes » 3' trouvèrent la mort ; elle eut lieu le 16 juin 1580. 



156 MÉMOIRES [1580 

n'avions peu avertir les nostres de nostre achemine- 
ment pour leur secours. 

En cet ordre, nous arrivons et trouvasmes les 
ennemis retirés, sans que les nostres en eussent eu 
avis; aussi, nous les prismes avec nous, et, laissans 
dans la maison quelque cinquante hommes, je me 
retiray à Ravel, las du chemin qu'avions fait tous 
armés, bien aises d'avoir retiré les nostres. Les enne- 
mis, le lendemain matin, se mettent en bataille, font 
marcher moins de mille pas de la contrescarpe de 
Sorèze leurs trois canons et commencent à battre la 
pallissade et le logis de la Borie-Blanque^ Ceux que 
j'avois laissé dedans relèvent un peu de terre entre 
le fossé et la maison, où ils se tenoient pour empes- 
cher l'assaut, à quoy ils voyoient l'ennemy préparé 
aussitost que la pallissade seroit rompue et que les 
ruines pourroient avoir un peu remply le fossé. 
Entendant la batterie de Ravel, je sors avec mes 
troupes et commence à marcher droit aux ennemis, 
lesquels, me voyans venir, retirent quelques compa- 
gnies de cavalerie qu'ils avoient avancé sur mon che- 
min; ils donnent l'assaut, duquel ils furent repoussés; 
je continue à marcher, ayant fait ma teste de deux 
troupes d'infanterie d'environ six cens hommes de 
pied; les ennemis retirent leur artillerie et viennent 
prendre leur place sur leur contrescarpe; j'essaye, 
par quelques escarmouches, de les convier de s'avan- 
cer, mais ils ne le voulurent faire; ce que voyant, et 
la nuict s'approchent, ayant visité si nostre Borie se 
pouvoit réparer et mettre en estât, qu'estans retour- 

1. Petit fort, qui tenait son nom d'un capitaine du pays. 



1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 157 

nés à Ravel, les ennemis la retourneroient assaillir 
avant que nous peussions la secourir : ce qu'ayant esté 
jugé impossible, avec l'avis des capitaines, je la fis 
brusler; les ennemis, délogeans le jour d'après, 
reprennent la montagne, se retirent, se séparans cha- 
cun en leur garnison. 

Ceux de Thoulouse, qui ont esté fort cruels à ceux 
de la Religion, estimans que leur armée nous osteroit 
de la campagne, font brusler diverses maisons appar- 
tenantes à ceux de la Religion, qui me fit envoyer 
vers eux leur signifier que, s'ils ne faisoient cesser 
telles rigueurs et se maintenir dans l'usage de ce que 
la guerre permet, que j'en ferois de mesme. M'ayant 
fait réponse, qui ne me contenta, je résolus de faire 
cesser la cruauté par la cruauté, quoique plusieurs qui 
avoient leurs biens au pouvoir des ennemis n'approu- 
vassent ma résolution. Je ne laissay de partir le len- 
demain avec trois canons, m'estant venu joindre le 
sieur Daudou^, de la maison de Leran, qui comman- 
doit à Foix, et marche vers Thoulouse, envoyé 
quelques troupes, qui brusièrent quelques métairies^ 
appartenantes à quelques principaux de Thoulouse et 
pris huict ou dix forts assez importans avec mon 
canon, entre lesquels fut la maison de Beauville, 
appartenante à ceux de Malras^, où il arriva une 

1. Jean-Claude de Lévis, baron d'Audou et Balesta, gouver- 
neur du comté de Foix, capitaine huguenot, qui, de sa rési- 
dence de la Bastide d'Audou, près Toulouse, répandait la ter- 
reur dans les régions voisines. 

2. Comme les châteaux de Fayet, Ferrières et Beauville, qui 
furent brûlés le 28 juin. 

3. Le ms. de P. Dupuy, l'un des meilleurs qui aient été con- 



158 MÉMOIRES [1580 

chose estrange, néantmoins très vraye. Ayant tiré 
quelques canons au machicolis, nos soldats, les plus 
hardis que j'aye jamais veu, vinrent au pied de trois 
tours qui faisoient un triangle eu égard à elles, ayans 
une galerie à chacune pour leur estre communicables 
les unes aux autres ; les nostres en prennent les deux : 
à la plus grosse ils mettent le feu à la porte ; la porte 
bruslée, ils remplissent le bas estage de matière brus- 
lante en telle quantité que, quoique les estages fussent 
bien hauts et voustés, les voustes s'échauffent telle- 
ment, qu'estant les soldats et le peuple qui s'estoit 
mis là-dedans retiré au plus haut, la chaleur les con- 
traignoit de telle sorte que ny eux, ny nous, n'ayans 
moyen de les délivrer de ce piteux estât, ils se préci- 
pitoient du haut en bas avec grande pitié. 

Un enfant de douze ans^, à ce qu'il m'a dict depuis, 
s'estant réservé au second estage, la fumée et le feu 
le pressant, se montre à la fenestre, où il luy fut tiré 
beaucoup d'arquebusades, desquelles deux luy don- 
nèrent dans la barrette bleue; deux gentilshommes 
qui estoient à moy firent cesser de luy tirer : cet 
enfant monte sur la fenestre, tourne son visage vers 

serves, s'arrête à ces mots : « ... ceux de Malras. » Il est à obser- 
ver que cette copie est datée de 1G27, tandis que l'édition de 
l'avocat du Parlement, Pierre le Franc, est achevée d'imprimer 
le 30 juillet 1066, le privilège royal étant daté du mois précé- 
dent. — Pierre de Malras, baron d'Yolet, capitaine de Mur-de- 
Barrès, fut un des gentilshommes protestants du Languedoc les 
plus dévoués à Henri de INavarre : il était l'ami de Turenne. 
Il avait un frère, François de Malras, marié à Gasparde de 
Taillac. 

1. L'anecdote est racontée à peu près dans les mêmes 
termes par le Journal de Faurin, p. 107. 



Sept. 1580] DU VICOMTE DE TURENNE. 159 

la tour, qui estoit ronde, et, sans aucun soin, com- 
mence à s'appuyer des mains et des pieds contre la 
tour (foible appuy sans l'admirable assistance de 
Dieu), descend de là jusques au bas, où il y avoit plus 
de trente pieds, sans tomber; il est reçeu par les 
miens, qui me l'ameinent; enquis comme il avoit fait, 
ne le sçavoit bien, sinon qu'il avoit toujours prié Dieu. 
Je le voulus retenir pour le nourrir, il ne voulut; au 
contraire, il désira d'aller chez sa mère, qui estoit en 
un village proche, appartenant au comte de GramaiP : 
je l'y fis conduire et luy donnay quelque argent; il 
estoit borgne, et croy qu'il est encore en vie. 

Gela pris, je me retiray à Castres et remis mes 
troupes en garnison; bientost après, on commença à 
parler de la paix^. Le roy de Navarre m'envoye 
quérir, me faisant cet honneur de ne résoudre 
aucunes affaires d'importance sans m'en communi- 
quer^. Monsieur, frère du Roy, vient luy-mesme en 
Guyenne, avec le pouvoir du Roy pour la traiter, 
assisté de quelques conseillers d'Estat. J'avisay^ à 

1. Hubert le Vergeur, comte de Cramailles. 

2. C'est le traité de Fleix, négocié par le duc d'Anjou et 
signé un peu plus tard, le 26 novembre 1580. Les pourparlers 
avaient lieu au château de Fleix, appartenant à Gaston de 
Foix, marquis de Trans. 

3. Turenne ne fait aucune allusion dans ses Mémoires ni au 
voyage de Strozzi en Guyenne, pendant que lui et sa sœur 
résidaient à la petite cour de Nérac, ni au désir de ce même 
Philippe Strozzi d'épouser sa sœur, veuve du comte de Tende, 
ni à la conduite singulière du roi, qui déjà poursuivait de sa 
haine Marguerite de Valois. (Voir Mathieu, Hist. du règne de 
Henri III, 1. VII.) 

4. On lit dans le Journal de Faurin : « En ce mois de sep- 
tembre, presque sur la fin, Mons"" le viscomte de Turenne 



160 ■ MÉMOIRES [Oct. 1580 

laisser la province asseurée et en bon odeur du ser- 
vice que j'y avois rendu. Ils eslurent quelques dépu- 
tés, ainsi qu'il fut fait par toutes les autres provinces 
qui recognoissoient le roy de Navarre pour leur pro- 
tecteur, pour assister audict traitté, qui fut fait à 
Goutras, où, par Mons*^ le prince d'Orange, de la part 
de toutes les provinces des Pays-Bas, furent envoyés 
des députés pour offrir leurs provinces à Monsieur ^ 
La paix conclue, iMons'' le prince de Gondé, père de 
celuy qui vit, se trouva mal content du traitté, esti- 
mant qu'on ne s'estoit assez souvenu de luy, qui ne 
faisoit que d'arriver d'Allemagne, ayant trouvé en la 
province des esprits qui flattoient son mescontente- 
ment, en sorte qu'ils ne vouloient y laisser publier la 

est party de la ville de Castres et s'en est allé vers la France 
avec toute sa suite. » 

1. Le célèbre patriote Marnix de Sainte-Aldegonde avait 
suivi le duc d'Anjou pour rendre compte aux Etats-généraux 
des Pays-Bas de ses dispositions de chaque jour. En même 
temps, il leur racontait froidement ce qui se passait sous ses 
yeux. Il écrivait de Fleix, le 30 octobre 1580, que Turenne 
était arrivé à Bergerac, mais qu'il était retenu par la fièvre, 
ce qui pourrait retarder les négociations de la paix en France. 
Puis, le 21 novembre, il disait que le vicomte discutait les 
conditions avec le duc d'Anjou, le roi de Navarre, les députés 
protestants du Languedoc et de la Guyenne et MM. de Bellièvre 
et de Villeroi, envoyés parla cour. Enfin, le 17 décembre 1580, 
il mandait de Coutras au prince d'Orange : « Hier, vers le 
soir, est arrivé icy le roy de Navarre avecq Monsieur le 
vicomte de Turrayne et ont approuvé la paix, ayant quicté la 
Réolle, et, au lieu d'icelle, accepté Figeacq et Montsegure, de 
sorte qu'il ne reste plus nulle double au faict de ladicte paix. » 
[Documents concernant les relations entre le duc d'Anjou et les 
Pays-Bas, publiés par Muller et Diegerick, t. III, p. 569 
et 603.) 



Févr. 1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 161 

paix, mais seulement une suspension d'armes, accor- 
dée à Mons*^ le mareschal de Montmorency, gouverneur 
pour le Roy en ladicte province; Monsieur et ledict 
roy de Navarre me convièrent d'y aller, pour persua- 
der ledict prince de s'accommoder, luy faisant entendre 
les raisons sur lesquelles le traitté s'estoit fait, et, 
qu'où il voudroit se roidir, je fisse recevoir le traitté à 
la province^. J'accepte cette commission, quoy que 
j'y recognusse beaucoup de difficultés, l'humeur du 
prince arresté et ferme aux choses où il s'estoit 
déclaré. Le traitté avoit donné plus d'avantage à 
d'autres qu'à luy, et à quelque autre province plus qu'à 
celle du Languedoc, et sçavois, comme j'ay tousjours 
esté sujet à estre envié, qu'on m' avoit préparé cette 
commission, qu'ils estimoient ruineuse. 

Le mal que je voyois si cette division eust pris trait, 
l'affection singulière que j'ay toujours eue à voir les 
églises unies et un bon repos à Testât me firent entre- 
prendre cette négociation. Je pars d'auprès du roy 
de Navarre deux ou trois jours après que Monsieur et 
luy se furent séparés; je m'acheminay en Languedoc 
vers Mons"" le Prince, que je trouvay à Nismes^, 

1. Sur la mission de Turenne près du prince de Condé, qu'il 
alla trouver à Montpellier, puis à Nîmes, voir VHist. univ. de 
d'Aubigné, t. VI, p. 146, et les Mémoires de la Huguerie, 
t. II, p. 90. 

2. Turenne arriva à Nîmes le 12 février 1581. Le 15, il écri- 
vit aux IJglises réformées à l'occasion d'une assemblée que le 
prince de Condé avait convoquée pour le 21 avril. Puis, il 
demanda aux consuls de la ville d'écrire au capitaine Merle, 
pour l'engager à remettre Mende au sieur d'Apchier, que le 
roi avait désigné comme gouverneur de la ville. Le 6 juin, les 
magistrats et le Consistoire de Nîmes attestaient la sage con- 

11 



162 MÉMOIRES [Févr. 1581 

duquel je fus fort bien receu, encore qu'on luy avoit 
dict que, s'il ne consentoit à la publication des articles 
de la paix, que je m'efforcerois de les faire publier. 
Cette jalousie faisoit rechercher les volontés de ceux 
qui s'y voudroient opposer et tenoit la province en 
grande division. Je fis voir audict Prince que j'avois 
toute mon adresse vers luy, que je n'avois, en aucune 
ville où j'eusse passé, rien exposé de ma commission, 
qui avoit pour fin à luy faire cognoistre les raisons 
qui a voient pressé le traitté, sans l'y pouvoir attendre; 
qu'il avoit esté malicieusement informé que le roy de 
Navarre ny autres eussent eu des avantages secrets à 
son préjudice ; que les siens égaloient ceux dudict 
roy, Saint-Jean estant d'aussi grande conséquence 
qu'Agen; combien il estoit impossible de rompre le 
traitté et de quelle conséquence et ruine seroit la 
division. Ledict Prince avoit deux secrétaires, nom- 
més La Huguerie* et Sarrazin, le premier très-mes- 

duite de Turenne. (Voir Ménard, Hist. de Nîmes, t. V, p. 166, 
réimpression de 1875.) — On croyait que de JNîmes Turenne se 
rendrait dans les provinces voisines. En effet, le 27 février 
1581, l'un des chefs des Réformés du Dauphiné, Allemand 
d'Allières, écrivait de Die à M. de Hautefort, premier président 
du parlement du Dauphiné, en lui confirmant son grand désir 
de voir conclure une prompte paix : « Il seroyt bien expédiant 
que quelques-uns des plus amateurs de paix, tant de vostre 
party que du nostre, peussent parler ensemble, pour faciliter 
et disposer les choses à une bonne exécution, par l'arrivée de 
Monsieur le vicomte de Turaine en ceste province, commis 
par Monseigneur le roy de Navarre pour laditte exécution... » 
(Bibl. nat., Ms. fr. 15564, fol. 50.) 

1. La Huguerie est trop connu pour lui consacrer une note; 
il suffit de renvoyer à ses Mémoires, publiés par la Société de 
l'Histoire de France, en trois volumes (1877-1880). Quant à 



Mai 1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 163 

chant, qui avoit des pensées à la ruine de l'Estat, 
ainsi qu'il l'a témoigné au reste de sa vie. Geux-cy 
donnoient des espérances à ce Prince que, n'accep- 
tant la paix, il se rendroit chef du party, et le pous- 
sèrent à de très mauvais conseils; son esprit, bon et 
porté à aymer l'Estat, fît qu'il prit résolution de s'en 
aller à Montauban, où estoit le roy de Navarre; que 
je demeurerois en Languedoc pour y faire publier la 
paix, lorsque j'aurois avis de Montauban après qu'il 
y seroit arrivé. Il part : soudain, ceux de la province 
des trois diocèses de Nismes, Montpellier^ et Uzès 
s'assemblent et envoyent de Montauban ^ déclarer 
qu'ils désiroient qu'on publiast la paix; ces deux 
secrétaires estoient demeurés nonobstant leurs pra- 
tiques. Soudain, que j'eus une lettre du roy de 
Navarre, je fis publier la paix, allay trouver Mons"^ de 
Montmorency, avec lequel je convins de ce qu'il fal- 
loit faire pour l'exécution dudict traitté. 

J'appris soudain que Mons' le Prince avoit témoi- 
gné un grand mescontentement contre moy; il avoit 
estimé que cela se fit sans un particulier consente- 
ment de luy, La Huguerie luy ayant tousjours asseuré 

Théophile Sarrazin, seigneur de Salneuve, c'était aussi un 
agent du duc Casimir de Bavière; conseiller à la cour des 
comptes de Montpellier, il avait de bonne heure embrassé le 
protestantisme. 

1. D. Vaissète, dans VHist. générale de Languedoc (nouv. 
édit., t. XI, p. 695), dit que le vicomte de Turenne, étant à 
Montpellier, persuada aux habitants de faire leur soumission, 
d'accepter l'édit, et leur procura une abolition générale à par- 
tir du !«■■ mai 1581. 

2. Le roi de Navarre avait convoqué à Montauban une assem- 
blée de protestants, où vint le prince de Condé. 



164 MÉMOIRES [Mai 1581 

qu'il l'empescheroit^ Le roy de Navarre me donne 
avis de cela, et remettoit en moy d'aller à Montauban 
ou non. Soudain, je me résous d'y aller^; de Mont- 
pellier, j'y fus en trois jours, bien asseuré de n'avoir 
donné nul mescontentement raisonnable audict Prince 
et que ce que j'avois fait estoit aussi avantageux pour 
son service comme luy estoient dommageables les 
conseils de ses secrétaires^. Après quelques difficultés 
qu'il fit de me voir, en la présence du roy de Navarre, 
je luy déduisis mon procédé, auquel, n'ayant rien 
trouvé à redire, il me recognut pour son serviteur. 

Le voyage de Monsieur^ se préparoit; je pris congé 
du roy de Navarre et m'en allay en mes terres d'Au- 
vergne et me préparay d'aller trouver Monsieur, lors 
que je le sçaurois sur la frontière de Picardie, où l'as- 
semblée de ses forces se faisoit pour le secours de 
Gambray, que le duc de Parme tenoit assiégé. 

En ce temps, chacun pensoit estre bien payé en 
dépensant son argent pour faire des troupes, avec les- 
quelles on peut acquérir de l'honneur; j'y allay 
volontaire et menay avec moy cinquante gentils- 

1. Ce mécontentement provenait de l'acceptation par Tu- 
renne du titre de lieutenant-général du roi de Navarre, que 
Condé prétendait lui revenir de droit. 

2. ïurenne était à Montauban vers le milieu de mai 1581; il 
y fut rencontré par Bellièvre, qui se loua beaucoup de son 
attitude. — Lettres de Catherine de Médicis, t. VII, p. 471. 

3. A cette assemblée politique des protestants à Montauban 
assistaient le roi de INavarrc, le prince de Condé, récemment 
revenu d'Allemagne, Pierre Beutterich, représentant de l'élec- 
teur Palatin. 

4. Turenne s'était remis avec le duc d'Anjou pendant les 
conférences de Fleix. 



Avril 1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 165 

hommes de très-bonne qualité, qui ne se dédai- 
gnoient pas de porter mes casaques orangées de 
velours, avec force passemens d'argent et les armes 
dorées par bandes. Je fis acheminer nos équipages et 
partis de Joze, avec partie de ceux qui venoient avec 
moy ; je me mis sur la rivière d'Alier; et, ayant atteint 
les postes, j'allay trouver Monsieur, n'ayant voulu le 
Roy que je passasse à Paris, ne voulant voir ceux 
qui alloient voir son frère, afin d'oster sujet de 
plainte au roy d'Espagne. Sa Majesté avoit donné 
commandement au sieur de Puy-Gaillard^ avec huict 
cens chevaux et quatre mille hommes de pied, de 
costoyer l'armée de Monsieur, afin, disoit-on, d'em- 
pescher qu'il n'entreprist rien contre son service; 
mais, ce nonobstant, il avoit charge que si ces deux 
armées s'affrontoient, de paroistre et faire le holà en 
nostre faveur : conseil prudent de la Reyne mère, qui 
ne se lassoit emporter par la jalousie du Roy, pour le 
flatter sur les moyens de s'en délivrer; mais satisfai- 
soit à cette raison d'Estat que la perte de Monsieur, 
accompagné de plus de trois mille gentilshommes 
françois, par un lieutenant du roy d'Espagne, impor- 
toit trop au Roy et à son Estât. 

L'armée jointe, nous prismes le logement du Gate- 
let^. Je suppliay Monsieur me permettre de convier 
quelques volontaires, jusques à cinquante, et ce que 
j'avois, pour m'en aller jeter dans Gambray, afin de 

1. Jean de Léaumont, seigneur de Puy gaillard, gentilhomme 
gascon, gouverneur d'Angers jusqu'en 1575, célèbre par ses 
violences contre les protestants, mort en 1584. 

2. Le Catelet (Nord), près Douai. On y arriva vers le 15 août 
1581. 



166 MÉMOIRES [Avril 1581 

luy donner avis des ennemis, et, qu'au cas qu'ils 
levassent le siège, estans fortifiés de ce qu'il me pour- 
roit envoyer et ce que nous serions dedans, que nous 
peussions embarrasser leur retraite, en sorte qu'il eust 
loisir d'y venir avec toute l'armée. Il y fit de la diffi- 
culté, luy semblant cette expédition périlleuse, qu'avec 
si peu de gens j'allasse me jetter dans une ville qui 
estoit bloquée il y avoit quatre mois, durant lesquels 
ils avoient fait tout ce qu'ils jugeoient convenir pour 
empescher qu'il n'y entrast vivres ny hommes. Il me 
faisoit cet honneur de m'aymeret jugeoit que ma 
perte exciteroit de la méfiance entre ceux de la Reli- 
gion et qu'il n'y eust quelque intelligence à la ruine de 
ceux qui en estoient; la première raison estoit celle 
qui me convioit d'y aller, afin que le péril me servist 
de degré à la réputation. J'obtins mon congé; j'eus 
peine à restraindre le nombre, plusieurs, outre ceux 
que j'avois demandé, y voulans venir. Je pars demi- 
heure devant la nuict, avec des guides, et m'acheminay , 
ayant fait trois troupes. 

Gomme nous fusmes à une lieue de Cambray, le 
sieur de Ghouppes^ à qui j'avois ordonné ma troupe 
de retraite, me mande qu'il avoit les ennemis sur les 

1. Pierre de Chouppes, seigneur dudit lieu (Vienne, arr. de 
Loudun), dont nous avons parlé plus haut, était né en 1531 et 
avait débuté en qualité de page de Diane de Poitiers ; il fit 
ensuite la campagne de Piémont, comme gendarme de la com- 
pagnie de la Roche-du-Maine, assista au siège de Metz, et 
devint gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de Navarre ; 
puis, il était en 1591 capitaine et gouverneur de la ville de 
Loudun. Veuf de Jeanne Favereau, il épousa, en 1588, Jeanne 
de Ségur-Pardaillan. 



Avril 1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 167 

bras ; je fais alte et fis commander le semblable à mes 
coureurs : soudain, ledict de Ghouppes, avec ce qu'il 
avoit, vint à moy, me disant que ceux qu'il avoit 
avec luy estoient venus me joindre. G'estoit au mois 
d'aoust, la nuict très-claire, la lune estant dans son 
plein; je tasche de remettre en l'ordre que nous 
estions. Les ennemis, qui n'estoient que deux com- 
pagnies d'ordonnance, viennent à nous. Cette noblesse 
courageuse et volontaire, peu, pour une bonne partie, 
qui se fussent trouvés en telles occasions, commence 
de se séparer et tirer vers la ville; je vais aux enne- 
mis avec environ vingt chevaux, où je fus porté par 
terre d'un coup de lance au bras gauche, au-dessus 
du coude, ce qui estoit à l'espreuve du pistolet; 
néantmoins, le brassart fut bien offensé, de sorte que 
le surfais de ma selle rompit : elle se tourna et je tom- 
bay, où le sieur de La Vilatte, qui m'avoit si bien 
assisté lors que je fus blessé auprès de Bergerac ^ mit 
pied à terre, pensant que je fusse mort. Ainsi que 
nous parlions ensemble, luy ayant osté son casque, 
trois ennemis vinrent à la lueur de mes armes, qui 
estoient dorées, saluent ledict sieur de La Vilatte de 
trois coups d'espée sur la teste : il se laisse tomber sur 
moy, qui n'estois relevé, et se recommande à Dieu; 
ils luy disent de se rendre : je le convie à se lever et 
parler à eux ; il se rend et les convie de me sauver la 
vie, sans me nommer; je me lève : ils commencent à 
nous faire trotter dans les herbes fort hautes et à 
vouloir oster mon casque, que je conteste si bien 
que je le garday. Ils commencent à disputer entre 

1. Voir plus haut, p. 125. 



168 MÉMOIRES [Avril 1581 

eux qui auroit plus de part à nos rançons, dont l'un, 
estimant le droit de son compagnon meilleur que le 
sien, concluoit à nous tuer, et l'autre à nous sauver, 
auprès duquel je m'approche, le convie d'avouer 
tout ; je luy donne mon gantelet droit, pour l'asseurer 
que, lorsque je serois enquis, je m'avouerois son pri- 
sonnier^ : cela nous préserva^. Les armes, les herbes 
grandes, le chemin de plus de demy-lieue et ce que 
l'appréhension pou voit occasionner me donna une 
telle soif, que je n'en pouvois plus; eux, estimans que 
je faisois cela pour voir si nous serions secourus, me 
faisoient marcher du bout d'en bas de la lance sur le 
haussecou; je tasche plusieurs fois à vouloir pisser, 
mais ils ne me laissoient arrester, avec ce que mes 
tassettes m'en ostoient le moyen; à la fin, je trouve 
de l'eau très-fangeuse : avec un peu, je rafraischis ma 
gorge. Je fus mené à un fort, à une petite lieue de 
Gambray, où ils menèrent tous ceux qui avoient esté 
pris, entre lesquels étoient Mons"" de La Voûte ^, mon 
cousin germain, blessé de trois coups d'espée sur la 
teste, les sieurs de Chouppes, mon lieutenant, 

1. ïurenne fut fait prisonnier sous les murs de Cambrai en 
avril 1581, et il resta entre les mains des Espagnols jusqu'aux 
premiers jours de juin 1584. — Voir sa correspondance aux 
Arch. nat., R^ 53; et d'Aubigné, Hist. nniv., édit. de M. le 
baron de Ruble, t. VI, p. 329. 

2. On avait saisi sur le vicomte de Turenne deux lettres de 
Paris, écrites les 12 et 13 août 1581, qui donnaient des nou- 
velles de la reine mère et de Bellièvre. — \oiv Documenis con- 
cernant les relations du duc d'Anjou avec les Pays-Bas, publiés 
par MM. Muller et Diegerick, t. IV, p. 155 et 157. 

3. Gilbert de Lévis, comte de la Voule, fils du duc de Van- 
tadour. 



Avril 1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 160 

La Feuillade', de Neufvie^, Peunian, et jusques au 
nombre de seize ou dix-sept. 

Là, nous contasmes les diverses actions en nostre 
prise, jusques au point du jour, que ceux qui nous 
avoient pris eurent convenu de quitter la tour et 
mesme de mener l'infanterie avec leurs prisonniers 
au duc de Parme, qui estoit général pour le roi d'Es- 
pagne aux Pays-Bas. Il fut question d'en faire aller une 
partie à pied et à tous de nous faire porter nos 
armes; plusieurs des nostres y consentoient ; je m'y 
opposay, en sorte que nous eusmes des chevaux, et 
les preneurs s'accommodèrent de nos armes, sauf les 
miennes, que le duc de Parme voulut voir, et les 
retint, estant belles et fort bien faites, pour ia folle et 
malséante coustume dont on s'habilloit si long, qu'il 
m'est difficile maintenant de croire que l'on ait eu 
cela en usage, et moins aux armes qu'aux habits. 
Nous trouvasmes le duc de Parme prest à monter à 
cheval, ayant retiré son armée, qui estoit séparée, 
pour tout ensemble se retirer vers Arleu^, mettant la 
rivière entre Monsieur et luy, ne voulant combattre à 
nostre bord. Après m'avoir salué et receu courtoise- 
ment, il me dict ces propres mots : « Monsieur le 

1. François d'Aubusson, seigneur de la Feuillade, etc., che- 
valier de l'ordre du roi, conseiller et chambellan du duc 
d'Anjou en 1580, qui avait épousé, en 1554, Louise Pot, fille 
de Jean de Pot, seigneur de Rodes, et de Georgette Balsac. 

2. Il y avait deux frères du nom de A'eufvy; le protestant 
était Bertrand de Malet de Fayolles. 

3. Sans doute Arleux (Nord), à 11 kil. de Douai, château 
fort sur un bras de la Sensée. Tous les textes manuscrits et 
imprimés poment « Arlon ; » ce qui est une faute évidente. 



170 MÉMOIRES [Avril 1581 

vicomte, la fortune qu'avez courue n'arrive qu'aux 
personnes de courage, et ceux de vostre aage cherchent 
l'honneur par les périls; » que nous ne recevrions 
tous qu'un bon traitement. Je le remerciay, et lui dis 
que nous ne pouvions attendre autre chose d'un prince 
si généreux. On nous meine disner en une grange, où 
tous les principaux seigneurs de l'armée nous 
menèrent et disnasmes ensemble. Durant le disner, 
ce ne fut qu'entretiens, offres de courtoisies; on 
ordonne deux compagnies de lances pour nostre 
garde, qui nous menèrent à Bouchin^ où commandoit 
un gentilhomme que j'avois vu en France, nommé 
Noeelles^, près de Mons"" de Montmorency, où il s'es- 
toit retiré fugitif pour avoir servi Mons"^ le prince 
d'Orange au commencement des troubles des Pays- 
Bas. Cela me faisoit espérer que nous pourrions avoir 
quelque faveur; mais il ne se souvint plus du passé. 
L'armée de Monsieur, ayant eu avis de ma prise, 
qui marchoit, s'arresta ce jour-là; et, ne s'estant avan- 
cée à Cambray, le duc de Parme ne vit personne 
jusques à Arleu, où les deux armées, ainsi que je 
l'ouys dire, se virent, le ruisseau entre deux; il y eut 
quelques escarmouches de peu ou point d'effet. Le 
duc de Parme envoyé Mons' de Rans^, père du comte 

1. Bouchain (Nord), place forte sur l'Escaut, à 18 kil. de 
Valenciennes. 

2. Ponce deNoyelles, seigneur de Bours, qui avait déjà com- 
battu pour l'indépendance des Pays-Bas. 

3. Le mot « Rans » doit être mal écrit. — Maximilien de Lon- 
gueval, premier comte de Bucquoy, chef des finances aux Pays- 
Bas et conseiller de guerre de Philippe II, était baron de Vaulx 
et seigneur de Fresne-les-Condé par sa femme. Il mourut sous 



1581] DU VICOMTE DE TURENNE. 171 

de Bucqiloi, qui est aujourd'huy, pour s'informer de 
ma maison, de ma fortune, de ma religion et sentir si 
je désirois estre son prisonnier. Je satisfis à ses ques- 
tions, en sorte que je luy laissois à croire que mon 
aage me portoit à la recherche de la guerre plus que 
nulle autre passion ; mais je fis contre moy de luy 
avoir fait cognoistre que, si j'estois son prisonnier, je 
craindrois l'estre du roy d'Espagne, et ma détention 
seroit plus longue que si j'estois au marquis de 
Robech\ général de la cavalerie, qui avoit affaire 
d'argent, estant grand dépensier; qu'il soUiciteroit 
ma délivrance pour l'émolument qu'il en tireroit, 
qu'on ne le voudroit fascher, estant homme de 
caprice, qui, à la révolte générale, avoit esté des pre- 
miers à prendre les armes pour chasser les Espa- 
gnols. Ces raisons se trouvèrent fausses, d'autant 
qu'on craignit que, si une fois ledict marquis avoit 
receu ma rançon, qu'elle luy donneroit du moyen 
pour relever ses affaires et se passer plus aisément 
des bienfaits du roy d'Espagne et se soucier moins de 
servir avec ce que la Ligue commença. Monsieur fut 
chassé des Pays-Bas, malade, dont il mourut, non sans 
soupçon de poison^. 

les murs de Tournai le 27 novembre 1581, laissant un fils, 
Charles-Bonaventure, comte de Bucquoy, né, en 1571, à Arras, 
général et diplomate connu, élevé par le duc de Parme. 

1. C'est évidemment le marquis de Roubaix, Robert de 
Melun, vicomte de Gand, marquis de Richebourg, marié à la 
fille de Charles, comte de Lalaing, qui avait le commandement 
de toute la cavalerie espagnole aux Pays-Bas. 

2. Le duc d'Anjou était réconcilié avec Henri III depuis le 
commencement de l'année ; il se préparait à retourner aux 
Pays-Bas, quand il mourut le 10 juin 1584. 



172 MÉMOIRES [1581 

Gela donc fit durer ma prison deux ans dix mois et 
payer, au bout de là, cinquante-trois mile escus, dont 
j'en dois encore, ayant cet argent esté pris à Paris à 
rente sous les asseurances de Mons'" de Montmo- 
rency. 

De Bouchin, nous fusmes menés à Valenciennes; 
ces villes n'avoient encore receu garnison. Le duc de 
Parme estoit bien aise qu'ils vissent quelque fruit de 
ses armes. Nous arrivasmes à Valenciennes un jour de 
feste, conduits par trois compagnies de cavalerie; 
nostre escorte estant descouverte du beffroy, la cloche 
d'alarme commença à battre; le peuple s'amasse et 
vint au-devant de nous au fauxbourg, tenans les 
portes de la ville fermées, pour la jalousie qu'on leur 
donnast garnison. Cette crainte tourne en fureur 
contre nous et le peuple commence à nous assaillir 
d'injures jusques à la porte de la ville, où estans 
entrés, au lieu de nous mener droit au logis qu'on 
nous avoit destiné, nous fismes toutes les rues princi- 
pales; durant ce chemin, le peuple se renouvelloit et 
aussi se fortifîoient leurs cris, leurs injures et com- 
mencement de coups de pierre. Injurié de cette sorte, 
je m'adresse à ceux qui commandoient à nostre 
escorte, qui témoignoient estre marris de cela, en s'y 
opposant d'effet, ou qu'au moins, si ce peuple bar- 
bare, contre le droit de la guerre, avoit à assouvir sa 
rage sur nous, qu'ils nous donnassent des armes 
pour, les tenans en la main, mourir avec elles. Enfin, 
nous arrivasmes en nostre logis, avouant que cette 
injure m'est toujours demeurée sur le cœur, en 
sorte que je prie Dieu m'oster le moyen de m'en 
venger. 



1581J DU VICOMTE DE TURENNE. 173 

De là, on me meine à Hesdin\ où j'eus permission 
de choisir un des prisonniers, qui fut le jeune Neuf- 
vie; mon cousin demeura à Arras et les autres en 
divers lieux, qui sortirent bientost. Durant ma prison, 
le Rov fit dire à mes amis qu'ils me fissent sçavoir 
qu'il me tireroit de prison, pourveu que je luy pro- 
misse de ne prendre jamais les armes pour ceux de 
la Religion. Monsieur, averty de cela, me mandoit de 
promettre, et que la première chose qu'il traiteroit 
avec le Roy seroit de luy demander ma parole. Esti- 
mant qu'une promesse doit estre faite de bonne foy, 
avec délibération de la tenir, qu'ainsi que j'aurois pro- 
mis au Roy que je luy tiendrois, ce que Sa Majesté me 
demandoit me paroissant contraire à ce que j'estimois 
estre de mon devoir vers les églises persécutées, je 
respondis que j'aymois mieux attendre dans ma pri- 
son une sortie libre et honnorable, que d'en sortir lais- 
sant en doute si le moyen duquel je me serois servy 
auroit esté raisonnable-. 

1. Hesdin (Pas-de-Calais, arr. de Montreuil-sur-Mer). Cette 
place n'est française que depuis 1639. 

2. Il existe aux Archives nationales (R- 54) tout un dossier 
sur la « Rançon de Mgr Henry de la Tour, vicomte de Turenne, 
depuis duc de Bouillon. » On y trouve quatre lettres datées du 
7 avril 1584, adressées au duc de Parme et au marquis de 
Roubaixpour les prier de hâter la mise en liberté du vicomte, 
et ces lettres sont du roi Henri HI, de la reine Louise et de la 
reine mère, Catherine de Médicis. Le 26 avril, le prince répond 
à cette dernière en lui annonçant que la rançon est réduite 
de « cinquante mille escuz soleil, à cent cinquante florins, » ce 
qui diminuait les premières exigences de douze mille cinq 
cents florins, à la condition très expresse que « le sieur de 
Balançon, capitaine du Roy monseigneur, prisonnier dudict 
viscomte, sortiroist aussy avecq son filz, en payant trois 



174 MÉMOIRES [Juin 1584 

Ainsi que j*ay dict, au bout de trois ans ou à peu 
près, j'eus ma liberté, un jour ou deux avant la mort 
de Monsieur. De Ghasteau-Thierry, j'allay à Chantilly 
voir ma grand'mère, où je séjournay quelques jours 
pour reprendre ma santé, que le long repos avoit 
incommodée ; et puis j'allay à Paris, où j'eus toutes les 
bonnes chères du Roy que je pouvois désirer^. 
Mons"" de Joyeuse, vers qui estoit toute la faveur, et 
Mons*" d'Espernon, jeunes gens, me traitoit et n'es- 
pargnoit rien à me témoigner de l'amitié, nous estans 
issus de germain. Après un peu de séjour, je m'en 
allay passer par l'Auvergne, où je n'ay point retourné, 
et m'en vins en Limousin ^ où je n'ay esté depuis, où 

années de ses revenuz. » Le sieur de Limeuil, cousin de 
Turenne, était chargé de mener à bien ces négociations. On 
voit que le chiffre n'est pas tout à fait d'accord avec celui 
indiqué par les Mémoires. — Dans le même carton se trouve 
une liasse considérable de lettres et de billets autographes 
écrits par Turenne, durant sa captivité d'Hesdin, à son valet de 
chambre Guichart. Elles sont signées : « ... Vostre bon amy, ... 
vostre maistre. » Turenne demande qu'on lui envoie des vête- 
ments : « Mon manteau et mes pourpoints, car il commance à 
faire froid icy. » Puis il voudrait des livres, et il les désigne : 
«Thucidide, Quinte-Curce, Salluste, Plutarque, Appien, Polybe, 
l'Iliade et l'Odyssée, les Métamorphoses d'Ovide, l'Enéide de 
Virgile, » puis, parmi les modernes, « Commines et Scévole de 
Sainte-Marthe, et une bible des plus petites. » Il n'oublie pas 
les démarches qui peuvent mettre fin à ses maux; car il 
ajoute : « Fectes souvenir Madame de Chastelleraut d'anvoier 
vers Monsieur le prince de Parme, dans le seize ou dix-huict 
de ce mois, pour voir quelle responce il aura eu d'Espagne. » 
]^jme jg Châtellerault était, on le sait, Diane d'Angoulême, fille 
légitimée de Henri II, veuve du maréchal François de Mont- 
morency et par conséquent tante de Turenne. 

1. Turenne ne dit rien dune assemblée générale des églises 



1584] DU VICOMTE DE TURENNE. 175 

le roy de Navarre me convia de l'aller trouver, ce 
que je fis à Nérac, où estoit Mons' d'Espernon^ qui, 
voyant Monsieur mort, le roy de Navarre la première 
personne après le Roy, vouloit chercher le moyen de 
s'en pouvoir appuyer, ayant Mons"" de Guyse pour 
ennemy, avec qui Mons' de Joyeuse sembloit s'accom- 
moder. Les mal entendus estoient très-grands entre 
le roy et la reine, qui depuis fut démariée; ledict 
d'Espernon fust, pour la contrariété de ces deux 
naturels, pour n'y trouver seureté, ayant des fins fort 
diverses. Cette intelligence ne prit aucune racine; tou- 
tesfois, le Roy ne laissa d'en prendre jalousie, et sans 
une cheute que ledict d'Espernon fit, en arrivant à la 
Cour, de laquelle il perdit tous les sens, ayant esté 
quelques jours qu'on le tenoit pour n'en réchapper, 

de France, qui eut lieu au milieu de l'année 1584 à Montauban 
et que les Mémoires de M™^ de Mornay signalent en ces termes : 
« En cette assemblée, où se trouvent le roy de Navarre, mon- 
seigneur le pi'incé, M. de Laval, M. de Turenne, M. de Chas- 
tillon, plusieurs seigneurs et gentilzhommes et personnages 
qualifiés de toutes les églyses du royaume, fut fait une remons- 
trance au Roy, par laquelle il estoit très humblement supplié 
de pourvoir aux inexécutions et contraventions de ses éditz 
de pacification en ce qui estoit de la religion, de la justice et 
des seuretez. » (T. I, p. 151.) 

1. C'était Henri III qui avait envoyé d'Epernon au roi de 
Navarre pour le persuader, dans son propre intérêt, de ren- 
trer dans l'Eglise catholique. Henri de Bourbon voulut que les 
conférences se tinssent en présence de son chancelier Du Fer- 
rier, du ministre Marmet, de Roquelaure et de Turenne. Ce 
dernier et Du Terrier furent opposés à la convention. Mais 
Roquelaure, dans la discussion, avait répondu à Marmet : 
« Mettez sur le tapis une paire de pseaumes et une couronne, 
et demandez s'il faut songer à choisir. » C'est, dix ans plus 
tôt, le mot célèbre de Henri IV. 



176 MÉMOIRES [4584 

cela émeut la pitié au Roy, rallentit son mescontente- 
ment, et l'autre, relevé, trouva facilité à reprendre sa 
place et dissiper les projets de sa ruine. 

Le roy de Navarre me témoigna toute sorte d'ami- 
tié et confiance, me disant ses perplexités et consul- 
tant des remèdes. Nous voyons les pratiques de la 
Ligue croistre et paroistre de jour à autre, auxquelles 
évidemment la reine Marguerite participoit, et voyons 
un sien valet de chambre aller et venir; je conseille 
audict roy de le faire prendre, le mener à Pau, et 
soudain luy faire confesser ce qu'il sauroit. La charge 
en fut donné au capitaine Maselière, de Nérac, qui 
l'alla attendre sur le chemin de Bordeaux, venant 
trouver Mons"^ de Guyse : ainsi fut-il exécuté; mais, 
arrivé à Pau, on obmit le principal, qui estoit de le 
faire chanter, et, encore à Nérac, sçavoir les formes 
qu'on y tiendroit, et tout cela pour gagner temps, 
durant lequel le Roy et la Reyne mère furent avertis de 
la prise, font une dépesche, se plaignans de ce qu'un 
françois pris dans la France en auroit esté tiré en 
une autre souveraineté, le redemandant avec menaces. 
Le roy de Navarre est conseillé de le rendre, de ne se 
devoir opiniastrer de conserver Maselière, si le Roy 
continuoit à le demander; blasmant le conseil, 
l'homme fut rendu ; de là, haine contre moy excitée 
pour avoir donné un très-nécessaire et utile avis, si 
on l'eut suivy en toute ses parties : chose qui fort sou- 
vent rend les meilleurs conseils, sinon dommageables, 
au moins infructueux, en n'en faisant qu'une partie. 

Vous remarquerez qu'il faut estre fort retenu aux 
conseils qu'on donne aux rois, parce qu'ils en mesurent 
le gré et le blasme selon leur succès, qui est souvent 



1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 177 

un faux témoin contre raison, et aux Cours, où l'on 
ne craint de desservir son maistre, pourveu qu'à ceux 
qu'on envie on leur fasse de la peine ^. 

Au bout de quelques jours, cette princesse, crai- 
gnant et persuadée de se retirer, ne pouvoit donner 
couleur à cette retraite qui la deust contenter, et 
moins choisir un lieu où elle fust bien. Elle part de 
Nérac et va à Agen^, où le sieur de Lignerac^ l'atten- 
doit avec cinq ou six de ses amis, la charge en croupe 
sans coussinet, et, en cet équipage, la meine au Mur de 
Barrez*. Ce partement accroit les méfiances, fait que 

1. Il ne faudrait pas trop se laisser séduire par les ver- 
tueuses tirades qui se rencontrent de temps en temps dans les 
Mémoires. Au fond, le vicomte de ïurenne avait le caractère 
le plus aigre et le moins désintéressé. Il jalousait toutes les 
influences que les chefs protestants pouvaient exercer sur le 
roi de Navarre. Cette année môme, 1585, il venait d'avoir une 
querelle de préséance avec Du Plessis et Clervant. (Voir Mé- 
moires et correspondances de Du Plessis-Mornay , t. III, p. 2.) 

2. Le départ de Marguerite d'Agen eut lieu, à la suite d'une 
émeute populaire, le 25 septembre 1585, non pas quelques 
jours avant, mais six mois après la rencontre du roi de 
Navarre et de ses partisans à Castres. Ce n'est pas au Mur-de- 
Barrès (Àveyron) qu'elle se rendit, mais bien à Castelnau (Gers), 
Bournazel (Aveyron), Entragues (Aveyron), et enfin à Cariât 
(Cantal), où, après beaucoup de fatigues et de peines, elle 
arriva dans la soirée du 30 septembre. 

3. François-Robert de Lignerac, sgr de Saint-Chamant, 
gentilhomme de la chambre du roi, bailli de la Haute-Auvergne. 

4. Lorsque, le 19 mars, quittant Nérac, Marguerite était 
venue s'établir à Agen, Lignerac lui avait offert ses services 
avec un petit corps d'infanterie et de cavalerie, recruté dans le 
Quercy. Le vicomte de Duras était son lieutenant; leur domi- 
nation dans Agen dura donc six mois. Turenne a confondu le 
départ de Nérac avec celui d'Agen. 

12 



178 MÉMOIRES [1585 

le roy envoyé convier les églises d'estre sur leurs 
gardes, convie Mons"^ de Montmorency de prendre 
quelque lieu pour se voir, où on feroit trouver 
Mons'' le Prince et autres plus autorisés dans leur 
party; le Roy l'avcrtissoit des entreprises de Mons"^ de 
Guyse, qui avoit failly de se saisir de Ghaalons, et le 
prioit de l'assister, s'il en avoit besoin. Le roy de 
Navarre se servoit des avis que luy donnoit le Roy, 
encore qu'il jugeoit qu'ils s'accorderoient ; le lieu de 
Castres^ fut choisi, où se trouvèrent près dudict roy 
Mons"^ le Prince, Mons"^ de Montmorency et tous les 
signalés des provinces, capitaines et seigneurs du 
party. 

Après s'estre veus quelques jours, et s'estre un peu 
éclairci des sentimens des uns et des autres, on 
assembla un Conseil, pour délibérer si on prendroit les 
armes ou si on attendroit que le Roy, contraint par 
Mons' de Guyse, nous déclarast la guerre. Les opi- 
nions furent diverses, et ces deux opinions furent fort 
contestées. Les premiers disoient qu'il ne falloit point 
douter que le traité de Mons"^ de Guyse- ne i'ust fait et 

1. Le roi de Navarre passa à Castres la seconde moitié du 
mois de mars; mais le conseil de guerre, tenu à cette époque, 
est raconté un peu différemment par d'Aubigné (t. VI, p. 207) 
et par l'historien local : « Le 14 du mois de mars, jeudy, est 
arrivé dans la ville de Castres le sieur Henry de Bourbon, roy 
de Navarre, et son cousin, Henry de Bourbon, prince de 
Condé, accompagnés de M. le viscomte de Turcnne et autres 
grands seigneurs et gentilshommes, ayant couchés la nuit pas- 
sée à Puylaurens. On lui a faict entrée honorable. » [Journal 
de Faurin, éd. de Ch. Pradel, 1878, p. 124.) 

2. C'est le traité de Nemours, signé par les ligueurs et les 
représentants du roi, le 7 juillet 1585. 



Juillet 1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 179 

à nostre désavantage, puisque le Roy nous le celloit, 
contre les asseurances qu'il avoit données de nous 
tenir avertis de tout ce qu'il feroit avec ceux de la 
Ligue, qui, commençans, nous les préviendrions; que 
nous exécuterions des entreprises sur plusieurs places, 
que les plus expérimentés capitaines d'entre nous 
proposoient, avec grande apparence de bon succès; 
qu'estans à la campagne des premiers, que nous atti- 
rerions les gens de guerre à nous; que leurs affaires 
n'estoient encore bien prestes, tant pour n'avoir fait 
levées, ny fait le fonds pour le payement de l'armée; 
qu'on pourroit s'avancer vers la rivière de Loire et 
les empescher de lever des troupes en deçà, sans les 
mettre en danger d'estre battus. Ceux de l'autre opi- 
nion disoient qu'ils croyoient, avec les premiers, que 
l'orage tomberoit sur nous et que le Roy et la Ligue 
estoient d'accord, mais que nous en serions accusés; 
si nous prenions les armes, le Roy nous accuseroit de 
l'y avoir nécessité, atîn de ne demeurer entre les deux 
partis la proye de l'un et de l'autre ; les catholiques 
pacifiques, craignans la Ligue et haissans la Religion, 
nous donneroient le tort; ceux de la Religion, tièdes, 
non informés, et ceux des provinces qui n'avoient 
point de retraites, mais soumises à la rigueur des 
édits, en accuseroient le procédé, y chercheroient leur 
justification aux moyens autres que d'une commune 
défiance qu'ils pourroient tenir; que les princes 
estrangers se laisseroient aisément persuader à croire 
cela; que dedans et dehors nous sentirions plus affoi- 
blir nostre défense, pour avoir manqué à justifier la 
prise de nos armes, qu'elle ne seroit fortifiée par les 
avantages susdicts ; qu'il nous falloit avoir égard à atti- 



180 MÉMOIRES [Juillet 1585 

rer la bénédiction de Dieu sur nos armes, que nous 
n'ayons prises que pour garantir son église de la 
fureur de ses ennemis ; que les provinces où nos églises 
sont fortes et les autres où elles n'ont point de seu- 
retés, voyant nos procédés, les conjurations à nostre 
ruine, nostre patience, se joindroient des personnes 
de moyens et de prières, pour saintement et coura- 
geusement s'opposer à la ruine du public et à celle de 
l'Estat; mais qu'un chacun pouvoit se préparer, avi- 
sant à arrester des hommes, nos places se garder de 
surprises, et estre, au premier acte que le Roy feroit 
de déclaration contre nous, à la campagne. 

Cette dernière opinion l'emporta, de laquelle j'avois 
faict l'ouverture, et Mons"^ de Montmorency de l'autre; 
ainsi on se sépara, chacun allant à sa charge. Le roy 
de Navarre vint à Montauban, où il n'eut demeuré que 
peu de jours, qu'il ne fut asseuré de la perfection du 
traité de Mons*" de Guyse avec le Roy, à condition de 
nous faire la guerre. Desjà, on voyoit la noblesse en 
Gascogne, qui y estoit en grand nombre, commencer 
à faire de petits rendez-vous, pratiquer des hommes; 
ce qui fit partir le roy de Navarre plus tost et passer la 
Garonne au Mas-de-Verdun \ pour s'en venir à Ley- 
toure^, et de là à Nérac. Nous vinsmes avec quelque 
défiance, n'ayant que sa cour et bien petite ; un chacun 
s'estant séparé, j'eslois demeuré près de luy, qui, 
durant les chemins, me reprit à diverses fois pour 

1. Verdun-sur-Garonne, arr. de Castelsarrasin (Tarn-el- 
Garonne). 

2. La petite ville de Lectoure, située dans l'Armagnac, à 
moitié chemin entre Verdun et Nérac, fut souvent prise et 
reprise par les deux partis pendant les guerres de religion. 



Juillet 1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 181 

discourir de la grandeur des affaires qui luy alloient 
tomber sur les bras ; de la foiblesse du Roy, qui voyoit 
en la puissance de la Ligue la puissance qu'ils pour- 
roient avoir de Rome et d'Espagne, tant d'argent que 
d'hommes; qu'il estoit mal asseuré de Mons"" de Mont- 
morency ; le Dauphiné fort divisé, et Mons"^ de Lesdi- 
guières ne s'unissant jamais en toutes choses avec les 
résolutions communes ; nos places mal garnies et aussi 
peu fortifiées ; qu'on visoit à luy pour le rejetter de la 
succession , 

Après avoir faict plusieurs lieues sur tels et sem- 
blables discours, remarquans bien plusieurs choses 
leur manquer, mais non à l'égard des autres, nous 
concluons que la cause estoit fondée en la justice 
divine et humaine; que Dieu la maintiendroit; qu'il 
falloit quitter tout plaisir pour penser à nostre def- 
feiise; que les estrangers s'y intéresseroient, devant 
voir que nostre ruine ne feroit que préparer la leur ; 
que Dieu le maintiendroit en son droit, si la nature 
luy en ouvroit l'occasion. Sur cela, il me dict avec fer- 
veur : « C'est de là que j'attends mon secours, et sous 
cette enseigne je combatray nos ennemis; m'aban- 
donnerez-vous pas, ainsi que vous l'avez déjà fait? » 

Arrivé à Nérac, on y célébra le jeusne avec une 
très-grande dévotion. Le roy de Navarre passa la 
Garonne et vint à Nérac, où il commença à donner 
des commissions et pouvoirs de faire la guerre. Il 
m'envoye vers la Dordogne avec le sieur d'Aluie, Gou- 
roneau, La Moue et autres, pour faire des régimens 
et compagnies de cavalerie^. A quoy je travaillay si 

1. On lit dans un mémoire du chanoine Leydet (Coll. Péri- 



182 MÉMOIRES [Sept. 1585 

diligemment, que dans moins de cinq semaines je fis 
cinq à six mille hommes de pied, et cinq à six cens 
chevaux, nous estans venu quelques troupes de la 
Loire, que les édits rigoureux faits par le Roy, d'aller 
à la messe ou sortir du royaume dans peu de jours 
qui estoient donnés, nous faisoient venir, ne voulans 
délaisser la vérité, et aimans mieux porter les armes 
avec nous que de demeurer hors du royaume specta- 
teurs. Je passe avec ces troupes, qui grossissoient de 
jour à autre, la rivière de l'Isle. Le Roy a voit fait 
avancer le sieur de Saint-Chamarans', mareschal de 
camp, avec six mille Suisses, vers Gonfolans^, pour 
commencer à former son corps d'armée, duquel feu 
Mons' du Mayne devoit estre général; le roy de 
Navarre s'en estoit retourné à Nérac, et mesme donné 
jusques en Béarn. 

Cependant qu'ils faisoient levées en Gascogne, 
Mons"^ le Prince vers la Xaintonge et Poitou assembla 
ses forces, et alla investir Brouage^. Passé que j'eus 
la rivière de l'Isle, n'ayant nul commandement du 
roy de Navarre, mes troupes, selon la coutume des 
François, s'ennuyans de ne rien faire, je jugeois 
qu'elles s'atfoibliroient plustost qu'autrement. J'en- 
voye vers le roy de Navarre, l'avertissant du nombre 

gord, t, V, fol. 229) : « Lors (juillet 1585), Monsieur de Turenne 
estant à Bergerac, en qualité de lieutenant général pour le Roy 
en Guyenne, bailla commission au sieur de Geoffroy de Vivant 
de commander les villes et juridictions de Caumont, Sainle- 
Bazeille et Damezan. » On trouve dans le même recueil plu- 
sieurs lettres du vicomte de Turenne datées de cette époque. 

1. Sans doute Marc de Peyronenc, sgr de Saint-Chamaranl. 

2. Confolens, cli.-l. d'arr. de la Charente. 

3. Condé assiégea Brouage vers la fin de septembre 1585. 



'Sept. 1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 183 

des forces que j'avois, le lieu où j'estois, à dix- 
huit ou vingt lieues de Gonfolans, où estoient les 
Suisses, l'attaque de Mons"^ le Prince à Brouage, le con- 
viant de venir avec ce qu'il avoit de delà, qui pou- 
voient faire quatre mille hommes de pied et cinq cens 
chevaux, pour faire un bon et grand corps d'armée, 
afin d'empescher ceux de la Ligue, sous le nom du 
Roy, de faire le leur. En mesme temps, j'envoye à 
Mons"" le Prince, luy donnant les mesmes avis de mes 
forces et le lieu où elles estoient, de plus la despesche 
que j'avois faite au roy de Navarre, ajoustant que je 
craignois qu'on ne suivroit mes avis et que les plaisirs 
de la compagnie de la comtesse de Guiche' retien- 
droient le roy de Navarre de delà plus long-temps 
que le bien des affaires générales le requéroit ; que si 
le roy de Navarre ne venoit ou ne me commandast 
chose très-importante, que, s'il me mandoit, que je 
l'irois trouver. Les plaisirs et les jalousies prévalent 
ordinairement dans les grandes affaires plus que la 
raison ! 

Le roy de Navarre ne vint ny ne me donna aucun 
commandement, sinon de me maintenir aux lieux et 
avec l'employ que je jugerois le meilleur. Mons"" le 
Prince estoit sur la délibération de l'exécution d'une 
entreprise sur le chasteau d'Angers, conduite par le 
sieur de Clairmont d'Amboise^, par le moyen de 

1. La belle Corisande, Diane d'Andoins, veuve depuis 1580 
de Philibert de Guiche, comte de Gramont, vicomte d'Aure 
d'Aster. 

2. Georges de Clermont d'Amboise, baron de Bussy, frère 
puîné de Louis, serviteur dévoué du roi de Navarre, qui le 
chargeait souvent d'importantes ambassades. Lieutenant du 



184 MÉMOIRES [Oct. 1585 

quelques hommes qu'il avoit pratiqués, qui estoient 
dans le chasteau. Voyant ceux qui estoient près de 
luy mes offres, la jalousie de mon arrivée, qu'ils jugè- 
rent leur devoir osier et de l'authorité et de la répu- 
tation, portèrent ledict prince à me remercier, et que 
je n'avançasse, duquel avancement il fust réussi de 
très-grands avantages, soit que j'eusse peu rompre 
cette incertaine et très-mal digérée exécution d'An- 
gers, ainsi qu'elle parut telle, comme vous l'entendrez, 
ou, y allant ledict prince, j'eusse facilement mené à fin 
le siège commencé à Brouage. Il part donc de devant 
Brouage, va passer la rivière de Loire avec sa cava- 
lerie, laisse son infanterie dans quelques retranche- 
mens, à quelques lieues de Brouage : passé qu'il eut 
la rivière de Loire, il trouva l'entreprise découverte 
sans moyen de repasser; ses troupes se rompent; luy 
va en Bretagne, Mons"^ de La Trimouille* avec luy, 
duquel il avoit espousé la sœur^ ; se met sur mer et 
passe en Angleterre, où cette vertueuse Reine les 
receut fort bien. Mons"^ de La VaP retourne à Saint- 



prince de Condé, il éciioua avec lui le 22 octobre 1585 devanl 
Angers, et leur retraite fut une vraie déroute. Ce fut, dit d'Au- 
bigné (t. VI, p. 259), sur Clermont qu'on rejeta toute la res- 
ponsabilité, « pour avoir mal conduit l'affaire » et aussi « pour 
ce qu'il estoit là comme emprunté et au roi de Navarre. » 

1. Claude de la Trémoïlle, né en 1566, fidèle serviteur de 
Henri IV, mort en 1604. 

2. Charlotte-Catherine de la Trémoïlle, seconde femme du 
prince de Condé, qu'elle épousa le 16 mars 1586. 

3. Guy de Coligny, comte de Laval, ou la Val, fils aîné de 
d'Andelot, blessé mortellement à Taillebourg en 1586. Ses 
trois frères, les sieurs de Tanlay, de Riant et de Sailli, étaient 
morts avant lui. 



Oct. 1585] DU VICOMTE DE TURENNE. I&5 

Jean avec peu de gens; à Brouage, tout se retirai 
Ainsi ces forces, ces desseins et la personne de ce 
prince fort valeureux revinrent à néant. N'ayant donc 
peu servir aux susdictes occasions, j'avisay, en ser- 
vant le public, de servir à mon particulier, puis qu'il 
en faisoit une bonne part, ce qu'autrement je n'eusse 
fait; et ne vous conseille de le faire, de laisser périr le 
public, quelque profit que vostre particulier en puisse 
recevoir. 

J'avois eu avis de Paris que Mons' du Mayne, poussé 
par un de la maison de Ilaultefort^, serviteur de 
Mons"^ de Guyse, pressoit le Roy de venir dans la 
vicomte de Turenne, et, en y passant une partie de 
l'hyver, prendre mes maisons ; mais que si je voulois 
cela en asseurant le Roy, que la guerre ne se feroit 
de ma maison. Soudain, je fis réponse à Madame d'An- 
goulesme^. Messieurs de Ghavigny^ et La Guiche^, qui 

1. Api'ès la retraite du pi'ince de Condé, Saint-Mesme pour- 
suivit le siège de Brouage pendant vingt et un jours, mais fut 
contraint de se retirer le 29 ou le 30 octobre 1585. C'était Jean 
de Rochebeaucourt, sieur de Saint-Mesme, gouverneur de 
Saint-Jean-d'Angély. 

2. Edme de Hautefort, seigneur de Thenon, capitaine de cin- 
quante hommes d'armes, gouverneur et sénéchal du Limousin, 
qui se signala dans toutes les guerres contre les protestants et 
mourut en 1589 au siège de Pontoise. 

3. Diane de France, maréchale de Montmorency, qui avait 
en apanage le duché d'Angoulême; la même qui est désignée 
plus haut sous le nom de duchesse de Châtellerault. 

4. Voir sur Chavigny la note 3 de la p. 6. 

5. Philibert de la Guiche, serviteur dévoué de Henri III et 
de Henri IV, grand maître de l'artillerie depuis 1578, gouver- 
neur de Lyon, en 1588, après François de Mandelot, mort 
en 1607. 



186 MÉMOIRES [1585 

estoient ceux qui avoient manié cela, que je les remer- 
ciois, que puisque je mettois ma personne et ma vie 
au hasard pour me conserver la liberté de ma cons- 
cience, et le moyen de délivrer le Roy de l'oppression 
où il estoit, que j'y voulois aussi mettre mon bien. 
J'en donne avis au roy de Navarre, luy ajoustant les 
avantages que ses affaires avoient, le duc du Mayne, 
allant à la vicomte, où je ne croyois qu'il pust prendre 
Turenne ny Saint-Ceré^; que par ce moyen il nous 
donnoit loisir de voir et oster la crainte de son armée 
à nos villes, que nous fortifierons et munirons cepen- 
dant; qu'ainsi donc mes dommages servoient; pour- 
quoy, sans luy en demander avis, j'avois fait telle 
réponse qui est dicte cy-dessus. Il m'en remercia et 
m'en sçut bon gré. Je tourne teste avec mes troupes, 
que je ne peus garder de qucl(|ue diminution, et m'en 
vins en Limousin prendre TuUe^, n'ayant point de 
canon, afin de loger dedans, comme je fis, partie des 
forces qu'il me falloit pour jetter dans Turenne; 
Mons" du Mayne approchant, j'y mis le maistre de 
camp La Morie et quelque huict cens hommes de pied ; 
je reprens mon chemin vers la Dordogne et Bergerac, 
où le roy de Navarre m'avoit mandé se devoir trouver. 

1. Saint-Céré, petite ville de Quercy, cli.-l. de cant. de 
l'arr. de Figeac (Lot). 

2. Le 6 novembre 1585. (Voir de Thou, t. IX de l'éd. fran- 
çaise, p. 399.) Pierre de Chouppes secondait Turenne dans 
cette attaque contre Tulle et se retira avec lui, laissant dans la 
ville le capitaine huguenot La Maurie « fort haï des bour- 
geois. » C'était un gentilhomme périgourdin, qui avait en 1580 
combattu le prince de Parme aux Pays-Bas. — Voir la Prise de 
Tulle, par René Page (1891, in-8°), et Brantôme (t. V, p. 365) 
qui appelle le s"" de La Maurie « l'Epouvante de la Frise. » 



1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 187 

Mons"^ du Mayne part de Paris, ayant pourvcu à 
l'entretenement de l'armée où il commandoit de deux 
millions de livres, d'une vente du temporel des biens 
ecclésiastiques (de quoy Scipion de Sardiny^ près du 
vicomte que vous cognoissez, avoit fait le party), s'en- 
vint en Xaintonge, menaça Saint-Jean et s'achemina 
à Ville-bois ~, où il devoit avoir son armée ensemble, 
et y faire, comme il fit, sa monstre générale. Le roy 
de Navarre, ayant près de luy son conseil et les plus 
suffisans capitaines, vouloit demeurer à la teste de la 
Dordogne, où il y avoit ces trois places, Bergerac, 
Sainte-Foy^ et Chastillon*, beaucoup moins accomodées 
qu'elles ne le sont à cette heure. Personne ii'estoit de 
cet avis; le courage néantmoins trop grand de ce 
prince le portoit à vouloir suivre son avis. Ce que 
voyant, je le suppliay de faire délibérer en conseil 
cela, et de vouloir donner son consentement à ce que 
par la pluralité des voix y seroit résolu : ce qu'il pro- 
mit de faire, avec beaucoup de difficulté, estimant 
qu'il iroit de sa réputation si, !\Ions'' du Mayne estant 
si près, on le voyoit reculer; mais que néantmoins, 
et puisqu'il l'avoit promis, il suivroit ce qu'on résou- 
droit. 

1. Sardini, gentilhomme lucquois, financier très connu, qui 
avait épousé Isabelle de Limeuil, l'ancienne maîtresse de 
Condé. Il devint baron de Chaumont-sur-Loire. 

2. Villebois-La-Valette, à 23 kil. d'Angoulême. 

3. Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), à 39 kil. de Libourne. 

4. Caslillon- sur- Dordogne (Gironde), un des fiefs de la 
duchesse de Mayenne (Henriette de Savoie), qui, en 1586, s'était 
déclaré pour les protestants; mais Mayenne reprit la ville le 
1" nov., malgré une belle défense du gouverneur qui y com- 
mandait au nom du roi de Navarre, Alain, baron de Savignac. 



188 ItfEMOIRES [1585 

Le conseil assemblé, les avis de tous furent que 
ledict roy devoit s'en aller à Montauban, et me laisser 
à la garde des places sur la Dordogne, et autres au 
deçà de la Garonne; ce qu'il fit, avec commandement 
de faire ce que la nécessité des affaires requerroit*, 
pour, en deffendant ces places, ruiner cette armée, 
composée de quinze cens chevaux françois, douze 
cens reistres, de neuf mille hommes de pied françois 
et six mille Suisses, avec un bon équipage d'artillerie. 
Le mareschal de Matignon, lieutenant au gouverne- 
ment de Guyenne, avoit outre cela cinq à six mille 
hommes de pied et mille chevaux. Le roy de Navarre 
party, j'appellay à Bergerac tous les gouverneurs des 
places, à sçavoir : de Sainte-Foy, Chastillon, Montsé- 
gur-, Saincte-Baseille^, Clérac, Monflanquin^ et Ber- 
gerac, pour apprendre Testât de leurs places pour 
les fortifications, garnisons, munitions de vivres et 
de guerre, ensemble les volontés et déhbérations des 
habilans, tant des villes que de la campagne, où il y 
en a grand nombre de la Religion. Lesdicts gouver- 
neurs venus, il me sembla qu'ils me donnoient assez 
exacte cognoissance de Testât de leur gouverne- 

1. En effet, le 10 octobre 1585, le roi de Navarre écrivait de 
Mont-de-Marsan à ses amis pour leur dire qu'il avait chargé le 
vicomte de Turenne d' « assembler ses serviteurs » et qu'il les 
priait de se rendre « au lieu et au temps » qu'il leur indique- 
rait. [Lettres inissu'es, l. II, p. 135.) 

2. Monségur (Lot-et-Garonne), cant. de Monflanquin 
(Gironde), dans le Bazadais, à 13 kil. de la Réole. 

3. Sainte-Bazeille (Lot-et-Garonne), à 6 kil. de Marmande. 

4. Monflanquin (Lot-et-Garonne), à 18 kil. de Villeneuve- 
sur-Lot. 



1585] DU VICOMTE DE TURENNE. 189 

ment; je pris résolution de les aller toutes voir : ce 
que je pouvois faire en peu de jours, afin qu'avec 
eux nous jugeassions de celles qui se pou voient 
garder, ensemble de l'ordre et moyens qu'avions fait 
tenir. 

Je les vis donc l'une après l'autre, et fusmes d'avis 
que nous les devions toutes tenir, sauf Sainte-Baseille ; 
nous ne trouvasmes dans toutes que vingt ou vingt- 
deux milliers de poudre, peu de salpestre, presque 
rien de toute autre chose, dans les magazins non 
plus ; mais les villes, combatantes pour la liberté de 
leurs consciences, et les habitans, presque tous de la 
Religion, faisoient des efforts volontaires à travailler 
et se munir de leur pouvoir, suivant ce que j'avois 
avisé et ordonné à chaque place d'y faire. J'avisay 
d'où chaque place, qui avoit la jalousie d'estre assiégée, 
auroit à prendre des hommes; les rivières, où elles 
estoient pour la pluspart, nous donnoient cet avantage 
qu'elles n'y pouvoient estre en mesme temps. Ainsi 
je donne avis au roy de Navarre de nostre estât, et 
les avis que nous avions pris sous son bon plaisir; ce 
qu'il approuva, fors qu'il voulut qu'on deffendist 
Sainte-Baseille, de quoy après il en fut marry. Je fis 
un corps de deux mille cinq cens hommes de pied 
pour demeurer à la campagne, afin d'en jetter dans 
les places assiégées ou à assiéger, et avois deux cens 
gentilshommes avec nioy. 

L'armée du duc du Mayne et celle du mareschal de 
Matignon^ ne se joignirent; ledict duc s'achemine vers 

1. Mayenne et Matignon étaient convenus de se réunir à 
Sainte-Bazeille le 25 février 1586. 



190 MÉMOIRES [Févr. 1586 

ma vicomte ; en son chemin nous tenions Montignac- 
le-Gomte% sur la rivière de Vézère; il fut mis en 
grande considération si nous le devions garder, le 
voyant hors de moyen de luy donner aucune assis- 
tance et la place très-mauvaise. Les considérations 
estoient que c'estoit perdre de la réputation et les 
hommes qu'on mettoit dans le chasteau, qui seul se 
pouvoit garder, la ville ne pouvant attendre aucun 
effort; au contraire, qu'au lieu de perdre de la répu- 
tation, c'estoit en gagner, qu'on tireroit des consé- 
quences du moins au plus, que si iMontignac avoit osé 
se laisser battre et deffendre, ce que dévoient faire 
les grandes villes. Ainsi je résolus d'y mettre quelque 
soixante hommes et de bons, le sieur de La Porte de 
Lissac^ pour les commander. Mons"^ du Mayne, n'esti- 
mant pas que cela se défendist, vint avec nonchalance 
l'attaquer; ainsi il luy fallut former un siège, faire des 
approches, asseoir la batterie et le battre pour y faire 
bresche, où il fut donné sans l'emporter. Gela dura 
neuf jours, de sorte que nos affaires receurent un fort 
grand avantage que cette grande armée, que peu de 
nos gens de guerre en avoient veu de semblable, ayt 
eu de la peine et mis du temps à emporter cette 
bicoque. La place fut rendue avec une honorable capi- 
tulation, perte de six ou sept hommes^. 

1. Montignac (Dordogne), à 21 kil. de Sarlal. La ville fut 
prise par Mayenne le 4 février. 

2. Le sieur de la Porte était un capitaine au service du roi 
de Navarre, dont le nom est plusieurs fois cité dans les Lettres 
missives. 

3. Mayenne avait alors vingt-cinq ans. Le récit de sa cam- 
pagne a été publié, l'année même, sous ce titre : Discours 



Févr. 1586] DU VICOMTE DE TURENNE. 19i 

Le mareschal alla assiéger Gastels^ maison appar- 
tenante au sieur de Favas, où il demeura devant plus 
d'un mois'. Le duc du Mayne, avec son armée, après 
ledict siège de Montignac, alla loger dans ma vicomte, 
dans la ville de MarteP, au dèlogement de Montignac; 
il fit recognoistre ma maison de Montfort*, où s'allè- 
rent jetter dedans vingt-cinq ou trente gentilshommes, 
qui partirent de Bergerac, où j'estois, et quelque 
trente soldats de mes gardes. Auprès de ladicte mai- 
son il y a, à quelque deux cents pas, une montagne, 
que ceux qui furent envoyés pour recognoistre voulu- 

du progrès de Vannée du Roy en Guyenne, commandée par 
Charles de Lorraine, duc du Mayne, pair et chambellan de 
France. Paris, 1586, in-8° de 102 feuillets. C'est la contre-par- 
tie des Mémoires de Turenne. 

1. Castets-en-Dorthe (Gironde), cant. de Langon. Le maré- 
chal de Matignon échoua devant cette vieille forteresse le 
20 février 1586; mais elle fut prise le 9 avril suivant. Le châ- 
teau appartenait au seigneur protestant Jean-Geneste de 
Favas, vicomte de Castets. (Voir les Mémoires de Sully et aussi 
le t. I, p. 213, des Mémoires de la Société des bibliophiles de 
Guyenne, et Mézeray, 1685, in-fol., t. III, p. 605.) 

2. Le 21 février, le roi de Navarre écrivait, de Monpouillan, 
à M. de Saint-Geniez : « Je veulx bien vous avertir comme 
j'ay esté avec mes troupes jusque près de Langon, à une lieue, 
et fus hier dîner à Castelz. « 

3. Martel, ancienne petite ville du Quercy (Lot), à 36 kil. de 
Gourdon, place principale de la vicomte de Turenne. C'est le 
13 février 1586 que Mayenne y fit son entrée avec ses troupes; 
et il s'établit au palais de la Raimondie, vieille résidence des 
vicomtes. (Arch. départ, du Lot, citées par M. l'abbé Marche 
dans la Vicomte de Turenne et ses principales filles. Tulle, 
1888, in-8°, p. 457.) 

4. Le château de Montfort est situé près de Souillac. La résis- 
tance de la petite garnison découragea le duc de Mayenne, qui 
passa outre. 



192 MÉMOIRES [1586 

rent gagner, où il fut l'ait une escarmouche, et telle- 
ment defFendue, qu'elle demeura aux nostres; ainsi 
ils ' s'en retournèrent faire leur rapport à Mons"^ du 
Mayne de ce qu'ils avoient veu, lequel fit jugement 
que le courage de ces hommes, quoyque la place fust 
bien foible, luy feroit perdre plus de temps à la 
prendre et hazarderoit plus son armée qu'il n'y auroit 
de profit à la prendre, et ainsi ne s'y amusa point. Il 
logea toute son armée dans la vicomte, dans laquelle 
il prit toutes les petites places, Montvalant^ Gaignac^, 
Beaulieu^, Rosème, Meissac*, Turenne et Saint-Geré, 
dans lesquelles j'avois mis bonne garnison; dans 
Turenne, j'avois jette, comme j'ay desjà dit, le régi- 
ment de La Morie, que j'avois auparavant entretenu 
dans Tulle ^, laquelle j'avois fait quitter à l'abord de 
l'armée de Mons*^ du Mayne, comme ne se pouvant 
deffendre. Mons"^ de Bouzoles'', avec trente ou quarante 
gentilshommes, s'y estoient jettes durant le séjour de 
Mons"^ du Mayne. A MarteP, il se fit plusieurs escar- 
mouches sur le haut de Turenne, au Marchedial, à 



1. Montvalent (Lot), cant. de Martel. 

2. Gagnac (Lot), pris par le s"" de Hauteforl, gouverneur du 
Bas-Limousin, en février 1586. 

3. Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze). 

4. Meyssac (Corrèze), arr. de Brives. 

5. Voir de ïliou, Hist. univ., t. IX, p. 403. 

6. Turenne doit désigner ici Antoine de Bégoles, un des 
capitaines du roi de Navarre, qui avait épousé l'année précé- 
dente Jeanne de Bourbon-Lavédan. [Lettres missives, t. II, 
p. 142, et t. VIII, p. 131.) 

7. De Thou raconte l'affaire dans laquelle le capitaine de la 
Maurie fut tué par ce Birague, bàlard du chancelier, sur- 
nommé le capitaine Sacreraore, le 12 février 1586. 



15861 DU VICOMTE DE TURENNE. 193 

l'une desquelles le sieur de La Morie ayant logé une 
embuscade, s'estant avancé pour attirer le sieur de 
Sacremore, qui commandoit à deux cens chevaux des 
ennemis, ledict de La Morie l'amenant à ladicte 
embuscade, d'où fut faite une décliarge d'arquebusade 
sur les ennemis, ledict La Morie allant le mesme che- 
min par où les ennemis le suivoient, une arquebusade 
tirée par un des nostres luy donna dans la teste et le 
tua : estant une maxime que lors qu'en pareil cas on 
va pour attirer les ennemis, il faut que ceux qui les 
attirent cherchent un autre chemin pour la retraitte 
que celuy qui va droit à l'embuscade. 

Durant ce temps-là, le roy de Navarre, estant à 
Montauban', s'exerçoit à prendre de petites places à 
l'entour de la ville et à faire la guerre guerroyable 
avec les villes voisines, avec le petit corps de troupes 
qu'il avoit, qui pouvoient estre environ deux mille 
hommes de pied et trois ou quatre cens chevaux. Il 
luy prit fantaisie de venir voh" les villes de Gascogne, 
et passa la Garonne au Mas, s'en vint à Nérac, d'où il 
partit pour aller en Béarn, plus pour y voir la com- 
tesse de Guiche que pour occasion que luy en don- 
noient les affaires publiques. Mons"" du May ne en estant 
averty, estima qu'avec la diligence il pouvoit aller 
passer la rivière de Garonne, pour par ce moyen l'as- 
siéger dans quelques-unes des places que ledict roy 
tenoit au delà de la rivière de Dordogne auprès de 
Souillac, auquel lieu n'ayant point de bateaux suffisans 

1. A la tête d'un petit corps d'armée, Henri de Bourbon 
était à Montauban le 20 janvier 1586, au Mas-de-Verdun le 29, 
à Nérac du G au 13 février, à Caumonl le 21. 

13 



194 MÉMOIRES [Avril 1586 

pour passer son artillerie, et n'en pouvant faire appro- 
cher qu'il ne luy fallust perdre quelque jours, il la fit 
passer par le fond de l'eau avec des cables forts et 
puissans, ayant bien fait recognoistre que le fond 
estoit dur et sans vase; s'avança avec douze cens 
chevaux et quelques deux mille hommes de pied 
pour l'effet susdict; ce qu'il ne put faire que ledict 
roy n'en fust averty, et ne fust venu à Caumont, d'où 
il passa la rivière pour aller en Gascogne ^ Moy, cepen- 
dant, je partis au mesme temps de Bergerac^ que 
ledict duc partit de Martel, sur l'advis que j'eus que 
ledict duc alloit en Quercy, et m'en allay avec trois 
mil hommes de pied et quatre cens chevaux passer 
par la Gascogne, me jetter à Montauban, pour estre 
à la teste dudict duc s'il eust prins le chemin de 
Quercy. Ayant sceu le changement de son dessein, 
après estre arrivé à Montauban, je repartis soudain 
avec ces mesmes forces, repassay la rivière de Garonne 
et vins me jetter dans Nérac ; estant l'armée dudict 
duc logée à Éguilion\ Port-Sainte-Marie, Tonnins et 
autres lieux aux environs; ils menacent les places de 
Nérac, Casteljaloux, Glérac, Monlségur et Sainte- 
Baseille'*. Le mareschal de Matignon, en ce mesme 

1. Tous ces événements sont racontés en détail par deThou, 
t. IX, p. 578 et suiv.; mais les dates exactes manquent souvent. 

2. Le vicomte ne craint pas d'accuser son antagonisme avec 
le roi de Navarre, aflectant d avoir seul compris les opérations 
militaires. 

3. Aiguillon (Lot-et-Garonne), à .'}0 kil. d'Agen. 

4. Mayenne assiégea Sainle-Bazeille le 10 avril 1586, qu'il 
prit assez facilement; puis, faisant sa jonction avec Matignon, 
il attaqua le 24 avril Monségiir, qui capitula le 10 mai suivant. 



Mai 1586] DU VICOMTE DE TURENNE. 195 

temps, eut achevé son siège de Castels; ledict duc, 
ayant envie de joindre ces deux armées, avisa d'assié- 
ger Sainte-Baseille, où le roy avoit fait jetter huict à 
neuf cens hommes, lequel siège ne dura qu'onze ou 
douze jours, estant la place, comme il a esté dict 
cy-dessus, jugée très-mauvaise; cependant nous forti- 
fions toutes les places, et moy particulièrement Nérac, 
où je fis commencer et fort avancer la pluspart des 
fortifications qui y sont encore, jugeant que ledict duc 
nous devoit attaquer, encore qu'il y eust de bons 
hommes, où, s'il en fust venu à bout, il eust trouvé, 
puis après, peu de chose qui luy eust résisté, son 
armée estant puissante, les deux estant jointes, et n'y 
ayant rien qui luy disputast la campagne. 

Néantmoins, au lieu de venir à nous, il alla assié- 
ger Monségur, qui est une ville en Agénois, d'une 
belle assiette sur une montagne, en laquelle comman- 
doit le sieur de Melon, dans laquelle on jetta moins 
d'hommes et de munitions qu'il n'en fut de besoin. 
Le roy de Navarre estoit encore à Bergerac, où il 
avoit peu d'hommes; moy, voyant ces choses, j'allay 
passer la rivière, et m'en vins à Glérac, et n'osay 
dégarnir Nérac ^ que je ne visse l'armée des ennemis 
bien éloignée, qui fut occasion que je n'y en pus pas 
jetter. Mons*^ du May ne feignit une maladie durant 
ledict siège, pour avoir sujet de s'en aller faire panser 
à Bordeaux, et laissa le sieur de Matignon pour para- 
André de Meslon, sgr de Sailhan, conseiller du roi de Navarre, 
maître des requêtes de son hôtel, en était gouverneur. 

1. Le roi de Navarre, après avoir passé par Nérac le 
14 mars, vint s'établir à Sainte -Foy- la -Grande le 19 mars 
1586. 



196 MÉMOIRES DU VICOMTE DE TURENNE. [Mai 1586 

chever le siège; ledict duc, cependant, se ménageoit 
de la créance dans Bordeaux pour s'en asseurer, y 
ayant tousjours une notable mésintelligence entre les 
serviteurs du Roy et ceux de la Ligue*. Le siège finy, 
l'armée de Mons'^ du Mayne s'estant répandue dans les 
provinces pour se rafraîchir un peu, je m'en vins sur 
la Dordogne, où je voyois qu'ils jettoient leurs des- 
seins, la ville de Bordeaux continuant à solliciter son 
élargissement, qu'on avoit desjà commencé par la 
prise de Gastels, Sainte-Baseille et Montségur, n'ayant 
plus proche d'elle que la ville de Castillon-. 

1. Mayenne était à cette époque (mai 1586) fort malade à 
Bordeaux. Mais la version de J.-A. de Thou, p. 281, ne diffère 
pas beaucoup de celle de Turenne ; il est vrai que lui aussi 
était plus « serviteur du Roi que de la Ligue. » 

2. Castillon, malgré une héroïque résistance et le secours 
que le vicomte jeta plusieurs fois dans la place, fut obligé de 
capituler au bout de deux mois. La ville fui reprise au milieu 
d'avril 1587 par les troupes de Turenne et de Sacremore; 
les protestants y trouvèrent six gros canons et une grande 
quantité de balles et de poudre. [Journal de Faurin, p. 251.) 
— On sait que le second fils du duc de Bouillon, le grand 
Turenne, voulut que son cœur fût déposé dans l'église de Cas- 
tillon, qu'il avait bâtie. 



APPENDICE 



LETTRES DU ROI DE NAVARRE 

(HENRI IV) 
AU VICOMTE DE TURENNE. 



I. 

A MONSIEUR DE TURENNE. 

[Sans lieu, ni date'.] 
Capitaine Turenne, vous ne faudrés, vu la présente, 
me venir trouver, pour ce que j'ai envie de parler à 
vous. 

A Dieu. Je vous prie aussi que Mons"^ de Saint-Geniès^ 
vienne. 

Votre meilleur cousin et plus parfait ami, 

Henry. 
II. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Sans lieu, ni dale^.] 

Mon capitaine, si vous n'eussiés eu peur que l'on 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 42. 

2. Jean de Gontaut, sgr de Saint-Geniès, capitaine protes- 
tant, qualifié par le roi de Navarre de « mon lieutenant géné- 
ral en mes royaulme et pays souverain. « 

3. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 49. 



198 APPENDICE. 

VOUS eut faict recevoir quelque honte en courant 
mieux que vous, vous eussiés bien trouvé moyen 
qu*un de vos amis se fut trouvé masqué sur la car- 
rière et eut vu sa maitresse. Mais, Dieu mercy, quand 
vous êtes à votre aise, vous ne vous souvenés de 
personne. Vous ne m'avés rien mandé de nouvelles 
particulières; n'en faites ainsi aujourd'huy. Mèré- 
glise* suit votre exemple, si bien qu'il faudroit 
autant que je fusse à cent lieues de la Cour et sans y 
avoir aucun ami, que d'être comme je suis. 

Je baise les mains de votre maitresse, de pensée; 
je vous prie les lui baiser de fait, de ma part ; et je 
vous ferai quelqu'autre service. 

Le tout votre, 

Henry. 

Recommandés-moy à Laverdin. 

m. 

A MON COUSIN, MONSIEUR LE YICONTE DE THURENNE. 

[Chàleau-Ilenaull, mai 1576^.] 

Mon cousin, j'cstois jà bien avant en chemyn, suy- 
vant le commandement de Monsieur^, pour l'aler trou- 
ver et assister à la conclusion de la paix, quand le 
sieur de La l\ocque^ m'a rencontré et faict entendre 

1. Simon, sgr de Mère-Ej^lise, chambellan du duc d'Alençon. 

2. Collection Alfred Morrisson, n" G. — Autograph Icltcrs and 
hislorical documents. Catalogue publié parM. W. ïhibaudeau. 
Londres, 1885, gr. in-4", l. Il, p. 260. 

3. Le roi de Navarre venait de s'échapper de la Cour pour 
aller rejoindre son ami et compagnon de captivité le duc 
d'Alençon. 

4. Le s'' de la Roque, gentilhomme de la chambre du roi de 
Navarre. 



APPENDICE. 199 

qu'elle esloit résolue^, dont je loue Dieu et en reçoy 
ung singulier plaisir, moyennant qu'il luy plaise mectre 
fin aux misères et calamitez de ce pauvre royaume; 
mais, conmie il m'avoit esté promis que ladite con- 
clusion ne se feroit sans moy, aussi ne puy-je estre 
satisfaict, voyant tant de genlilzhommes, qui m'ont 
suivy pour le service de mondit sieur, s'en retourner 
mal contans pour avoyr esté oublyés, et que pas ung 
d'eulx ne se rescent d'aucun bienfaict, grade, ny hon- 
neur des charges qu'il a départies. Le sieur de Mom- 
martin^, que j'envoye vers luy, vous en fera plus 
particulier discours, sur lequel me remectant, ne vous 
en feray la présente plus longue, pour vous dire que 
je m'en voys en mon gouvernement de Guyenne, où, 
s'il vous plaist que nous nous voyons, vous congnois- 
trez le désir que j'en ay; et, cependant, je vous prye 
de m'aymer tousjours et faire estât de moy comme du 
meilleur parent et amy que vous ayez. Priant le Créa- 
teur, mon cousin, qu'il vous ayt en sa saincte garde. 
De Chasteau-Renault, ce jour de may 1 576. 
Vostre bien bon cousin et entier amy, 

Henry. 

IV. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Août-septembre 1577^.] 
Monsieur le grand pendart, vous vous êtes sou- 

1. La paix fut signée au camp d'Etigny le 6 mai 1576. 

2. Jean du Mats de Montmartin, un des porteurs ordinaires 
de dépêches du roi de Navarre, qui fut plus tard gouverneur 
de Vitré et maréchal de camp. (Voir Lettres missives, t. II, 
p. 115, 185, et t. III, p. 457.) 

3. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 52. La même 



200 APPENDICE. 

venu de la sœur de mon frère et non pas de la mienne. 
J'eus au soir des nouvelles du comte de Guerson', 
qui' me mande que Meslian^ est assiégé ou, pour le 
moins, investi. Hâtés vos affaires, afin que nous nous 
en allions vilement; car je me fâche ici. Je me remets 
de tout sur votre suffisance. 

A Dieu, cheval de poste. Je suis votre affectionné 
cousin et parfait ami, 

Henry. 

V. 

A MON CAPITAINE. 

[Octobre ou novembre 1578^.] 

Mon capitaine, je m'aime là où on me désire, qui 
est cause, avec ce que vous pensés qu'il n'y a point 
de danger, que je m'achemine où me mandés. Dites à 

lettre a été publiée par M. Feuillet de Couches, ('oiume tou- 
jours sans indication de provenance, dans les Causeries d'un 
curieux, t. III, p. 03. 

1. Louis de Foy, comte de Curson, vicomte de Meille, gen- 
lilhomine catholique, fils de Gaston de Foy, marquis de Trans, 
qui reçut les négociateurs de la paix dans son château de Fleix 
en 1580. Cette même année Curson fut tué avec ses deux frères 
au combat de Montraveau. 

2. Meillan, petite ville du duché d'Albret, aujourd'hui ch.-l. 
de cant. de l'arr. de Marmande (Tarn-et-Garonne), ou Meil- 
land (Gers), dans l'ancien Armagnac. 

3. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4433, fol. 50. — 
Publiée dans les Lcltrcs de Cnthcrine de Médieis, t. VI, Appen- 
dice, n" XV, p. 404, et aussi dans le t. III, p. Gl, des Causeries 
d'un curieux, de M. Feuillet de Couches, qui la date, sans motif, 
de Vincennes en mai 1574, la lettre faisant une allusion évi- 
dente à la première ou à la seconde rencontre du roi de 
Navarre avec la reine mère à Auch, en 1578. (Voir plus haut 
les Mémoires de Turenne, p. 130 et suiv.) 



APPENDICE. 201 

Laverdin, à Miossans^ et à tous nos gens qui^ se 
trouvent là, afin que je sois mieux accompagné. Si 
vous disiés à la Reine que peut-être je me trouverai 
là à son diner et que, si toute cette noblesse y etoit, 
il y auroit danger qu'il y arrivât quelque scandale, 
parce qu'il y en a qui m'ont fort offensé, et aussi des 
miens, comme Gondrin '\ Barannau', Saintorens^, 
Bastre*^, Faites de façon qu'il en vienne le moins que 
pourrés. Mandés-moy ce qu'aurés fait par Mèréglise, 
qui !îie trouvera à mon camp : entre autres choses, 
quels hommes y viendront. Baisés les mains de ma 
part à votre maitresse et à la mienne. 
Votre petit serviteur, 

Henry. 

VI. 

A MON COUSIN MONS"^ LE VICOMTE DE TURENNE. 

[Nérac, 26 décembre 1578 ^] 

Mon cousin, ayant à présent entendu ce qui est 
arrivé à Langon, j'en ai eu un extrême déplaisir, 
parce que, comme vous savés, j'ai une telle affection 

1. Jean d'Albrel, baron de Miossans et de Coarase. 

2. Qui, qu'ils. 

3. Hector de Pardaillan, sgr de Gondrin. 

4. Le sgr de Barannau, chevalier de l'ordre, sénéchal d'Ar- 
magnac. 

5. Cassagnet du Tilladet, sgr de Saint-Aurens. 

6. Sans doute Manaud de Batz, gouverneur d'Eauze (Gers), 
gentilhomme catholique, très dévoué au roi de Navarre. 

7. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, fol. 45. — 
Cette lettre a été publiée, d'après l'original de la collection de 
M™^ Digby-Boycott, au t. VIII, p. 131, des Lettres missives 
de Henri IV. 



202 APPENDICE. 

au bien de la paix et à arrester le cours des maux que 
beaucoup nous préparent et avancent malgré nous, 
que je voudrois, aujourd'hui plustôt que demain il y 
fut pourvu par bons et convenables remèdes; ce qui 
m'a fait dépescher présentement vers vous le sieur de 
Bégoles', présent porteur, pour assurer la Reyne de 
l'ennui que j'ai reçu de tel accident et du désir que 
j'ai que la justice qui y est requise en soit prompte- 
ment faite, lui offrant mes moyens et ma personne 
pour cet eff'et, comme toujours a été mon intention, 
qui se trouvera si droite et si pure, que j'espère que 
le Roy Monseigneur, ladicte Dame et tous les gens de 
bien reconnoîtront que, sans moy et la bonne affec- 
tion que j'y ay apportée, les choses ne fussent long- 
temps à un si bon état comme elles sont; comme tou- 
jours je n'obmettray aucune chose de mon devoir pour 
établir une bonne paix, et pour couper chemin aux 
maux qui nous gagnent et surmontent peu à peu, si 
nous ne nous aidons tous d'une commune main à 
faire justice et à observer sincèrement les édits de 
Sa Majesté. C'est ce que je vous peus faire entendre, 
que vous savés mieux qu'autre être toute mon inten- 
tion, et qui me gardera de vous en dire davantage, 
si ce n'est pour prier Dieu vous tenir, mon cousin, 
en sa sainte garde et protection. 
De Nérac, le 26 décembre 1578. 

Je vous envoyé un des habitans de Losserte^ qui 
demande justice. Ceux de la cour d'Agen, députés 

1. Antoine, seigneur de Bégoles, capitaine catholique au ser- 
vice du roi de Navarre. (Voir Lettres de Catherine de Médicis, 
t. VI, p. 189 et note.) 

2. Lauzerte avait été prise par les Catholiques le 5 mai 1578. 



APPENDICE. 203 

pour aller sur les lieux, disent qu'on ne leur donne 
aucun moien pour exécuter leur commission. Devant 
hier on en fit sortir les femmes et les enfants. 
Votre plus affectionné cousin et parfait ami, 

Henry. 
VII. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Avril 1580'.] 
Cousin, tant plus je vais en avant et plus je connois 
combien me ferés de faute, au cas que quelque chose se 
meuve, à quoy il y a plus d'apparence qu'autrement. 
Le maréchal de Biron ne vient point; toutefois, il ne 
m'en résout par la réponse qu'il m'a faite, désirant, 
ce semble, attendre le dernier de ce mois pour voir 
ce que nous ferons des villes. Nous lui avons fait 
aujourd'hui une recharge par Mons"^ Destrosse, pour 
lui faire lever le masque. Mons' de Benac m'a mandé 
qu'il ne viendroit point. Après la réponse de 
Mons"" Destrosse, je ferai ce que vous sçavés que 
j'avois résolu. Frontenac vous contera tout ce qui s'est 
passé à Mouissac ~, et comme Mons"" de Duras ^ m'a 
voulu faire un bon tour à Agen, oi^i d'apparence j'ai 
été le très bien venu. Tous les Messieurs du Conseil 
seront ici aujourd'hui ou demain. Je suis après à 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, fol. 43. — La 
mission de Philippe Strozzi en Guyenne, pour essa3'er d'empê- 
cher la guerre, est de la lin de mars 1580. Il devait calmer les 
catholiques et tenter de réconcilier le roi de Navarre avec le 
maréchal de Biron : tâche difficile, car ils avaient l'un contre 
l'autre de nombreux griefs. 

2. Moissac (Tarn-et-Garonne). 

3. C'était le mari de la favorite de la reine de Navarre. 



204 APPENDICE. 

accorder les deux frères ; je ne pense pas en venir à 
bout. Je n'ai point eu de nouvelles de la Reine ^ depuis 
La, Roche^. Je ne parle plus à Rebours^; ce serment 
ne se rompra plus. Frontenac^ y est, comme il vous 

dira a une fièvre continue. Il y a ici des Espagnols 

qui sont venus pour me proposer des choses belles, 
que le porteur vous dira : vous en userés comme bon 
vous semblera. Je vous envoyé ces blancs. Voilà tout ce 
que je sçais; je vous prie me vouloir toujours aimer et 
faire estât que n'aurés jamais ami qui vous aime plus que 
moy. A Dieu, mon ami; mandés-moi de vos nouvelles 
souvent; je vous recommande mes gens : tout le plaisir 
que leur ferés, je le prends comme fait à moi-même. 
Vostre plus parfait et affectionné cousin et ami 
à jamais, 

Henry. 

VIII. 

A MON COUSIN, MONSIEUR LE VICOMTE DE TURENNE. 

[1584^] 
Mon cousin, Boisrenard*^ m'est venu trouver, par 

1. La reine lui avait écrit par Pierre de Masparaut le 31 mars 
1580. (Voir Lettres de Catherine de Médicis, t. VII, p. 233.) 

2. C'est sans doute celui qu'on appelait « le petit La Roche, » 
un des iils de Philippe de la Roche, baron de Fontenille, 
capitaine de cinquante hommes d'armes et chevalier de l'ordre 
depuis 1568. 

3. M"^ Rebours, fille de Guillaume Rebours, président au 
Parlement, l'une des maîtresses les plus connues du Réarnais; 
elle fut bientôt remplacée par M"*^ de Montmorency-Fosseux, et 
se jeta dans les bras de ce Frontenac, dont il est parlé deux 
fois dans la lettre. 

4. Sur Frontenac, voir la note de la p. 132. 

5. Cop. Ribl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 99. 

6. Le capitaine Roisrenard fut, avec le s'' de Meslon, l'un des 



APPENDICE. 205 

lequel ayant entendu la division qui est entre luy et 
Marsolau, laquelle ne se peut bien accorder, j'ai avisé 
de le renvoyer vers vous, afin de la vous faire entendre. 
Il me semble que le meilleur seroit que vous mettiés 
ledict Boisrenard dedans Saincte-Bazeille, avec les trente 
hommes qu'il a pour la garde et sûreté de ladicte 
place, laquelle est menacée et pourroit être en danger, 
attendu le peu d'affection que montrent avoir les habi- 
tans, ainsi que Lausère^ me mande : il sera fort soi- 
gneux de la faire fortifier, ainsi qu'il m'a assuré. Il 
vous faudra mettre en sa place, à Monségur, telle autre 
compagnie que vous aviserés, à quoy je vous prie bien 
fort, mon cousin, de pourvoir et faire aussy que la 
compagnie de cheval du sieur de Vivans soit entre- 
tenue sur les contributions de delà la Garonne, parce 
que ce qui est de deçà est si mangé et pillé et si 
chargé d'autres compagnies de gens de cheval qui 
s'en vont être toutes dressées, qu'il est impossible 
qu'il puisse suffire pour leur entretenement et porter 
les contributions qu'il faudroit lever, si la compagnie 
dudict sieur de Vivans- y étoit de surcroit. Je vous 
manderay de mes nouvelles par homme exprès que 
je vous depêcheray; cela me gardera de vous faire 

défenseurs de Montségur en 1584. Le roi de Navarre l'autori- 
sait, le 3 mars 1584, à prendre des vivres où il pourrait, afin 
de nourrir la garnison. 

1. Lauzère ou Lauzères, capitaine gascon, qui fut plus tard 
valet de chambre de Henri IV. 

2. Geoffroy de Vivans, ou Vivant, seigneur de Doynac-en- 
Sarladois, né en 1543, était capitaine de cinquante hommes 
d'armes, gouverneur du Périgord et du Limousin. Il fut tué 
d'un coup de mousquet, le 21 août 1592, en défendant le châ- 
teau de Villandreau contre le maréchal de Matignon. 



206 APPENDICE. 

celle-ci plus longue, si ce n'est pour vous prier d'ai- 
mer toujours votre plus affectionné cousin et parfait 
ami à jamais, Henry. 

Mon ami, croies que vous êtes l'homme du monde 
que j'aime le mieux. Je vous enverray Gonstans^ 
demain. J'ai donné charge à ce porteur de vous dire 
quelque chose. 

Si vous voies la lettre que m'a écrit Mons"^ de Lusi- 
gnan, de la façon que l'on traite les régiments du 
maréchal, il vous fcroit pitié. 

IX. 

A MON COUSYN, MONSIEUR LE VYCONTE DE TURENNE. 

[15852.] 
Ayant sceu la mort du capyteyne Mesny, Sauvât^ 
m'est venu demander le gouvernemant de Gastyllon 
et sa compagnye, dysant que, pansant qu'elle seroyt 
alacquée la premyère"^, il me voulloyt fayre paroytre 
son courage et sa dylygence; ce que ne luy ay voullu 
refuser à plat : aussy, de vray, me surprynt-yl; mes je 
luy dys que je le luy acordoys, sy vous n'y avyez poynt 
pourveu, et que je vous an escryroys par luy. J'y ay 
myeus pançay depuys : il est papyste, assés volage, 

1. Augustin de Constans, sgr de Rebecque, gentilhomme de 
la chambre du roi de Navarre. 

2. Nous nous permettons, pour que la série soit complète, de 
reproduire ce billet sans date, publié déjà par M. Guadet dans 
le Supplément aux Lettres missives, t. IX, p. 332. — Bibl. 
nat., f. fr., Nouv. acq. 4553, p. 5G. 

3. Il serait intéressant de savoir quel était ce « papyste » 
Sauvât, que le roi de Navarre traite si bien en Gascon. 

4. Voir plus haul, j). 187 et l'JO. 



APPENDICE. 207 

peu prévoyant; de brave, il le l'est tout outre. Il 
n'est nullement propre pour ceste charge : pourvoyés- 
y donc ; et, lorsqu'il vous portera ma lettre, dytes-luy 
que, suyvant le pouvoyr que avés de moy, vous y 
avyés pourveu; que, sy il eut esté sur les lyeus, vous 
ussyés esté très ayse de luy mettre, voyant sa bonne 
volunté. Je vous anvoye mon advys sur ce que avés à 
fayre. Il ce présante quelque chose de beau, sy vous 
vous advancés. Fautryère* est fort partyculyèrement 
ynstruyt de tout, quy me fera fynyr, à vous jurant 
que vous estes l'homme du monde que j'ayme autant. 
Je porte 8 cens pyques, mays ils n'ont poynt de fers; 
fêtes an fayre aus vylles. An prenant le chemyn que je 
vous mande, vous pourvoyrrés à Monflanquyn ~. A Dieu. 
Je suys vostre plus afectyoné cousyn et parfayt amy, 

Henry. 
X. 

A MON COUSYN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Août 15853.] 
J'ay guagné le tamps, avec ces députés, que nous 
désyryons. Je vous anvoye ce porteur en dylygence 
pour fayre sursoyr toutes entreprynses : croyés ce 
qu'yl vous dira. Je vous prye, venés avec dys ou 
douse, me treuver ycy dy manche sans faute, car 
lundy je partyray pour ramener ce que vous sçavés. 
Je lesse ma seur où elle est. Duras '^ va voir le roy 

1. Ailleurs, ce personnage est appelé « La Fautrière. » 

2. Voir plus haut, p. 188. 

3. Cette lettre, provenant de la collection Feuillet de Couches, 
est aussi imprimée dans les Lettres >?iissives, t. IX, p. 333. 

4. Duras, toujours ennemi de Turenne, du roi de Navarre et 



208 APPENDICE. 

d'Espagne, qiiy (depuys troys semaynes) est anfermé 
dans son logys à cause de la eontagyon. La coqueluche 
s'est mellée avec la peste, sy byen qu'on an réchape 
peu. Ledyt Duras va cepandant par les enemys, 
demandant qu'yls aydent de moyens à la Reyne de 
chasser les érétyques, quy sont avec celuy que l'on 
nomoyt son mary. Venés pour Dyeu! Il y aura plus 
à fayre que nous ayons eu, ny que nous n'aurons 
peut-estre d'un an. J'ay byen ocasyon de me passer 
de vous : je ne vous guarderé guières ; mais que je vous 
voye. Groyés que je vous ayme plus que vous ne 
faytes moy'. Sur ceste véryté, je vous prye ancore un 
coup venyr. 

C'est vostre plus parfayct cousyn et antyèremant 

-"'^y ^'"^ Henry. 

XI. 

A MON COUSYN MONSIEUR DE TURENNE. 

[15852.] 

Mon cousyn, depuys yl m'est souvenu que je n'avoy 
poynt pourveu au fayt du sieur Bartélemy, que 
j'ayme ynfynyemant, comme je luy feray paroystre. 
Je mande à Pedesclau^ de luy bayller deux cens escus : 

des huguenots, servait en outre les passions de Marguerite de 
Valois. 

1. Le roi de Navarre avait raison : le ton même des Mémoires 
prouve que Turenne n'était attaché au Béarnais qu'avec bien 
des réserves. 

2. Autogr. Collection Morrisson, n° 38. — Catalogue, etc., 
p. 266. 

3. Vincent de Pedesclaux, trésorier et receveur général des 
ilnances du roi de i\avarre. 



APPENDICE. 209 

fêtes les luy bayller, et l'assurés, je vous prye, de ma 
bonne volonté. Ce qu'avoyt Vyssouse^ quy est fort 
peu, a esté tout amployé et n'a duré que deus ou troys 
jours, et en mauvèses pièses~. C'est 

Vostre très afectyonné mestre et parfet amy à jamès, 

Henry. 

XII. 

A MON COUSYN MONS"^ LE VYCONTE DE TURENNE. 

[Septembre 15853.] 

Mon cousyn, je n'ay poynt eu novelles de vous que 
despuys hyer par Moreau^, par lequel vous me mandés 
qu'yl vous sera mal aysé de vous rendre (au tems) au 
lyeu arresté, ce quy sera byen dyfysylle aussy à nos 
troupes de Guyenne; mays yl faut se delygenter le 
plus qu'on pourra : surtout, avansés le canon le plus 
près que pourrés. Et, pour le regart de Mons"^ de La 
Force, yl me fyt byen conoytre, à son despart, son 

1. Raimond de Viçose, ou Bissouse, qualifié « un de mes 
secrétaires des finances » dans une lettre du 3 juin 1588. 
(T. II, p. 380.) 

2. Dans l'état de la maison du roi de Navarre, dressé le 
l^"" janvier 1585, le vicomte de Turenne est indiqué comme 
« chef du Conseil, » MM. de Ségur, de Clervant et Duplessis 
comme « surintendans de la maison, affaires et finances. » 

3. Collection Morrison, n° 27. Autogr. letters, etc., t. II, 
p. 264. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 89. 

4. « Maistre » Moreau, lieutenant de la baronnie de Château- 
neuf, était un des plus fidèles serviteurs du roi de Navarre. 
(Voir le billet en date du 7 août 1586, dans les Lettres mis- 
sù'es, t. II, p. 232.) 

14 



210 APPENDICE. 

mescontantement, quy ne peut estre que pour le fayt 
de la maison deMons"" de Beauregart^; car, pour l'autre 
que vous savés, je le rendys contant. Sy vous conoyssés 
que se soyt pour cella, je vous prye de le contanter 
et luy dyre que vous en avés commandement de moy ; 
je ne voudroys pour ryen perdre un sy bon servyteur. 
Quant à mon cousyn, MonsMe comte de Soyssons'^ yl 
a esté fort marry d'avoyr veu par vos letres le bruyt 
quy a couru; yl est résolu de vous aymer fort, say- 
chant combyen l'amytyé de telles personnes que vous 
luy est utylle. Pour moy, je vous ayme plus que vous 
ne faytes, et faysons à l'envy. Mandés-moy souvant 
de vos novelles; et à Dyeu, mon cousyn. Je suys 
Vostre très afectyonné cousyn et assuré amy, 

Henry. 

J'ay mandé à Mons"^ du Plessys de pourveoyr à la 
delyvrance de Vobereau^. Quant à mon syrurgen et à 
Moreau, se ne sont pas gens quy doyvent estre mys 
à ranson. Mandés à Mons"^ le mareschal que quant j'en 
auroys des syens de ceste qualyté, que je les luy ren- 
voyerès; que, s'yl le fayt, yl me donrra ocasyon de 
trayter aynsy les syens : cepandant, en prenant les fors 
que vous ataquerés, je vous prye garder quelques- 
uns, pour les pouvoyr retyrer. Je suys marry contre 
vous de ce que ne m'avés envoyé Bonyères et Dujon ; 
je m'en prendray à vous et non à eus. 

1. Sans doute Jean de Montberon, seigneur de Beauregard. 

2. Charles de Bourbon, comte de Soissons, fils de Louis P"", 
prince de Condé. 

3. Nous ne trouvons rien dans la volumineuse Correspon- 
dance de Duplessis-Mornay qui se rapporte à cette affaire. 



APPENDICE. 211 

xm. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Janvier 1586'.] 

Cousin, ces forts se rendent demain matin, de sorte 
que je m'en irai assiéger Gausac-, que mon logis 
pourra être à la Bastide, qui sera votre chemin. Je 
vous prie d'y faire trouver tous les maîtres; et me 
ferés amener mes chiens, mes écuyers et mon oiseau. 

A Dieu. De Casais^, ce jeudy, à huit heures du soir, 
2i8 janvier. C'est 

Vostre affectionné cousin et parfait ami, 

Henry. 

XIV. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Février 1586 -s.] 
Cousin, j'oubliay hier à vous dire que je treuve bon 
ce que Bysouse a conclu pour... Le Pin^ m'a parlé 
pour vous de quelque chose : vous estes une beste; 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 42. 

2. Cauzac (Lot-et-Garonne), arr. d'Agen. 

3. Gazais (Tarn-et-Garonne) , près Verdun. Une lettre du 
2 février 1586 est datée « de la Gazais. » [Lettres missives, 
t. II, p. 189.) 

4. Publiée dans le t. II, p. 194, des Lettres missives, d'après 
l'autographe des archives de M. le vicomte de Gourgues, à 
Lanquais. 

5. Le Pin, ou plutôt Jacques Lallier, sgr du Pin, secrétaire 
du roi de Navarre. 



212 APPENDICE. 

ne savés-vous pas que nous n'avons rien à départir? 
Ayés Toeil ouvert sur les troupes de Mons"" du Mayne*. 
Je vays dormir à Castel Jaloux-. Nous ne tenterons 
rien follement. C'est de vous de qui j'attends des nou- 
velles. A Dieu. 

Celui qui vous aime plus que valés, 

Henry. 

L'on prend les messagers; si c'est chose qui 
importe, mandés-le moy par deux. 

XV. 

A MON COUSYN MONS' DE TURENxNE. 

[Février 15863.] 

Mon cousyn, je vyens de resevoyr des lettres du 
sieur de Fa vas, quy a sa mayson pourveue de ce 
qu'yl luy faut. Les compagnyes de Lestelle* ne sont 
ancores à Sainte-Bazeylle, dont je suys an peyne. Je 
panse que Mons"" le maréchal de Matygnon l'ataquera 
plustost que place quelconque. La noblesse de se pays 

1. Le duc de Mayenne, depuis le commencement de 1585, 
commandait en Guyenne conjointement avec Matignon; mais il 
s'entendait assez mal avec le maréchal. 

2. Le roi de Navarre, quittant Nérac, alla coucher à Castel- 
jaloux les 6 et 13 février 1586; il y séjourna jusqu'au 16. 

3. Autogr. Collection Morrisson, n° 35. Catal., t. II, p. 265. 

4. Voir t. II, p. 200, des Lettres missives, une lettre du 
15 mars 1586 à M. de Lestelle. Le roi de Navarre lui dit qu'il a 
été à cheval à Casteljaloux. — Tous les petits faits de guerre de 
cette année 1586 sont racontés avec beaucoup de verve dans 
l'écrit de Duplessis-Mornay intitulé : Response à ung petit dis- 
cours sur le voyage de M. de Mayenne en Guyenne. [Mémoires 
et correspondance, t. III, p. 380.) 



APPENDICE. 213 

ne bouge, aiicores qu'elle soyt mandée au huytyème 
de se moys à Marmande et à Coutures', et n'y a pas 
aparanse qu'elle monte à cheval. Vostre commère parle 
byen autre langage, an ses lettres qu'elle ecryt par desà, 
que celuy qu'yl a tenu à 98, 35, 64, 46, 52. Il est be- 
soyn de secouryr Sainte-Bazeylle-. Dedans dymanche, 
j'espère avoyr ansamble troys cens cynquante chevaus, 
ce que je n'eusse pas creu, etbyentost deus mylle har- 
quebousiers ansamble. J'espère que Dyeu nous assy- 
stera, auquel je me fye du tout, et que nos anemys ne 
feront pas se qu'yis panset. Seryllac^ vous dira des 
nouvelles de Languedoc, sur lequel je me remettray, 
et vous pryeray de me mander à toutes heures de 
vos nouvelles. A Dieu, mon cousyn, aymés toujours 
parfètement, 

Vostre très afectyonné cousyn et très parfet et 
ymmuable amy, 

Henry. 

Mon cousyn, j'ay depuys esté à Gastelgelous, où 
j'ay veu les sieurs de Fabas, Vyvans : Seryllac vous 
en dira des nouvelles : il s'en va byen ynstruyt. 

1. Goutures-sur-Garonne (Lot-et-Garonne), arr. de Mar- 
mande. 

2. Le 18 mars, Henri écrit de Sainte-Foy à M. de Vivans qu'il 
faut envoyer le lendemain deux compagnies à Sainte-Bazeille : 
la ville capitulera néanmoins au mois d'avril. Il avait dit aussi à 
Turenne de « bailler des gens pour Saincte-Baseille et Gau- 
mont. » — Plusieurs autres lettres à M. de Vivans se trouvent 
dans le t. II des Lettres missives. 

3. François de Faudoas, seigneur de Serillac. 



214 APPENDICE. 

XVI. 

A MON COUSYN MONS"" DE TUREIWE. 

[Février 1586'.] 
Mon cousyn, depuys ma dernyère, j'ay eu avys que 
Mons'' le maréchal de Matygnon estoyt allé à Case- 
nove^, et l'avoyt anvyronné avec sa cavalerye, et avoyt 
fayt tyrer deus canons pour l'assyéger et le batre, 
ayant douze cens harquebouziers et sys cens Souysses 
et quatre compagnyes de jandarmes; mays, ayant 
antandu que j'estoy an ceste vylle, yi s'est retyré à 
Langon et s'est fort resserré. Je vous manderay à 
toutes heures de mes nouvelles ; je vous prye fère le 
samblable et m'avertyr de ce quy se passe an l'armée 
du duc de Mayenne. C'est un des plus grans contan- 
temans que je puys avoyr que d'estre souvant averty 
de vos nouvelles^. Je depesche les sieurs de Mondon* 
et Lambert^ avec une bonne depesche, laquelle je leur 
ay comandé de fère voyr à la dame de La Roche et 
prendre sur tout son advys. A Dieu, cousyn ; c'est 
Vostre très afectyonné cousyn et très parfet amy, 

Henry. 

1. Autogr. CoUect. Morrisson, n° 36. Autograph Letters, etc., 
t. II, p. 256. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 97. 

2. Le château de Cazenove en Bazadais était situé près de 
Villandraut (Gironde), arr. de Bazas, à 3 kil. de Langon. La 
tour en était célèbre dans tout le pays, et les ruines qui en 
subsistent encore indiquent une véritable forteresse. 

3. Une phrase presque semblable se trouve dans une lettre 
à M. de Saint-Geniés, du 21 février 1586 : « Nos ennemis en 
ont été tellement alarmez que Mons"" le maréchal de Matignon 
resserra toute sa cavalerie dedans Langon... « [Lct. mis., II, 191.) 

4. Le s' de Mondon était un porteur de dépêches du Béarnais. 

5. Pierre de Lambert, sgr de Rouziers et de la Mazardie. 



APPENDICE. 215 



XVII. 



A MON COUSYN MONS' DE TURENNE. 

[Mars 1586 <.] 
Mon cousyn, quelque mauvays tems qu'yl ayt fet, 
quelque débordement d'eaus qu'yl y ayt eu, j'ay sur- 
monté toutes dyfycultés et suys venu an cette vylle, 
sans que nous ayons perdu sys homes; le povre de 
Ryeu^, maréchal des logis de ma compagnye de mes 
chevaus-legers, quy s'est noyé, dont j'ay eu beaucoup 
de regret. Mon cousyn Mons"^ de Monmorensy est à 
Castres, quy est sur le poynt de se retyrer; de quoy 
j'ay byen voulu vous en avertyr et vous pryer byen fort 
de vous avanser le plus que vous pourés, parce qu'yl 
nous le faut voyr, et prendre tous ensemble une bonne 
résolusyon. Je desyre que vous amenés deus canons 
avec vous, et, sy cela vous retardoyt trop, Mons" de 
Glermont^ les amènera, auquel j'en ecry aussy; et 
vous vous avanserés en toute dylygense. Vous avés 
entendu toutes nouvelles par Gonstans ; cela me gardera 
vous en dyre davantage, sy ce n'est pour vous pryer 
de rechef, mon cousyn, de venyr yncontynent et de 
m'aymer et tenyr toujours pour 

Vostre très afectyonné cousyn et parfet amy, 

Henry. 

1. Autogr. Collection Morrisson, n° 39. Catalogue, etc., 
t. II, p. 266. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 94. 

2. Sans doute, le fils de François de la Jugie, baron de 
Rieux, gouverneur de Narbonne, qui avait été chambellan du 
roi de Navarre l'année précédente. 

3. Georges de Clermont-d'Amboise. 



216 APPENDICE. 



XVIII. 



A MON COUSYN MONS' DE TURENNE. 

[Mai 1586'.] 
Mon cousyn, depuys la lettre que je vous escryvys 
hyer, il a esté encores atrapé des ennemys, assavoyr 
vynt-quatre soldats quy estoyent dans un moulyn, une 
lyeue près de Monségur, dont il y avoyt troys capy- 
tènes, armés à preuve, et quatre mousquetères, et 
encores depuys douse autres soldats, dont y avoyt 
deus sergens et deus mousquetères; tout cela tué, 
outre troys beaus chevaus reystres, quy ont esté prys. 
Ceus de Sainte-Foy^ et de Genssac sont tousjours à la 
guerre, d'un costé ou d'autre, et atrapent tousjours 
quelqun. Ils sont allés cette nuyt dernyère à la 
guerre; je ne sçay ce qu'yls auront t'et. Je vous 
asseure que nous suyvôns fort les erres de ceus de 
Monflanquyn^ et de Gleyrac. Je vous prye, mandés- 
moy tout ce que vous aprcndrés et fettes fort travayl- 
ler. A Dyeu, mon cousyn, je suys 

Vostre très afectyonné cousyn et parfet amy, 

Henry. 
A Bregeyrac, ce premyer de may. 

1. Autogr. Collection Alfred Morrisson, n° 40. Catalogue, 
etc., t. II, p. 266. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, 
p. 104. 

2. Henri de Bourbon avait convoqué une assemblée à Sainte- 
Foy en mars 1586. Mais il s'agit ici de Sainte-Foy-la-Grande 
(Gironde) et de Gensac, également dans l'arrondissement de 
Libourne, tout près de la petite ville de Castillon. 

3. Le sieur de Béthune était gouverneur de Montflanquin; 



APPENDICE. 217 

XIX. 

A MON COUSIN MONS' LE VICOMTE DE TURENNE. 

VerteuiH, 17 mai 1586^ 
Mon cousin, je suis venu jusques en ce lieu sans ren- 
contre. Ce jourd'huy, Mons"^ le Prince se vient joindre 
avec moy, lequel a quatre cens bons chevaulx et des 
harquebuziers à cheval. Mons*" le maréchal de Biron 
est venu à Poictiers sans forces. On dict que le rendez- 
vous gênerai de ses troupes est à Tours et qu'il est 
passé devant audit Poictiers, pour encourager la 
noblesse catholicque et intimider celle de la Religion . 
Nous prandrons resolution de ce que nous aurons à 
faire, estant ledit sieur Prince joinct avec moy. Le 
sieur de Diesbach, gentilhomme bernois, qui a esté 
nourry avecq vous, est venu me trouver en ce lieu, 
depesché de la part des Quatre Gantons protestans, 
pour me prier d'envoyer mes députez à la Court, pour 
entendre le faict de la légation des ambassadeurs qu'ilz 
envoyent vers le Roy monseigneur, et pour estre pre- 
sens à leur négociation et sur icelle entendre mon 
intention. Hz ont requis, à ceste fin, saufconduict du 
Roy mondit seigneur, pour mesdits députez, lequel 
il m'a apporté. A cest effet, je les feray partir dans 
deux ou trois jours, pour arriver au mesme temps 

sur ses exploits, bientôt suivis de sa mort, on peut lire la 
Response au discours de M. de Mayenne, p. 393 et 398. 

1. Verteuil-d'Agenais (Lot-et-Garonne), arr. de Marmande. 

2. Orig. Collection Alfred Morrisson, n° 42. Autograph 
Letters, t. II, p. 266. — Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, 
p. 106. 



218 APPENDICE. 

que les ambassadeurs desdits cantons à Paris. Je leur 
fais faire une instruction, qui ne nuira poinct à noz 
affaires. Le lieu de la place monstre est donné pour 
s'y trouver et rendre à la fin de juillet^ ; on l'eust 
plus tost peu faire, mais on a crainct la difficulté qu'on 
a preveue du recouvrement des vivres pour ledit 
secours estranger. 11 y a bon nombre de princes qui 
viennent en ladite armée; elle sera composée de 
quatorze mil chevaulx, de dix mil Suisses et aultant 
de lansquenets, dix-huict pièces d'artillerie et trois mil 
pionniers. Les princes d'Allemagne fournissent plus 
de deux cens mil escuz pour leur taxe, sans y com- 
prandre ce que le roy de Dannemarch baillera. J'espère 
qu'après Montsegur- l'armée des ennemis ne pourra 
faire grand effect. Suivant ce qu'elle fera, il fauldra 
nous gouverner et conduire, et mesmes adviser aux 
moyens de joyndre nos reystres^. Je vous prie me man- 
der le plus souvent que vous pourrez de voz nouvelles 
et je feray le semblable. J'atends Lambert, pour avoir 
nouvelles de Mons'' de Monpensier^. Je vous en man- 
deray aussitost que j'en auray certaines nouvelles. 
Cependant, je vous prieray vous asseurer de plus en 
plus de mon inviolable et perpétuelle amitié, comme 
aussi je prieray le Créateur vous tenir, mon cousin, 
en sa très sainte garde. A Verteuil, cexvii® may 1586. 

1. Le mot juillet a été interligné après coup. 

2. Monségur avait obtenu une capitulation honorable le 
15 mai 1586. 

3. Les mots soulignés sont en chiffres, avec une traduction 
contemporaine entre la ligne. 

4. Henri de Bourbon, prince de Dombes, puis duc de Mont- 
pensier, gouverneur de Bretagne et de Normandie. 



APPENDICE. 219 

Mon cousyn, on me vyent de dyre que vous ary- 
vastes vendredy à Bergerac, qui estoyt le lendemayn 
de mon partemant; ce que je ne puys croyre, parce 
que je m'assure que vous m'en eussyés averty, ou yl 
faut dyre qu'yl y a de vos messagers prys ; car je n'ay eu 
une seule nouvelle de vous, depuys que j'en suys party. 

Vostre très afectyonnê cousyn et parfet amy, 

Henry. 
XX. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Juin 1586'.] 

Cousin, je pars aujourd'hui pour aller coucher à 
Marans; demain, j'arriverai de bonne heure à la 
Rochelle^. Je n'ai fait cette journée d'une traite, que 
parce qu'il me faut pourvoir à avancer des trouppes, 
pour jetter dans Fontenay^ et autres lieux qui en ont 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 96. 

2. Le roi de Navarre, abandonnant la Guyenne, où Turenne 
restait en face du duc de Mayenne, était venu dans l'Aunis, 
ralliant à la Rochelle le gros du parti protestant. Henri III 
envoya contre lui le maréchal de Biron, avec l'armée qu'il 
avait en Poitou. Leur première rencontre eut lieu devant 
Marans, qui fut secouru par le marquis de la Force, propre 
gendre de Biron, si bien que le maréchal dut se retirer, lais- 
sant la ville aux huguenots, ainsi que Tonnay-Charente. Les 
hostilités furent à peu près suspendues jusqu'au mois de 
décembre, où la reine mère, avec les ducs de Nevers et de 
Montpensier, organisa la conférence de Saint-Bris, à laquelle 
elle appela le roi de Navarre; mais toute sa diplomatie échoua 
devant l'obstination des protestants. 

3. Fontenay-le-Corate (Vendée). 



220 APPENDICE. 

fort besoin, l'armée s'avançant comme elle fait. 
La Brctache vient d'arriver de ChampignyS qui rap- 
porte avec assurance que Mons' de Nevers- est à Sau- 
mur, ses trouppes du long de la rivière du Doué, 
l'artillerie de Tours descendue audict Saumur; ils 
disent qu'ils attaqueront Mauléon cette semaine; je 
crains plus le fauxbourg des Loges. Bonjour, cousin, 
je suis 

Vostre très affectionné cousin et parfait ami, 

Henry. 
XXI. 

A MON COUSYN MONS' DE TURENNE. 

[Juin 15863.] 

Gousyn, je vous ay escryt depuys quatre jours par 
deus voyes. Nous sommes icy après la garde et 
défense de Marans^. Le maréchal de Byron est devant 
depuys quynse jours et fet tous les preparatys qu'yl 
peut pour l'emporter^. C'est une isle, quy a toujours 
esté quytée ou abandonnée; mes nous avons entreprys 

1. Champigny-le-Sec (Vienne), cant. de Mirebeau-en-Poitou. 

2. Louis de Gonzague, duc de Nevers. 

3. Autogr. Collection Alfred Morrisson, n" 5. Le catalogue 
imprimé, t. II, p. 260, place, ce nous semble, à tort cette 
lettre en 1576. — Cop. Bibl. nat., f. fr., IVouv. acq. 4533, 
fol. 84. 

4. Le roi de Navarre arriva à Marans, dans les marais 
salants de l'Aunis, près la Sèvre-Niortaise, pour en organiser 
la défense, le 16 juin 1586. Le siège de Marans fut levé à la fin 
de juillet. 

5. Le 24 août 1586, le roi de Navarre écrit de la Rochelle 
que « les reistres arrivent. » 



APPENDICE. 221 

de la garder. Les sieurs de la Boulaye^, de la Forsse^, 
de Beaupré, de Fouquerolles^, de Banques* et autres 
honnestes hommes sont dedans, Neuvye y est avec 
son regyment, quy sont byen résolus de la garder. Je 
vous ay ecryt que Saynte-Dame^ est arryvé, quy 
a aporté la certytude de rachemynement de nos 
reystres, quy ne faudront d'estre à la f'rontyère 
dedans le moys prochayn, et d'un second secours. On 
parle du voyage du Boy à Pouques^ et à Lyon. Yl a 
osté l'edyt des procureurs et l'a révoqué. L'alarme 
y est à présent de nos reystres, qu'yls n'avoyet 
encores eue à la court, et dysoyet qu'yl n'en vyen- 
droyt poynt pour nous. Le Boy s'en est prys à Ghom- 
berg''', quy le luy avoyt aynsy assuré. Mes tantes de 

1. Philippe Eschalard, baron de La Boulaye, ami de d'Au- 
bigné. 

2. Jacques Nompar de Caumont, le second fils d'une nom- 
breuse et ancienne famille de Gascogne, échappé par miracle 
à la Saint-Barthélémy, plus tard duc de la Force et maréchal 
de France. 

3. Le sieur de Fouquerolles, d'une vieille famille de Picardie, 
était très aimé du roi de Navarre. Il fut chargé par lui en 1597 
d'une mission en Angleterre et mourut au siège d'Amiens. 

4. Il est question du s"" de Ranque en 1586 et des services 
qu'il rendit au roi de Navarre, ainsi que du sieur de Sainte- 
Dame, dans les Lettres missives, t. II, p. 188. 

5. Le roi de Navarre remercie, à la fin de janvier 1586, 
François de Ségur d'une lettre qu'il lui a envoyée par ce 
même Sainte-Dame. [Lettres missives, t. II, p. 188.) Mais nous 
n'avons aucun renseignement sur le personnage. 

6. Pougues (arr. de Nevers) , où Henri III allait prendre 
les eaux. 

7. Gaspard de Schomberg, baron de Nanteuil, le négocia- 
teur de Henri III et de Henri IV en Allemagne. 



222 APPENDICE. 

Soyssons* et de Frontevaus^ me veulent venyrvoyr : 
on dyt que c'est pour me parler de payx. Nos afères 
se portent byen en Franse ; pour le regart de nos amys 
et servyteurs, je vous en manderay des nouvelles. 
Je vous prye, mon cousyn, m'aymer et me teynir per- 
pétuellement et ymmuablement pour 

Vostre très afectyonné cousyn et parfet amy, 

Henry. 

Cousyn, nous avons parlé et byen rys, Roquelaure, 
Frontenac, Gonstans et moy, de quelque chose de 
vous; de coy, à nostre première veue, je vous feray 
mouryr de ryre. 

XXII. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

Taillebourg, 21 juin [15863.] 
Mon cousin, attendant que je vous renvoyé celui 
qui est venu de votre part le dernier, duquel on fait 
la dépesche, je vous feray ce mot seulement par ce 
laquais qui s'en retourne en Béarn, pour vous dire 
que nous avons eu nouvelles de la Cour que le grand 
prieur* a été tué par Altoviti en sa chambre, qui a 

1. Catherine de Bourbon, sœur aînée d'Eléonore, abbesse de 
Notre-Dame de Boissons. 

2. Eléonore de Bourbon, sœur d'Antoine, roi de Navarre, 
abbesse de Fontevrault depuis 1550. 

3. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 101. 

4. Henri d'Angoulême, fils naturel de Henri II, était grand 
prieur de France, gouverneur de Provence et amiral des 
mers du Levant. Il eut à Aix une querelle avec Philippe Alto- 



APPENDICE. 223 

aussi été tué. Mons*" d'Épernon a le gouvernement de 
Provence, le grand prieur de Toloze a le grand prieuré 
de France, et le bastard du feu roy Charles a celui de 
Toloze ; Mons"" de Joyeuse s'en va commander à l'armée 
qui étoit dressée pour Givaudan, à laquelle le maré- 
chal d'Aumont commendoit, qui a eu son congé et se 
retire. Ladicte armée est de 3 mille hommes et d'en- 
viron 500 chevaux. Il est vray que depuis que le duc 
de Joyeuse a pris la charge, on le renforce de quelques 
compagnies de gens de pied. // en faut avertir M. de 
M..., ils veulent prendre MaransK Je vais demain à 
Pons, je vous dépescheray de ci Lartigues^; on a dé- 
troussé trois hommes depuis dix jours, que je vous 
envoyé, et, entre autres, il en vient de revenir un de 
Laverdin, qui alloit àNégreplisse^, qui a perdu toutes 
vos lettres auprès Pons, ayant rencontré quelques 
coureurs. Je vous prie, cousin, me mander de vos 
nouvelles le plus souvent que vous pourrés. Fouque- 
rolles est arrivé : il nous dit plusieurs nouvelles de 
Cour : je vous manderay tout. A Dieu, mon cousin, 
c'est 

Votre très affectionné cousin et parfait ami, 

De Taillebourg*, le xxi^ juin. 

viti, baron de Castellane, capitaine des galères, et lui porta 
un coup d'épée dans la poitrine; mais Altoviti, en se défen- 
dant, l'atteignit au bas-ventre, et ils moururent tous les deux 
quelques heures après, le 2 juin 1586. 

1. Ces mots étaient en chiffres. 

2. Le sieur de Lartigue est plusieurs fois cité dans les Lettres 
missives. 

3. Négrepelisse (Tarn-et-Garonne), arr. de Montauban. 

4. Taillebourg (Char.-lnf.), arr. de Saint-Jean-d'Angély. 



224 APPENDICE. 

Le laquais qui m'apporloit de vos lettres fui hier 
dévalisé à Brassault, près Pons, et vos lettres lui 
furent ostées. 

XXIII. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

25 juin [1586 <]. 

Mon cousin, je vous veus bien advertir comme 
j'estois venu en ce lieu de Montguyon-, en intention 
d'exécuter quelque chose que je vous manderay dans 
trois jours; mais le maulvais temps et les pluies ont 
tellement faict croistre la rivière de Dronne, que nous 
n'avons pas pu passer ce lieu. Nous faillismes hier 
la compagnie de Bois-Dauphin^, qui estoit venu courre; 
nous la suivismes jusqu'auprès de Guistre, où elle se 
retira; ils estoient quelque cinquante chevaulx et 
presque autant d'arquebusiers à cheval. Je m'en 
retourne à Pons^, d'où j'estois party. Je ne vous ay 
poinct encore dépesché Lartigue, pour ce qu'il estoit 
malade; ce sera aussitost que je seray de retour à 
Pons, et vous manderay toutes nouvelles. En atten- 
dant, mandés-moy des vostres, et me tenés adverty 
de tout ce qui se passera. A Dieu, cousin, aimez-moy 
tousjours; je ne seray jamais autre que 

Vostre très affectionné cousin et parfaict amy, 

„ ... Henry. 

Ce xxv^ ju'ig- 

1. Lettres missives, t. Il, p. 226. 

2. Montguillon (Maine-et-Loire), arr. de Segré. 

3. Urbain de Laval, sgr de Bois-Dauphin, maréchal de 
France en 1595. 

4. Le roi de Navarre était à Pons le 13 juin 1586. 



APPENDICE. 225 

Comme je voulois fermer celle-cy, il est venu 
quelques gens qui m'ont adverty que vous estes aux 
champs pour mesme entreprise que nous; c'est pour 
ce que conduict Mons"" d'Aubeterre^ J'eusse esté bien 
aise que nous nous fussions rencontrez, afin de parler 
ensemble. 

XXIV. 

A MON COUSIN LE VIGONTE DE TURENNE. 

[Juillet 15862.] 
Mon cousin, j'avois délibéré de vous faire entendre 
de mes nouvelles, il y a quatre ou cinq jours, mais il 
s'est présenté une occasion qui m'a fait différer, 
laquelle s'est trouvée utile, tant pour vous que pour 
moy ; c'est que, voyant que Mons'^ le maréchal de Biron 
prenoit son chemin vers Cognac et Saintes, et que cela 
nous emportoit de l'empeschement à nos desseins, 
d'autant qu'il se mettoit entre nous deux, j'avisai un 
moyen pour faire retourner en çà ses forces, qui a 
bien succédé; et heureusement il y avoit un chasteau, 
nommé La Constaudière^, au delà de la rivière duLay^, 
en Bas-Poitou, où j'avois avis qu'il y avoit cinq à six 
mille écus de deniers royaux, destinés pour le payement 
des trouppes dudict sieur maréchal : j'envoyay pour 
l'investir; le lendemain, je m'acheminay à Lusson^ et fis 

1. David Bouchard, vicomte d'Aubeterre, sénéchal de 
Périgord. 

2. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 74. 

3. Dans le canton des Moutiers-les-Maufaits (Vendée). 

4. Le Lay est une rivière importante qui passe à Mareuil 
(Vendée) et se jette dans l'Atlantique, en face de l'île de Ré. 

5. Le roi de Navarre était à Luçon les 16-18 août, les 11 et 
13 septembre 1586. 

\b 



226 APPENDICE. 

mener une pièce pour le battre, laquelle eut cette 
vertu qu'aussitost que ceux dedans la virent, ils ren- 
dirent la place, lorsque ledict s' maréchal, qui tourna 
incontinent la tête de son armée vers moy, n'en étoit 
éloigné que de quatre ou cinq lieues. J'ai ramené 
toutes mes trouppes et l'artillerie en cette ville, sans 
qu'il demeurast sinon deux soldats et un bruslé, qui 
étoient demeurés dans ledict Lusson pour y coucher, 
contre le commandement que j'avois fait. Le lende- 
main, une heure après soleil levé, trente ou quarante 
chevaux arrivèrent, qui y trouvèrent aussi Loumeau, 
lequel, contre ma défense, y etoit demeuré, qui néan- 
moins se sauva sans perte, sinon de douze ou quinze 
petits chevaux, qu'ils avoient déjà tirés en rue pour 
partir. Ledict s"^ maréchal est à Ghisay ^ et reprend son 
chemin; mais j'ai traité avec l'abbé de Gadagni^ qu'il 
faut qu'il s'en aille vers la rivière de Loire et qu'il ne 
faut point parler d'entrevue ny de paix. Je garde 
encore un autre moyen de faire retourner ledict 
s"^ maréchal ou l'empescher de passer, si le moyen de 
Gadagni ne succède. L'armée du maréchal de Biron, 
qui est entre nous deux, empesche fort ceux de ce 

pays sont étrangers; ils sont longs et malaisés 

à mener. J'y ay quelque Mons"^ le Prince 

et ceux qui sont auprès de lui, au lieu d'y encourager 
un chacun, font tout ce qu'ils peuvent pour les refroi- 
dir et arrester. C'est pourquoy je ne partiray tout 

1. Chizé (Deux-Sèvres), arr. de Melle. 

2. La négociation de l'abbé de Gadaigne est de juillet 1586; 
mais la cour ne voulut pas accepter le retrait de Biron der- 
rière la Loire. (Voir Lettres du roi de Navarre, t. II, p. 237, 
« à Mons"" de Saint-Geniès ».) 



APPENDICE. 227 

comme je désirerois; ce sera le plustot que je pour- 
ray. Je ne vous sçaurois dire, mon cousin, combien 
j'ay été aise de ce que vous avés si bien fait et con- 
duit à Gastillon^ ; vous avés fait un bien incomparable 
et y avés acquis grande réputation, tant pour le géné- 
ral que pour votre particulier; car ce sont des coups 
faits à propos et d'importance, si grands qu'ils doivent 
être estimés d'un chacun. L'abbé de Gadagni est venu 
sans apporter ce que j'avois demandé, qui est le recul- 
lement de l'armée du maréchal de Biron de la Loire; 
il a bien apporté l'assurance de l'entrevue, le tems 
et le lieu. Il ne veut pas rompre et a demandé un 
passeport pour retourner par deçà. Mons"^ de Montpen- 
sier a envoyé le comte de Garavas, qui est mieux que 
jamais. Le cardinal de Soissons ne demande qu'à exé- 
cuter ses entreprises. Ne différés de prendre argent où 
vous en trouvères pour la nécessité. Si je fais des 
deffenses, elles ne sont pas pour vous, mais pour ceux 
qui se licencieront à entreprendre et prendre sans 
pouvoir et sans nécessité. Je vous prie croire que je 
vous suis ami fort assuré et intime, et duquel vous 
pouvés toujours disposer, et de ce qui sera en mon 
pouvoir. Faites-en donc état perpétuel et aimés toujours 
Votre très affectionné cousin et plus parfait amy 
à jamais, 

Henry. 

Cousin, j'avois déjà donné la compagnie de feu 
Grepiny au capitaine Roux-, quand vos lettres sont 
arrivées et sa dépesche faite. 

1. Où il résista brillamment à Mayenne en juillet 1586. — 
Voir plus haut les Mémoires de Turenne, p. 196, et la note 2. 

2. Le capitaine Roux, employé tantôt par Henri de Navarre, 



228 APPENDICE. 

XXV. 

A MON GOUSYN MOXS"" DE TURENNE. 

[31 mars 1587 < ?] 
Mon cousyn, ce porteur m'est venu trouver de la 
part du s"" de Savayllant ^ tant pour le gouvernement de 
deçà et pour les taylles que prend Mons"^ de Terrydes^ 
en contrybusyons, que pour le droyt de quelques pry- 
sonniers et pour le regard du péage sur la ryvyère. 
Je luy mande que je remets le tout à vous, ayant tout 
pouvoyr d'ordonner, tout ainsy que je pourroys fère, sy 
j'estoys presant ; mays, s'yl y a quelque fayot entr'eus 
trop aygre et dyfycylle, nous avyserons s'yl sera plus 
expedyent à le remetre à mon arryvée par delà, et 
neanmoyns, s'yl est possyble, vous y racommoderés 
toutes choses, ce quy ne se peut faire sans autoryté et 
presense entr'eus. Yl est certeyn que les lettres et 
depesches empyreroyent plustost le tout qu'elles n'y 
profyteroyent^. Je vous escryvy hyer assés partycu- 

tantôt par le maréchal de Matignon, se rallia définitivement au 
Béarnais. 

1. Autogr. Collection Alfred Morrisson, n° 53. Catalogue, 
etc., t. Il, p. 268. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, 
p. 87. 

2. Denis de Mauléon, sgr de Savailhan, gouverneur de Cas- 
teljaloux et plus tard de Mas-Grenier. 

3. Géraud de Lomagne, sgr de Terride, après son frère. 

4. Le 15 mars, le roi de Navarre écrit de la Rochelle que 
la reine mère est repartie sans qu'aucun arrangement bien 
fructueux ne soit sorti de la négociation. Elle avait envoyé 
chercher le vicomte de Turenne pour le prier de décider le roi 
de Navarre à se joindre à Henri III contre la Ligue. Au reste, 



APPENDICE. 229 

lyeremant. Je n'ay ryen entendu de nouveau, sy ce 
n'est, pour tout certeyn, Mons" de Mayene est loyn de 
la cour et a pryns le chemyn de Bourgongne^. A 
Dyeu, mon cousyn, aymés tousjours 

Vostre très afectionné cousyn et parfet amy à jamès, 

Henry. 
A la Rochelle, ce dernyer de mars. 

XXVI. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[Juillet 15872.] 

Mon cousyn, je vous envoyé Lambert^, qui est venu 
me trouver avec l'homme du s"^ de la Tour d'Yviers'*, 
pour ce que, sur la délivrance de la foy de Desborges, 
pour laquelle il étoit venu, il y a quelques difficultés. 

Turenne venait d'être nommé par le duc de Montmorency 
lieutenant général en Haut-Languedoc, et le roi de Navarre 
le regardait toujours comme son véritable représentant; il 
écrivait, le 31 mars 1589, à Geoffroy de Vivans qu'il avait 
envoyé « son cousin, Mons'' de Turenne, afin d'arrester un peu 
ceux qui s'avancent si avant dans nostre terroir, » tandis que 
lui-même allait à Cognac. [Lettres missives, t. II, p. 279. — 
Voir Bibl. nat., fonds Leydet.) 

1. L'hiver s'était passé en négociations, les hostilités ne 
recommencèrent en Poitou qu'au commencement d'avril. Le 
roi de Navarre s'empara de quelques villes. 

2. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 58. 

3. Le s'' de Lambert fut souvent chargé de missions impor- 
tantes par le roi de Navarre. — Voir plus haut, p. 214. 

4. Nous savons, par une lettre du 13 juillet 1587, que M. de 
Meslon, l'un des meilleurs lieutenants du Béarnais, avait reçu 
l'ordre de la mise en liberté du sieur de la Tour et que le roi 
de Navarre avait chargé Turenne de cette affaire. 



230 APPENDICE. 

Ledict Lambert les vuidera avec vous; et, pour ce, je 

vous le renvoyé. 

Au reste, faites toujours estât de moy comme de 
Vostre très affectionné cousin et parfaict amy, 

Henry. 
XXVII. 

A MON COUSIN DE TURENNE. 

[1587*.] 
Cousin, j'ay reçu vostre lettre. Je vous envoyé ce 
porteur, il vous dira ce que je ne puis écrire ; si les 
affaires ne vous empeschent, que je vous voye à Saint 
Je vais loger demain à une lieue de mes en- 
nemis; si nous les voyons, ce sera avec avantage. Je 
serai fort sage; croies que nos affaires ne sont pas 
encore sans cure. 

A Dieu, je suis l'homme du monde qui vous aime 

le mieux, ,, 

Henry. 

Ce porteur vous dira les avantages que Dieu nous 
a déjà donnés^. 

XXVHI. 

[a mon GOUSYN MONS"" de TURENNE.] 

[Août-septembre 1587*.] 
Instruysés myeus vos ambassadeurs et ne vous 
fâchés pas sy aysemant. J'ay une telle jalousye de 

1. Cop. Bibl. nat., f. IV., Nouv. acq. 4533, p. 51. 

2. Sans doute les petits succès en Poitou qui précédèrent la 
campagne de Coutras. 

3. Autogr. Collection Morrisson, n° 37. Catalogue, etc., 
t. II, p. 266. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 54. 



APPENDICE. 231 

ceste armée que je vous guarde, que je lesse toute 
ostantasyon, pour ne la lesser eschaper. J'ay envoyé 
Balyros' et Parabère^ au Port de Pylles^, pour par 
leur arryvée ampescher le partemant de ces Fylystyns 
efrayés; ancore è-je peur qu'yls ne partent ceste nuyt, 
quy nie fera partyr devant jour. S'yis sont ancore à 
La Haye*, je vous atandré au randés-vous; s'yls sont 
partys, je me mettre à leur eu et vous an advertyré^. 
Vous êtes tousjours vous-mesme. Bon soyr. 
Vostre très afectyoné cousyn et parfayt amy, 

Henry. 

1. Gaspard, s"" de Baliros, en Béarn, gentilhomme ordinaire 
de la Chambre. 

2. Le fils de ce Baudéan de Parabère, massacré en 1578 dans 
une émeute des protestants de la ville de Beaucaire, dont il 
était gouverneur. Il s'appelait Jean et était lieutenant-général 
en Poitou. Est-ce le même qui commandait l'année précédente 
à Damazan et au Mas-d'Agenois? 

3. Port-de-Piles (Vienne), arr. de Châtellerault. 

4. La Haye-Descartes (Indre-et-Loire). La ville était alors 
fortifiée, et le roi de Navarre ne put l'enlever. 

5. Le manifeste du roi de Navarre, annonçant sa prise 
d'armes conjointement avec ses cousins et Montmorency, est 
daté de Fontenay-le-Comte, le 14 juillet 1587; la bataille de 
Coutras est du 20 octobre. — Voir, dans les Mémoires et corres- 
pondance de Duplessis-Mornay , t. III, p. 536 : « Bataille de 
Coutras et ce qui la précéda. » Au reste, dès que le Béarnais 
apprit l'entrée des Allemands en France, il leva quelques 
troupes et s'avança vers la Loire au-devant du prince de 
Condé et du comte de Soissons, qui lui apportaient leur con- 
cours; puis il écrivit à Turenne, à peine remis d'une grave 
blessure reçue près d'Aiguillon, pour lui demander d'amener 
de Guyenne le plus de soldats qu'il pourrait. Le vicomte, en 
peu de temps, rassembla 600 fantassins et 2,000 arquebusiers 
à cheval, et les conduisit lui-même devant la Haye sur la 
Creuse et jusqu'à Montsoreau sur la Loire. A la date de cette 
lettre, il n'avait pas encore rejoint le roi de Navarre. 



232 APPENDICE. 

XXIX. 

A MON COUSIN MONSIEUR DE TURENNE. 

[23 septembre 1587 <.] 

Les ennemis sont à Bourgueil^; je fais passer 
quatre cent cuirasses et douze cent arquebusiers pour, 
s'ils tournent à vous, me mettre au cul; s'ils viennent 
à moy, faites en de même. Les Bretons ne sont plus 
que six vingt, pour s'en estre allé une trouppe ; le reste 
parle de les suivre^. 

Bonjour; ce xxiii® à cinq heures'^. 

Votre très affectionné cousin et parfait ami, 

Henry. 

Que je sache à toutes heures de vos nouvelles. 

XXX. 

A MON COUSYN MONS' DE TURENNE. 

[Nérac^, octobre ou novembre 1587®.] 
Mon cousyn, je vous anvoye les nouvelles que j'ay 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 55. 

2. Bourgueil (Indre-et-Loire), arr. de Chinon. 

3. Joyeuse venait de s'arrêter là, en effet, avec le duc de 
Mercœur, attendant Turenne au passage de la rivière d'Au- 
thion. Lavardin, l'ancien ami du roi de Navarre, servait comme 
lieutenant général dans l'armée royale. 

4. Le roi de Navarre était, du 13 au 26 septembre 1587, à 
Montsoreau. 

5. Le roi de Navarre séjourna à Nérac du 30 octobre au 
30 novembre 1587, en se rendant à Pau, après la victoire de 
Coutras. 

6. Autogr. Collection Alfred Morrisson, n° 55. — Catalogue, 
etc., t. II, p. 269. 



APPENDICE. 233 

resu de Xayntes, par où vous verres ce quy s'y est 
passé. Le tout est assés heureus pour nous; mays je 
playns extresmemant la mort de ceus quy sont com- 
prys au dyscours que vous en verres''. Nous avons eu 
nouvelles que nos reystres marchent. Lambert doyt 
demayn arryver d'où yl avoyt esté depesché, et en 
raporte bonnes nouvelles ; je les vous manderay d'icy 
à un jour ou deus. Cependant, je vous prye, mon 
cousyn, vous souvenyr, quoy que je vous ay mandé 
de venyr à Nerac, n'a poynt esté en yntentyon de 
vous y fère demurer, et mesmes dans un syège, 
mays pour y pourvoyr, m'en venant par delà, et le 
secouryr, quand besoyn seroyt, et pour y ordonner 
ce que vous verryés estre à fère, suyvant les oca- 
syons. Vous savés Testât que je fay de vous, l'amytyé 
que je porte, et le soyn que j'ay de ce quy vous touche ; 
je vous prye fère ce que je vous ay mandé et aymer 
toujours 

Vostre très afectyonné cousyn et parfet amy à jamès, 

Henry. 

Mon cousyn, je vous prye anvoyer à Mons"^ de Fon- 
traylles^ une copye des nouvelles; je luy mande que 
vous les luy ferés tenyr. 

1. Ce sont les morts de Coutras (20 octobre 1587) : Joyeuse 
et son frère Saint-Sauveur tués; de Batz et Vivans y avaient 
été blessés. (Voir de Thou, liv. LXXXVII; Lettres missives, 
t. II, p. 309.) 

2. Le baron de Fontrailles, sénéchal d'Armagnac, avait été 
blessé à Jarnac. 



234 APPENDICE. 



XXXI. 



A MON COUSYN MONS"^ DE TURENNE. 

[Mars 1588*.] 
Mon cousyn, j'ay esté extresmemant ayse d'avoyr 
antandu l'assuranse de vostre gueryson, ayant esté la 
balle détachée de l'os, ce quy me fet espérer que 
vous serés byentost du tout guery-. Je suys sur le 
poynt de partyr d'ycy^, et desjà une grande partye de 
mes troupes ont passé l'eau. Vous savés combyen en 
mon absence vostre presanse est requyse par desà. 
Je vous ay mandé le regret et deplesyr que j'avoy 
eu de la mort de feu mon cousyn Mons' de Bouyllon^, 
et ce que j'avoy là-dessus delyberé et ordonné pour le 
byen, protectyon et conservasyon de ma cousyne 
mademoyselle de Bouyllon^; j'y ay depesché le s' de 

1. Autogr. Collection Alfred Morrisson, n° 56. Catalogue, 
t. II, p. 269. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 79. 

2. MarsoUier, dans son Histoire du duc de Bouillon, ne 
parle pas de cette blessure de Turenne, qui doit avoir été peu 
grave. II venait de faire sans succès le siège de Sarlat et avait 
ensuite rejoint le prince de Condé en Angoumois. 

3. Il était sans doute à Nérac. 

4. Il laissait trois fils, qui tous périrent jeunes; l'aîné, 
Guillaume-Robert de la Marck, né à Sedan le l*"" janvier 1562, 
mourut à Genève le 11 janvier 1588, après avoir institué sa 
sœur Charlotte comme héritière universelle. C'est celle que 
Henri IV devait faire épouser au vicomte de Turenne le 
15 octobre 1591. 

5. Charlotte de la Marck naquit, le 5 novembre 1574, de 
Françoise de Bourbon, fille de Louis, duc de Montpensier, et 



APPENDICE. 235 

Beauvoys, quy a esté nourry page an la mayson, et 
mesmes pour voyr Mons"^ de La Noue et luy parler de 
ma part, afyn de contenyr les choses en tranquylyté 
audyt estât, sy possyble est, et neanmoyns préparer 
toutes choses pour la guerre ; car il est malaysé que 
ou parens, ou voysyns, ou lygueurs ne troublent cest 
estat-là. La foy de Mons"" de La Noue est obligée, mays il 
est pleyn d'yntegryté et de fydelyté, et en telles choses 
et personnes favorables, à sçavoyr d'une pupylle quy 
a esté commise à sa foy, il n'est pas lié^. Mouy^ et 
Monlouet, qui sont ses parens ou allyés, seront depes- 
chez pour y aller: l'un est en sa mayson, auquel on 
parlera pour cest efet ; l'autre passera par Languedoc 
et vous verra exprès, pour communiquer tout et 
prandre avys et ynstructyon de vous et se conduyre 
antyeremant par son avys. Il faudra que, pour ce com- 
mansement, afyn de suvenyr aus nesessytés quy se 
pourront presanter, il porte dix mille escus par papier 
de change ou autrement ; tenés-y la meyn et préparés 
les choses avec Mons"" de Mont[morency] et ceux de 
Languedoc ; c'est chose que je desyre extrememant pour 

de Jacqueline de Longwy. Son père, Henri-Robert de la 
Marck, duc de Bouillon, prince de Sedan, devait mourir un 
mois après, le 5 décembre 1574. 

1. La Noue avait accepté la tutelle de M"^ de Bouillon, qui 
n'avait que treize ans, et, allant d'Heidelberg à Genève et de 
là à Sedan, il put, non sans dangers, prendre possession de 
l'administration des grands biens de sa pupille. (Voir la lettre 
du roi de Navarre à La Noue de la fin de mars 1588, t. II, 
p. 361.) 

2. François de Quincampoix, sgr de Muy, ou Mouy, que 
le roi de Navarre avait envoyé en 1585 à Sedan près le duc de 
Bouillon. 



236 APPENDICE. 

VOUS et qui est utylle et de grande ymportanse pour le 
publyc. L'armée de W le maréchal de Matygnon et du 
grant pryeur de Tolose^ se sont séparées. Ils se sont 
contentés de venyr avec toute leur armée ataquer 
une escarmouche dedans les vygnes qui sont du costé 
d'Agen^, quy a duré assés longuemant, et y a eu sept 
ou huyt mylle harquebusades tyrées sans qu'yl y en 
ayt eu aucun des nostres mort, synon deux blessés et 
un esgratygné. Des leurs, ils en ont layssé deus sur 
la plase, ils en ont emporté d'autres, et y en a eu 
aussy beaucoup de blessés. M*" de Gastelnau^ a esté 
contraynt par le s"^ de Poyanne* de se retyrer avec 
sa troupe dedans Glermont^, quy est à Berdoy^. Il a 
fet de belles sayllyes, où yl a esté blessé d'une harque- 
busade à la gorge, et n'y a eu qu'un des syens mort 
à ladyte escarmouche, quy a duré synq heures. Il a 
esté secouru par les Bearnoys, et est de retour au 
Mont-de-Marsan avec ses troupes. Les anemys ont 
emporté playne charrette de morts et de blessés. Mon 

1. Le grand prieur de Toulouse était le troisième frère du 
duc de Joyeuse, qui venait d'être tué à Coutras : Antoine-Sci- 
pion de Joyeuse, chevalier de Malte, fils du vicomte et de 
Marie de Batarnay. 

2. Dans une lettre du l*"" mars, à Corisande, écrite de Cler- 
mont, le roi de iVavarre parle en détail de cette affaire 
d'Agen, qui avait eu lieu la veille. (Voir Lettres missives, t. II, 
p. 341.) 

3. Le baron de Castelnau, chambellan du roi de Navarre. 

4. Bertrand de Baylens, sgr de Poyanne, d'une ancienne 
famille de Béarn. Il était sénéchal des Landes, gouverneur de 
Dax, et catholique. 

5. Clenuont-Dessous (Lot-et-Garonne), arr. d'Agen. 

6. Berdoy, commune de Castelnau-d'Anglès (Gers). 



APPENDICE. 237 

cousyn Mons'" le conte de Soyssons^ estoyt sur les 
lyeus; je croy qu'yl s'y sera fort employé. Les anemys 
se sont retyrés jusques à Pouyllon^ et y ont esté pour- 
suyvys. Sarzac a esté demy surprys et demy trahy. 
J'envoye les compagnyes quy ont passé la Garonne 
pour le reprandre ; le vyconte de Mervylle s'en fet 
fort; pour le moyns, il assure qu'yl se peult fère et 
qu'yl s'y employera. A Dyeu, mon cousyn, je desyre 
avoyr sou vaut nouvelles de vous et de vostre santé. 
Fêtes tousjours, je vous prye, très certeyn estât de 
l'amytyé de 

Vostre très afectyonné cousyn et parfet amy, 

Henry. 

Mon cousyn, vous ne sauryés croyre combyen yl y a 
de malades ycy. Je ne me trouve pas trop byen de ma 
part. Je vous prye, quant vous vous pourrés passer 
de Mons"" d'Ortoman^, le me ranvoyer. J'escry à 
Messieurs des dyocèses du Bas-Languedoc de ne fayl- 
lyr de se trouver à l'assamblée que j'ay convoquée à 
Sainte-Foy^, pour le byen des Eglyses, et leur mande 
de se retyrer à vous, pour la sûreté de leur passage. 

1. Le comte de Soissons s'était rapproché du roi de 
Navarre, même avant la mort du prince de Condé, désirant 
alors vivement épouser Catherine de Bourbon , qui lui avait 
été presque promise. Les intrigues de Sully firent, dit-on, 
rompre ce projet d'union. 

2. Pouillon, ch.-l. de cant., arr. de Dax (Landes). 

3. Jean Hortoraan, médecin ordinaire du roi de Navarre, 
qui resta à son service après son avènement et jusqu'en 1593. 

4. A la fin de mars 1588, le roi de Navarre se plaignait au 
ministre La Roche-Chandieu de « la négligence des églises ou 
des depputez, qui ne sont encores arrivez à Saincte-Foy. » 
[Lettres missives, t. II, p. 357.) 



238 APPENDICE. 

XXXII. 

A MON COUSIN MONS'" DE TURENNE. 

6 novembre [1588 <]. 

Cousin, j'ai reçu lettre des gens tenans la chambre 
de mon amirauté, par laquelle ils me donnent avis de 
certaines poursuittes contre eux faites en mon Conseil 
privé, pour raison de certain jugement par eux faits 
pour résoudre certaine prise faite par le capitaine 
Masson ; et, pour ce que je sais que la plupart de ce 
qu'ils me mandent est vray, je vous prie de comman- 
der à Mons"^ Desmarets' et autres de mon Conseil de 
n'en faire aucune poursuitte, jusqu'à ce que je sois par 
delà, qui sera demain au soir. Dieu aydant. C'est 

Votre très affectionné cousin, et plus parfait ami, 

Henry. 

De Saint-Jean^, ce dimanche matin 6Mc novembre. 

XXXIII. 

A MON COUSIN MONS' LE VICONTE DE TURENNE. 

[Marigny, 1" juillet 1589*.] 
Mon cousin, désirant vous tenir adverty de ce qui se 
passe et vous faire part de noz bonnes nouvelles, 
j'avois delliberé vous envoyer ung gentilhomme exprez, 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. acq. 4533, p. 92. 

2. Le chevalier des Maretz. 

3. Saint-Jean-d'Angély. — Le 25 octobre, le roi de Navarre 
était à la Rochelle, et il s'y trouvait encore le 17 novembre 1588. 

4. Orig. Collection Alfred Morrisson, n" 57. — Autograph 
Letters, etc., t. IT, p. 270. — Cop. Bibl. nat., f. fr., Nouv. 
acq. 4533, p. 111. 



APPENDICE. 239 

sans les occasions qui se sont présentées et se pré- 
sentent encore tous les jours de combactre, qui faict 
que j'ay seullement depesché ce porteur, qui vous en 
sçaura rapporter les particullaritez, oultre lesquelles 
je vous diray qu'ayant sceu comme Mons"" de Mont- 
pensier, commandé de s'en revenir avec ses forces, 
marchoit assez lentement et s'arrestoit à certains vil- 
laiges tenuzpar les communes, estant nécessaire, pour 
prévenir les desseings de Mons'" de Mayenne, de se 
joindre tous ensemble avec Mons"^ de Longueville', les 
s"^* de La Noue, d'Inteville'^, de Givry^ et plusieurs 
aultres, je vins dernièrement trouver le Roy à Bau- 
gency^, pour prendre une bonne resolution avec Sa 
Majesté et haster tout le monde ; où estant et me pro- 
menant le soir sur le pont avec le maréchal d'Aumont ^, 
je rencontray celuy que le s"^ de Sansy^ avoit depesché 
pour advertir Sa Majesté de l'acheminement de l'armée 
des Suisses, qu'il avoit laissée prez de Langres, comme 
aussi le s' de Guitry, maréchal de camp en icelle, 

1. Henri d'Orléans, duc de Longueville, gouverneur de 
Picardie, mort en 1595. 

2. Joachim de Dinteville, gouverneur de Champagne. 

3. Anne d'Anglure, de Givry, tué au siège de Laon, en 1594. 

4. Le 21 mai, Henri écrivait de Beaugency à la comtesse de 
Gramont : « Vous entendrés par ce porteur l'heureux succès 
que Dieu nous a donné au plus furieux combat qui fut en cette 
guerre, celui livré à Tours, dans le faubourg Saint-Sympho- 
rien, contre les ducs de Mayenne et d'Aumale, les 8 et 9 mai. 
Il vous dira aussi comme Mons"" de Longueville, de la Noue et 
autres ont triomphé près de Paris. » [Lettres missives, t. H, 
p. 488.) 

5. Jean d'Aumont, comte de Châteauroux, maréchal de 
France, adversaire acharné de la Ligue. 

6. Nicolas de Harlay de Sancy, conseiller au Parlement, 
envoyé en Suisse en 1589 par Henri HI pour lever des troupes. 



240 APPENDICE. 

m'en donnoit advis par lettres, (|ue le mesme courrier 
me rendit. Soudain, je portay ceste bonne nouvelle au 
Rov, qui la receut avecq beaucoup d'allaigresse, laquelle 
il tesmoingna par plusieurs embrassemens, me disant 
quej'estois son bon ange et qu'il n'estoit jour que je 
ne luy donnasse quelque bonne nouvelle. A la vérité, 
Dieu a tellement beny noz armes qu'en quelque ren- 
contre ou combat que ce soit noz ennemis ont esté 
battuz, et, depuis quelzques jours encore, sept en ont 
chargé quatorze, qu'ilz ont deffaict sans perte, sauf 
deux fort blessez, l'un desquelz est le s'' de Boissy, 
gouverneur de Dourdan. Trente ou quarante chevaulx, 
entre lesquelz estoient plus de vingt gentilzhommes 
du Perche, qui s'estoient approchez d'Illiers^ ont esté 
la pluspart prins ou tuez, peu reschappez. Ledit 
s*^ de Quitry me mande que le retardement de ladite 
armée a proceddé de ce que les Suisses estoient entrez 
dans les terres du duc de Savoye, avoient prins Sey- 
bel^, Tonnon^ et leurs bailliaiges, le pais de Fossigny ^ 
bailliage de Terny^ et le chasteau de Ripaille^, qu'ilz 

1. Uliers (Eure-et-Loir), arr. de Chartres. 

2. Peut-être Leyssel. Gex, ch.-l. d'arr. de l'Ain, cédé à la 
France par le duc de Savoie en 1601, comme bailliage irait mieux. 

3. ïhonon, ch.-l. d'arr. de la Haute-Savoie, ne conserve 
plus de ce temps que la belle terrasse du château. 

4. Le Faucigny était l'ancienne province de cette partie de 
la Savoie, entre le Chablais, le Valais, Aoste et la province de 
Genevois; la capitale en était Bonneville (Haute-Savoie). 

5. ïerny, aujourd'hui Ternier; mais les paysans prononcent 
toujours Terny. 11 reste encore quelques ruines du château, 
qui était tout près de Saint-Julien-en-Genevois, ch.-l. d'arr. 
de la Haute-Savoie. 

6. Du château de Ripaille subsistent toujours les sept tours ; 
il est situé à 2 kil. de Thonon. On y garde le souvenir d'Amé- 
dée Vni, qui fut le pape Félix V. 



APPENDICE. 241 

ont demoly; le magazin des munitions pour assiéger 
Genève y estoit gardé par six cens hommes de guerre. 
Ledit duc y envoya son armée, conduicte par le 
conte de Martinenges^ pour le deffendre, mais en 
vain; ledit conte y a été blessé, et y a perdu 
quelque noblesse. Toutesfois, lesdits six cens hommes 
sont sortiz par composition, et les gallères qui estoient 
sur le lac ont esté bruslées. Ladite armée s'achemine 
maintenant, composée de treize mil Suisses, avecq 
deux mil lansquenetz, environ trois mil François et 
quinze cens reystres, qui viennent du conté de Mont- 
belliard. Ce sera pour nous joindre bientost. Avec ce 
secours, nostre armée pourra estre de trente mil 
hommes, qui sera bien pour estonner Paris et tous 
les Ligueurs. Celle de Mons'" de Mayenne se diminue 
fort et ne peult estre telle que la nostre, encor qu'elle 
soit renforcée de ce que Saint-Pol^ avoit en Cham- 
paigne, Haultefort^ et Rottigoty, qui sont environ 
quinze cens lansquenetz ou deux mil au plus, fort 
piètres, mil harquebuziers françois, trois cens chevaulx 
et deux cens harquebuziers à cheval. Aussi, ledit 
s"" de LonguevilleS avec Mons"" de Luxembourg^, les- 

1. Un Martinengo, piémontais, commandait les troupes du 
duc de Savoie. 

2. Charles d'Orléans, comte de Saint-Paul, frère du duc de 
Longueville. 

3. Edme de Hautefort, que nous avons vu plus haut (p. 185) 
l'adversaire acharné de Turenne, chevalier de l'ordre depuis 
1579, devint lieutenant général en Auvergne, puis en Cham- 
pagne et en Brie pour la Ligue. 

4. Henri d'Orléans, duc de Longueville, gouverneur de 
Picardie, mort en 1595. 

5. Le duc de Luxembourg-Piney. 

16 



242 APPENDICE. 

dits s""* de La Noue, de Glermont, de Saultour, Saint- 
Phalle', Praslin^, La Vieuville^, conte de Maulevrier, 
vicomte d'Auchy^, La Chappelle, Esternay^, Villema- 
reul, Beauvais-Nangy, Victry ^, Givry, Montglaf^ et 
aultres, qui se rassemblent vers Chasteau-Thierry et 
Fère-en-Tardenoys, feront plus de mil bons chevaulx et 
aultant d'harquebuziers achevai^. MonsM'Espernonen 
peult avoir environ deux cens; ledit s"^ de Montpen- 
sier a six cens bons chevaulx ; les quatre de la Relligion ; 
j'en ay à présent plus de douze cens, plus ceulx qui 
marchent avec le Roy : j'estime que ce sera assez pour 
affronter ledit s"^ de Mayenne, lequel, ayant reprins 
Montereau-Fault- Yonne et sçaichant comme nous mar- 
chons droict à Paris, redescent le long de la rivière de 
Seyne et y est de présent. Cependant, le Roy a prins 

1. Sans doute ce Georges de Vaudray, marquis de Saint- 
Phal, qui eut plus tard avec Duplessis-Mornay une affaire peu 
à son honneur. 

2. Charles de Choiseul-Praslin, capitaine des gardes. 

3. Robert de la Vieuville, baron de Rugle. 

4. Le vicomte d'Auchie, qui fut blessé en 1586, dans le duel 
où fut tué le jeune La Vauguyon. 

5. Esternay, de Compiègne, du parti des politiques. 

6. Louis de l'Hospital, marquis de Vitry, neveu du maréchal 
de la Châtre, était gentilhomme du duc d'Anjou, et suivit le 
parti royal jusqu'à la mort de Henri III; il se déclara ensuite 
pour la Ligue et défendit Paris contre Henri IV avec Mayenne ; 
mais il se rallia au roi après son abjuration et lui remit la 
ville de Meaux, dont il était gouverneur, le l^"" janvier 1594. 

7. Robert de Harlay, s' de Montglas, plus tard premier 
maître d'hôtel de Henri IV. 

8. Le 14 juillet 1589, le roi de Navarre écrit à la comtesse 
de Gramont : « Nous joindrons aux Souisses dans six jours. 
Mons' de Longueville et de la Noue les meinent. » [Lettres 
missives, t. II, p. 502.) 



APPENDICE. 243 

Jargeau, dont j'ay faict la composition à discrétion, et 
depuis impetré de Sa Majesté que ceulx de dedans 
eussent la vye saulve. Pendant que nous y estions, 
Mons"" de la Ghastre^ voulut enlever quelque logis, 
partist la nuict avecq cent cinquante chevaulx et deux 
cens harquebuziers à cheval, qu'il mit en embuscade, 
mais il trouva M"' les contes de Montbason^ et de 
Sanxerre^, de Créance et le baron de La Frette avec 
leurs compaignies, qui le receurent si à propos, qu'il 
n'y gaigna rien et fut ramené battant jusques aux 
portes d'Orléans, luy quelque peu blessé, et beau- 
coup des siens, comme aussi y en a des nostres ; et, 
sans l'obscurité, je pense qu'il en fut bien tumbé 
par terre; car la charge recommencea jusques à 
trois fois et à peine se pouvoit-on recongnoistre. 
Mons"" de Ghastillon^ a prins Pluviers, que j'ay aussi- 
tost faict remectre ez mains du Roy, lequel nous accom- 
mode encore de Jargeau, où j'ay mis le s'^ de Cour- 
selles du Faur^, que Sa Majesté y entretient avecq 
six compaignies de cinquante harquebuziers chacune. 
Gyen a envoyé rendre obéissance, Sully, Bois-Com- 
mun^ et les petites villes qui sont en ce quartier. On 
dit aussy que la citadelle de Cambray s'est révoltée 

1. Claude de la Châtre, gouverneur d'Orléans pour la Ligue. 

2. Hercule de Rohan, comte de Rochefort, plus tard duc de 
Montbazon, lieutenant général de Paris et de l'Ile-de-France. 

3. Jean de Bueil, comte de Sancerre. 

4. François de Châtillon, s"" de Coligny, qui s'était distingué 
à Saint-Symphorien, défit entièrement les troupes de Saveuse 
et de Perceville à Bonneval, le 18 mai 1589. 

5. Jean du Faur, sgr de Gourcelles, près Châtillon-sur-Loire. 

6. Boiscommun (Loiret), arr. de Pithiviers. 



244 APPENDICE. 

contre Balagny^. Nous nous acheminons vers Paris, et, 
si tout le monde estoit aussi prest que moy, il y a 
longtemps qu'eussions passé Estampes, laquelle ville 
nous avons prise dez le premier de ce mois, et nous 
a ce voyage très heureusement succeddé, contre l'oppi- 
nion de plusieurs du Conseil de Sa Majesté que j'ay 
combactuz pour l'entreprendre^. Dieu vueille conty- 
nuer ses bénédictions et vous avoir, mon cousin, en 
sa très sainte et digne garde. De Marigny^, ce pre- 
mier jour de juillet 1589^. 

Voslre très afectyonné cousyn et plus parfayt amy, 

Henry. 

1. Jean de Montluc, sgr de Balagny, gouverneur de Cambrai 
en 1581, mort en 1603 maréchal de France. 

2. L'entrevue du roi de Navarre avec Henri III au Plessis- 
lès-Tours est du 30 avril 1589. Les mois de mai et de juin se 
passèrent en marches et contre-marches dans la Touraine, le 
Blaisois, leDunois; le 18 juin, il était à Artenay, le 20, à Châ- 
teauneuf, le 22, à Beaune en Gâtinais, le 26, à Pithiviers, le 
30, à Marigny, le 2 juillet, à Longjumeau, le 3, à Etarapes, qui 
venait de se rendre aux troupes royales et où il fit son entrée 
avec Henri III. 

3. Marigny, près Etampes (Seine-et-Oise). 

4. Aucune lettre ne se trouve dans le t. II des Lettres mis- 
sives du 24 juin au 14 juillet 1589. 



LETTRES ET PIECES INEDITES 



LE ROI CHARLES IX AU VICOMTE DE TURENNE^. 

14 juin 1568. 

Mons'^ le viconte, voyant les grandes despences que, 
pour raison des troubles et divisions qui ont naguières 
esté en ce royaulme, j'ay esté contrainct de supporter, 
tant pour l'entretenement de ma gendarmerye, des 
estrangiers, tant de cheval que de pied, que j'ay 
entretenuz jusquesàceque, ayant pieu à Dieu me faire 
ceste grâce que d'establyr la paix entre mesdicts sub- 
jectz, j'ay licentié la pluspart des compaignyes de gens 
de pied^, ensemble les reystres, et me restant ung si 
grand nombre de gendarmerye que, oultre les vieilles 
et anciennes, mes bons et affectionnez subjectz ont 
faict lever, suivant ce que je leur en ay escript ou 
commandé, il est impossible de les pouvoir entretenir 
et faire payer de leurs estatz, sans une grande foulle, 
oppression et dommaige de mesdicts subjectz; qui a 
esté cause que j'ay advisé de les réduyre, sçavoir est : 
toutes celles qui sont de cent lances à soixante, et 

1. Orig. Arch. nat., R^Bl. 

2. Après la bataille de Saint-Denis et la mort du conné- 
table, sa compagnie fut partagée, et Turenne en obtint un 
tiers, avec des archers; c'est la signification de cette mesure 
qui est l'objet de la lettre de Charles IX et de son frère le duc 
d'Anjou, ami d'enfance du vicomte. (Cf. les Mémoires, p. 16.) 



246 APPENDICE. 

celles de cinquante à trante^ : dont je vous ay bien 
voullu advertyr, affin que vous les faictes tenir prestz 
au .nombre de ladicte réduction, lorsque je le vous 
manderay, et qu'ilz soient montez et en l'équipaige 
qu'ilz doibvent estre, pour me faire service, aussy tost 
qu'il en sera de besoing. Et pour ce que, dès à pré- 
sent, j'ay faict estât de me servir de la vostre en l'Isle 
de France pour, avec les aultres forces que je y ay 
envoiées et celles que je y faictz aller présentement, 
tenir ceste province en seureté et enpescher que ceulx, 
qui se vouldroient eslever ou entreprendre aucune 
chose contre mon auctorité et l'obéyssance qu'ilz me 
doibvent, n'ayent moyen d'exécuter leurs desseings 
et mauvaise volunté, je vous prye d'envoyer inconti- 
nent vostredicte compaignye audict pays, la part que 
sera mon cousin le duc de Montmorency, mareschal de 
France, gouverneur en icelluy, pour s'en servir selon 
qu'il verra et congnoistra estre bon pour l'exécution 
de ce que je luy ay donné charge et commandé de 
faire. Et m'asseurant que vous satisferez incontinant 
à ma volunté et à ce que je vous mande cy-dessus, je 
ne vous feray plus longue lettre que de prier le Créa- 
teur, Mons"" le viconte, qu'il vous ayt en sa saincte et 
digne garde. Escript à Paris, le xiiii® jour de juing 
1568. 

Charles. 

FiZES. 

Suscription : « A Aîons"" le viconte de Turaine, cappitaine de 
cinquante hommes d'armes de mes ordonnances. » 

1. Le même Charles IX nomme plus tard Turenne capitaine 
d'une compagnie de trente lances. (Lettres patentes du 



APPENDICE. 247 

LE DUC d' ANJOU AU VICOMTE DE TURENNE. 

14 juin 1568 <. 

Mons"^ le viconte, vous entendrés, par la lettre que 
le Roy, monseigneur et frère, vous escript présente- 
ment, la réduction qu'il a faict des compaignies de sa 
gendarmerie et la cause pourquoy, et pareillement 
comme il a ordonné et faict estât de la vostre, pour 
s'en servir en l'Isle de France, soubz la charge et 
commandement de mon cousin le duc de Montmo- 
rency, mareschal de France; ce qui me gardera de 
vous en faire aultre discours en la présente ne icelle 
plus longue, que pour vous prier de ma part satisfaire 
de la vostre incontinant, ou le plus tost que vous 
pourrés, au vouloir et intention dudict sieur Roy, mon 
frère, contenu par sadicte lectre; à quoy je ne doubte 
que vous faciès faulte, pour la bonne volunté et affec- 
tion que vous avés tousjours monstre avoir à son ser- 
vice et au bien de ses affaires. Sur ce, je fîniray la 
présente, priant le Créateur, Mons' le viconte, qu'il 
vous ayt en sa saincte garde. Escript à Paris, le 
xiiii^jour de juing 1568. 

Vostre bon amy, 

Henry. 

Suscription : « A Mons"" le viconte de Turaine, cappitaine de 
cinquante lances des ordonnances du Roy, mon seigneur et 
frère. » 

22 octobre 1572. [Histoire généalogique de la maison d! Au~ 
vergne, par Christophe Fustel. Paris, 1845, in-8°. Preuves^ 
p. 260.) 

1. Orig. Arch. nat., R2 51. 



248 APPENDICE. 

LE MARÉCHAL DE DAM VILLE AU VICOMTE DE TURENNE. 

13 janvier 1574*. 

Mon nepveu, envoyant le s' de Belloy^, présent 
porteur, devers Leurs Majestez, pour accompaigner le 
depputé que ceulx de l'assemblée de Millau, estans de 
la nouvelle Religion, ont depputé devers Elles, pour 
leur fère entendre les conditions soubz lesquelles ilz 
veullent condescendre à la paciffication, j'ay bien 
voullu accuser par luy la réception de la vostre, que 
m'a rendue le s*^ Janyn, du xiii® de novembre dernier, 
et vous mercie de l'affection et obéyssance que m'avez 
offert par icelle, vous priant de croire que ne la 
sçauriez vouer à personne de ce monde qui, avec plus 
de volunté, vous face paroistre de combien je l'auray 
aggréable et acceptable en toutes les occasions qui 
jamais se présenteront, faisant estât pour mon réci- 
proque que vous n'avez parent ny amy en ce monde 
qui plus vous ayme, ny que désire s'employer pour 
vous que moy, qui m'estant remis audict de Belloy à 
vous conter mes nouvelles et tout ce qui se passe de 
deçà, en attendant des vostres, je prieray le Créateur, 
après mes recommandations, qu'il vous doint. 

Mon nepveu, en santé bonne et longue vye. De 
Montpellier, ce xiii® jour de janvier 1574. 

Depuis la présente escripte, s'estant résolu ledict 
s"" d'Yolet de ne point faire le voiage, j'ay tout aussi- 
tost dépesché ledict s"^ de Beloy pour les occasions 
susdictes. 

1. Orig. Arch. nat., R2 51. 

2. Antoine de Belloy, gentilhomme de la chambre du roi. 



APPENDICE. 249 

Vostre meilleur oncle, parfaict et asseuré amy, 

H. DE MONTMORANCY'. 

LE VICOMTE DE TURENNE A MM. LES SYNDICS 
DU CONSEIL DE GENÈVE. 

16 octobre 15763. 
Messieurs, encore qu'il y ayt desjà quelque temps 
qu'il a pieu à Dieu m'appeler à sa cognoissance et reti- 
rer des superstitions où j'avoyt eslé nourry^, j'ay 
estimé qu'avec ceste occasion du sieur de Rezay, pré- 
sent porteur, qui va par delà, il estoit encore assez à 
temps de m'en conjouir avec vous, comme avec ceux 
que je veux aymer et estimer et ausquelz je ne me 
sens pas moins obligé que ceux qui ont trouvé près 
de vous une tant honeste hospitalité et retraitte 
asseurée. Et vous diray sur cela. Messieurs, qu'ayant 
entendu dudict sieur de Rezay un affaire qui vous tou- 
choit, et nous tous aussi, et qui dépend de l'exécution 

1. François de la Tour, vicomte de Turenne, né en 1526, 
fait chevalier par le comte d'Enghien à la bataille de CérisoUes 
en 1544, gouverneur et lieutenant général de Bresse et de Bugey 
en 1557, fut blessé mortellement le 10 avril de cette année à 
Estigny, près Saint-Quentin. Il avait épousé, en 1545, Éléonore 
de Montmorency, fille du connétable Anne, grand maître de 
France, et de Madeleine de Savoye, qui mourut avant son mari 
et fut enterrée en l'église des Cordeliers de Senlis. Leurs deux 
enfants, Henri et Madeleine, restèrent donc orphelins de bonne 
heure et furent élevés par leur grand-père et leurs oncles, 
dont l'un était le second des Montmorency, Henri, maréchal, 
de Damville, gouverneur du Languedoc. 

2. Arch. de Genève. Portefeuilles des Pièces hist., n° 1983. 

3. Voir dans les Mémoires ce que dit Turenne de son adhé- 
sion au protestantisme. 



250 APPENDICE. 

du traitté de paix, j'en ay pris les mémoires, pour les 
présenter en la compagnye où je vays, affin que, s'il 
plaist à Dieu tant favoriser ce royaume que de voir 
exécuter l'édit de pacification, cela n'y soit oublié. En 
quoy je m'employeray de telle façon, que vous jugerez 
que je prendray grand plaisir qu'en toutes aultres 
affaires qui vous concernent et où j'auray quelque 
moyen, vous vous en adressiez doresnavant à moy, 
s'il vous plaist, qui les prendray en main comme les 
miens propres. Mais aussi vous priray-je de me faire 
ce plaisir de vous vouloir employer en l'effect des 
prières que je fay à Mons"^ des Isles, et interposer en 
cela et vostre crédit et les moyens que Dieu vous a 
donnez. Ayant esté fort ayse que le voyage du sieur 
de Rezay par delà se soit trouvé si à propos, qui vous 
dira plus particulièrement sur cela ce qui seroit trop 
long à descrire; auquel je vous prie adjouster foy 
comme vous voudriez faire à moy, Messieurs, qui, en 
cest endroit, me recommande affectionnément à voz 
bonnes grâces. Priant Dieu vous tenir, Messieurs, avec 
toute prospérité et santé, en sa sainte garde et protec- 
tion. 

Escript à Turenne, ce xvf octobre 1576. 

Vostre antièrement et bien afectionné ami à vous 
faire service, Turenne. 

CHAUMONT-QUIÏRY AU VICOMTE DE TURENNE. 

19 avril 1578 <. 
Monsieur, encore que je n'aye rien aprins de nou- 

1. Orig. Arch. nat. Papiei\s des Bouillon, R^53. La suscrip- 
tion est : « A Monsieur, Monsieur de Thureyne. » 



APPENDICE. 251 

veau qui mérite vous estre escript, néantmoingz, pour 
le désir que j'ay d'avoir cest honeur que de me con- 
tinuer en.voz bonnes grâces, je n'ay vouleu perdre 
ceste occasion sans me y ramentevoir et vous supplier 
de croire que je suys vostre serviteur le plus fidelle 
que vous aurés jamais; et, avec ceste assurance, je 
vous présanteré mes très humbles recommandations 
à voz bonnes grâces. Priant Dieu, 

Monsieur, vous donner en sancté longue et heu- 
reuse vye. De Saint-Jehan-d'Angély, ce xix^ d'apvril 
1578. 

Vostre bien humble et obéyssant serviteur, 

QUITRY^ 

LA COMTESSE DE TENDE AU VICOMTE DE TURENNE. 

3 juin 15782. 

Monsieur mon frère, Hugonis passant par icy, je ne 
l'ay voulu laisser partir, sans vous faire ce mot, qui 

1. Si nous publions cette lettre assez insignifiante, c'est 
qu'elle est à peu près le seul autographe connu de ce Jean 
de Chaumont, célèbre comme ami de Henri IV et enragé hugue- 
not, qui était surintendant de sa maison avec Lavardin (Arch. 
des Basses-Pyrénées, B. 155). C'est ainsi qu'on peut établir la 
date où Guitry quitta le Languedoc, après avoir joué un rôle 
important aux conférences de Nérac. Il s'était sans doute 
arrêté à Saint-Jean-d'Angély, pour voir le prince de Condé, se 
rendant dans le Vexin, d'où sa famille était de longue date ori- 
ginaire. Les Mémoires de Turenne parlent souvent de lui, ainsi 
que les Mémoires de la Huguerie. 

2. Orig. Arch. nat., R^ôS. La suscription porte : « A Mon- 
sieur mon frère, Monsieur de Turenne. » 



252 APPENDICE. 

me servira, s'il vous plaist, pour me ramanlevoir à 
vostre bonne grâce et pour vous suplier m'i vouloir 
continuer. Je suis tousjours en attandant de voz 
bonnes nouvelles, n'an ayant point eu despuis celle qu'il 
vous plust m'escrire par Pillon, de coy je suis en grand 
peine, n'en sçachant que pancer. Au reste, vous sçavés 
la puissance que vous avés sur moy estre telle, qu'ele 
ne peult estre altérée par coy que ce soit, ainsi que 
j'espère vous faire paroitre, en tous les endroitz où il 
vous plaira d'an faire preuve. En atandant que je soie 
si heureuse que d'avoir moyen de vous randre autant de 
taimoignage de mon affection et bonne volonté comme 
j'an ay de désir, je vous supliré de recevoir mes 
humbles recommandations à voz bonnes grâces, avec 
prière que je fais à Dieu de vous donner, 

Mons"" mon frère, en toute perffection de santé, 
très heureuse et longue vie. De Joze', ce 3® de juin 
1578. 

Vostre bien humble et obéissante sœur, 

Madelene de Turenne^. 



1. Joze (Puy-de-Dôme), arr. de Thiers, où était né Henry de 
la Tour, vicomte de Turenne. 

2. Madeleine de la Tour, sœur de Turenne, était depuis 
quelques années veuve du comte de Tende, gouverneur et séné- 
chal de Provence, qui mourut à Montéliraart, empoisonné, 
dit-on. Elle ne semble pas avoir vécu au delà de 1580. Par 
testament en date du 21 juin de cette année, elle instituait le 
vicomte son seul héritier. — Voir plus haut, p. 3, note 1. 



APPENDICE. 253 



MONSIEUR DE TORSAY AU VICOMTE DE TURENNE. 

11 août 1578'. 
Monseigneur, je vous diray avec ceste ocasion que 
j'ay lettres de Mons"" de La Noue, du depuis qu'il est 
arrivé en Flandre, par lesquelles il me mande que 
Monseigneur avoit envoie Mons' de Bussy^ vers les 
Estas, et qu'il le leurs vouloit aussy envoier, si tost 
qu'il y a esté arrivé; ce que désiroient lesdis Estas et 
sur tous Monseigneur le prince d'Orange. Groiez que 
mondit s*^ de La Noue estoit nécessaire où il est, pour 
beaucoup de raisons qui seroient longues à déduire, 
mais entre autres, comme il m'a mandé, pour empes- 
cher la pratique du conte de Lalain^ et autres Catho- 
liques, par laquelle ilz vouloient faire déclarer mon- 
dit seigneur protecteur de la Religion Catholique 
contre la Reformée ; et ne faut douter que le nonce du 
l^ape et autres ambassadeurs, qui luy ont esté envoies 
pour le ramener, s'il estoit possible, ne le povant 
obtenir, eussent approuvé ce dessin; car le diable 
ne se soucie pas beaucoup du lieu, pourveu qu'il 
face tousjours la guerre à Jésus-Christ. Jusques 
icy, on ne peut concevoir que bonne espérance 

1. Orig. Arch. nat., R^53. « A Monseigneur, Monseigneur 
le viconîe de Turenne. » 

2. De Mons, le duc d'Anjou avait envoyé Bussy aux Etats; il 
lui adjoignit bientôt Sorbier des Pruneaux, et le traité d'al- 
liance en vingt-trois articles fut signé à Anvers le 13 août. 

3. Son frère, Montigny, le comte de Lalaing, son beau-frère, 
le sieur de Monceaulx, comme beaucoup d'autres seigneurs du 
Hainaut, étaient catholiques; mais le duc d'Anjou ne pouvait 
se passer de leur concours dans sa lutte contre l'Espagne. 



254 APPENDICE. 

de l'entreprise de mondit seigneur, et y a appa- 
rence de mieux encore, quand une fois il se sera 
obligé en la protection d'une cause commune aux 
Estas de Flandre, la reine d'Angleterre, le duc Casi- 
mir et Mons'' le prince d'Orange. Aussi, voians noz 
ennemis quel bien il en peut revenir au bon party 
l'ont traversé et traverseront encore, en tout ce qu'ilz 
pouront, et je pense, quant à moy, que toutes ces 
menaces et approches de guerre, que nous voions en 
Guienne et ailleurs, ne tendent principalement que à 
rappeler mondit seigneur; car, tous autres artifices 
estans réussis vains, il semble, estant le feu embrasé 
en France, mondit seigneur sera plus obligé d'y courir 
et la secourir que une province estrangère. Mais il y a 
moien de prévenir ceste nécessité et de éluder ce stra- 
tagème par un autre, sans domage ou ruine d'hommes 
et de pais et avec l'establissement du repos de ce povre 
roiaume, comme j'ay mandé à Mons"" de La Noue^, et 
croy qu'il sera de mon advis. On asseure icy, depuis 
un jour, que les Espagnols, voulant s'esprouver avec 

1. La Noue était encore à Angers, près de Monsieur, au 
mois de juin 1578. A cette époque, des Pruneaulx, l'agent du 
duc d'Anjou aux Pays-Bas, lui écrivait : « Vous estes autant 
désiré de tous, je dis de chacune des religions, qu'homme qui 
y puisse venir. » Après la victoire de Don Juan à Gemblous, 
François de Valois se décide à. intervenir et entre à Mons le 
9 juillet. La ■Noue le suit de près, et, après le départ du prince, 
il reste au service des Etats de Flandre au commencement de 
l'année 1579, et est nommé, sur la proposition du prince 
d'Orange, maréchal général, avec le commandement des troupes 
françaises et écossaises. C'est seulement au mois de mai 1580 
qu'il fut pris dans une escarmouche par le vicomte de Gand, 
marquis de Roubaix. 



APPENDICE, 255 

l'armée des Estas, ont esté malmenés par une embus- 
cade de François et Escossois des vielles bendes qui 
estoient cy-devant en Rolande. 

Monseigneur, je vous baise bien humblement les 
mains, priant Dieu vous donner en parfaitte santé 
longue et heureuse vie. De Paris, ce xi® d'aoust 1578. 

Vostre très humble et très obéissant serviteur. 

De Torsay^ 

monsieur de torsay au vicomte de turenne. 

19 août 15782. 

Monseigneur, Monsieur de La Noue m'avoit envoie 
un discours de l'escarmouche de Don Juan contre le 
camp des Estas de Flandre, pour l'envoier au roy de 
Navarre, que Mons"" de Strosse a enfermé en son 
paquet. Je vous prie, après l'avoir leu, le présenter 
de la part de mondit s"" de La Noue à Sa Majesté, afin 
qu'il ne m'accuse de négligence. Il n'est riens succédé 
depuis audit pais, que nous ayons entendu. Par lettres 
du 1 0, que Mons"" de La Noue m'a escrittes d'Anvers^, 
on n'avoit encore résolu avec Monsieur; si tost que 
ce sera fait, il m'en doit envoier le traitté, dont je ne 

1. Le sieur de Torsay, en 1608, écrivit la Vie, mort et 
tombeau... de Philippe de Strozzi, celui que, dans la lettre sui- 
vante, il appelle, comme les contemporains, « Monsieur de 
Strosse. » 

2. Orig. Arch. nat., R^BS. 

3. Le 18 août, La Noue écrit d'Anvers au duc d'Anjou pour 
lui annoncer la prompte arrivée des troupes de Casimir. [Docu- 
ments concernant les relations du duc d'Anjou avec les Pays- 
Bas, t. I, p. 420.) 



256 APPENDICE. 

faudray de vous en envoicr aussy tostla copie. Il y a 
cuidé avoir du commencement quelques dificultés à 
cause de la religion, voulans aucuns persuader mon- 
dit seigneur de se faire protecteur de la Religion 
Catholique ; mais je croy que Mons"" de La Noue est venu 
bien à point, pour oster cest empeschement d'une 
bonne union et intelligence comune à repousser l'op- 
pression^ Cependant, la Religion y augmente d'une 
estrange façon. J'espère que nous nous en sentirons 
par deçà et que Mons"^ de La Noue y sera allé fort à 
propos et qu'il servira plus à noz affaires là qu'icy, 
combien qu'il y soit aussy bien nécessaire. 

Monseigneur, après vous avoir baisé bien hunible- 
ment les mains, je priray Dieu vous donner en par- 
faitte santé longue et heureuse vie. De Paris, ce 
19^d'aoust 1578. 

Vostre plus humble et plus obéissant serviteur, 

De Torsay. 

le roi henri iii au vicomte de turenne. 

Paris, 6 décembre 1578^. 
Mon cousin, le pouvoir et crédit que je me suis 
toujours promis qu'a vies parmis ceux de la Relligion, 
et le témoignage que m'avés rendu de vostre dévo- 
tion au bien et repos de ce royaume m'ont tant fait 
espérer de fruicts de l'établissement de la paix, meme- 

1. Le 18 août 1578, à Mons, le duc d'Anjou signait une 
« promesse » au prince d'Orange de ne rien entreprendre 
contre la religion réformée. (Documents, etc., t. I, p. 424.) 

2. Arch. nat., R^53. Suscription : « A mon cousin le viconle 
de Turene. » 



APPENDICE. 257 

ment en la négotiation de la Royne, Madame et mère, 
que je cuidois à présent y veoir plus d'avancement et 
qu'il ne s'y offriroit tant de difficultés et remises, comme 
il fait chacun jour; et, pour ce que je désire estre 
cclarcy de ce que j'ay pu espérer surmonter, s'il m'est 
possible, toutes difficultés, et rendre plus capable le roy 
de Navarre, mon frère, et vous autres de ma bonne 
grâce et de mon intention à l'entretenement de la paix, 
j'envoye par delà le s"^ Maintenons chevalier de mon 
Ordre, conseiller en mon Conseil privé et grand mares- 
chal de mes logis, auquel, ayant donné charge de 
vous faire entendre l'occasion de son voyage, je vous 
prie, mon cousin, autant que vous désirés me faire 
jamais recevoir les effets de votre fidelle dévotion à 
mon service, employer le crédit et la fiance que je sçay 
estre en vous à ce que ma sincère intention soit au 
plus tost exécuté ; et croyés sur ce le s"^ de Maintenon 
de ce qu'il vous dira de ma part comme moy-mesme, 
qui prie Dieu, mon cousin, vous avoir en sa saincte 
garde. Écrit à Paris, ce 6^ de décembre 1578. 

Henry. 
De Neufville. 

le roi henri iii au vicomte de turenne. 

Paris, 16 mars 15792. 

Mon cousin, j'ay bien voulu vous témoigner, par la 
présente, le contentement que j'ay receu de la résolu- 
tion qui a esté prise à la conférence, ayant esté arresté 

1. Louis d'Angennes, marquis de Maintenon. 

2. Arch. nat., R^ÔS. 

17 



•258 APPENDICE. 

que l'on procéderoit par effet à l'exécution de mon 
édit de pacification, qui est la chose de ce monde que 
je désire le plus, affin de veoir mes sujects unis en 
repos par le bénéfice d'icelluy. Mon cousin, je sçay 
que vous me pouvés beaucoup servir en cette occa- 
sion; partant, je vous prie me faire connoistre par 
effet l'afïection que vous portés à mon contentement et 
à la tranquillité de mon royaume, et croire que je reco- 
gnoistray le devoir que vous y ferés, comme vous 
fera entendre de ma part le s"" d'Arqués \ en vous déli- 
vrant ou envoyant la présente. Priant Dieu qu'il vous 
ayt, mon cousin, en sa saincte garde. 
Écrit à Paris, ce 16 mars 1579. 

Henry. 

catherine de médigis au maréchal de damville^. 

Agen, 17 mars 1579. 
Mon cousin, il y a quelque temps que, pour quelque 
leiger propos que le s' viconte de Turenne et le s' de 
Rozan eurent ensemble, il s'estoit meu aussy quelque 
débat entre lesdicts viconte de Turenne et de Duras, 
dont je les avois depuis deux jours mis d'accord, par 
l'advis des princes et s"^* du Conseil privé du Roy, Mon- 
sieur nion filz, et aultres s'* et cappitaines qui sont icy : 
toutesfois, contre les défenses que leur avois faictes, 
de la part du Roy, mondict S' et filz, et de moy, de ne 
se demander rien l'un à l'aultre, pour ce qui restoit à 
accorder entre ledict s"^ viconte de Turenne et le frère 
dudict s"^ de Duras, qui n'estoit lors icy, ilz se sont 

1. Nom que porta d'abord Joyeuse. 

2. Bibl. nat., f. fr. 3203, fol. 44. 



APPENDICE. 259 

appeliez, sans que personne en ayt rien sceu, et com- 
batuz ce jourd'huy de grand matin, sur la grève de 
ceste ville, s'estans blessez les ungs les aultres, dont 
je fais informer par la Chambre de Parlement establie en 
ceste dicte ville, pour en faire faire la justice exemplaire 
à rencontre de ceulx qui se trouverront avoir failly, 
estant ce que l'on doibt désirer ; mais, afFm que chacun 
entende comme le tout est passé et ne soit cela cause 
cependant d'interrompre ou retarder l'exécution de 
la résolution de nostre conférence tenue à Nérac au 
bien de la paix, je vous en ay bien voulu escripre ce 
mot de lectre, affin que vous sçaichiez comme ce que 
dessus est advenu et le faciez entendre à ceulx que 
verrez que besoing sera, tenant la main que, pour 
cela (qui est ung faict particulier et dont la justice se 
fera sur ceulx qui l'auront mérité), le bon œuvre de 
la paix et l'exécution d'icelle ne soit aulcunement 
différé ny retardé. Priant Dieu, mon cousin, vous 
avoir en sa saincte et digne garde. Escript à Agen, le 
xvif jour de mars 1579. 

Vostre bonne cousine, Gaterine. 

DISCOURS DE LA QUERELLE DU VISCOMTE DE TUREYNE 
AVEC LE SIEUR DE ROZAN, 1579^ 

L'an mil cinq cens soixante et quinze, estant à 
Montauban, commandant en Guyenne à ceulx de la 
Religion et Gatholicques, uniz soubz l'auctorité de Mon- 

1. Bibl. nat., Cinq cents de Colbert, t. XXIX, fol. 231 v°. 
Ms. f. fr. 20153, fol. 177 r°. — Ce récit semble écrit par le 
vicomte de Turenne lui-même; il est, d'ailleurs, le dévelop- 
pement de deux pages des Mémoires. — (Voir plus haut, 
p. 141 et suiv.) 



260 APPENDICE. 

seigneur le prince de Gondé et depuis de Monsei- 
gneur, il advint que ceulx de Gaslelzaloux jectèrent le 
s' de Savillan' hors de leur ville, lequel y commandoit, 
et lors, craignant que la ville ne se perdist, j'ay mis 
le sieur de Rozan pour y commander. Depuis, ayant 
receu commandement de Monseigneur de l'aller trou- 
ver avec des forces et veoir toutes les villes en pas- 
sant, les laisser en bon estât et seureté, et luy en 
apporter au vray Testât, tant desdictes villes que des 
hommes et deniers, pour commencer madicte charge, 
je m'acheminay à Glérac-, où estant je sceuz que 
quelques ungs avoient assiégé un chasteau qui tenoit 
pour mondict seigneur, duquel désirant faire lever 
le siège, je feuz contrainct d'assembler quelques forces, 
où vint ledict s' de Rozan avec une trouppe. Je luy 
parlay alors, pour adviser de faire faire raison au 
s"" de Savillan de quelque argent que luy retenoient 
ceulx dudictGhasteaujaloux, à quoy il m'assura de tenir 
la main; je luy dis aussi que je yrois audict Ghastelja- 
loux : à quoy il me respondit qu'il m'y feroit tout l'hon- 
neur qu'il pourroit et que je y serois le très bien 
venu. De là, je m'en allay à Gaumont, et, depuis, à 
Damazan, d'où j'escrivi au s"^ de Rozan que je m'en 
allois à Gasteijaloux : ce que je fiz; mais quelques ungs 
de mes gens s'estant mis devant et s'estans présentés 
aux portes pour y entrer, elles leur furent refusées; 
ce que ayant entendu, je priay Mons"" de Reniez d'y 

1. Sur Savailhan, voir la note de la p. 118, et la Monogra- 
phie de Gasteijaloux, par Samazeuilh, publiée à Nérac en 1860, 
in-8°, p. 103. 

2. Gasteijaloux, Clairac, Damazan (Lot-et-Garonne), arr. 
de iVérac. 



APPENDICE. 261 

aller, lequel ayant parlé à ceulx qu'il trouva à ladicte 
porte, les habitans, tous d'une commune voix, luy 
crièrent que ce n'estoient poinct eulx, mais que c'es- 
toient ceulx de Mons"" de Rozan, qui avoient la force 
en main, qui l'empeschoient. Sur quoy, ledict s"" de 
Reniez ayant parlé à ung nommé La Garenne, qui fai- 
soil Testât de scrgent-majour dans ladicte ville, il luy 
fut respondu par ledict La Garenne qu'il avoit com- 
mandement de Mons' de Rozan de n'y laisser entrer 
personne et qu'il n'ouvriroit poinct, que ledict s'" de 
Rozan debvoit retourner le lendemain et qu'il s'assu- 
roit qu'il seroit bien aise de m'y veoir. Ayant sceu 
ceste responce, je m'en allay à Malevirade, où je 
demeuré tout le reste de ce jour-là et le lendemain 
encores, affin de l'attendre ; mais, voiant qu'il ne 
revenoit poinct, je m'en allay à Gaumont\ continuant 
tousjours mon voiage pour aller trouver Monseigneur. 
Depuis ce temps-là, je n'avois sceu trouver ledict 
s" de Rozan, à cause des troubles, jusques ung peu 
auparavant des troubles de l'année VLXXVI, que, 
revenant d'Agen, où j'estois allé veoir le roy de 
Navarre, accompagné de quarente gentilzhommes et 
environ de trente ou trente cinq arquebuziers, je le 
trouvay auprès d'Éguillon avec huict ou dix chevaulx 
en tout ; et, passant près l'un de l'autre dans ung che- 
min estroict, je le recongneuz. Voiant ceste occasion, 
je priay le capitaine Valirois, l'aisné, qui estoit avec 
moy, de luy aller dire de ma part que j'estois dans 
ung pré là auprès, où je le priois de venir, affin de 
tirer raison de luy de quelque chose que j'avois à luy 

1. Caumont est dans l'arr. de Marmande (Lot-et-Garonne). 



262 APPENDICE. 

demander, avec asseurance que pas un des miens ne 
luy demanderoient rien, ayant tiré la promesse de 
ceulx qui estoienl avec moy d'ainsi le faire et protes- 
tant, si quelc'un y failloit, que je me rangerois de son 
costé pour luy courre sus. Ledict Valirois s'en revint 
à moy avec promesse dudict s'^ de Rozan qu'il s'y en 
venoit; mais, incontinant après, il m'envoia un gen- 
tilhomme des siens me dire qu'il n'y pouvoit venir, 
d'aultant que la partie estoit mal faicte : ce que voiant, 
je lui renvoiay les s"^* de Milliac et de Dussac pour luy 
dire, affin d'oster tout soupson, il y avoit là un bateau 
dans lequel nous passerions de delà l'eau, avec chacun 
un cheval pour servir à qui auroit le dessus, et que 
cest offre là estoit hors de double et soupson. Il ne la 
pouvoit honnestement refuzer; nonobstant cela, il 
s'excusa, et, pour luy monstrer que je ne voulois, non 
seullement le prendre à mon advantage, mais luy 
oster toute occasion de soubçonner que je le voulusse 
faire, je tiray promesse de luy, entre les mains des- 
dicts s"^" de Millac et de Dussac et de Valiros, que 
toutes fois et quantes que je l'envoyerois appeller par 
un gentilhomme, que ledict gentilhomme y pourroit 
aller à seureté et qu'il s'en viendroict me faire raison 
où je l'appellerois. Nous nous départismes ainsi; et, 
depuis lesdicts troubles, je ne peuz le treuver à com- 
modité, tellement que cela demeura ainsi jus(jues der- 
nièrement, Mons' de Laverdin estant à Agen, au logis 
de Mons*^ de Duras, il entendit que ledict s"^ de Duras 
tenoit propos de moy, qui esloient telz, que le roy de 
Navarre luy avoit escript deux ou trois fois de le venir 
treuver, pour l'accorder avec Mons"^ de Turenne ; qu'il 
estoit bien serviteur du roy de Navarre et que son 



APPENDICE. 263 

frère exécuteroit volontiers ses comniandemens, mais 
que, pour ce subject, s'il pensoit son frère luy céder 
en rien, qu'il le desgajeroitet que, si Mons"" de Turenne 
estoit plus riche, qu'il estoit d'aussi bonne maison, et, 
s'il se plaignoit de luy* qu'il l'ameneroit tousjours en 
crouppe pour luy faire raison. Mons"" de Laverdin, à 
la première fois qu'il me vit, ne fit faulte à me racomp- 
ter bien au long lesdicts propos, par lesquelz me sen- 
tons intéressé, tant pour la comparaison des maisons 
que ledict s"" de Duras avoit faicte, que pour l'offre 
qu'il faisoit de m'amener son frère, je me résolus de 
le faire appelîer; mais, pour m'en esclaircir davan- 
tage, sachant qu'il passoit par Nérac, pour aller trou- 
ver la Royne à Auch, je lui envoiay le s' de Sallignac, 
pour sçavoir quelles parolles il avoit tenues de moy, 
en un lieu où estoit Mons"" de Laverdin, lesquelles luy 
rapporta encores ledict s"" de Sallignac. Ledict s"^ de 
Duras les ayant ouyes, en pallia une partie, disant 
qu'il avoit bien dict que si Mons"^ de Turenne faisoit 
appelîer son frère de Rozan, qu'il s'asseuroit qu'il yroit 
et que, s'il le prioit de luy mener, qu'il en estoit tout 
prest. Ayant entendu la responce par ledict s"^ de Sal- 
lignac, j'envoie incontinent un gentilhomme des miens 
à Mons"^ de Laverdin, le priant de m'escrire les propres 
motz qu'il avoit entenduz de Mons"^ de Duras; ce qu'il 
fit tous conformes aux premiers, par une lettre qu'il 
m'escrivit, où lesdicts motz sont conlenuz, me man- 
dant au reste que si ledict de Duras s'en dédisoit, qu'il 
estoit prest de luy soustenir. 

Quelque espace de temps après, la Royne estant 
à Agen, y estant aussi ledict s"^ de Duras, je m'y 
en allay. Ung jour, entre aultres, que j'estois sorty 



264 APPENDICE. 

tout seul de bon matin hors de la ville, et y ayant 
demeuré long temps, on eut opinion que je Pavois 
faict appeller, qui fut cause que la Royne m'envoia 
quérir, et, après m'avoir dict qu'elle nous voulloit 
accorder, me commandant de sa plaine auctorité 
de demeurer amy audict s'^ de Duras, je ne voullu 
prendre garde à quelque espèce de satisfaction qu'il 
me vouloit faire, disant que je ne prenois le comman- 
dement absolut à la volonté de Sa Majesté pour assez 
de satisfaction de ce que je me sentois offensé dudict 
s"" de Duras, par les propos qu'il avoit tenus à Mons'" de 
Laverdin. Sur quoy ladicte dame Royne nous feit 
embrasser. Après quoy je m'en allai à Puymirol^ par 
le commandement de ladicte dame Royne et du roy 
de Navarre, pour y exécuter l'eedict. Ce que ayant 
faict, et en estant revenu le lundi xvf mars, je feuz 
adverty que ledict s"" de Rozan y estoit arrivé aussi ; 
ce que la Royne ayant sceu, me feit deffence très 
expresse de ne faire poinct appeller ledict de Rozan et 
de ne lui demander rien : ce que je promis à Sa Majesté. 
Mais ledict jour au soir, m'étant retiré à mon logis, 
Mons' de Lesignan y vint, qui me dist que Mons"" de 
Duras montoit. Je m'en allay au devant de luy; et, 
estant en ma chambre, il me commença à parler tout 
hault que madame de Grandmont^ me prioit de faire 
mectre Mussidan^ entre ses mains. Après, il me dist 
si je voulois me tirer à part : ce que je feiz ; et, m'ayant 

1. Puymirol (Lot-et-Garonne), arr. d'Agen. 

2. M"*^ de Gramont était la belle-mère de Duras. On sait 
que sa fille fut la dame d'honneur et longtemps l'amie très 
malfaisante de la reine de Navarre. 

3. Mussidan (Dordogne), arr. de Ribérac. 



APPENDICE. 265 

un peu continué le propos de Mussidan, il me dist 
qu'il y avoit quelque temps qu'il avoit dict à Mons"" de 
Laverdin, qu'il me meneroit son frère de Rozan là où 
je vouldrois; qu'il estoit à Agen, et que le lendemain 
il le feroit treuver au gravier *, qu'il seroit avec luy; 
et je le remerciay, l'asseurant que ce seroit le plus 
grand plaisir qu'il me pourroit faire, mais que je dési- 
rois que personne ne s'en mellast que luy et moy, et 
que j'avois fort bonne querelle, qui me faisoit espé- 
rer que, après avoir faict à son frère, il me resteroit 
prou de force pour luy foire raison, s'il se plaignoit 
de quelque chose de moy. Il me dist qu'il vouloit que 
je y menasse quelc'un; à quoy je luy feiz responce que 
puisqu'il le vouloit ainsi, que je y menerois ung de 
mes amys ; qu'au reste il estoit fort tard et que, si 
quelc'un le savoit, je luy en ferois reproche, l'assu- 
rant que pas un de mes amys n'en sçauroit chose du 
monde de moy, qui peust estre occasion de nous en 
empescher. Là-dessus, il me promist et me jura que 
s'il venoit quelc'un qui feussent de ses amys qui me 
voulust faire tort, que son frère et luy se rangeroient 
avec moy pour les en empescher, me le promectant 
sur son honneur. Je kiy feiz pareille promesse, en 
l'embrassant. Il commence à me donner le bonsoir : 
je le conduisy jusques hors de mon logis, où, estant 
rentré et Mons'" de Lesignan y estant demeuré, je le 
tiray à part et tiray promesse de luy de ne parler à 
homme ny à femme du monde de ce que je luy dirois, 
l'assurant que, s'il le faisoit, je luy demanderois rai- 

1. Le « gravier » d'Agen était situé entre la muraille de la 
ville et la Garonne : il est encore aujourd'hui un élégant lieu 
de promenade et de fêtes publiques. 



266 APPENDICE. 

son de ce qu'il me promist. Je luy dis adonc ce que 
Mons"^ de Duras m'a voit dict, le priant de regarder le 
lendemain à la porte du gravier que personne ne sor- 
tist pour me faire supercherie. 

Le lendemain, le jour estant venu, je m'en allay 
à la porte du Pin, par où j'avois dict audict s' de 
Duras que je sortirois, avec Mons"^ le baron de Sal- 
lignac, un petit page et un lacquais qui menoient 
deux courtaulx, suivant ce que j'avois dict audict 
s' de Duras de nous trouver sur un courtault cha- 
cun. Ladicte porte ne fut ouverte d'une grande demye 
heure après que nous feusmes arrivez. Cependant, 
je me promenois du long de la muraille, atten- 
dant qu'elle feust ouverte, ce que soudain qu'elle fut 
ouverte nous sortismes; et, estant arrivez sur le lieu, 
nous attendismes environ une heure et demye, de 
sorte que je envoiay à Mons*" de Duras un page, 
pour luy dire qu'il y avoit fort long temps que je l'at- 
tendois et qu'il estoit fort tard. Mon page y allant les 
trouva comme ilz venoient; je commençay à les veoir 
venir sur deux chevaulx d'Espagne, l'un bay et l'autre 
gris. Cependant, Mons"" de Lesignan, qui avoit veu 
venir mon page, pensant que je luy envoiasse pour le 
prier de se retirer, se retira loing, qui empescha 
qu'il ne peult veoir sortir lesdicts de Duras et Rozan 
et ceulx qui sortirent. Nous nous arrestames inconti- 
nant et vismes qu'ilz mectoient pied à terre : à quoy 
je priay Mons' le baron de Sallignac de s'avancer vers 
[eulx] et leur dire que c'estoit trop près de la porte. 
Hz faisoient quelque difficulté de remonter à cheval ; 
ce que voiant, je m'avançay vers eulx, d'aultant que 
je voiois venir quelques hommes qui couroient tant 



APPENDICE. 267 

qu'ilz pouvoient, n'estans pas deux cens pas de nous, 
et leur dis que résolument c'estoit trop près. Et leur 
dis : voilà des gens qui viennent, qui nous empesche- 
roient de nous battre, et qu'il failloit aller plus loing; 
Guidant à la vérité que ce feussent gens de la Royne 
qui vinssent pour nous en empescher. Enfin, ilz 
montent à cheval, et commenceasmes à galopper 
comme qui yroit à la Gassagne^. En galoppant, je 
demande au s"" de Rozan s'il avoit de dague, qui 
me dist que ouy : à quoy je*respondis que j'en avois 
aussi, mais que je le priois que nous les gections là; 
ce qu'il ne voulut faire. Le s' de Duras commença à 
dire qu'il n'en avoit poinct, et le s"" de Sallignac luy 
dist qu'il en avoit une, mais qu'il la jecteroit là, ainsi 
qu'il feit tout aussitost. Gomme nous eusmes galoppé 
environ trois cens pas, estans presque vis-à-vis d'une 
chappelle qui est à costé du gravier, nous mismes 
pied à terre; mais, voiant le s"" de Rozan botté et espe- 
ronné, je le priay d'oster ses espérons, et que cela 
l'empescheroit; ce qu'il feist. Là-dessus, ledict s" de 
Duras s'aproche et me dist : « Monsieur, vous plaist-il 
pas que je vous visite? » A quoy je respondy que ouy; 
ce qu'il feit. Et là-dessus je luy dis que je ne le vou- 
lois poinct visiter; et, parlant audict s' de Rozan, qui 
estoit à dix ou douze pas près de moy, s'il estoit 
poinct armé : il leva son pourpoinct, qui n'estoit pas 
attaché à ses chosses, et me dist : « Je ne le suis pas. » 
Je luy respondz que je me reposois sur cela. Alors, le 
s"^ de Duras se retira quatre ou cinq pas en arrière, 

1. La Cassagne est un château situé sur la commune de Pont- 
du-Casse, à 7 kil. d'Agen. 



268 APPENDICE. 

et lors je mis la main à l'espée, d'aultant que le s"" de 
Rozan l'y avoit long temps auparavant. 

Le s"" de Duras me demande ce que j'avois à de- 
mander à son frère; je luy dis que, aux troubles 
de l'an V LXXVI, ceulx de Chasteljaloux jeetèrent 
Mons"" de Savillhan dehors et que, ayant mis Mons"^ de 
Rozan, son frère, pour y commander, qu'il m'avoit 
faict reffuser les portes, et que, estant à Cleirac 
quatre jours auparavant, il m'avoit promis de m'y 
faire tout l'honneur qu'il debvroit et de m'y lais- 
ser entrer quand je vouldrois, et que, pour me 
satisfaire, il failloit qu'il désadvouast ceulx qui 
i'avoient faict. A quoy ledict s'^ de Duras me dist que, 
s'en estant allé à Duras, il avoit commandé à ceulx 
qui commandoient audict Chasteljaloux soubz luy de n'y 
laisser entrer personne. « Ho ! ce diz-je, cela ne me con- 
tente pas, et, s'il falloit me contenter, falloit que ce 
feust la ville. » Là-dessus, ledict s"" de Duras print la 
parolle et dist : « C'est que vous aviez dict que vous y 
vouliez mectre Savaillan. » Je respondiz que cela estoit 
faulx et que je n'en a vois jamais parlé, ny pensé 
mesme de le faire. Je partz alors et m'envois droict 
audict s' de Rozan et, du premier coup, je luy donne 
une estocade dans l'estomach ; il commença à reculler 
le plus qu'il est possible. Je luy tiray cinq ou six esto- 
cades, qui tous portoient sur luy : toutesfois, pas 
une ne persa le pourpoinct. Le poursuivant et le pied 
m'ayant glissé, je tonibay, et, estant à terre, il me 
donna un coup dans la chausse, qui ne me blesse 
poinct. Je me rellève soudain et commence à le rechar- 
ger; il me tourne le doz et commence à fuyr tant 
qu'il pouvoit courre. Cependant, je entcndois le baron 



APPENDICE. 269 

de Sallignac qui disoit au s"" de Duras : « Prenez une 
espée » ; lequel n'en voullut poinct prendre. Ledict 
Duras commence à crier à son frère : « Vous fuiez, 
vous faictes le poltron. » Il tourna, et, en tournant, 
ledict de Rozan tumba. Je luy diz adonc : « Lève 
toy. » Là-dessus, je me sentiz chargé de six ou sept, 
qui me baillèrent troys coups d'espée par derrière, 
et deux par le devant, tout en ung mesme temps 
sans que ledict de Rozan s'aprochast de moy. Incon- 
tinant, ledict de Duras commence à crier à ses gens : 
« Tuez, tuez le baron de Sallignac » ; qui dict que cinq ou 
six s'avancèrent pour le charger, et ung, entre aultres, 
qui est fort blond et avoit un manteau rouge doublé 
de vert, quiestoit cinq ou six pas devant eulx, lequel, 
voyant le s"" de Sallignac aller à luy, se retira jusques 
à ces compagnons; et tous eulx ensemble se retirèrent 
plus de huict pas : ce qui empcscha de veoir ce que 
ledict s"^ de Duras feit. Depuis, lesdicts me laissèrent, 
après m'a voir blessé de seize ou dix-sept coups d'es- 
pée, et estant tout en sang, je chargé encores ledict s'" de 
Rozan, lequel je feis encores fuyr et reculler devant 
moy. A ceste heure- là, ledict s"" de Duras luy cria 
encores les mesmes motz qu'il avoit faict auparavant, 
et, prenant une espée, s'en vint à moy et me tire une 
estocade qui ne fit que perser le pourpoinct. « Ha, ce 
diz-je, c'est une grande meschanseté ! Ce n'est pas la 
courtoisie que le baron de Sallignac t'a faicte et celle 
que j'ay faicte à ton frère à ceste heure, oultre celle 
que je luy feiz auprès d'Eguillon. » Là-dessus, je m'ar- 
restay; et vint un garson de la fruicterie de Madame 
la princesse de Navarre, qui me dist : « Mons"^ de Thu- 
reyne retirez-vous ; il vous tueront. Las, ce dis-je, 



270 APPENDICE. 

c'est trop estre armé et encores estre dix ou douze 
sur ung homme! » Je me mis adoncà main gauche et 
eulx à main droicte; et commençasmes à nous en aller 
vers la ville. Comme j'euz faict environ deux cens pas, 
je trouvay Mons"^ de Lesignan, avec deux de ses gens, 
auquel je dis : « Vrayement, voilà de mesclians hommes : 
estre armés et encores estre dix ou douze sur ung 
homme. » Il me demanda si j'en avois dans le corps : je 
luy diz que non ; mais que je ne sçavois si une estocade 
que Duras m'avoit donnée, luy monstrant l'endroict 
où il m'avoit blessé. Là-dessus, je trouvay encores 
Mens'" le mareschal de Biron, auquel je tins mesme 
langaige, et me retiray en mon logis. 



Rapport en forme de lettre sur le duel survenu 
ENTRE Jean de Durfort, vicomte de Duras, et 
SON FRÈRE Jacques, d'une part, et Henri de la 
Tour, vicomte de Turenne, et le baron de Sali- 

GNAG, d'autre PART. NÉRAC, 18 MARS 15791. 

Messieurs, d'aultant que le xvii^ de ce moys est 
advenu que Mons' de Turene a esté blessé hors les 
portes de la ville d'Agen et que plusieurs, ne sachans 
comme le faict est passé, pourroient en prendre et 
donner l'alarme en divers endroictz et en tirer des 
conséquences préjudiciables au bien de la paix, laquelle 
doibt estre stable et maintenue par tous les gens de 
bien, comme estant nécessaire en ce royaulme à la 

1. Bibl. nat., f. Dupuy 744, fol. 82 r*". — C'est une sorte de 
circulaire faite sans doute par un des ministres protestants qui 
étaient venus à Nérac pour traiter de la paix. 



APPENDICE. 271 

conservation des Églises; j'ay bien voulu vous tenir 
particulièrenrient advertiz par la présente de tout ce 
qui est faict, qui est tel que, d'aultant que, en 
l'année 1576, ledict s^ de Turene estant nommé et 
esleu général des églises de Gienne, se resentoict de 
ce que le s"^ de Rausan, frère du s"^ de Duras, avoict 
tenu quelque propos qui sembloict estre au désavan- 
taige du s"^ de Turene, le 13 de ce mois, estant le 
s"" de Turene allé à Agen de nostre part, pour faire 
dresser, avecques le conseil de la Roy ne mère du Roy, 
les commissions et instructions qui estoient requises 
pour l'exécution de l'eedict et de ce qui a esté arresté 
à la conférance, et, trouvant ledict s' de Duras en 
ladicte ville, l'auroict faict appeller ledict jour pour 
se trouver delà la rivière, luy seul, et y seroict allé 
l'attendre de bon matin; mais, aiant esté cela descou- 
vert et entendu de ladicte dame Royne, non seulle- 
ment ledict s"" de Duras ne seroict sorty, mais aussy 
ledict s' de Turene auroict esté mandé de s'en retour- 
ner en ladicte ville par Sa Majesté, laquelle n'auroict 
cessé JQsques ad ce qu'elle les eust accordez et faict 
embrasser par après. Le 1 6 de ce moys, le s"" de Rau- 
san estant arrivé à Agen, ledict s"" de Duras seroict 
venu trouver ledict s'' de Turene en son logis, luy 
parlant tout hauit, le priant bien fort d'estre moien 
que le chasteau de Mucidan, qui auroict esté naguères 
surpris, fust rendu à Madame de Granmont, sa belle- 
mère, à qui il apartient; mais, après ce propos, il 
tira ledict s*^ de Turene près de la fenestre de sa 
chambre, luy disant que son frère estoict venu et 
qu'il estoict prest de le mener par la main pour vui- 
der le différent, ainsy qu'il l'auroict promis au s"" de 



272 APPENDICE. 

Lavardin : de quoy ledict s"" de Turene démonstra 
estre fort aise, le louant et luy faisant entendre qu'il 
le tenoict pour gentilhomme d'honneur et de valleur 
d'en user de ceste façon; sur l'heure, acordèrent d'un 
lieu hors la ville, sur le gravier, et, aflfin que leur 
entreprinse fust mieulx couverte, fut arresté entre 
eulx que ledict s"" de Turenne sortiroict avecq le baron 
de Salignac par la porte du Pin ^ et le dict s"^ de 
Rausan, secondé de sondict frère par la porte du 
gravier. Le lendemain matin, ledict s"" de Turene, 
secondé dudict s*" baron de Salinac, se trouva à la 
porte du Pin, avant qu'elle fut ouverte, de peur 
de n'estre d'assés bonne heure à l'assignation, 
et, à l'ouverture, ilz sortirent et attendirent les- 
dicts deux frères environ une heure et demie sur la 
place, tellement que, s'ennuyans, mandèrent ung 
page pour les haster, lequel les rencontra montés 
sur chevaux d'Espaigne et galopans pour se rendre 
audict lieu; où, estans arrivez, ilz eurent ensemble 
quelque propos, et enfin, ledict s"" de Turene décla- 
rant qu'il ne pouvoict estre satisfaict, si ledict s"^ de 
Rausan ne confessoict qu'il n'avoict sceu que ledict 
s' de Turenne feust général, lorsque les portes de 
ladicte ville luy furent fermées, ou qu'il ne sçavoict 
pas qu'il y debvoict venir, feut entre eulx prompte- 
ment arresté de venir aux mains; et, par ce que ledict 
s' de Turene advisa une troupe qui venoict après 
ledict s"^ de Duras, fut d'avis de galopper encores 
jusques à quatre ou cinq cens pas davantage, pour 

1. La porte du Pin existait encore il y a quelques années; 
elle était située à Test d'Agen. 



APPENDICE. 273 

s'en reculer, ce qu'ilz tirent; et, ayans mis pied à 
terre, comença ledict s"" de Turenne à charger si vive- 
ment ledict s"^ de Rausan, qu'il le feict reculer environ 
quatre-vingtz ou cent pas, jusques à tourner le dos, 
ayant ung coup à la souris du bras, encores que 
ledict s"^ de Duras luy criât de tenir bon; et, enfin, 
fut jecté par terre, sans que ledict s"^ de Turenne le vou- 
lut charger lors; ce que voyans, dix ou douze cappi- 
taine et soldatz, qui avoient suivy ledict s"^ de Duras, 
meirent tous à l'instant l'espée à la main, pour char- 
ger ledict s'^ de Turenne, auquel ilz donnèrent jusques 
à quinze ou seize coups sur la teste, au visaige, à l'es- 
paule et aux reims, et presque tousjours par derrière, 
tellement qu'ilz l'abbatirent, luy ruant tousjours des 
coups qui portoict avecq la dacgue. D'autre costé, le 
baron de Salignac chargea ledict s'" de Duras, auquel 
ayant donné ung coup d'espée en la main, qui luy 
persa le bras, et, incontinent luy ayant saisy sadicte 
espée, luy donna une estocade soubz le bras, qui ne le 
blessa, et ung autre coup fort grand à la cuisse, et 
luy rompt son espée; et lors, ledict s*" de Duras, se 
voiant sans espée, le pria de le traicter en homme qui 
n'avoict poinct d'armes : à quoy le baron de Salignac 
respondict qu'il n'avoict jamais acoustumé de frapper 
gentilhomme qui n'eust de quoy se deffendre, le pres- 
sant de prendre une espée de ses gens qu'il voioict 
là près, ou qu'il le tueroict; ce que ledict s"" de Duras 
ne voulut faire, parce qu'il ne cognoissoict, comme il 
est à présumer, la bonté de l'espée de ses gens. Lors 
ledict s"^ de Duras cria à son frère, qu'il voyoict reculer, 
de tenyr bon et de ne faire le poltron : mais ledict 
baron de Salignac le menaça de tuer, s'il ne se taisoict. 

18 



'274 APPENDICE. 

Aussitost, ledict s*" baron veid ledict s"^ de Turenne 
abatu par terre et environ dix ou douze espées à l'en- 
tour de luy qui le chargeoient; ce qui le fit partir, pour 
l'aller secourir contre ceulx qui le traictoient si mal, 
lesquelz, estimans qu'il fut mort, le laissèrent; et 
ledict s*" de Duras, voiant ledict baron empesché après 
ceulx qui chargeoient ledict s*" de Turenne, print une 
espée et s'aproche dudict s' de Turenne, estant encores 
par terre, luy rua ung coup. On tient que ledict s"^ de 
Rausan avoict une maille soubz son pourpoinct, pour 
ce que, de deux ou trois grandes estocades que ledict 
s"" de Turenne luy donna, il n'y eust une seulle qui 
peut passer, comme il semble aussy qu'il soict à juger 
par la poincte de l'espée dudict s' de Turenne, lequel 
fut alors remené à la ville par le s"^ de Lusignen, qui 
s'y trouva sur la fin. 

La Royne, mère du Roy, monstre en avoir grand 
desplaisir et mescontentement, pour la conséquence 
de telz faictz sur le commencement d'ung establisse- 
ment de paix et après ung accord que avoict esté par 
elle faict entre ledict s"^ de Turenne et de Duras. Une 
chose contente beaucoup de gens que ledict s*" de Tu- 
renne est hors de danger; de quoy il a semblé estre 
besoing de faire ce brief et véritable discours, affin 
que personne ne se serve de ce faict à quelque impos- 
tures et faulx bruictz et calomnies, et que, pour ce 
regard, le bien de la paix, auquel ledict s' de Turene 
a tant travaillé, ne soict retardé ou empesché, laquelle 
tous les gens de bien doibvent maintenir ung chacun 
en unyon et bonne concorde. 

Faict à Nérac, ce 18^ mars 1579. 



APPENDICE. 275 

CLERVANT^ AU VICOMTE DE TURENNE. 

Sommières, 26 mars [1579^]. 

Monsieur, ceste n'est à aultre fin que vous dire 
combien les gens de bien sont en paine de sçavoir de 
vostre portement, par avoir veu lettres de la Royne, 
mère du Roy, mandant qu'elle feroit faire justice 
exemplaire de ce qui estoit advenu entre le sieur de 
Duras et vous, à quoy on a adjousté qu'estiés blessé 
en troys lieux ; aussy, pour vous assurer que, n'estoit le 
commandement et haste que j'ay pour le voyage où je 
suys, je retorneroys très volluntier pour vous faire ser- 
vice en tout ce que j'auroys de moyen et vous offrir 
moy-mesme ce que fera la présente : c'est que je vous 
supplie de disposer de moy et de mes amys en tout 
ce qu'il vous plaira, pour vous accompagner à prendre 
la raison de ce fait et aultre qui vous pourra jamays 
importer, autant gaimant^ et volluntier qu'amy et ser- 
viteur que puissyés choisir : deux cent lieux de chemin, 
ne troys, que j'ay à faire, ne peuvent tant me retenir 
qu'il fault de temps à vous guérir. Faittes-moy cest 
honneur de croire que, si m'enployés et commendés 
de vous venir trouver, que, laissant mes affaires par- 
ticullières en la main de Dieu, je ne vous abandonneré, 
que celles où vous vous vouldrés servir de moy ne 
soyent faictes ; je le dis an pattoy et rondeur, que j'ay 
appris des gens de bien de nostre pays, qui ne sçavent 

1. Jean de Vienne, sgr de Clervant. 

2. Orig. Arch. nat., R^53. Suscription : « A Monsieur, Mon- 
sieur le viconte de Turene. » 

3. Gaimant pour gaiement. 



276 APPENDICE. 

myeulx. Pour fin, je vous baise humblement les mains, 
suppliant l'Éternel, 

Monsieur, vous renvoyer vostre santé, et donner 
bonne et longue vie. De Sommières, ce xxvi® mars. 

Vostre humble, obéissant et tout à vostre service, 

qui désire vous en faire preuve, 

Glervant. 

advis sur la querelle de monsieur de turenne. 

23 mai 1579<. 

Monseigneur le duc de Montmorancy, pair et pre- 
mier mareschal de France, gouverneur et lieutenant 
général pour le Roy en Languedoc, ayant veu, en pré- 
sence des s"^^ de Rieux, de Lombez, de Vetizon, de 
Saint-Maximin, commandeur de Grillon et autres 
seigneurs et gentilzhommes, le discours à luy envoyé 
par Mons"^ le viconte de Turenne de la querelle et 
conbat advenu à Agen entre luy et les s^^ de Duras 
et de Rozan, a considéré bien particulièrement ce qui 
y est représenté, et y ayant remarqué en premier 
lieu le tort qui a esté fait audict s' viconte par le 
s"^ de Rozan, ou ceulx qui estoient commis par luy à la 
garde de Gasteljaloux, pour y avoir reffuzé l'entrée 
audict s"^ viconte, lequel l'y avoit introduict et chargé 
d'icelle place par le commandement qu'il avoit lors en 
Guyenne, d'ailleurs et voyant en icelluy discours 
l'avantage avec lequel ledict s"^ visconte avoit trouvé 
ledict s'^de Rozan près de Guillon^, pour luy en deman- 
der raison, et la promesse par luy faite de se treuver 

1. Bibl. nat., f. fr. 20153, fol. 183. 

2. Ou plutôt « d'Esguillon. » 



APPENDICE. 277 

au lieu où il seroit appelle par un gentilhomme; et, 
depuis, les propoz tenuz par le s"" de Duras au s"" de 
Laverdin, l'offre par luy faite de se treuver seul avec 
ledict de Rozan sur le grevier d'Agen^, chacun sur un 

1. On vient de lire les divers récits de l'affaire du 18 mars 
1579; mais il n'est rien dit de la suite, qui se trouve relatée 
tout au long dans un manuscrit provenant des Jacobins-Saint- 
Honoré et portant aujourd'hui le n" 25176 du f. fr. de la 
Bibliothèque nationale, sous ce titre : Histoire de Henry de la 
Tour d^ Auvergne, premier duc de Bouillon. 

« Dès que le vicomte se vit hors de danger et qu'il se sentit 
en état d'agir, il fit deux choses : il écrivit à la reine mère pour 
la prier de faire cesser les poursuites qu'on avoit commencées 
contre les deux Duras, et il écrivit encore à Damville (devenu 
récemment duc de Montmorency) pour le consulter sur la 
manière dont les lois de l'honneur lui permettoient d'en user 
à l'avenir avec les deux Duras. Il traite d'assassinat ce qui se 
passa entre lui et eux, il soutient qu'ils étoient maillés, comme 
on pai'loit en ce temps-là, et n'oublie pas les gens apostés dont 
on a paillé. Lorsque Damville eut reçu cette lettre, il ne voulut 
pas décider seul d'un point qui lui paroissoit d'une si grande 
conséquence; il assemble à Agde la noblesse de Languedoc, et, 
après lavoir consultée, il répondit au vicomte, conformément 
au sentiment de cette noblesse, que, puisqu'il avoit été traité si 
indignement par les deux frères et conti'e toutes les loix de 
l'honneur, il n'étoit plus obligé d'en venir au duel et d'exposer 
sa vie contre eux, mais qu'il pouvoit s'en vanger, par quelque 
autre voie qu'il jugeroit à propos, puisqu'il estoit en droit de 
ne les plus regarder comme des gentilshommes, mais comme 
des traîtres et des assassins. » 

« On ne dira rien de cette décision par raport aux règles 
de la religion, selon lesquelles on ne peut l'approuver; mais 
par raport aux loix de l'honneur et du monde, il y a bien des 
gens qui ne voudroient pas la suivre et qui se croiroient 
déshonorés s'ils avoient vengé une trahison par un assas- 
sinat. Aussi, le vicomte, qui se piquoit de la plus haute 
générosité, ne se régla pas sur ce conseil. Non seulement il 
écrivit à la reine mère pour arrêter les poursuites qu'on faisoil 



278 APPENDICE. 

courtault, contrevenant à laquelle ilz seroyent venuz 
sur deux chevaulx d'Espagne; les courtoisies faites 
par icelluy viconte de Turenne audict s"^ de Rozan, 
tant pour ne l'avoir voulu faire visiter que pour luy 
avoir fait oster ses espérons et relever après estre 
tombé; celle faite par le s"" baron de Sallignac au 
s"" de Duras, pour luy avoir fait reprendre une espée, 
la sienne estant rompue ; au contraire desquelles ledict 
s'^ viconte prétend, par les estocades qu'il a tirées 
audict s' de Rozan, l'avoir treuvé armé et estre chargé 
avec ledict s"" de Duras, avec lequel il n'avoit querelle, 
et par six ou sept qui se trouvèrent prez ledict s"^ de 
Rozan, lorsqu'il recula et fuya, demeurant assasiné 
devant et derrière, contre la foy et promesse donnée 
entre eulx, avec supercherye et advantage, ainsy que 
plus particulièrement est contenu par icelluy discours, 
soustenu véritable par icelluy s*^ viconte : mondict sei- 
gneur de Montmorancy, assisté des seigneurs que des- 
sus, est d'advis que ledict s"^ viconte a esté si indi- 
gnement traitté, qu'il ne doit demander ny faire appeller 
lesdicts de Duras ny de Rozan, pour les combattre 
par la voye accoustumée et licite, mais, se resentant 
des actes, assazinatz et manquementz cy-dessus, se 
doibt délibérer d'en avoir raison avec tel advantage, 
recherchant à cest effect tout ce qu'il pensera luy pou- 
contre les Duras, il ne laissa point de l'en solliciter qu'il ne 
l'eût obtenu. Une conduite si généreuse le réconcilia appa- 
remment avec les deux frères; car, dans toute la suite de sa 
vie, on n'entend plus parler de ce différend. » — Ce manuscrit 
est simplement la reproduction, ou peut-être la minute, de V His- 
toire de Henry de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, par 
M. Marsollier, 3 vol. in-12. Paris, 1719, t. I, p. 279 à 780. 
Voir aussi, sur ce fameux duel, Brantôme, t. VI, p. 324 et 509. 



APPENDICE. 279 

voir servir pour s'en vanger, estant le tort à luy fait 
tel et si grand, qu'on ne pourra trouver mauvais avec 
raison les voyes desquelles il usera à l'encontre des 
personnes qui se sont monstrées indignes d'estre 
appel lées avec les armes. Et pour faire foy de cest 
adviz, icelluy seigneur duc de Montmorancy l'a signé 
et pryé lesdicts s""^ y assistans de le signer avec luy. 
En Agde, le xxiif may mil V° soixante-dix-neuf. 

LE ROI HENRI lU AU VICOMTE DE TURENNE. 

[13 juin 1579'.] 
Mon cousin, je vous ay cy-devant escript que j'estois 
très content du bon et grand debvoir que la Royne, 
Madame et mère, m'a tesmoigné que vous avez faict, 
en tout ce qui s'est offert par delà pour mon service, 
cependant qu'elle y a esté, et mesmement pour faire 
exécuter ce qui a esté accordé en la conférence tenue 
à Nérac. Et par ce que j'ay esté adverty qu'il s'est 
despuis commis et commect encores journellement, 
d'une part et d'autre, plusieurs insolences et contra- 
ventions, j'ay bien voulu vous faire la présente, pour 
vous advertir que j'en recoiptz ung extrême regret et 
desplaisir; que mon intention est qu'il en soict faict 
justice exemplaire, comme je l'escris tous les jours à 
mon cousin le mareschal de Biron, et que mes servi- 
teurs ne sçauroit faire chose qui me soit plus agréable 
que d'entreprendre le chastiment de telles désobéis- 



1. Cop. Bibl. nat., f. fr. 3319, fol. 177 v°. Suscription : « A 
Monsieur le visconte de Thurenne. » 



280 APPENDICE. 

sances, qui sont cause de nourrir le trouble et la def- 
fience entre mes subgectz et retarder l'effect de mes 
intentions à l'advancement de la transquilité publicque 
de mon royaulme : vous priant, mon cousin, d'y voul- 
loir, de vostre costé, employer les moyens que Dieu 
vous a donnez, selon la fiance que j'ay en vous, et 
vous asseurer que je recongnoistray à jamais le service 
que vous me ferez, etc. 



LE VICOMTE DE TURENNE A MONSIEUR D USSÂG ^ 

Monsieur, ayant sceu que vous estiés de delà, je 
n'ai voulu faillir de vous faire la présente, pour vous 
dire combien j'en ay esté bien aise et vous prier me 
faire tant de bien que de vous en vouloir venir, pour 
l'occasion que je mande à Messieurs de Florac et de 
Beaupré, laquelle finye, nous nous en retournerons 
de delà incontinent, pour y faire tout ce qui sera de 
besoin. Je me recommande bien humblement à vostre 
bonne grâce, priant Dieu vous donner. 

Monsieur, heureuse et longue vye. A Damasan-, ce 
XX* juin. 

Vostre humble amy à vous obéir. 

TURENNE. 

1. Autogr. Coll. Baguenault de Puchesse. Suscription : 
« A Monsieur, Monsieur de Dussac. » (Sans date.) Nous don- 
nons ce billet de peu d'importance, pour indiquer la relation 
que Turenne entretenait avec ce vieux gouverneur de la Réole, 
dont il est plusieurs fois question dans les Mémoires et [^. 262) 
dans le récit du duel, ainsi que plus loin, p. 282 et suiv. 

2. Damazan (Lot-et-Garonne), arr. de Nérac. 



APPENDICE. 281 



LE ROI HENRI lU AU VICOMTE DE TURENNE. 

[24 juin 1579'.] 

Mon cousin, je m'asseure tant du zelle et affection 
que vous portez au bien de mon service et à la trans- 
quilité publicque de mon royaulme, que je suis certain 
que vous seriez bien marry qu'il s'entreprist rien 
pour vostre particullier, qui peust apporter retarde- 
ment à l'establissement de la paix et troubler mes 
affaires. C'est pourquoy, ayant esté adverty des 
assemblées qui se commancent à faire, soubz pré- 
texte du différent que vous avez avecques le s"" de 
Duras, desquelles il ne peult advenir que beaucoup de 
préjudice et recullement à mondict service, mesme- 
ment sur l'exécution de mon eedict de pacifification, 
je me suis advisé vous faire la présente, par laquelle 
je vous prie, mon cousin, sur tant que vous désirés 
faire chose qui me soit agréable, ne permettre que 
telles assemblées se facent; et, d'aultant que j'ay desli- 
béré prandre moy-mesmes la congnoissance de vostre 
différent, auquel toutesfois je ne désire toucher, que 
la Royne, Madame et mère, ne soit de retour, afïin de 
m'y conduire par son advis, estre content, pour l'amour 
de moy, prolonger jusques à' ce temps-là la promesse 
que vous avez faicte à la Royne, madicte Dame et 
mère, de ne vous poursuivre et demander rien un à 
l'aultre; et je vous feray lors congnoistre par effect 
que je ne suis moings jaloux et soigneux de la conser- 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr. 3319, fol. 176 r°. 



282 APPENDICE. 

vation de vostre honneur et réputation que vous- 
mesmes. Et encores que ce soit chose que je vous 
prie de faire pour mon contentement, toutesfois, 
d'aultant qu'il y va de mon service, j'useray de la puis- 
sance que Dieu m'a donnée sur vous, en vous com- 
mandant très expressément de faire cesser lesdictes 
assemblées et de ne rien demander audict s' de Duras, 
jusques à ce que j'en aye aultrement ordonné, et vous 
ferez chose qui me sera très agréable, etc. 

DEFFENSE AUX SIEURS VICONTE DE TURENNE ET DE DURAS 
DE SE FAIRE AGOMPAIGNER POUR LEUR QUERELLE^. 

De par le Roy. 
Estant Sa Majesté advertye qu'en son pays et duché 
de Guyenne et es environs, soubz coulleur et prétexte 
du différent et querelle d'entre les s""^ viconte de 
Thurenne et de Duras, plusieurs gentilzhommes et autres 
sont montez à cheval avec armes, dont ne peult pro- 
venir aucun bien, et affin que de cela n'advienne 
quelque grand désordre, avec trouble et altération au 
repoz de ses subjectz et establissement de la paix, que 
Sa Majesté veult conserver sur toutes choses et pour 
laquelle la Royne sa mère a freischement prins tant de 
peine, Sadicte Majesté faict par ces présentes très exprès 
commandement ausdictz gentilzhommes et aultres de 
se séparer et au plus tost retourner chacun en leurs 
maisons, sur peine d'encourir son indignation et d'estre 
désobéissans à ses intentions et commandemens : leur 

1. Bibl. nat., f. fr. 3319, fol. 163. 



APPENDICE. 283 

sont aussi faict deffenses très expresses, sur les peines 
susdictes, que, soubz iedict prétexte de querelle d'entre 
lesdicts s""^ viconte de Turenne et de Duras, ny autre 
quelconque couUeur que ce puisse estre, ilz n'ayent à 
eulx assembler ny accompagner les ungs et les autres 
des parties, ains se contiennent, comme doibvent faire, 
bons et loiaux subjectz, désireux du service de leur 
prince et repoz de leur patrie, sans estre cause direc- 
tement ou indirectement qu'il y advienne quelque alté- 
ration ou changement; voulant Sadicte Majesté que 
ceste sienne intention et ordonnance soit leue et 
publiée par tous les lieux et endroictz qu'il appartien- 
dra, à ce que aucun n'en prétende cause d'ignorance. 
Donné à Paris, le xxiii*^ jour de juing 1579. 

NOMINATION DU VICOMTE DE TURENNE COMME 
GOUVERNEUR DE LA RÉOLE. 

Commission du Roy de Navarre. 

14 janvier [1580']. 

Henry, par la grâce de Dieu roy de Navarre, sei- 
gneur souverain de Beart, gouverneur et lieutenant 
général pour le Roy, Monseigneur, en ses pais et 
duché de Guienne, à nostre très cher et très amé cou- 
sin le viconte de Turenne, salut. Estant très requis 
et nécessaire de commectre personnage d'auctorité et 
duquel la tidellité et bonne affection au service du Roy, 
mon seigneur et vostre, nous soit congnue, pour com- 
mander en la ville et chasteau de la RéoUe, s'estant 

1. Cop. Bibl. nat., f. fr. 15562, fol. 30. 



284 APPENDICE. 

le s'" de Dussac voluntairement [démis] de cesle charge, 
nous avons advisé que nous ne sauryons faire choix 
ne ellection de personnage qui plus dignement et avec 
plus de contantement d'un chascun s'en puisse acqui- 
ter que vous. A ses causes et à plain confians de vostre 
grande fidellité, bonne conduicte et expériance au faict 
des armes, vous avons commis et depputé, commec- 
tons et depputons, par ces présentes, cappitaine et gou- 
verneur d'icelle ville et chasteau de la RéoUe, pour la 
garder et conserver sous l'obéissance du Roy et y 
faire observer ses édictz, avec pouvoir de résister à 
tous ceux qui y voudront atenter aucune chose au 
préjudice d'iceux; et, pour ce faire, la munyr de gens 
de guerres, vivres et autres munitions que vous juge- 
rez sagement y deffaillir. Si prions, et néanmoings en 
vertu de nostre pouvoyr, enjoignons très expressé- 
ment aux manans et habitans de ladicte ville, qu'ilz 
ayent à vous obéir et respecter en tout ce que leurs 
commanderez, et pour cest efFect, et en vostre absance, 
à celuy que vous y commecterez et députerez, lequel 
nous voulions et entandons vous représenter, avec tel 
pouvoir et octorité que si vous y estiez en personne, 
faisant chastier et punir exemplairement ceux que 
vous trouvères sédicyeux et rebelles, afin que les 
aultres y prennent example, et générallement faire 
en ceste charge tout ce que ung bon et sage capitaine 
doit et est tenu faire en une place, de sorte qu'il n'en 
puisse advenyr aucune faulte ny inconvénient : de ce 
faire, vous avons donné et donnons plain pouvoir, 
puissance et octorité, commission et mandement spé- 
cial; mandons et commandons à tous justiciers et offi- 
ciers de la ville qu'à vous ilz obéissent et entendent 



APPENDICE. 285 

diligemment. Donné à Mazères\ le xiv® jour de jan- 
vier 1580. 

Henry. 

Par le roy de Navarre, gouverneur et lieutenent 
général, 

Berziau. 

Commission de Monsieur de Turenne . 

15 janvier [15802]. 
Henry de la Tour, viconte de Turenne, conte de 
Montfort, baron de Montgascon, Oliergues, Bouzoles^, 
Croc, Fahy et Servissac^, cappitaine de cinquante 
hommes d'armes des ordonnances du Roy, au s' de 
Beauchamp^, salut. Comme il a pieu au roy de Navarre, 
gouverneur et lieutenant général pour Sa Majesté en 
Guyenne, nous commectre et donner la charge de 
cappitaine et gouverneur de la ville et chasteau de la 
Réolle, remise entre ses mains par la dimision volun- 
taire que luy en a foicte le s"" de Dussac, dernier gou- 
verneur et cappitaine de ladicte place, et que, pour les 
grandz affaires où sommes occuppez maintenant prez 
de la personne dudict s"^ Roy, il ne nous soit possible 
d'y résider, ledict s"" roy nous a promis et accordé de 
comectre en nostre place ung gentilhomme duquel la 

1. Mazères, un des fiefs du roi de Navarre dans le pays de 
Foix (Ariège), cant. de Saverdun, arr. de Pamiers. 

2. Cop. Bibl. nat., f. fr. 15562, fol. 32. 

3. Le château de Bouzolz était situé cant. de Coubou (Haute- 
Loire). 

4. Voir une énumération un peu différente des fiefs de 
Turenne plus haut, p. 4, n. 2. 

5. Thomas Vasselin, écuyer, sgr de Beauchamp. 



286 APPENDICE. 

fidélité et bonne affection au service du Roy, et si en 
nous, soit congnue ; savoir faisons que nous, à plain 
confians de vostre fidélité, prudhomye, conduicte, 
expérience au faict des armes et bonne diligance, à 
ces causes, vous avons comis et député, comectons et 
députons par ces présentes, pour, en nostre absance, 
tant qu'il nous plaira et que nostre pouvoir s'estan- 
dra, commander en ladicte ville et chasteau de la 
Réolle, la garder et conserver sous l'obéissance du Roy 
et autorité du roy de Navarre, y jouissant des mesmes 
honneurs, privilèges, prérogatives, droictz, proufictz, 
gaiges et esmoluemans qu'avoyent acoustumé de jouyr 
et user les aultres cappitaines et gouverneurs, voz 
antécesseurs, et vous opposant à tous ceux qui vien- 
dront atanter au contraire. Mandons au cappitaine 
ordonné pour la garnison de ladicte ville, consulz et 
habitans d'icelle, et tous autres qu'il appartiendra, de 
vous y obéir et porter tout respec et ayde, confort et 
faveur, comme ilz feroient à nous-mesmes, si nous y 
estions en personne; de ce faire vous avons donné 
pouvoir, commission et mandement spécial. Donné à 
Mazers, le quinziesme jour de janvier. 

Par mondict seigneur, Turenne. 

Gerton. 



CATHERINE DE BOURBON AU VICOMTE DE TURENNE 



[Sans date 2.] 
Mon cousin, avec plus de sûreté pou vés- vous lire 

1. Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV. 

2. Cop. Arch. nat., R^ 53. Suscription : « A mon cousin, 
Monsieur le viconte de ïurene. » 



APPENDICE. 287 

mes lettres que je n'ay fait les vostres ; car vous estes 
tous pestiférés et nous sommes tous fort sains : croyés 
que voslre lettre fut bien purifié par le feu, devant 
que j'osasse la toucher. Je ne sçay qui vous a donné 
l'alarme si chaude que le chevreuil saute trop avant ; 
car il n'y a pas d'aparance : nous avons fort souvent 
des nouvelles qui nous témoignent le contraire, et n'y 
avoit qu'un jour que nous en avions sceus, lorsque 
mon homme m'aportat vostre lettre. Je vous prie, 
lorsque vos soupçons vous feront penser quelque 
chose comme ce que vous m'écrives du chevreuil, 
mandé-le à vostre amis en chifre; car il y a icy des 
personnes de qui les soubçons brouilloint si bien les 
fantaisies, que le moindre mot que vous en mandiés, 
au lieu de vous servir à ce que vous vous sériés pro- 
posés, n'y feroit que nuire; prenés-y garde et ne 
montrés plus, par [vos'] lettres, que vous croies ce que 
vous me mandés, mais plustost le contraire, car cela 
servira plus. Je crois que vous m'entendes bien. 
Montrés, lorsque vous écrives à cette personne-là, que 
vous estiés trompé en cette opinion, mais que cela 
venoit de la crainte que vous aviés que cela fut. Je ne 
vous dis tout cecy sans raison ; je suis bien aise de ce 
que vous me promettes d'estre amis de Madame de 
la Barre, luy fesant de bons offices, lorsqu'elle en aura 
besoin; je les tiendray comme à moy-mesme. Quanta 
Mons"" de Panjas^, vous m'avés fait un signalé plaisir de 
vous en souvenir, devant que je vous en usse écris. 

1. Le ras. porte : mes. 

2. Ogier de Pardaillan, sgr de Panjas, gouverneur de 
l'Agenais. 



288 APPENDICE. 

C'est nouveauté; car vous avés quelquefois la mémoire 
un peu courte pour vos amis. A Dieu, je suis 

Vostre plus affectionnée cousine et assurée amie, 

Catherine de N avare. 

LE VICOMTE DE TURENNE A MONSIEUR DE BELLIÈVRE. 

[21 janvier 1581 ^] 
Monsieur, par ce gentilhomme qui est à Monsieur 
et qui le va trouver, pour luy continuer son service, 
je vous ay bien voulu faire ce mot, pour vous donner 
tesmoignage de l'entière affection que j'ay de vous 
faire service et du désir que j'ay que vous faciez i'es- 
preuve de moy, combien il y a peu de gentilzhommes 
en France sur qui vous ayez plus de puissance que 
vous en avez acquis sur moy, par tant d'obligations 
que je vous ay, pour l'amitié et bonne affection qu'il 
vous plaist de me porler. Et, pour cela, vous en par- 
leray-je plus libremant sur ce qui me semble, Mon- 
sieur, que 1 on deust se haster d'envoyer les exécu- 
teurs de l'édit, d'aultant que j'ay veu en ce pais qu'en 
bien peu des villes catholiques la paix n'a point esté 
encores publiée, qui est mauvais commancemant pour 
l'observer et exécuter; tellemant qu'il y aura, j'ay 
peur, de la contrariété pour les deux mois de la red- 
dition des villes, s'il fault qu'on se désaisisse, quant les 
aultres n'auront quasi rien commancé; tellemant. Mon- 
sieur, qu'il seroit meilleur de procéder à tout d'un 

1. Autogr. Bibl. nat., f. fr. 15906, fol. 53. Suscription : 
« A Monsieur, Monsieur de Belièvre, conseiller au conseil privé 
du Roy et superintendant des finances de France. » 



APPENDICE. 289 

beau train, pour donner courage à tout le monde de 
vivre selon la volunté de Sa Majesté. Je m'asseure que 
votre sagesse y pourvoira, s'il luy plaist, en continuant 
la bonne réputation que vous avez acquise des un 
des principaux de qui nous tenons un tel bienfaict 
qu'est la paix. Je vous supliray pour la fin. Monsieur, 
me commander quelque chose pour vostre service, et 
je vous y obéiray de telle affection que je vous baise 
bien humblemant les mains ; priant Dieu, 

Monsieur, vous tenir en sa sainte garde. 

A Turenne, ce 2r janvier. 

Vostre bien humble et affectionné à vous faire 



service, 



Turenne. 



LE VICOMTE DE TURENNE A MONSIEUR DE BELLIEVRE. 

28 mars 1581 ^. 
Monsieur, vous verrez, s'il vous plaist prendre la 
peyne, la responce que m'ont faicte ceux de ce pais à 
ce que je leur ay proposé, suivant la charge que j'en 
avois de Monseigneur et du roy de Navarre, et sembla- 
blemant ce que je leur ay respondu. Hz ne tendent en 
somme qu'à faire leurs remonstrance à mondict sei- 
gneur et obtenir de luy quelque chose davantage pour 
leur seureté et conservation : à quoy Son Altesse aura 
égard, s'il luy plaist. De moy, je fus tout prest de 
m'en retourner rendre conte de ma charge; mais, 
craignant d'empirer les choses davantage et les déses- 
pérer, j'ay mieux aymé envoyer en diligence ce por- 

1. Autogr. Bibl. nat., f. fr. 15906, fol. 275. 

19 



290 APPENDICE. 

leur devers Son Altesse, pour recevoir ses comman- 
demans et les advis de vous aultres messieurs, et 
ppincipallemant de vous, Monsieur, vous supliant me 
mander comme je m'y doy gouverner; car, de fidélité 
et d'afifection, je vous jure devant Dieu que je n'en 
manqueray en chose du monde, et aymerois mieux 
perdre la vye, que je n'y marchasse avec toute la sin- 
cérité qu'un homme de bien y peult et doibt apporter. 
Je vous suplie me le renvoyer, le plus tost qu'il vous 
sera possible ; car j'attendray son retour avec beaucoup 
de peyne. J'ay esté icy avec Monsieur de Montmorancy, 
à qui j'ay communiqué de mesmes tout ce que des- 
sus, et eussions desjà beaucoup advancé. Quant à la 
despesche que vous m'avez envoyée pour le Dauphyné, 
je ne sçay bonnemant comme je m'y doys gouver- 
ner, d'aultant que je l'ay receue sans aulcunes lettres 
adressantes à Monsieur de Mayne, et ne sçay si je luy 
dois envoyer ladicte commission, ou si on luy en a 
faict tenir aultant par aultre voye, joint qu'il ne ser- 
viroit rien d'y aller, que nous n'eussions faict icy, 
d'où les aultres prendront l'exemple et le chemin 
pour se gouverner. Je vous remercye au reste bien 
humblemant de la peyne qu'il vous a pieu prendre de 
m'envoyer la rescription de mille esculz ; mais je n'en 
ay rien peu toucher du tout, tellemant que, s'il ne vous 
plaist m'en donner une aultre, mieux assignée et pour 
plus grande somme que cela, je suis contraint de 
demeurer, d'aultant que tout l'argent que j'avois 
apporté de chez moy s'en est allé, et si n'ay en rien 
agrandy ma despence ordinaire, ainsi que ce porteur 
vous pourra faire entendre. Je vous suplie donc, Mon- 
sieur, y vouloir adviser et me faire ce bien de me 



APPENDICE. 291 

tenir tousjours en la bonne amitié et affection qu'il 
vous plaist me porter, et je vous serviray de réci- 
proque amitié, accompagnée de véritables effectz, en 
tout ce qu'il vous plaira de m'empioyer, d'aussi bon 
ceur que je vous baise bien humblemant les mains. 
Priant Dieu, 

Monsieur, vous tenir en sa sainte et digne garde. 

A Montpellier, ce xviii® mars 1581 . 

Vostre humble et affectionné amy pour vous faire 

^®'^^*^®' TURENNE. 

Monsieur, j'avois oublié de vous dire comme 
Mons"^ de Montmorancy et moy, pour ne frustrer le 
hault Languedoc du bénéfice de la paix, puisqu'il la 
veuU. recevoir, nous avons député, chacun de sa part, 
des gentilzhommes pour l'exécuter, et mandons à Mon- 
sieur chacun trois villes pour la séance de la Chambre, 
affin qu'il plaise à Son Altesse nous faire entendre sa 
volonté. Aussi, Monsieur, j'ay une requeste à vous 
faire pour un de mes amiz, c'est qu'estant mort un 
conseiller de ladicte Chambre de la Religion, je suplie 
Monsieur vouloir accorder que M^ Honoré Lerson, 
conseiller au présidial de Puylaurens, homme de bien, 
pacifique et capable, y puisse estre reçeu, et pour ce 
faire, en escrire au Roy. S'il vous plaist. Monsieur, 
accompagner ses lettres d'une des vostres, vous 
m'obligerez tousjours à vous faire bien humble service. 

Sur une petite feuille séparée : Monsieur, je vous 
supliray de faire payer à ce porteur son voyage, d'aul- 
tant qu'il est fort raisonnable, et puis. Monsieur, que 
je ne puis fournir à tout. 

Vostre humble serviteur, Turenne. 



•292 APPENDICE. 



LE VICOMTE DE TURENNE A MESSIEURS DE GENEVE. 

30 avril 1581 <. 

Très honorez Seigneurs, y ayant longtemps que, 
pour la malice du temps et le peu de moyen que je 
ay eu, je ne vous ay visitez d'aulcunes de mes letres, 
ny adverty de Testât de noz affaires de deçà, j'ay bien 
voulu en recercher l'occasion par le voyage que j'ay 
prié Mons"" de Loque de faire en voz cartiers, pour 
vous advertir par luy de toutes occurrences et parti- 
cularitez qui se sont passées et qui sont encores à pré- 
sent sur Testât des affaires des Églyses, dont j'aurois à 
vous faire un grand discours, si la suffisance dudict s"^ de 
Loque ne me jetteroit de ceste peyne. Lequel je vous 
supliray de croire en tout ce qu'il vous fera entendre, et 
me faire cest honneur que de vous asseurer qu'il n'y a 
gentilhomme en France de l'amitié et service duquel 
vous puissiez faire plus d'estat; estans acertenez que je 
n'espargneray ny moyens ne vye, quant l'occasion s'en 
offrira, que je ne vous face paroistre que les eflfectz en 
seront aussi certains comme les promesses en sont 
véritables, comme plus amplement led. s"^ de Loque 
le vous fera entendre, sur lequel me reposant, après 
avoir salué voz bonnes grâces de mes très humbles 
recommandations, je priray Dieu, très honorez Sei- 
gneurs, vous avoir en sa très saincte garde et pro- 
tection. 

A Montpellier, ce dernier avril 1581. 

Vostre afectionné serviteur, Turexne 

1. Autogr. Arch. de Genève. Pièces historiques, n" 2039. — 
Suscription : « A très honorez Seigneurs Messieurs les Syn- 



APPENDICE. 293 



LE VICOMTE DE TURENNE A MONSIEUR DE BOURNAZEL 



30 mai [1581 2.] 
Monsieur, envoyant ce lacquay vers Mons"^ de Clias- 
tillon, pour apprendre de ses nouvelles, je n'ay voulu 
obmettre de vous fère ce mot, pour asseurance du sou- 
venir que je garde de vous et tesmognage de mon 
affection, et aussy pour vous convyer à me mander 
de voz nouvelles par le retour de ce pourteur, que 
j'auray très-agréable, se trouvant conformes à mon 
désir, qui n'est tourné que à vostre bien et prospé- 
rité de voz affaires. J'estime que si ledict sieur 
de Chastillon vous donne quelque temps . avec ses 
trouppes, que vous pourrez entyèrement remectre 
ceste province en l'obéissance du Roy ; ce que je désire 
infiniment, tant pour mon affection extrême au ser- 
vice de Sa Majesté que pour vostre contantement par- 
ticulier et repos de ladicte province ; et sur ce, attan- 
dant ce bien d'avoir de voz nouvelles, je demeurerai 
pour jamays, 
Monsieur, 
Vostre humble ami à vous fère service, 

A Gaumont, le xxx« may^. Turenne. 

Suscription : « A Monsieur, Monsieur de Bournazel. » 

diques de Genève. » — Lettre de Mons"" le viconte de Turenne, 
aporté par Mons"" de Loques, ce 13* may 1581. 

1. Autogr. BibL nat., f. fr., Nouv. acq. 3532, foL 84. 

2. Antoine du Buisson, baron de Bournazel, gentilhomme 
ordinaire de la Chambre, fils de Jean du Buisson, sgr de Mira- 
bel, et de Charlotte de Massip, dame de Bournazel en Rouergue ; 
il était capitaine de cinquante hommes d'armes, chevalier de 
l'ordre, sénéchal et gouverneur de Rouergue. 

3. Cette lettre a dû être écrite après le traité de Fleix et 



294 APPENDICE. 



LE VICOMTE DE TURENNE A CATHERINE DE MEDICIS. 

[Hesdin, 2 mai 1583^.] 

Madame, si le pouvoir estoit cellon ma vollonté, 
g'irois estre moi-mesrae cellui qui assureroit Sa Majesté, 
combien j'é ressantu l'honneur qu'il lui a pieu de me 
faire, et espère qu'elle connoitroit que mon plus grand 
désir seroit de lui randre le très humble service que 
je lui doibts naturellemant et par une très grande 
obligassion; mes, puisque le soing qu'il lui a plu avoir 
de moy, par les lettres que Sadicte Majesté a escrite 
en ma faveur par mon cousin de Limeul, n'a réussy^, 
il faut que j'atande ce pouvoir, pour aller satisfaire à 
mon debvoir, la suppliant très humblemant de demeu- 
rer certaine que les commandemants dont il lui plaira 
m'onorer lors seroient suivis d'une fort prompte exé- 
cussion. Priant Dieu, 

Madame, 

Donner à Sa Majesté très heureuse et longue vie. 

A Hesdin, ce 2® may. 

Vostre très humble subject et très fidelle serviteur, 

TURENNE. 

avant le départ de Turenne pour les Pays-Bas, à une époque 
où, comme tous les Huguenots du Midi, il désirait sincèrement 
la paix. Il pensait d'ailleurs, depuis quelque temps, à prendre 
sa part de l'expédition des Flandres, témoin la lettre que 
François de la Noue lui écrivait de Malines et qui est publiée 
dans le Catalogue, etc., de la collection Morrison, t. III, p. 75. 

1. Autogr. Arch. nat., R^54. 

2. Une première tentative pour obtenir la mise en liberté de 
Turenne échoua. Il ne sortit de captivité que l'année suivante. 
(Voir la note de la p. 174.) 



APPENDICE. 295 

LE ROI HENRI III A MONSIEUR DE LANSAG*. 

16 octobre 15842. 
Mons' de Lanssac, j'ay entendu que, pour vouUoir 
assister le s"^ de Duras en la querelle qu'il a de long 
temps contre le s' viconte de Thurenne, vous vous 
préparez pour faire assennibler des gentilhommes en 
armes et autres gens de guerre, dont je ne puis, si cella 
est, que je ne sois très mal content, pour ce que c'est 
contrevenir directement à mes ordonnances et aux 
defïences expresses que j'ay faictes sur telz pors 
d'armes, le violement desquelles deffences aporte mes- 
pris de mon auctorité. Et encores que je ne veille 
croire ny penser que telz amas de gens de guerres 
soient dressez contre mon service, si esse que, pour 
la conséquence et licence que ceulx qui ayment le 
trouble et la division pourroient prendre de faire le 
semblable, je ne veulx plus aulcunement permectre ny 
endurer telles assemblées et amas de gens de guerre, 
soubz quelque coulleur que se soit, sy n'est avec mon 
congé et permission ou commandement exprès, ou bien 
de mon cousin le mareschal de Matignon, qui est par 
delà pour mon service; occazion pourquoy je vous 
faiz ceste lettre, vous commandant de vous déporter 
de telles choses et faire retirer et séparer lesdictz gen- 
tilzhommes et gens de guerre, sy les avez assemblez 
ou faict tenir prestz pour vous accompaigner soubz 
quelque coulleur que se puisse estre ; et, pour ce que 

1. Guy de Saint-Gelais, sgr de Lanssac. 

2. Bibl. nat., f. fr. 3306, fol. 33 v". 



296 APPENDICE. 

j'ay pareillement entendu qu'il y en a qui font des 
praticques par forme d'associations du costé de delà, je 
vous ay bien aussy vouUu exhorter, par la présente, de 
n'y entendre en quelque façon que se soit, car telles 
choses sont directement contre mon service, mais vous 
contenir tousjours, ainsy que je m'asseure que ferez, 
comme ung bon et fidèle subject, avec asseurance que, 
oultre que c'est chose qui deppend de vostre honneur 
et debvoir, vous me donnerez occazion de vous aimer 
davantage et d'ung singulier contentement, ainsy que 
j'escriptz à mondict cousin le s"" de Matignon vous 
déclarer et faire entendre plus amplement de ma 
part. Priant Dieu, Mons'' de Lanssac, vous avoir en 
sa sainte et digne garde. Escript à Blois, le xvi^ jour 
d'octobre 1584. 

Henry. 

le vicomte de turenne a catherine de médicis. 

[Octobre ou novembre 1584*.] 

Madame, suivant l'asseurance qu'il pleut à Vostre 
Majesté me donner à Fontaynebleau^ qu'elle m'hono- 
reroit de ses commandemans, si tost que je fus venu 
baiser les mains au roy de Navarre et que j'eus 
demeuré quelque temps près de luy, je m'en revins 
à Turenne, en intention d'exécuter de tout mon pou- 

1. Autogr. Bibl. nat., V^ Colbert, vol. IX, fol. 98. Suscrip- 
tion : « A la Reyne mère du Roy. » 

2. Sans doute au mois de juillet 1584, quand, revenant des 
Flandres, Turenne passa quelque temps chez sa grand'mère 
la connétable, à Chantilly, et eut occasion de voir à Paris 
le roi et la reine mère. 



APPENDICE. 297 

voir les commandemans de Vostre Majesté, si elle 
m'en eust honoré; n'ayant affection au monde si 
enracinée en mon ame que de luy faire paroistre 
combien je luy suis très humble et très fidelle servi- 
teur ^ Geste qualité-là, Madame, et l'asseurance qu'il 
vous a pieu me faire cest honneur d'en prendre, m'en- 
hardissent à représenter à Vostre Majesté le danger 
qu'il y a, que ce commancemant de brouillemant, qui 
est advenu en Languedoc, ne s'estende plus loing, au 
grand préjudice du repos de ce royaulme, s'il n'y est 
de bonne heure pourveu; et sçachant de combien 
grande affection Vostre Majesté a tousjours embrassé 
ce qui concernoit ce repos-là, et quels remèdes elle a 
apportez plusieurs fois en choses aultant ou plus dan- 
gereuses, espérant aussi de vostre bon naturel l'effect 
de l'affection et bonne volonté qu'il vous a pieu por- 
ter de tousjours à Monsieur de Montmorancy, j'ay bien 
osé suplier très humblemant Vostre Majesté de luy 
vouloir estre aydante et favorable, et par quelque 
bon moyen, dont sa prudence s'ad visera, vouloir 
assoupir ce brouillemant, qui, estant estendu plus 
loing, ne pourra qu'altérer beaucoup ce qui est du ser- 
vice de Sa Majesté et du repos de son royaulme ; 
osant vous en parler ainsi, pour l'extrême affection 
que j'y ay, et pour l'ennuy et déplaisir que c'est à 

1. Nous n'avons pas reproduit plus haut une lettre de 
Catherine de Médicis au vicomte de Turenne du 7 janvier 1578, 
qui avait pour objet de faire appel à son dévouement, en lui 
demandant « d'empescher que rien ne s'esmeuve pour ce qui 
est advenu à Périgueux, » où il s'était rendu plusieurs fois 
l'année précédente [Mémoires, p. 113 et 122). Cette lettre est 
imprimée dans V Histoire généalogique de la maison d'Au- 
vergne, par Christ. Justel, Paris, 1645, in-fol., p. 262. 



298 APPENDICE. 

tous les gens de bien et fidelles serviteurs de 
Sa Majesté de le voir en trouble et en commodité de 
donner matière aux ennemis d'icelluy de s'en réjouir. 
J'ose encores à remonstrer un affaire à Vostre Majesté, 
lequel me concerne, et auquel j'implore sa faveur et 
assistance. Vous sçavez, Madame, que j'ay eu cest 
honneur d'avoir en ce royaulme une compagnye de 
gendarmes des plus anciennes, tant pour sa pre- 
mière institution qu'elle a eue de long temps en ceux 
desquels je l'ay eue, qu'aussi depuis le temps que 
j'en cest honneur qu'elle me fut donnée. J'ay toujours 
esté cy- devant oublié aux reiglemans qui ont esté 
faitz par Sa Majesté, et dernièremant que j'eus cest 
honneur de la voir, et vous aussy. Madame, je n'osay 
en parler à Vos Majestez, de peur de paroistre impor- 
tun en ce commancemant-là. Mais, maintenant, j'ose y 
employer la faveur et authorité de Vostre Majesté, 
laquelle je suplie très humblemant, suivant la bonne 
affection qu'il luy a pieu me faire cest honneur de me 
prometre de m'y vouloir estre aydante et secourable, 
à ce qu'au nouveau reglemant et estât qui se pourra 
faire pour l'année suivante, j'y puisse estre compris, 
pour l'entretenemant de madicte compagnye ; asseu- 
rant Vostre Majesté et la supliant très humblemant 
de me faire tant d'honneur d'en asseurer le Roy 
aussy, qu'elle ne sera employée en chose du monde 
que pour son service et luy sera entièremant dédiée, 
pour n'exécuter rien contre ses commandemans et 
volonté ; ayant commandé à ce porteur de présenter 
la présente à Vostre Majesté et recevoir là-dessus vos 
commandemans, pour solliciter et poursuivre ce qu'il 
luy plaira de faire commander; supliant très humble- 



APPENDICE. 299 

mant Vostre Majesté croire et s'asseurer de moy, de 
tout ce qu'elle sçauroit jamais désirer de 

Son très humble et très obéissant et très fidelle 
sujet et serviteur, 

TURENNE. 

LE VICOMTE DE TURENNE A MONSIEUR DES PRUNEAUX. 

1«^ avril 1585 <. 
Monsieur, j'ay receu vostre lettre, par laquelle je 
remarque comme vous me continuez la bonne amityé 
que vous me portez de longue main^, me la tesmoi- 
gnant ordinairement par tous les effectz et offices 
qu'on peult rechercher d'un vray et fidel amy, de 
quoy je vous ay d'aultant plus d'obligation que, pour 
ceste heure, le moyen et l'ocasion ne me sont offertz 

1. Orig. Bibl. nat., f. fr. 3290, fol. 123. Suscription : « A 
Monsieur, Monsieur des Pruneaulx. » 

2. Roch Sorbier des Pruneaux, que Turenne avait rencon- 
tré lors de son expédition en Flandre, était toujours repré- 
sentant du roi aux Pays-Bas. C'est en cette qualité qu'à la fin 
de 1584, après l'assassinat du prince d'Orange, il conduisit 
une longue négociation avec les Etats et les décida à offrir au 
roi de France la souveraineté sans condition des Provinces- 
Unies. Une grande ambassade partit même au commence- 
ment de janvier 1585, conduite par Antoine de Lalaing, sieur 
de la Mouillerie, pour venir trouver Henri III à Paris. Elle fut 
reçue solennellement au Louvre le 13 février; mais on ne lui 
fit que des réponses évasives, et la crainte de la Ligue empê- 
cha la cour de s'engager, d'autant qu'elle savait que le roi de 
Navarre était disposé à prendre le commandement de l'armée 
des Pays-Bas, renforcée par les troupes françaises. Le vicomte 
de Turenne avait une revanche à prendre sur les Espagnols, et 
il poussait vivement à ce projet, dont on ne trouve cependant 
point trace dans ses Mémoires. 



300 APPENDICE. 

pour VOUS rendre certin par l'expériance quelle est 
la mienne en vostre endroict et combien est grand le 
désir que j'ay de ne me laisser vaincre et surmonter 
à voz courtoisies. Toutesfois, en attendant l'ocasion, 
je vous puis asseurer que vous n'aymerez jamais gen- 
tilhomme qui vous soict plus inthime et affectionné 
que moy, ainsi que vous l'expérimenterez tousjours, 
où vous vouldrez m'en tirer en preuve. 

Or, Monsieur, espérant que vous me ferez ceste 
faveur de le croire et de vous contenter pour mainte- 
nant de ma bonne volonté, je laisseray ce discours, 
pour vous dire que le roy de Navarre envoyé 
Mons"^ le baron de Salignac vers le Roy, pour le per- 
suadder de prendre les Flamans en sa protection et 
de leur envoyer des forces, affin de donner tousjours 
d'avantage d'affaires et d'empeschemens au roy d'Es- 
pagne, pour, par ce moyen, tirer et repousser contre 
luy l'orage callamiteux qu'il s'efforce de faire tomber 
sur ce pauvre royaulme. Et, pour ce que ledict s"" roy 
de Navarre sçaict quel fruict vous pouvez apporter en 
cela à l'advancement de leur service et à l'utillité 
publique, il supplye Sa Majesté de vous y employer, 
comme très digne de ceste charge, qui me faict vous 
supplier humblement, par nostre sincère amityé, de 
la recepvoir, et, selon la sagesse et vertu qui est en 
vous, leur faire congnoistre, en ce temps principalle- 
ment qu'il en est plus de besoing que jamais, qu'ilz 
ne se trompent poinct de vous estimer et retenir du 
nombre de leurs meilleurs et plus affectionnez servi- 
teurs. Je pren telle confiance en vostre valleur et 
piété, que vous ne vous espargnerez en cest affaire, 
qui est de si grande conséquence et importance à 



APPENDICE. 301 

cest Estât et à nous tous en particullier, je vous prie 
derechef de vous asseurer que je vous aymeray et 
serviray toute ma vye, d'aussi grande affection que je 
vous baize humblement les mains, et prie Dieu vous 
donner, 

Monsieur, en parfaicte santé, heureuse et longue vye. 

De Montaulbans, ce premier jour d'apvril 1585. 

Vostre humble ami à vous servir, 

TURENNE. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



N. B. Les noms de lieux sont en italiques. 
La lettre m, après un chiffre, indique une note au bas de la page. 



Aiguillon, 194 et n., 276. 

Agen, H3, H5, 128, 139, 140, 
172, 177, 202, 246, 276, 277. 

Albe (le duc d'), le grand mi- 
nistre de Philippe II, 7, 30, 
34. 

Alençon (le duc d'), François de 
Valois, plus tard duc 'd'An- 
jou, 5, 6, 18 et n., 25, 26, 30, 
32, 33, 36, 37, 43 et n., 45, 
47, 49, 52, 55, 58, 63, 65, 73, 
93, 97,99, 102,107,111,112, 
113, 129, 159, 160, 164, 165, 
171, 173, 198 etu., 289, 291. 

Aluie (le sieur d') , capitaine 
sous les ordres de Turenne, 
181. 

Andelot (d'), frère de l'amiral 
de Goligny, 9 et n., 15. 

Altoviti (Philippe, baron de 
Gastellane), 117 et n., 222 
et n. 

Angers, 183. 

Angoulême, 39. 

Angoulême (Henri d'), grand 
prieur de France, 17 et n., 
222 et n. 

Angoulême (Diane de France, 
duchesse d'), 185 et n. 

Anjou (le duc d'), Henri de 



Valois, roi de Pologne, et 
plus tard le roi de France 
Henri HI, 5, 6, 16, 19, 20, 
25, 26, 30, 31, 32, 33, 36, 37, 
41, 44, 47, 48 et n., 65. 

Annal (le sieur d'), page de Tu- 
renne, 125, 126. 

Arbouville (le sieur d'), écuyer 
du roi de Navarre, 59, 61. 

Argentat, 73 et n. 

Arleux, 169. 

Armagnac (le sieur d'), premier 
valet de chambre du roi de 
Navarre, 136 et n. 

Arpentis (le château des), 26 
et n. 

Arras, 173. 

Aubeterre (David -Bouchard, 
vicomte d'), sénéchal de Pé- 
rigord, 225 et n. 

Auch, 135, 137. 

Auchie (le vicomte d'), 282 et n. 

Audou (Jean-Claude de Lévis, 
baron d') , gouverneur du 
comté de Foix, 157 et n. 

Audou (la bastide d'), près 
Toulouse, 157 et n. 

Aumale (Charles de Lorraine, 
duc d'), 14 et n. 

Aumont (le maréchal d'), 223, 
239 et n. 

Auneau (la bataille d'), 55 et n. 



304 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Auvilar, 115 et n. 

Avalon (Philippe de Ghasteius, 

vicomte d'), 94 et n. 
Avignon, 11. 



B 



Bade fol, 127 et n. 

Balagny (Jean de Montluc, sgr 
de), gouverneur de Cambrai, 
244 et n. 

Balbaugie (le fort de la), près 
Sorrèze, 154 et n. 

Balyros (le sieur de), 231 et n. 

Baranneau (le sieur de), séné- 
chal d'Armagnac, 201 et n. 

Barge (le sieur de la), 76 et n. 

Batz (Manaud, sieur de), gou- 
verneur d'Eauze, 201 et n., 
233 et n. 

Bavière (Frédéric UI, duc d'), 
50 et n., 95 et n. 

Beauce {la)., contrée du centre de 
la France, 99, 104. 

Beauchamp (Thomas Vasselin, 
sgr de), 285 et n. 

Beaugency, 239 et n. 

Beaulieu, 73 et n., 192 et n. 

Beaune (Charlotte de), baronne 
de Sauves, 58 et n. 

Beaupré (Chrétien de Choiseul, 
baron de), 91, 97 et n., 221, 
280. 

Beau regard (Jean de Montbe- 
ron, sgr de), 210 et n. 

Beauvais-Nangis (Antoine de 
Brichanteau, marquis de), 
amiral de France, 242 et n. 

Beauville (la maison de), 157 
et n. 

Bégoles (Antoine de), 192 et n. 

Bellegarcie (le maréchal de), 77. 

Belle-hle, 40 et n. 

Bellenave (le sieur de), 70. 

Bellenaves, 70 et n. 

Bellièvre (le sieur de), surinten- 
dant des finances, chancelier 
de France, 129, 164 et n., 
288 et n. 

Bénac (Bernard de Montant, 
baron de), sénéchal de Bi- 
gorre, 97 et n., 125, 126, 203. 



Benaiiges (le comté de), 119 
et n. 

Bergerac, 96, 92 et n., 122, 124, 
167, 188, 219. 

Bessens, 82 et n. 

Béthune (le sieur de), gouver- 
neur de Montflanquin, 216 
et n. 

Beutterich (Pierre), lieutenant 
de Casimir de Bavière, 102 
et n., 164 et n. 

Biron (le maréchal de), lieute- 
nant général en Guvenne, 
124, 131 et n., 134, 137, 140 
et n., 203, 217,220,226,279. 

Bissousse. Voir Viçose. 

Blamont, 50 et n., 51 et n. 

Blois, 26. 

Bois (Louis du), sgr des Arpen- 
tis, 26 et n. 

Boiscommun, 243. 

Bois-Dauphin (Urbain de La- 
val, sgr de), 224 et n. 

Boisrenard (le capitaine), défen- 
seur de Montségur, 204 et n., 
205. 

Boisrond(le sgr de). 7o/r Saint- 
Léger. 

Boisselin (Jean de), sgr de la 
Cour-d'Arcy, 152 et n. 

Boissière (le sieur de la), écuyer 
de Turenne, 6 et n., 21, 55, 
69. 

Boissy (le sieur de), gouver- 
neur de Dourdan, 240 et n. 

Bonneval (François de), sgr de 
Blanchefort, 97 et n., 111. 

Bonnivet (le jeune), 22. 

Bordeaux, 119, 196. 

Borie-Blanque (le fort de la), 
156 et n. 

Bouchain, 170 et n., 172. 

Bouillon (le duc de), 55, 57 et 
n., 234 et n. 

Bouillon (M"e de). Voir La 
Marck. 

Boulaye (Philippe Eschalard, 
baron de la), 221 et n. 

Bourbon (Catherine de), du- 
chesse de Bar, sœur du roi de 
Navarre, 117 et n., 119 et n., 
286 et n. 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



305 



Bourbon (Catherine de), ab- 

besse de N.-D. de Soissons, 

222 et n., 
Bourbon (Éléonore de), abbesse 

de Fontevrault, 222 et n. 
Bourgueil, 232 et n. 
Bouscbantd'Auvergne(le sieur), 

125, 126. 
Boulay (/e), château dans le 

Gâtinais, 107 et n. 
Bourget {le), 14. 
Bourges, 113. 

Bûurnazel (Antoine du Buis- 
son, sgr de), gouverneur de 

Rouergue, 293 et n. 
Bouzols, 73 et n. 
Bouzols (le château de), 285 et n. 
Bressieux (le marquisat de), 21 

et n, 
Briarres, 104 et n. 
Brissac (Timoléon de Gossé, 

comte de), fils du maréchal, 

12 et n., 21 et n. 
Brive, 76 et n. 
Brouage, 122 et n., 123, 182, 

184. 
Brugière [la), 151 et n. 
Bucquoy (Gharles-Bonaventure 

de Longueval, comte de), 

chef des finances espagnoles 

aux Pays-Bas, 170 et n. 
Buhi (le sieur de), 56 et n., 59. 
Bussy-d'Amboise (Louis de 

Glermont, sgr de), 68 et n., 

93, 95 et n., 97, 107 et n. 
Bussy-d'Amboise (Georges de), 

frère puiné de Louis, 183 et 

n., 214 et n. 
But (le sieur de), capitaine de la 

troupe de Turenne, 83. 
Buzet, 82 et n., 86. 



Cabrerès (Jean de Gontaut, 

sgr de). 
Cae7i, 63. 

Cahors, 90 et n., 119. 
Cambrai/, 164, 166, 168 et n., 

170, 243. 
Garavas (le comte de), 227. 
Carcassonne, 153. 



Garentan, 65 et n., 67 et n. 

Carrère (le capitaine), 120, 121. 

Gasimir. Voir Jean-Casimir. 

Casteljaloux, 92 et n., 132, 194, 
212,274. 

Gastelnau (le baron de), cham- 
bellan du roi de Navarre, 
236 et n. 

Castehiaudary , 146. 

Gastets, 191 et n., 195, 196. 

Castille (le commandeur de), 
52 et n. 

Castillon, 187 et n., 188, 196, 
206, 216, 227. 

Gastres, 149 et n., 151, 153,215. 

Gatelet {le), 165 et n. 

Caumont, 92 et n., 182 et n., 
194. 

Gaumont. Voir La Force. 

Gauzac, 211 et n. 

Gazenove, château fort dans le 
Bazadais, 214 et n. 

Gazais, 211 et n. 

Gazillac, 74 et n. 

Gliâlons-sur-Marne, 178. 

Ghampetières (Marcellin de), 
curateur de Turenne, 6 et n. 

GhampignoUes. Voir Tenance. 

Ghampigny, 33 et n. 

Ghampigng-le-Sec, 220 et n. 

Chantilly, 4, 5, 32, 52, 71, 130 
et n., 174, 296 et n. 

Chapelle-la-Reine {la), 107 et n. 

Charité (to), 119. 

Charles IX, roi de France, 5, 6, 
13, 24, 27, 30, 32, 36, 44, 45, 
47, 48, 50, 51,53,58, 61, 65, 
67, 73. 

Gharlottière (le sieur de la), 22. 

Chastenay, 108 et n. 

Châteaugay, 72. 

Châteauneuf (Renée de Rieux, 
demoiselle de), femme de Phi- 
lippe Altoviti, 17 et n. 

Château-Thierry, 174. 

Château-Re)iault, 198, 199. 

Ghâtellerault (la duchesse de). 
Voir Angoulême. 

Ghàtillon (la maison de), 5. 

Ghâtillon (l'amiral de), Gaspard 
de Goligny, 8. 

Ghàtillon (le cardinal de), 9 et n. 

20 



306 



TABLE ALPHABETIQUE. 



Ghâtillon (François de Goligny, 
sgr de), 114 "et n., 146, 175 
et n., 243 et n., 293. 

Châtre (Claude de la), gouver- 
neur d'Orléans, 243 et n. 

Ghaumont-Quitry (Jean de), sgr 
de Bertichères, 55 et n., 57, 
59, 60, 61, 63-65, 239. 

Chavigny (Fr. Le Roy de), ca- 
pitaine des gardes, lieutenant 
général de l'Anjou et du 
Maine, 6 et n. 

Chef-de-Baye, 40 et n., 41 et n. 

Ghizc, 226 et n. 

Ghoiseul. Voir Beaupré. 

Chouppes (Pierre de), 76, 83 
et n., 86, 166 et n., 168, 188. 

Christophe, fils de l'électeur de 
Bavière, 50 et n. 

Clairac, 11 et n., 90 et n., 91, 
188, 195, 216. 

Claye-Souilly , 12, 14. 

Clermont, 71. 

Ciermont-d'Amboise. Voir Bus- 

sy- 

Clermont-de-V Hérault, 78 et n. 

Clermont-Dexsoics, 236 et n. 

Glervant (Jean de Vienne, sgr 
de), 275 et n. 

Goesmes (la maison de). Voir 
Lucé et Moulins. 

Cognac, 225. 

Colombières (François de), ba- 
ron de la Haye-du-Puy, 62 
et n., 64, 66 et n. 

Condé (la princesse de), Marie 
de Glèves, 51 et n. 

Condé (le prince de), Henri I'^'" 
de Bourbon, 9, 48 et n., 51, 
94, 100, 105, 108 et n., 121, 
147, 160, 161 et n., 162, 217. 

Confolens, 182 et n. 

Gonstans (Augustin de), sgr de 
Rebecque, gentilhomme de 
la chambre du roi de Navarre, 
206, 215, 222. 

Corisande , Diane d'Andoin, 
comtesse de Graraont, 183 
et n. 

Cornusson (François de la Va- 
lette, sgr de)^ sénéchal de 
Toulouse, 77, 87, 153. 



Cosne, 70 et n. 

Cossé (le maréchal de), 40 et n. 

69. 
Gourcelles (Jean du Faur, sgr 

de), 243 et n. 
Gouronneau (le capitaine), 181. 
Coutras, 160, 230 et n. 
Coutures - sur - Garonne , 213 

et n. 
Gramailles (Hubert Le Vergeur, 

comte de), 159. 
Grèvecœur (Bonnivet, sgr de), 

21 et n. 
Crocq, 96 et n. 
Groisette (la). Voir Nodal. 
Gurson (Louis de Foy, comte 

de), fils du marquis de Trans, 

200 et n. 



D 



Damazan, 280 et n. 

Damville ( Henri de Montmo- 
rencv, duc de), maréchal de 
France, 17, 69, 74, 78, 113, 
128, 146. Voir Montmorency. 

Dauphiné (la province de), 181. 

Diesbach (le sieur de), gentil- 
homme bernois, 217. 

Dinte ville (Joachim de), gou- 
verneur de Champagne, 239 
et n. 

Dordogne (la rivière de), 186, 
188, 193, 196. 

Dormans (la bataille de), 95 
et n. 

Dourdan, 240. 

Dreux, 59, 60. 

Drot (la rivière du), 79 et n. 

Duel (le) de Duras et de Tu- 
renne à i\gen, en 1579, 140 
et n., 143, 273,278,282,295. 

Duranti (Jean-Étienne), magis- 
trat toulousain, 86 et n. 

Durfort (Jacques de), sgr de 
Rauzan, frère aîné de Jean, 
sgr de Duras, et son témoin 
dans le duel d'Agen, 141 
et n., 273,276, 278. 

Duras (Jean de Durfort, vi- 
comte de), capitaine do Cas- 
teljaloux, l'adversaire du vi- 



TABLE ALPHABETIQUE. 



307 



comte de Turenne, 132, 172 
et n., 203 et n., 207 et n., 
273, 276, 278, 281, 282, 295. 



E 



Eauze. 201 n. 

Écouen, 66 et n. 

Emmanuel-Philibert. Voir Sa- 
voie. 

Épernon (le duc d'), favori de 
Henri III, 134, 174, 175, 223. 

Esguillon. Voir Aiguillon. 

Estampes, 15, 106, 244. 

Esternay (Jean-Raguier, sgr d'), 
capitaine de « gens de che- 
val, » au service du roi de 
Navarre, 242 et n. 

Esticjny (la paix dite d'), 108 

. et n., 112. 

États-généraux de 1576, 114 
et n. 

F 

Fairas (le sieur de), 121. 
Favas (Jean de), baron d'Auros, 

gouverneur de la Réole, 131 

et n., 212. 
Faucigny (/e), 240 et n. 
Faur (Jean du). Voir Gour- 

celles. 
Fautrière ( le capitaine ), 207 

et n. 
FayoUes (Bertrand de Mallet 

de), frère du sieur de Neufvy, 

169 et n. 
Fère (la), 147. 
Ferrand, valet de chambre du 

duc d'Alençon, 49. 
Ferrières (l'abbaye de), 107 

et n. 
Feuillade (François d'Aubus- 

son, sgr de la), chambellan 

du duc d'Anjou, 169 et n. 
Fleix (le traité de), 159 et n., 

164 et n. 
Fleix (le château de), où fut né- 
gociée la paix de 1580, 200 

et n. 
Fleurance, 137 et n. 
Fleurance (la surprise de), 137 

et suiv. 



Fleurât (le sieur de), gouver- 
neur de Châteaugay, 72. 

Florac (le sieur de), peut-être 
le même que le précédent, 
72; ami de Turenne, 280. 

Foix (le comté de), 114, 120 
et n., 157 et n. 

Fontainebleau, 296. 

Fontenay-le-Oomte, 76, 216 et n. 

Fontrailles (Michel d'Astarac, 
baron de), 85 et n., 233 et n. 

Force ( Jacques Nompar de 
Caumont, duc de la), 209, 
219, 221 et n. 

FouqueroUes (le sgr de), 221 
et n. 

Fize (Simon), sgr de Sauves, se- 
crétaire d'Etat, 58 et n. 

Frédéric III. Voir Bavière. 

Frette (le baron de la), 243. 

Frontenac (François de Buade, 
sgr de), écuver du roi de Na- 
varre, 132 et n., 203, 204. 



G 



Gadaigne (l'abbé de), négocia- 
teur de Catherine de Médicis, 
226 et n. 

Gagnac, 192 et n. 

Gaiffier. Voir Gourdon. 

Garenne (le sieur de la), capi- 
taine de la troupe de Tu- 
renne, 85 et n. 

Garonne (la rivière de la), 180, 
193, 205, 237. 

Gascogne (la province de), 180, 
194. 

Genève, 241. 

Genève (les consuls de), lettres 
que Turenne leur adresse, 
292. 

Génissac (le sieur), secrétaire 
dévoué du roi de Navarre, 
123 et n. 

Genlis (Jean de Hangcst, sgr 
de). Voir Yvry. 

Gensac, 216 et n. 

Gien, 243. 

Givry (Anne d'Anglure, sgr de), 
239 et n. 



308 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Gondrin (H. de Pardaillaa, sgr 
de), 201 et n. 

Gondy (Albert de), maréchal de 
Retz, 62 et n. 

Gontaut (la maison de). Voir 
Biron, Gabrerès, Saint-Ge- 
niez, Salignac. 

Gourdon (Antoine, sgr de Gaif- 
fier, vicomte de), comman- 
dant en Limousin, Haute- 
Auvergne et Quercy, 74 et n. , 
97 et n. 

Grange (la), capitaine poitevin 
de la troupe de Turenne, 83, 
85. 

Grillon (le commandeur de), 
276. 

Guiche (Philibert de la), grand- 
maître de l'artillerie, 185 
et n. 

Guise (Henri de Lorraine, duc 
de), 5, 7, 30, 47, 53 et n., 95 
et n., 149, 176. 

Guitres, 123 et n., 224. 

Guitry (le sgr de). Voir Chau- 
mont-Quitry. 

H 

Hangest (Jean de). Voir Yvoy. 

Hautefort (Bellièvre de), prési- 
dent au parlement de Dau- 
phiné, 162 et n. 

Hautefort (Edme de), sgr de 
Thenon, sénéchal du Limou- 
sin, 185 et n., 241 et n. 

Haye {la), 231 et n. 

Haye-du-Puy (le baron de la). 
Voir Golombières. 

Henri HI, roi de France, 74 
et n., 76, 99, 108, 113, 128, 
129, 165, 175, 196, 279, 281, 
282. 

Hesdin, 173 et u. 

Hôpital (le chancelier de 1'), 
8 et n. 

Hôpital (Louis de 1'). Voir Vi- 
try. 

Hortoman (Jean), médecin du 
roi de Navarre, 237 et n. 

Huguerie (Michel de la), secré- 



taire du prince de Gondé, 
162 et n. 
Hurault (Marguerite), petite- 
fille de l'Hospital, femme du 
baron de Salignac, 142 et n. 



Illiers, 240 et n. 
Isle-Adam (T), 31. 
Issoire, 119. 



Jargeau, 243. 

Jarnac (bataille de), 20, 21 et n. 

Jean-Gasimir, prince palatin, 
fils du duc de Bavière, 50 
et n., 95 et n., 98, 101, 103, 
111. 

Jeune (le), guidon de la com- 
pagnie de Turenne, 72. 

Joyeuse (Guillaume, vicomte 
de), lieutenant -général du 
Languedoc, maréchal de 
France, 77 et n., 82, 83, 153. 

Joyeuse (Anne dei, sgr d'Ar- 
qués, puis duc de Joveuse, 
83 et n., 134, 174, 223.- 

Joyeuse (Antoine-Scipion de), 
grand -prieur de Toulouse, 
236 et n. 

Joze, 71, 102, 252 et n. 

Jugie (le sieur de la). Voir 
Rieux. 

Juvisy, 69 et n. 



K 



Koiré (le sieur de), capitainerie 
la troupe de Turenne, 84. 



Laigle, 62 et n. 

Lalaing (Antoine de), chef de 

l'ambassade des Pays-Bas à 

Paris en 1585, 299 et n. 
Lambert (Pierre de), sgr de 

Rouziers, 214 et n., 218, 229, 

233. 
Langoiran. Voir Montferrant. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



309 



Langon, ?01, 214. 

Langres. 239. 

Languedoc (la province de), 297. 

Lartigue (le sieur de), 223 et n., 

224. 
Lanquais (le château de), 120 

et n. 
Lans.sac (Guy de Saint-Gelais, 

sgr de), 295 et n. 
Laubardemont (le château de), 

près Coutras, 123 et n. 
Lauraguais (le pays de), 149. 
Lauzères, capitaine gascon, 

205 et n. 
Lauzerte, 78 et b., 90 et n., 91, 

202 et n. 
Laval (Guy de Coligny, comte 

de), fils aine de d'Andelot, 

175 et n., 184 et n. 
Lavardin ou Laverdin (Jean de 

Beaumanoir, marquis de), 68 

et n., 115 et n., 123, 132, 

198, 201, 223 et n., 277. 
Lavedan ( Anne de Bourbon, 

vicomte de), 96, 98 et n. 
La Vergne. Voir Vergne. 
Lay (/e), rivière, 225 et n. 
Léaumont. Voir Puygaillard. 
Ledoure, 132 et n., 138, 180 

et n. 
Lerson (Honoré), conseiller au 

présidial de Puylaurens, 291. 
Lestelle (Louis de Brunet, sgr 

de), baron de Pujols, 121 et n., 

212. 
Lettes (Jacques de), sgr des 

Prez de Montpezat, évêque 

de Montauban, 79 et n. 
Libourne, 123. 
Lignerac (François- Robert de), 

bailli de la Haute-Auvergne, 

gouverneur de Nérac sous 

Marguerite de Valois, 177 

et n. 
Limeuil (la maison de), 97, 

120 et n. 
Limeuil (le sieur de), cousin de 

Turenne, 294. 
Limeuil (Isabelle de), épouse 

de Sardini, 187 et n. 
Limousin (la province de), 186. 
Lissac (le sieur de la Porte de). 



commandant à Montignac, 
capitaine au service du roi 
de Navarre, 190. 

Livron, 77 et n. 

Loire (la rivière de), 55, 65, 99, 
179, 184. 

Longueville (Henri d'Orléans, 
duc de), 241 et n. 

Loques (le sieur de), 292. 

Losses (Jean de), sgr de Beau- 
lieu, 92 et n. 

Lucé (Jean de Goesmes, baron 
de), 68 et n. 

Litsignan, 76 et n. 

Lusignan (Henri de), capitaine 
huguenot, gouverneurde Pui- 
mirol, 144 et n., 206, 274. 

Luxembourg (le duc de), 241 
et n. 

Lyon, 76, 221. 



M 



Macstricht, 52 et n. 

Maignanne (le sieur de), 71, 72. 

Maine (Monsieur du), le duc de 
Mayenne, 119, 123, 186, 187, 
189-191, 193, 196, 212, 214, 
229, 239, 290. 

Malras (Pierre de), baron d'Yo- 
let, capitaine de Mur-de-Bar- 
rès, 158 et n. 

Malverade (le sieur de), 92. 

Mantes, 56 et n., 57 et n. 

Marans, 219 et n., 220, 223. 

Marck (Henri-Robert de la). 
Voir Bouillon. 

Marck (Charlotte de la), pre- 
mière femme de Turenne, 4 
et n., 234 et n. 

Marets (le chevalier des), 238 
et n. 

Marigny, 244 et n. 

Marsolau (le capitaine), 205. 

Martel, 191 et n. 

Martinengo (le comte de), 241 
et n. 

Mas-de- Verdun. Voir le Mas- 
Grenier. 

Maselière (le capitaine), de Né- 
rac, 176. 

Mas-Grenier, 78 et n., 193. 



310 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



Masparaut (Pierre de), porteur 
de dépêches de la reine mère, 
204 et n. 

Masson (le capitaine), 238. 

Matignon (le maréchal de), lieu- 
tenant général en Guyenne, 
après le maréchal de Biron, 
63, 67, 188, 190, 191 et n., 
210, 212, 214 et n., 236, 295. 

Maurevel (François Louviers, 
dit), l'assassin de Goligny, 30, 
36 et n., 54. 

Maurevert. Voir Maurevel. 

Maurie (la), capitaine huguenot, 
commandant à Tulle, 186 
etn., 192 et n., 193. 

Mauzac, 85 et n. 

Mayenne. Voir Monsieur du 
Maine. 

Mayenne (la duchesse de), Hen- 
riette de Savoie, 189 et n. 

Mazères, 285 et n. 

Meaux (la ville de), 9. 

Meaux (l'entreprise de), 7, 9. 

Médicis (Catherine de), 5, 7, 
19, 47-49, 53, 58, 63, 77, 100, 
108, 129, 130, 133, 135, 137, 
139, 144, 165, 200 et n., 202, 
294, 296. 

Meillan, 201 et n. 

Mercœur (le duc de), 432 et n. 

Merle (le capitaine), 161 et n. 

Mère-Eglise (Simon, sgr de), 
gentilhomme du duc d'Alen- 
çon, 198 et n., 201. 

Meru (Charles de Montmorency, 
sgr de), 15 et n., 94. 

Mervillc (le vicomte de), 237. 

Meslon (André de), gouverneur 
de Monségur, 195 et n., 229 
et n. 

Mesny (le capitaine), 206. 

Meijssac, 192 et n. 

Mczières, 24. 

Millau (le sieur de), 119. 

MiUy, 69 et n. 

Miossans (Jean d'Albret, baron 
de), 201 et n. 

Mirambeau (François de Pons, 
baron de), seigneur souverain 
de Brouage, 122 et n. 

Miremont, 74 et n. 



Miremont (le château de), 75. 

Mitry-Mory, 13. 

Moissac, 203 et n. 

Molle ou Mole (Joseph de Boni- 
face, seigneur de la), 38 et n., 
51, 53, 58, 65, 68. 

Monceau (Lancelot de). Voir 
Tignouville. 

Monceaux, 8. 

Mondon (le sieur de), secrétaire 
du roi de Navarre, 214 et n. 

Mons, 30 et n., 34. 

Monségur, 188 et n., 194, 195, 
196, 205 et n., 218 et n. 

Monsieur. Voir le duc d'Anjou 
et, plus tard, le duc d'Alençon. 

Montai (le comte de), 73, 74, 75. 

Montauban, 77, 78, 80, 122, 129, 
147, 163, 164, 188, 193. 

Montbazon (Hercule de Rohan, 
duc de), gouverneur de Paris, 
243 et n. 

Montbéliard, 241. 

Montcontour (bataille de), 20. 

Monl-de-Marsan, 236. 

Montereau-Fault-Yonne, 243. 

Montferrant (Langoiran, baron 
de), 78, 93 et n., 96 et n. 

Montjlanquin, 188 et n., 207, 216. 

Montfort (le château de), 191 
et n. 

Montgascon (M"« de), sœur de 
ïurenne, 3 et n., 112. 

Montglas (Robert de Harlay, 
sgr de), premier maitre d'hô- 
tel de Henri IV, 242 et n. 

Montgomery (Gabriel de Lor- 
ges, comte de), 39 et n., 41, 
42, 63, 65, 67 et n. 

Montcjuillon, 224 et n. 

Montguyon, 122 et u., 123. 

Montguyon (La Rochcioucault, 
sgr de), 76. 

Montignac, 190 et n. 

Montluc (Charles de), sgr de 
Gampène, petit-fils du maré- 
chal, sénéchal d'Agenais, 92. 

Montluc (Jean de). Voir Balagny. 

Montmarlin (Jean du Mats, 
sgr de), gouverneur de Vitré, 
199 et n. 



TABLE ALPHABETIQUE 



3H 



Montmorency (le connétable 
Anne), 4, B, 13, 15. 

Montmorency (maison de), — 
les enfants du connétable, 15 
et n., 16, 47. 

Montmorency (le marécbal de), 
tils aîné du connétable, 19, 25, 
26 et n., 31, 52, 66, 69, 99, 
161, 170, 178. 

Montmorency (la maréchale de). 
Voir Angoulème. 

Montmorency (le duc de), aupa- 
ravant maréchal de Damville, 
gouverneur du Languedoc, 
215, 235, 276, 279, 290. 

Montmorency (Louise de), mère 
de Châtillon, 9 et n. 

Montpellier, 163, 164. 

Montpensier (le duc de), 67, 76 
et n., 124, 218 et n., 229, 239. 

Montpezat (la maison de), 79 
et n. 

Montvaleni, 192 et n. 

Moreau, lieutenant de la ba- 
ronnie de Ghâteauneuf, 209 
et n., 210. 

Moue (le capitaine La), 181. 

Moulins, 96, 99, 100. 

Moulins (le sieur de), de la mai- 
son de Goesme, 82 et n., 83. 

Mouy (François de Quincam- 
poix, sgr de), 235 et n. 

Mouy (le sieur de). Voir Saint- 
Phalle. 

Mur-de-Barrès, 177. 



N 



Nassau (le comte Ludovic de), 
50 et n., 51, 52. 

Nassau (Elisabeth de), seconde 
femme de Turenue, 4 et n. 

Navarre (la reine de), Jeanne 
d'Aibret, 26, 116 et n. 

Navarre (le roi de), plus tard 
Henri IV, 33,41, 47, 52etn., 
58, 59, 61, 65, 69, 73, 113, 
117, 122, 127, 128, 129, 131, 
136, 144, 147, 159, 161, 163, 
175, 186, 193, 195, 283, 289, 
296, 300. 



Navarre (la reine de), Margue- 
rite de Valois. Voir Valois. 

Négreplisse, 223 et n. 

Nemours (le traité de), signé le 
7 juillet 1585, 178 et n. 

Nérac, 132, 133, 137, 144, 146, 
176, 177, 131, 194, 202,233. 

Nérac (les conférences de), 132, 
139. 

Neufvy (le sieur de), 169 et n., 
221. 

Neuvie. Voir Neufvy. 

Nevers (Louis de Gonzague, duc 
de), 220. 

Nimes, 101. 

Nodal (Jean de), sgr de la Groi- 
sette, 152 et n. 

Noue (François de la), 34 et n., 
38, 42, 45 et n., 49, 50, 53, 
76, 93, 115, 116, 123, 235 et n. 

Noyelles (Ponce de), sgr de 
Bours, 170 et n. 

O 

Orange (le prince d'), 170. 
Oudart (le sieur), 76. 



Panjas (Ogier de Pardaillan, 
sieur de), 118, 287 et n. 

Pardaillan. Voir Gondrin. 

Parabère (Jean de Baudéan, 
sgr de), 231 et n. 

Paris, 10, 16, 27, 31, 47, 100, 
185, 244. 

Parme (Alexandre Farnèse, duc 
de), général de Philippe II, 
169, 170, 172. 

Pau, 176. 

Paijs-Bas {les), 7, 160, 169, 171. 

Pedesclaus (Vincent de), rece- 
veur des finances du roi de 
Navarre, 208 et n. 

Périgueux, 96, 113, 134. 

Pin (Le), Jacques Lallier, sgr du 
Pin, secrétaire du roi de Na- 
varre, 211 et n. 

Piqueros, 79 et n. 

Pithiviers, 102 et n., 243. 

Plassac (Jean de Pons, sgr de). 



312 



TABLE ALPHABÉTIQUE. 



gouverneur de Saintes, 122 

et n. 
Plessis-Mornay (le sieur du), 

57 et n., 210 et n., 212 et n. 
Pluviers. Voir Pithiviers. 
Poitiers, 32, 124, 217. 
Poitiers (la paix et l'édit de), en 

septembre 1577, 127 et n. 
Poitou (la province de), 182. 
Pons, 122 et n., 123, 223, 224. 
Pont-de- Douves (le château de), 

67 et n. 
Port-de-Piles, 231 et n. 
Port-Sainte-Marie, 132, 194. 
Porte (La) (le capitaine). Voir 

Lissac. 
Pot de Rodes (Louise), femme 

du sieur de la Feuillade, 169 

et n. 
Pougues (les eaux de), 221 et n. 
Pouillon, 237 et n. 
Poyanne (Bertrand de Baylens, 

sgr de), gouverneur de Dax, 

236 et n. 
Praslin (Charles de Choiseul-), 

capitaine des gardes, 242 et n. 
Prince (Monsieur le) . Voir Gondé. 
Pruneaux (Roch Sorbier, sgr 

des), 299 et n. 
Puimirol, 144 et n. 
Puygaillard (Jean de liéaumont, 

sgr de), gouverneur d'Angers, 

165 et n. 
Puylaurens, 149 et n., 164. 



Q 



Quercy (la province de), 74 et n. , 

79, 90, 186, 191, 194. 
Quincampoix, Voir Mouy. 



R 



Ranque (le sieur de), 221 et n. 

Rauzan, 121 et n. 

Rauzan ou Rosan (le sieur de). 

Voir Duras. 
Ravel, 153 et n., 155, 156. 
Ré (l'île de), 41 et n. 
Réalville, 85 et n. 
Rebours (M"«), maîtresse du roi 

de Navarre, 204 et n. 



Reims, 51, 56. 

Reine (la), ou la Reine mère. 
Voir Catherine de Médicis. 

Renyès (le sieur de), 91 et n. 

Réole (la), 137 et n., 139, 283, 
286. 

Réole (l'entrevue de la), en 1578, 
131 et n. 

Retz (le maréchal de). Voir 
Gondy. 

Ribérac, 93. 

Richebourg (le marquis de). Voir 
Roubaix. 

Rieux (le sieur de), chambellan 
du roi de Navarre, 215 et n., 
276. 

Rieux. Voir Châteauneuf. 

Ripaille (le château de), 240 et n. 

Robertet (Claude), dame des 
Arpentis, 26 et n. 

Roche (La), porteur de dépêches 
de la reine mère, 204 et n. 

Roche-Chandieu (La), ministre 
calviniste, 237 et n. 

iîoc/ie//e(;«), 31, 34, 39, 122,219. 

Rochelle (le siège de la), 31, 33, 
35, 39,43, 44,61. 

Roclielle (les pêcheurs de la), 
37 et n. 

Rofignac, gouverneur de Tu- 
renne, 6 et n., 22. 

Roque (le sieur de la), gentil- 
homme de la chambre du roi 
de Navarre, 198 et n. 

Roquebée, maison du comte de 
Montai, 72. 

Roquelaure (Antoine de), baron 
de Laverdenx, gouverneur du 
comté de Foix, maréchal de 
France, 116 et n., 136. 

Roubaix (Robert de Melun, vi- 
comte de Gand), commandant 
la cavalerie espagnole aux 
Pays-Bas, 171 et n. 

Roux (le capitaine), 227 et n. 



S 



Sacremore (le capitaine), bâtard 
du chancelier de Birague, 192 
et n., 193, 196 et n. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



313 



Saint-Aurens (Cassagnet du Til- 

ladet, sieur de), 201 et n. 
Saint-Barthélémy (la journée de 
la), 30, 32, 34, 45, 47, 91 et 
n., 112. 
Saint-Céré, 73 et n., 186 et n. 
Saint-Cliamarans (le sieur de), 
maréchal de camp, 182 et n. 
Saint-Denis, 14. 
Saint-Denis (la bataille de), 15 

et n., 21 et n. 
Saint-Geniez (Jean de Gontaut, 

sgr de), 96, 191, 197 et n. 
Saint-Germain, 39 et n., 53 et n., 

54, 60. 
Saint-Germain (l'affaire de), en 

mars 1574, 64 et n., 85. 
Saint-Germain (la paix de), 24 

et n. 

Saint-Helmes (le sieur de), 127. 

Saint-Héran(Montmorin,sgrde), 

gouverneur d'Auvergne, 71 et 

n., 75. 

Saint-Jean-d'Angély, 39, 147 et 

n., 162, 238. 
Saint-Léger (René de), sgr de 

Boisrond, 60 et n. 
Saint-Lô, 65, 67. 
Saint-Martin, capitaine des gar- 
des du roi de Navarre, 138. 
Saint-Martin (Laurent du Bois, 

sgr de), 51 et n. 
Saint- Martin -Golombières (le 
sieur de), lieutenant de Joveu- 
se, 83. 
Saint-Mathurin, 107. 
Saint- Maximin (le sieur de), 276. 
Saint-Mégrin (Estuer de Gaus- 
sade, sgr de), 119 et n., 121. 
Saint-Mesme (Jean de Roche- 
beaucourt, sgr de), gouver- 
neur de Saint-Jean-d'Angély, 
185 et n. 
Saint-Paul (Charles d'Orléans, 

comte de), 241 et n. 
Saint-Phal (Georges de Vau- 

dray, marquis de), 242 et n. 
Saint-Phalle(le sieur de Mouy-), 

30, 36. 
Saint-Quentin (la bataille de). 
70, 71 et n. 



Saint-Sauveur (le sieur de), 
frère de Joyeuse, 233 et n. 

Saint-Sulpice (Jean-Evrard, ba- 
ron de), ambassadeur en Es- 
pagne, 19 et n., 20, 23. 

Saint-Sulpice (Armand de), 21 
et n., 110. 

Saint-Sulpice (Bertrand de), 21 
et n., 22. 

Saint-Vrain, 102 et n. 

Sainte-Aldegonde (Marnix de), 
délégué des États généraux 
des Pavs-Bas, 160 et n. 

Sainte- Bazeille, 188 et n., 189, 
194 et n., 196, 205, 212, 213 
et n. 

Sainte-Dame (le sieur de), 221 
et n. 

Sainte-Foy, 187 et n., 188, 195, 
216 et n., 237. 

Sainte- Foy-la- Grande, 216 et n. 

Saintes, 225, 233. 

Salignac (Jean de Gontaut, ba- 
ron de), chambellan du roi de 
Navarre, gouverneur de Péri- 
gord, 97 et n., 141 et n.,273, 
300. 

Salvetat {la), 125 et n. 

Sancerre (Jean de Bueil, comte 
de), 243 et n. 

Sancerre, 70. 

Sancy (Nicolas de Harlay, sgr 
de), 239 et n. 

Sardini (Scipion), baron de 
Ghaumont, 187 et n. 

Sarrazin (Théophile), sgr de Sal- 
neuve, secrétaire du prince de 
Gondé, 102 et n. 

Saumur, 112 et n., 115, 220. 

Sauves. Voir Beaune et Fize. 

Savailhan (Denis de Mauléon, 
sgr de), 228 et n. 

Savignac (Alain, baron de), gou- 
verneur de Gastillon, 189 et n. 

Savoie (Emmanuel- Philibert, 
duc de), 74 et n. 

Savoie (Madeleine de), femme 
du connétable de Montmo- 
rency, 4, 5, 15 et n., 16. 
Schomberg (Gaspard de), 50 et 

n., 105 et n., 221 et n. 
Ségur (le sieur de), surintendant 



314 



TABLE ALPHABETIQUE. 



de la maison du roi de Na- 
varre, 209 et n. 

Ségur-Pardaillan (Jeanne), fem- 
me de Pierre de Chouppes, 
166 et n. 

Senneterre(Madeleine de), veuve 
de Guy de Miremont, 75 etn. 

Sérillac (François de Faudoas, 
sgr de), 213 et n, 

Soispons (Charles de Bourbon, 
comte de), 210 et n., 237. 

Sorc (Valzergues, sgr de), 123 
et u. 

Sorrèze, 149 et n., 154. 

Souillac, 193. 

Strozzi (Philippe), 159 et n., 
203 et n. 

Suisses levés pour le roi, 7, 12. 

Sulbj, 243. 



Taillebourg, 224 et n. 

Targon, 119 et n. 

Tarn (la rivière du), 82 et n., 84. 

Tenance (Christophe de), baron 
de GhampignoUes, 106 et n. 

Ter nier, 2i0 et n. 

Terride (Antoine de Lomagne, 
vicomte de), 80 et n. 

Terride (Géraud de Lomagne, 
sgr de), 228 et n. 

Thonon, 240 et n. 

Thoré (Guillaume de Montmo- 
rency, sgr de), 51, 58, 95. 

Tignonville (Jeanne de), dame 
d'honneur de Catherine de 
Bourbon, 118 et n. 

Tignonville (M™« de), Margue- 
rite de Selves, femme de Lan- 
celot de Monceau, 118 et n. 

Tonnay-Cliarente, 219 et n. 

Tonneins, 120. 

Torcy (Jean Blosset, baron de), 
59 et n., 61, 63. 

Toulouse, 78, 86, 133, 135, 146, 
157. 

Toulouse (l'entrevue de), en 
1578, 133 et n., 135. 

Toulouse (le grand prieur de). 
Voir Joyeuse. 



Tour d'Auvergne (la maison de 
la), 3 et n. 

Tour (Madeleine de la), sœur de 
Turenne, 3 et n. 

Tour (Antoinette de la), femme 
de Le Roy de Chavigny, 6 
et n. 

Tour d'Yviers (le sieur de la), 
229 et n. 

Trémoïlle (Claude de la), 184 
et n. 

Trémoïlle (Charlotte de la), se- 
conde femme du prince de 
Condé, 130 et n., 184 et n. 

Turenne, 71, 73, 78 et n., 93, 
112, 124, 289. 

Turenne (la vicomte de), fiefs 
qui en dépendaient, 4 et n. 

Turenne (les premiers vicomtes 
de), 3 et n. 

Turenne (M"e de). Voir Mont- 
gascon. 

Turin, 74 et n. 



U 



Ussac (le sieur d'), gouverneur 

de la Réole, 137 et n., 139, 

280 et n., 284, 285. 
Uza (Louis du Luc, vicomte d'), 

lieutenant de l'amiral de Vil- 

lars, 41 et n. 
Uzès, 163. 



V 



Valade (le capitaine), gouver- 
neur de Réalville, 85 et n. 

Valenciennes, 172. 

VuUette (le sieur de la), père du 
duc d'Epernon, 78. 

Valogne, 65. 

Valois (Marguerite de), reine de 
Navarre, 25 et n., 27 et n., 
52 et n., 128, 129, 136, 175, 
177, 208. 

Vaudray (Louis de), sgr de 
Mouy, 9 et n. 

Vcntabran (Jacques de Vinti- 
mille, sgr de), 53 et n. 

Vcntadour (le duc de), gouver- 
neur du Limousin, 73 et u. 



TABLE ALPHABETIQUE. 



315 



Verdun-sur- Garonne, 180 et n. 

Verger (le sieur du), 103. 

Vergue (le sieur de la), capitaine 
protestant, 100. 

Verteuil-d'Agenais, 217 et n. 

Vétigon (le sieur de), 276. 

Vézère (la rivière de la), 190. 

Vézins(JeandeLevezou,sgrde), 
sénéchal du Quercy, 90 et n., 
119. 

Vie-sur- Cére, 72 et n. 

Viçose (Raimond de), secrétaire 
des finances du roi de Na- 
varre, 209 et n., 211. 

Vieuville (Robert de la), baron 
de Rugle, 242 et n. 

Villars (le marquis de), amiral 
de France, lieutenant général 
de Guyenne avant le maré- 
chal de Biron, 119 et n., 131. 

Villatte (le sieur de la), page de 
Turenne, 125, 126, 167. 

ViUemontée, gouverneur de Tu- 
renne, 4. 

Villemur, 82 et n., 152. 

Villeroy (le sieur de Neuville 



de), ministre de Henri III, 
124. 

Villers-Cotterets, 14 et n. 

Vincennes (le bois de), 64, 65, 67, 
69, 99. 

Vitry (Louis do l'Hospital, mar- 
quis de), gentilhomme du duc 
d'Anjou, 242 et n. 

Vitry -le- François, 47 et n., 48. 

Vivant ou Vivans (Geoffroy de), 
gouverneur de Gaumont et 
Sainte -Bazeille, 182 et n.; 
gouverneur du Périgord et de 
Limousin, 205 et n., 213 et 
n., 229 et n., 233 et n. 

Voûte (Gilbert de Lévis, comte 
de la), cousin-germain de Tu- 
renne, 168 et n. 

X 

Xaintonge (la province de), 182. 



Yolet. Voir Mal ras. 
Yvoy (le sieur d'), 30 et n. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Avertissement i 

Le vicomte de Turenne v 

Mémoires de Henry de la Tour d'Auvergne, vicomte de 

Turenne, depuis duc de Bouillon 1 

Appendice 197 

Lettres du roi de Navarre au vicomte de Turenne, n°' I à 

XXXIII 197 

Lettres et pièces inédites 245 

Le roi Charles IX au vicomte de Turenne 245 

Le duc d'Anjou au vicomte de Turenne 247 

Le maréchal de Damville au vicomte de Turenne . . . 248 
Le vicomte de Turenne à MM. les syndics du Conseil de 

Genève 249 

Monsieur de Chaumont-Quitry au vicomte de Turenne . . 250 

La comtesse de Tende au vicomte de Turenne 251 

Monsieur de Torsay au vicomte de Turenne 253 

Le même au même 255 

Le roi Henri III au vicomte de Turenne 256 

Le roi Henri III au vicomte de Turenne 257 

Catherine de Médicis au maréchal de Damville .... 258 
Discours de la querelle du viscomte de Tureyne avec le 

sieur de Rozan, 1579 259 

Rapport en forme de lettre sur le duel survenu entre Jean 
de Durfort, vicomte de Duras, et son frère Jacques, d'une 
part, et Henri de la Tour, vicomte de Turenne, et le 

baron de Salignac, d'autre part. Nérac, 18 mars 1579 . 270 

Monsieur de Clervant au vicomte de Turenne 275 

Advis sur la querelle de Monsieur de Turenne 276 

Le roi Henri III au vicomte de Turenne 279 



318 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages 

Le vicomte de Turenne à Monsieur d'Ussac 280 

Le roi Henri III au vicomte de Turenne 281 

Deffense aux sieurs viconte de Turenne et de Duras de se 

faire acompaigner pour leur querelle 282 

Nomination du vicomte de Turenne comme gouverneur de 

la Réole 283 

Catherine de Bourbon au vicomte de Turenne 286 

Le vicomte de Turenne à Monsieur de Bellièvre .... 288 

Le vicomte de Turenne à Monsieur de Bellièvre .... 289 

Le vicomte de Turenne à Messieurs de Genève .... 292 

Le vicomte de Turenne à Monsieur de Bouruazel. . . . 293 

Le vicomte de Turenne à Catherine de Médicis .... 294 

Le roi Henri III à Monsieur de Lansac 295 

Le vicomte de Turenne à Catherine de Médicis .... 296 

Le vicomte de Turenne à Monsieur des Pruneaux . . . 299 

Table alphabétique 303 



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